Prologue
Vous attendez de nous, de vous nous attendons De plaisir à plaisir les réciproques dons .
Vostre attente n'est vaine. Ici, Seigneurs et Dames, Du plaisir vous aurez, duquel seront vos âmes S Contentes, si on peut en la terre moleste Sentir contentement de quelque bien céleste.
Céleste est l'argument, issu du ciel serain.
Et dicté de l'Esprit du Père souverain.
Si donc vous desirez qu'un tel plaisir vous plaise,
10 Vous nous rendrez ce bien, que sans bruit, et à l'aise Nous soyons escoutez, ensemble ayons de quoy Nous contenter de vous, et du silence coy.
He Dieu ! ne vaut pas bien la céleste matière D'estre escoutee en paix et patience entière ?
I)" Tel personnage ici vous verrez entre nous. Et le pourrez ouir, qui n'est pas tel que vous : Tel que vous n'est David, bien qu'il soit mortel homme : Ains il va cheminant dessus la terre, comme Un sainct Ange de Dieu. C'est lui, qui en jeune aage
20 Vous veut représenter ici son personnage.
Pensez-vous de David la geste et la faconde Estre biens provenans de la terre féconde ?
Non, non. Ce qu'il sait faire et parler, il l'apprit Du seul Père céleste, et de son sainct Esprit.
2) Que si quelqu'un de vous aime mieux d'aventure (Comme va l'induisant sa terrestre nature)
3 Ici, Seigneurs et Dames, Ici (seienears et dames) P S A M (Introd. 26). — ï^ He Hé M. — 16 outr ouyr A M. — vous : vous^ P S A M. — 17 homme: M ; homme. P S A. — 19 lui luy SAM (Introd. 33). — aage âge M (Introd. 30). — 23 sait sçait M (Introd. 42).
QjLielque plaisir mortel, et qui passe en la terre, Il verra le retour d'une mortelle guerre :
Verra, en ceste riche et triomphante entrée, 30 De dames d'Israël une trouppe accoustree De somptueux atours : il orra leurs chansons, Desquelles vont en l'air et se perdent les sons. Il verra au surplus que l'action présente, Le naturel en soy de cela représente, 3 s Que les Poètes vains veulent qu'on nomme et die (Suivant l'antiquité) du nom de Tragédie.
Le Tragique au théâtre induit devant les yeux Les personnes des Rois, des Princes, des faux dieux : Il feint les dieux tonnans, les déesses armées, 40 II fait veincre par eux, et fondre les armées. Ici le Roy Saul, qui en ceste guerre a La victoire, en honneur retourner on verra.
On y verra la Royne, et leur fils Jpnathan, Le vaillant Prince Abner, et le prince Satan, 45 Sous qui le monde entier se rend serf à sa honte,
Et qui est mesme autheur des dieux dont je vous conte. Ces dieux, ces Princes grans, et semblables, sont ceux Qu'on induit volontiers en ces tragiques jeux. Mais vous (si me croyez, et avez bonne envie 50 Laisser la terre, et tendre à la céleste vie) Sans tant vous arrester à chose qui ne sert, Faites plustost profit du bien qui ne se perd. Regardez un David, pour le suivre à la trace. Lequel est inspiré d'une divine grâce, s 5 C'est lui qui le premier parlera : et pourrez L'ouir, avec lequel Jonathan vous orrez.
28 guerre : guerre. P S A M. — 29 Verra, en... entrée. Verra en... entrée P S A NI . — 30 trouppe troupe M (Introd. 39). — 31 atours: il M; atours, il P S A (Introd. 27). — 41 Saul Saûl M (Tntrod. 38).— 47 grans grands M. — 56 ouir ouyr A.
Tragédies sainctes. 7
Eux, leurs frères ensemble, et autres hommes, tiennent
Compagnie à Saul, et de la guerre viennent.
Là sont-ils tous campez à ceste heure au chemin :
60 Et là est Gabaa, ville de Benjamin,
Où ils vont arriver. Hors ceste ville un chœur De dames sortira au devant du veinqueur.
Là dedans sont encor*, sans la trouppe d'icelles, La Roy ne Achinoam, et ses filles pucelles,
65 Qjii attendent le Roy, comme vous pourrez voir. Nous vous requérons donc faire vostre devoir De vous rendre attentifs : et qu'il nous soit loisible Ces choses vous monstrer en silence paisible.
David.
On ne pourroit trouver, mon frère, encor' un homme 70 (Puis que voulez ainsi que frère je vous nomme) Parmi tout Israël, de qui la foy se tienne Envers vous, plus entière et seure, que la miene.
