L'ENFANT ET LE DJINN
Ainsi se passa la nuit.
Cependant, à force de tout bouleverser, la mère finit par retrouver son enfant debout, derrière le sac à farine. Une minute après, le coq chanta.
Le soleil levé, la femme courut chez le pope du village et lui raconta ce qui s'était passé.
« Vous n’avez pas suivi la prescription, dit le pope, aussi le démon, le mauvais djinn, est venu pour enlever votre enfant. Vous ne l’auriez jamais retrouvé si vous aviez laissé passer le chant du coq. » |
Le pope accompagna la mère dans sa maison et il chassa le djinn par une prière. Depuis ce jour, le démon ne revint jamais.
On cite de nombreux exemples d’enfants enlevés par les djinns et remplacés dans le berceau par les fils des démons. Les hommes très méchants, comme il s’en rencontre parfois, passent pour des enfants de djinns.
(Conte le 1/13 de janvier 1886, par M€ Marie Sava Philippidou, tante de M. Nicolaïdes, âgée de $3 ans, née à Indge-Sou, Césarce.)
n°) (Ce
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CFO) ES fêtes des fiançailles et du mariage durent
SN ordinairement quatre jours. Pendant tout ce temps, la fiancée reste immobile ; il ne lui est même point permis de parler à ses voisines, tandis qu’autour d’elle chacun rit et se divertit.
La fiancée ne danse que lorsqu'on veut bien le lui permettre; elle baise la main de sa belle-mère, de son beau-père, de son fiancé et des assistants. Encore ces derniers déclinent souvent cet honneur.
La première fois que danse la jeune fiancée, elle reçoit des parents de son amoureux — quel-
quefois de celui-ci — une pièce d’or.
Si une femme veut être la maîtresse à la maï-
son, si, en un mot, elle veut prendre de l’ascendant sur son mari, elle aura soin de mettre un instant son pied sur celui de son accordé, soit pendant les cérémonies des fiançailles, soit aussitôt après le mariage.
Lorsque les nouveaux époux sortent de l’église après le mariage, les assistants leur jettent des poignées de grains de blé et des piécettes de monnaie.
L’accomplissement de cet usage traditionnel amène la prospérité et la fortune dans le nouveau ménage.
Les enfants du village ou de la ville ne manquent pas de se précipiter sur les pièces de monnaie et de s’en emparer après une bataille fu- rieuse.
Durant les quarante jours qui suivent le mariage, les mauvais génies — djinns — veillent sur les nouveaux époux et cherchent à les frapper au passage, tandis qu’ils sortent pour satisfaire à certaines nécessités naturelles. Le jour, le djinn est sans pouvoir, mais la nuit, gare aux imprudents ! |
Aussi, pour prévenir tous malheurs, les mariés
ne sortent jamais la nuit, même au seuil de la maison, sans se faire accompagner d’une personne de la famille ou de la domesticité. Les djinns grondent et hurlent, mais ils sont impuissants.
Avant d'entrer dans la chambre nuptiale, la mariée reçoit un enfant nouveau-né.
« Je te souhaite d’être mère! lui dit-on. »
L'épousée prend l’enfant entre ses bras, le caresse, le baise amoureusement, et le rend ensuite à la mère.
Si cette cérémonie n’est pas accomplie, la jeune femme restera stérile, et ses jours se passeront dans la tristesse, la douleur et la honte.
Dès que les époux sont entrés dans la chambre nuptiale, le marié offre un présent proportionné à sa fortune. Ce cadeau doit être donné de la main à la main.
Si le jeune homme se refusait à ce présent, ou s'il donnait un objet de peu de valeur relativement à sa fortune, la jeune épouse serait en droit de se refuser à partager sa couche.
Aussitôt le présent d’usage accepté, le mari est tenu d'accomplir son devoir de mariage,
Les parents de la mariée n’assistent pas à la cérémonie des épousailles qui à toujours lieu dans l'église.
Le soir du jour où a eu lieu le mariage, on apporte la dot de la jeune fille. Ce sont les parents de la mariée qui se chargent de ce devoir. On danse chez le jeune homme, puis l'épouse dit adieu à son père et à sa mère, et demeure avec son mari.
Les parents de l’épousée ne peuvent venir chez leur fille que le huitième — parfois le quinzième jour — après les fêtes du mariage. Ce jour-là le jeune ménage donne une soirée dansante où chacun s'amuse à qui mieux mieux.
Les parents de la mariée font placer dans la chambre nuptiale une table garnie des mets les plus exquis.
Cette table doit y rester trois jours et trois nuits.
Le quarantième jour qui suit les cérémonies du mariage, la nouvelle épouse est conduite à la fontaine.
Sur le chemin qui mène de la maison à la fontaine, elle est tenue de baiser la main du premier venu, quel qu’il soit, homme ou femme.
Arrivée à la fontaine, l’épousée en oint les pierres avec du beurre ; puis elle y jette des grains de blé qui serviront à la nourriture des oiseaux du ciel.
Après ces cérémonies seulement, elle remplit sa cruche avec l’eau désormais purifiée.
Les jeunes femmes nouvellement mariées sont tenues de pétrir le pain dans la maison de l’époux.
Tandis qu’elles sont à cette occupation, le mari survient et jette quelques pièces de monnaie sur la pâte fraîche. La jeune épouse ramasse les pièces avec les dents, mais elle ne doit pas toucher à la pâte, même avec les lèvres.
