‹ Traduction comparée des hymnes au soleil composant le XVe chapitre du rituel funéraire égyptienChapitre 1 sur 14 · SUR LES TEXTES DU XV CHAPITRE · texte numérisé non relu

SUR LES TEXTES DU XV CHAPITRE

Celte étude a pour but de montrer, par un exemple, comment les Egyptiens comprenaient la religion et la poésie : c'est pourquoi je me suis permis de donner, dans une note spéciale sur le Rituel, quelques détails nécessaires aux personnes qui ne sont pas familiarisées avec la littérature et la mythologie pharaoniques.

Je voudrais aussi faire voir dans quelle mesure et par quels moyens on peut restituer, traduire et commenter un texte du Rituel.

Le Chapitre XV se trouve dans le Rituel hiéroglyphique publié par M. Lepsius, le Todtenbuch, dans le Rituel hiératique publié par M. de Rougé, et dans la XXIV* livraison des papyrus de Leide. Il manque au papyrus Cadet, et les anciens textes que M. Lepsius a récemment édités ne le contiennent pas non plus. Les trois versions lithographiées de ce chapitre ne suffisent pas pour qu'on puisse Fétudier avec fruit et le comprendre avec certitude. Les erreurs diverses

dont chaque exemplaire du Rituel est plus ou moins rempli, rendent la comparaison des variantes d'un grand nombre de papyrus nécessaire à qui veut obtenir, je ne dirai pas le texte officiel, mais seulement un texte correct. J'ai donc, avant d'entreprendre la traduction du Chapitre XV, consulté, à la Conservation du Musée Egyptien au Louvre, tous les papyrus que MM. Pierret et Devéria, avec une obligeance dont je ne saurais trop les remercier, ont bien voulu mettre entre mes mains. J'ai pu corriger ainsi, d'une manière que je crois suffisante, la version du Todtenbuch, assez fautive et cependant très consciencieuse, car, sauf quelques mots passés, elle n'a presque pas d'erreurs qui lui appartiennent en propre; ce qui le prouve, c'est qu'elle reproduit le texte du papyrus n« 4890 du Louvre avec une telle exactitude, qu'on peut regarder les deux manuscrits comme copiés l'un sur l'autre, ou du moins sur un même exemplaire du Rituel.

Les erreurs qui sont communes au Todtenbuch et aux autres textes consistent en des confusions de signes ou de groupes produites par des ressemblances graphiques ; le sens devient alors obscur, et il arrive même que certains mots, détruits, ne présentent plus qu'une suite de caractères isolés. Les pronoms aussi sont souvent pris les uns pour les autres ,^ à cause de leur répétition fréquente et du peu d'importance, au moins dans l'hiératique, des lettres qui les désignent. Les autres mots, avec leur cortège obligé de déterminatifs, résistent mieux à la corruption, mais, une fois déformés, l'inintelligente fidélité des scribes les transmet ainsi de copie en copie.

Dans mes rectifications, que j'indique en gros caractères, j'ai touché le moins possible au Todtenbuch, n'admettant même pas, lorsqu'il donne un sens correct, une variante fournie par tous les autres papyrus. Je n'ai pu collationner assez de manuscrits pour chercher à rétablir le texte dans sa forme primitive, ce qui, d'ailleurs, serait peut-être

impossible, car il existe deux rédactions assez différentes : celle du Todtenbuch et celle du Rituel de M. de Rougé. Toutes deux, surtout celle du Todtenbuch, sont suivies par les autres papyrus, qui n'en diffèrent que par le retranchement, l'addition ou le déplacement de quelques phrases peu importantes. J'ai discuté toutes les leçons à la suite de chacune des lignes du Todtenbuch, en même temps que le sens et les mots du texte restauré.

On comprendra que, pour ce travailla traduction du Rituel insérée par M. Birch dans le cinquième volume de l'ouvrage de M. Bunsen, Egypt's place, etc., n'ait pu m'être d'une grande utilité, car cette traduction a été faite par l'éminent égyptologue d'après le Todtenbuch seul. L'ouvrage de M. Chabas, intitulé le Papyrus magique Harris, qui rappelle le Chapitre XV dans l'hymne à Ammon-Ra, et offre à l'étude un bon texte traduit de main de mattre, m'a rendu plus de services par les comparaisons qu'il m'a fournies. Mais j'ai cherché surtout à expliquer le Rituel par lé Rituel ; la grande unité de doctrine qui se remarque dans ce livre fait que les expressions et les symboles y conservent généralement le même sens, de sorte qu'il est souvent possible d'interpréter un passage obscur à l'aide d'autres passages analogues, mais plus clairs ou moins brefs.

Je dis seulement unité de doctrine, car il n'y a pas unité de composition dans le livre sacré des Egyptiens. Quelques chapitres portent, pour ainsi dire, la signature de leurs auteurs dans des formes ou des tournures particulières, comme les locutions : un à un, passage à passage, etc., au chapitre XLII, l'emploi de la particule kher au chapitre CVIII, et l'expression n-merturn, signifiant afin de, dans le but de, au chapitre CXLIX. Il me semble même qu'à partir du chapitre CXXV les textes sont d'une date plus moderne que ceux qui précèdent : le mot shai, livre, remplace souveat, pour les titres, le mot re, chapitre ; les

symboles ainsi que les cérémonies se compliquent et les formules s'allongent ; les rubriques surtout mentionnent avec plus de détails les avantages procurés par chaque chapitre, ce qui indique, sans nul doute, un âge où l'envahissement sacerdotal, en multipliant les obligations, était forcé de multiplier les promesses. Si, comme je le pense, les textes du Rituel ont été classés, autant que le groupement des sujets Ta permis, dans un ordre à peu près chronologique, le Chapitre XV est bien à sa place au commencement du livre. En effet, l'ancienne variante nenak, du pronom naA, je, moi, conservée par le n** 5450, le dieu Tanen représentant la terre, trace encore visible d'un culte primitif, enfin, la forme brève et inusitée de l'appendice, paraissent attribuer à ce chapitre une haute antiquité ; il est néanmoins postérieur, comme tout ce qui nous reste de l'Egypte, à la réunion du pays sous un seul roi, puisqu'il montre le Soleil couronné des diadèmes du Nord et du Midi.

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