Jonathan.
Ne pensez que jamais de vostre foy je doute : Mais tenez seur aussi qu'en moy ceste ame toute 75 Plus n'habite, mon frère, ains la vraye amitié L'a partie à nous deux par égale moitié.
David .
Tant plus estroitement vers vous cela m'oblige Que ne l'ay mérité. Bien ici vous suppli'-je Par ceste foy promise entre nous seure et bonne, 80 Que si par moy un tort cause ne vous en donne, Ceste saincte amitié jamais ne soit enfrainte.
59 ceste heure M. Faute d'impression : cesi heure P S A. — ^ chemin : M ; chemin. P S A. — 60 Et là la S. Faute d'impression : Est W A. — 62 dames M ; dames, P S A . — 63 encor* encor M. — 69 trouver ^ mon frere^ trouver (mon frère) P S A M. — encor encor M. — 72 miene mienne A M. — 73 doute: M ; doute. P S A. — 7$ n'habite, mon frère, n'habite (mon frère) P S A M. — 78 supplV-ie supply-jc M.
Jonathan.
Comment ? Que je l'oublie ? En estes-vous en crainte ?
David.
Non, je n'en doute pas. Mais la foy d'entre nous Permet que librement je parle seul à vous.
«> Le bon cœur, la vertu, le sang royal j'honore : Grans dons de Dieu en vous. D'autrepart je n'ignore Mon estât humble et bas. Non, non, l'honneur mondain Ni le bien qui se perd et s'envole soudain.
Ne me feront jamais, par favorable accueil
90 Au monde mescognoistre, ou concevoir orgueil. Je say bien qui je suis : et mon devoir honneste Requiert, par ceste foy, que je vous admoneste De vous cognoistre aussi. Mais aussi say-je bien Qu'il n'est Prince mortel, tant soit homme de bien,
9S Qui ait et garde en soy la fermeté requise.
Maint et maint controuveur lui pallie et desguise Le vray par faux rapports : et la foy bien souvent. Branlante, il esracine, et fait voler au vent.
Jonathan.
En Dieu, qui seul ne faut, j'ay certaine espérance
100 Qu'il ne lairra faillir ne fleschir l'asseurance Que promise vous ay, ni que de vous recule Mon cœur, qui n'est enclin, facile, ne crédule Au parler des flatteurs. Telles gens n'eurent onques. Ni auront (si Dieu plaist) de moy faveur quelconques.
105 Tenez seure à jamais ceste amour fraternelle. Et ja, comme je vueil demeurer ferme en elle, J'ay plus d'aise de voir comme par la contrée
86 Grans Grands M. — D'autrepart D'autre pa^t M. — 88 Ni Ny M (Introd. 31). — 92 admoneste admonneste A M. — 96 controuveur Faute d'impression : controuver A M. — 97 souvent^ M ; souvent P S ; souvent. A. — 100 fleschir fléchir M. — 103 ottques oncques M (Introd. 49).
lOO TRAGEDIES SAINCTES
Vous recevez l'honneur de mainte belle entrée, En triomphe conduit dedans chacune ville, iio Qae si mesmes l'amas de la tourbe civile Me venoit au devant, et tel honneur exquis Estoitpar faicts de guerre à moy mesmes acquis.
David.
L'honneur dont vous parlez ne me rend glorieux. A Dieu seul il est deu, au Dieu victorieux, "S Qui m'anime au combat, qui ma dextre esvertue, Qui du fier Goliath a la gloire abbattue.
A Dieu seul, et non pas à l'homme transitoire, Appartient à jamais le prix de la victoire.
Jonathan.
C'est Dieu, bien je le say, de qui secours avons,
I20 Et à qui la victoire entière nous devons.
Aussi est-ce à lui seul à qui pour vous, mon frère. Du combat mis à fin le haut los je réfère.
Je le prie au surplus vouloir rendre avancé Heureusement en vous ce qu'il a commencé :
125 Que pour mieux confirmer l'heur de nostre alliance, Il face que mon père ait désir, à fiance Vous donner (comme il doit) Merob.» ma sœur ainee, Qui ne pourroit au monde estre mieux assignée.
David.
Je ne présume tant de moy (tenez-le seur) 1 30 Qu'avoir il m'appartienne à femme vostre sœur. Ni d'estre gendre au Roy. Un tel honneur advienne A qui est estimé digne qu'il lui convienne.
iio mesmes mesme M. — 112 faicts faits M (Introd. 41). — 116 abbattue abbatue SAM (Introd. 40). — 124 commencé : M; commencé. P S A. — 125 confirmer confermer A M. — 127 ainee aisnee A M (Introd. 45).