Le mari sort pour revenir bientôt après avec une troupe de musiciens ; au son des instruments, on entonne un air de circonstance, sorte de chanson nuptiale. La mariée et ses amies dansent alors une danse particulière.
Cette cérémonie a lieu généralement l’avantdernier jour des fêtes du mariage.
Après son mariage, l’épousée ne doit plus parler
aux parents de son mari; si elle leur répond, ce n’est que par un mouvement de la tête ou des épaules, mais jamais de la voix. Ce mutisme forcé dure souvent des années entières, et parfois jusqu’à la vieillesse de la mariée.
L'épouse parle librement à son mari et aux parents de ce dernier qui sont plus jeunes qu’elle.
Parfois son beau-père, ou sa belle-mère, ou un autre parent âgé, lui permet de parler ; elle lui baise la main et le remercie par une génuflexion.
Certaines femmes plus hardies se tirent d’embarras en se présentant chez les parents de l’époux et en disant, après le baise-main et la révérence :
« Cher parent, donne-moi la permission de te parler ! »
En ce cas, toute liberté lui est donnée.
Ste.
(ÿ1 quelqu'un vient à mourir, on se gardera S bien de laisser! passer un chat par-dessus le ‘défunt. On enfermera donc tous les chats du voisinage.
Les mêmes précautions seront prises pendant le défilé funéraire, afin que les chats ne sautent point par-dessus le mort. Les rues en Orient sont si étroites que bien souvent les chats les franchissent d’un toit à un autre toit.
Si, malgré ces précautions, un chat réussit à passer au-dessus du défunt, à quelque hauteur que ce soit, le cadavre ne se décomposera point. Et ce phénomène sera de mauvais augure, car il sera la preuve que l’âme du mort est condamnée par suite de la malédiction d’un évêque ou d’un prêtre de l’Église.
Lorsqu'on est revenu du cimetière après un enterrement, il faut se laver soigneusement les mains.
Si un chien aboie horriblement durant la nuit en regardant une maison, c’est qu’il va mourir quelqu’un dans cette demeure.
Dans l'endroit où une personne vient de mourir, On mettra une centaine de grammes de coton, et tout auprès un vase rempli d’eau pure.
On pense que le défunt revient à la nuit tombée pour retrouver la place qu’il occupait dans la maison ; ne pouvant y parvenir, il retourne au tombeau après s'être lavé avec l’eau pure et s’être essuyé avec le coton.
Avant de mettre au tombeau une personne qui vient de mourir, les prêtres chantent doucement, en ralentissant, les chants funéraires, et cela durant une quinzaine de minutes, afin de donner à l’âme du défunt le temps d’aller à Jérusalem se prosterner devant le saint tombeau de Notre Seigneur
Jésus-Christ. L’âme en revient juste à l’instant où l'on descend le corps dans le sépulcre ; elle embrasse le corps dont elle vient d’être séparée, et - finit par monter au ciel, laissant à la terre la dépouille périssable du défunt.
* Le huitième jour qui suit la mort d’un individu, ses parents vont au cimetière s’acquitter de leurs devoirs religieux et pleurer le défunt.
On prend de la terre qui recouvre le tombeau et on la fait glisser dans le dos du père, de la mère ou du frère du défunt. (On ne saurait faire glisser cette terre sur le dos d’un animal.)
Ainsi le père, la mère, ou le frère du mort, gagnera une partie de vie perdue par le défunt, c'est-à-dire qu'il vivra fort longtemps.
Avant la mort, il est nécessaire — que l’on soit riche ou pauvre — de laisser une somme d’argent, dite Argent de la Douane où dù Passage.
Cet argent ést distribué aux pauvres.
Les pauvres qui ont reçu l’Argent de la Douane sont tenus durant trois jours de faire trois prières accompagnées de génuflexions, en vue du défunt. Ces prières sont faites afin « de donner libre pas-
sage au Paradis, et de ne pas laisser la personne qui vient de mourir entre les mains des douaniers qui gardent le chemin du ciel. »
Si l’on n’observe point ces prescriptions, le défunt ne trouvera pas la route du Paradis et il sera de longtemps tourmenté par les douaniers.
Si le défunt n’a pas laissé l’Argent du Passage, on vend un meuble qui ait assez de valeur pour parfaire la somme que l’on doit donner aux pauvres.
Lorsqu'une personne riche vient de mourir, les parents font annoncer à l’église qu’il sera donné un repas funèbre chez le défunt ; tous les habitants du village sont invités à venir en prendreleur part.
Si le mort est un vieillard, le repas se donne le jour de l'enterrement; si c’est un jeune homme, on le remet à huitaine.
Chacun se rend chez le défunt à l'heure fixée, et, après avoir pris place au banquet, on prie Dieu pour le salut de l’âme du mort et l’on se retire sans bruit.
Il y a une trentaine d'années encore, on égorgeait deux ou trois moutons qu'on découpait après les avoir fait rôtir entiers ; les femmes pendant ce temps enfournaient le pain.
Un dimanche à la sortie de la messe, ou un jour de solennité, on distribuait la viande, le pain et du vin à chacun des habitants.
Ce repas funèbre se nommait Repas de la Béatitude ; il se faisait du quarantième jour de la mort à la troisième année.
Ve.