Jonathan.
Si on cerche à qui mieux il doive convenir, Et si le Roy pour bon veut mon conseil tenir, 135 Quand on auroit loisir d'élire un homme au choix En tout le monde entier, je vous donne ma voix. Mais il est temps d'aller vers le Roy sans séjour. Ja est allé Abner lui donner le bon jour.
Eltab.
C'est bien grand' merveille qu'on voye 140 Ainsi d'allégresse et de joye
Le peuple par tout incité.
Sortir de chacune cité
Au devant du Roy arrivant :
Qu'ils viennent ensemble au devant 145 De David nostre jeune frère.
Et qu'on ne lui fait moins de chère
Qu'on feroit mesme au fils du Roy.
AbiNADAB, frère de David.
On n'a point veu (comme je croy)
Si on regarde les matières, i$o Le temps, les annales entières
De ce qui en Israël passe.
Qu'à homme de qualité basse
(Si ce n'est que Dieu en main forte
Guidast soii peuple d'autre sorte) 1S5 On ait porté pareil honneur.
Depuis que Joseph, gouverneur
De l'Egyptienne province.
Monta en dignité de Prince.
135 élire eslire A M. (Introd. 46). — 148 On n*a point veu Faute d'impression : Or n'a A M.
Sauma.
Cela, en la dure saison 160 Servit à toute la maison,
Tant à ses frères qu'à son père.
Telle sera, comme j'espère, La faveur que nostre frère a, Q,ui nostre avantage fera.
Eliab.
165 Je ne voy dequoy espérer
Que nous en puissions prospérer.
Par trop mal asseurez nous sommes.
Si nous en la faveur des hommes
Mettons nostre attente et appui.
170 Seul demeure asseuré celui
Qui tout son espoir en Dieu fonde.
AbINADAB, frère de David.
Rien n'est seur ne durable au monde.
Des Princes la faveur souvent
Passe légère comme vent :
175 Et l'oreille au mentir encline
Du costé du flatteur décline.
Par force, par ruses, par torts
En Cour on joue au boute-hors.
En Cour, pour charité domine 180 Envie, et pour vray fausse mine.
Celui qui, ensuivant son conte.
Au plus haut degré d'honneur monte,
Sent à coup la tempeste adverse.
Qui du haut en bas le renverse.
165 dequoy de quoy S. — 167 sommeSy M; sommes P S A. — 169 appui appuy A M (Introd. 32). — 170 celui celuy A M (Introd. 33).
— 172 Abinadab^ frère de David, M ; fr. P S A ; Da. P A (Introd. $}).
— 178 En Cour on joue M ; cour P S A. Faute d'impression : ou jous P S.
— 179 Cour M ; cour P S A. — 180 fausse faulse M.
DAVID TRIOMPHANT TOj
Samua.
185 Je say bien qu'il y a danger
A l'honneur, de se voir changer.
Le chesne puissant et superbe, Frappé du ciel, tombe sur l'herbe, Et gist sans force ne vertu.
190 Le haut pin plus fort est battu
Des rudes vents, que le bas coudre.
Les monts sont agitez de foudre :
Et la tour qui monte en Tair haut.
Prend à tomber un plus grand saut.
J95 Mais cependant quand Dieu nous donne
De sa bonté, quelque heure bonne.
Prendre à mespris il ne faut point Le bien qu'il nous fait en ce poinct.
Eliab.
De Dieu, qui n'a mis fin ne terme 200 A sa bonté durable et ferme,
Vient tout bien. A Dieu nous devons
Les grâces que nous recevons.
Des biens de la terre usons, comme
De chose qui ne dure à l'homme.
20$ Sage est celui qui se contente
De mettre en Dieu seul son attente :
Et qui a l'entendement sain,
Ne se confie en l'homme vain.
AbINADAB, frere de David.
L'enseignement ainsi donné, 210 Non tant pource qu'estes l'aisné
187 superbe, saperbe P S A M. — 188 Frappé Frapé M. — 192 foudre : foudre. P S A ; foudre, M. — 194 saut sault M. — 206 attente : attente. PS A M.
De la maison, pour l'advenir Devons-nous de vous retenir, Q)ie pourtant que bien entend-on Qji'il est fidèle, sain, et bon.
Samma.
jis II est seurement véritable.
Et à qui le suit, profitable.
Mais venir ceste part je voy Les deux plus jeunes fils du Roy.
ÂBINADAB, fib de Saul.
Il ne faut plus que du Roy nostre. père 220 En Israël avantage on espère.
D'honneur à tous est l'espérance morte.
David est seul à qui faveur il porte.
Âdvis lui est que nul, tant que David,
Jamais encor' de lui ne desservit 225 Estre estimé, ni qu'en aucune place
Autre envers lui trouve faveur ne grâce.
Melchisua.
Non seulement le Roy en tel degré D'honneur le tient, l'ayant sur tous à gré.
Mais Jonathan nostre frère, luimesme
230 Est joint à lui, voire d'amour extrême.
Si qu'au jourdhui l'aimant sur tous les hommes. Semble que plus ses frères nous ne sommes.
Je croy de vray que tout ce qu'il attend De ce Royaume, il en seroit content
2} s Avec David faire un égal partage.
Et nous priver du droit de l'héritage.
217 Mais venir ceste part... Aligné dans P S A M. — 229 luimesme luymesme SAM (Introd. 33). — 231 aujourdbui aujourduy S ; aujourdhuy A ; aujourd'huy M (Introd. 35, 52). — 234 Royaume M ; royaume P S A.
AbINADAB, fils de Saul.
S'il entreprend de nous en faire tort, Il nous en faut défendre ferme et fort.
Mais cependant voyez encores comme Tant de Juda que d'Israël, en somme Le peuple entier un seul David regarde Comme son port, sa défense, et sa garde.
N'a Ion pas veu par tel commencement Un rien venir à grand avancement, Et l'homme bas tendre par voye oblique A Hsurper une grand' republique ?
Melchisua.
Assez de fois on l'a veu. Mais aussi Trop plus souvent celui qui vient ainsi A s'eslever d'une grandeur subite, L'orgueil à coup le perd et précipite.
La bruyante eau qui court desmesuree Du fier torrent, n'a pas longue durée.
AbiNADAB, fils de Saul.
Mais à David son train durera, pource Qu'il ne va pas d'impétueuse course.
Il fait le doux, le gracieux, l'honneste, Et à tous coups le Roy il admoneste, Proteste, et dit que ce qu'il quiert, n'est pas Honneur à soy,1àë triomphe ici bas.
A Dieu sans plus (selon qu'il donne à croire) De tous ses faicts il rend toute la gloire.
A son pouvoir au surplus il demande Faire et garder ce que le Roy commande.
Melchisua.
Ce beau parler, que tant subtil il farde,
256 admoneste admonneste A M.
Abusera le Roy, s'il ne s'en garde.
26) Mais il ne faut grand cas (comme je croy)
Pour destoumer de lui le cœur du Roy.
Il se verra un jour tout esbahi
De n*estre plus que le fils d'Isai.
Pareillement ses frères, dont l'attente 270 D'un grand pouvoir vainement les contente,
Se trouveront de leur grandeur promise
Plat abbattus, frustrez, mis en chemise.
Là, voyez-vous ? en voila trois ensemble,
Qui pour venir en passant (comme il semble) 375 Nous saluer, se sont arrestez court.
Mais passons outre. Allons faire la court.
Saul.
L'ordre soit mis à tout convenable et requis. Qu'on y pourvoye, Abner.
Abner.
Tout le butin conquis Pieça est envoyé à la ville devant.
280 Je l'ay ja fait partir avant le jour-levant:
Et creignant (au plus seur) que de nos ennemis Errans et desbandez, qui sont en route mis, Des prochaines forests quelque trouppe ne sorte, J'ay donné au bagage une puissante escorte.
285 Geste chose a esté sagement et bien faite : Car on a veu souvent, après une desfaite, Aux veincus ralliez le desespoir servir.
retrait impres-
270 pouvoir M ; pouvoir, P S A. — 273 Là, voye^-vous ? En dans M ; aligné dans P S A. — 276 passons outre. Allons Faute d*iu.|»w sion : passans outre. Allons A M. — 280 jour-levant : |our-levant. F S ; jour levant. A M. — 281 creignant craignant SAM. — 285 ^fiùte: faite. P S A M.
La victoire aux vainqueurs et le butin ravir.
Nos gens au demeurant sont-ils prests pour l'entrée ?
Abner.
90 A ce qu'on m'a mandé, la ville est accoustree De triomphe et d'honneur : et ja de toutes parts Sont tendus les festons, et les rameaux espars. Les dames, qui craignoyent n'a gueres le danger De tomber en la main du gendarme estranger,
95 Se voyans vaillamment aujourdhui secourues,
Vont chantans leur secours aux danses par les rues. Toutes vont s'apprestans pour le royal festin.
Saul.
Mais la longue poursuite après le Philisthin A rendu mes gens las, leurs chevaux harassez. joo Mestier ont de repos.
Abner.
Pour le séjour assez Leur ont esté deux jours. L'armée est sejournee. Puis la traite n'est pas le quart d'une journée.
Saul.
Or Élites donc, Abner, qu'à partir on s'appreste.
Abner.
J'en feray mon devoir. Mais à voir ceste creste jos Au panache flotant, c'est David que je voy, Qjii pour à Jonathan garder seure la foy, L'accompagne à venir, comme d'amitié bonne.
Où que l'un puisse aller, l'autre ne l'abandonne.
393 craigncyeni cragnoyent S. — n*a gueres n'agueres A M. — 296 chantans chantant A M. — leur leurs A. — 300 Mestier ont Faute d'impression : Mestieront A. — 302 traite traitte M. — 305 flotant flottant A M. — 307 bonne, bonne^ P S A M.
I08 TRAGEDIES SAIKCTES
Saul.
Ce m'est plaisir qu'ainsi l'un vers l'autre se porte : ) lo Ma force encontre tous en est plus seure et forte.
Jonathan.
Voila desja le Roy en la campagne, Q.ue près sa tente Âbner seul accompagne.
Ils sont sortis aux champs bien matineux.
David.
Grande est ainsi la diligence en eux.
31S Mais j'oy quelqu'un nous suivre, ce me semble.
Jonathan.
Voici venir mes deux frères ensemble.
Attendons- les.
AbINADAB, fils de Saul.
Mon frère, Dieu vous gard' :
Et vous, David.
Jonathan.
Nous sommes venus tard.
Ja est le Roy sorti hors de sa tente.
Melchisua.
320 Longue en ce lieu ne sera pas l'attente
Avant partir, puis que ja maintenant Il va ainsi matin se pourmenant.
David.
Allons à lui.
AbiNADAB, fils de Saul.
Allons bon jour lui dire.
$09 porte : porte. P S ; porte, A M. — 511 Jonathan. Faute d'impression : Abinadab. M (Cf. 316-317). — 315 Mats foy quelqu'un,,. Aligné dans PS A M. — 317 gard' : gard'. P S A M. — ji8 ww. vous P S A M. — Jonathan. Jon. M. (Introd. $3). — 323 Abinadab Jils de SauL S A ; Abin. M ; fi. P ; Sa. P M (Introd. 53).
david triomphant io9
Jonathan.
Bon jour, monsieur.
David.
Dieu vous maintienne, Sire.
Saul.
; Et puis, enfans, avez-vous appresté
Tout vostre cas ? qu'on ne soit arresté Au partement, et que rien ne demeure.
Pour à la ville arriver de bonne heure.
Il faut sans plus que la trompette sonne :
» Nous sommes prests suivre vostre personne.
ÂBINADAB, fils de Saul.
Assez de temps à partir avons-nous.
La traite est courte : et croy qu'ils ne sont tous
En Gabaa, si prests comme nous sommes.
Les femmes ont tousjours plus que les hommes
Faute et besoin d'heure pour se parer.
A leurs cheveux en grève séparer,
La bandelette attacher haute et basse,
Peigner, coiffer, mirer, un an se passe.
Melchisua.
S'il y a fille en Israël vivante.
Qui d'employer beaucoup d'heure se vante A s'accoustrer, mes sœurs se peuvent bien Vanter, qu'à autre elles n'en doivent rien.
Saul.
Ma femme assez les fera diligentes A s'equipper de leurs parures gentes
329 sonne : M; sonne. P S A. — 336 grève grève M. — 344 equipper équiper M.
IIO TRAGEDIES SAINCTES
54S Comme il convient. Mais toy, David, pren soing
D'eslever haut ton cimeterre au poing, Et bien monstrer la Philisthine teste.
Dont Israël fait aujourdhui la feste.
Sur toy le peuple a les yeux, et s'esbat
3SO A te donner la gloire du combat.
David.
Ne vueille Dieu oublier si avant Son peuple eleu, que trop se décevant, Il donne à l'homme, et à l'effort humain, Ce qui est deu à la puissante main
3SS De l'Eternel, qui fait son peuple vivre
Heureux en joye, et le met à délivre.
Moy, ce n'est point qu'à moy je vueille ou quiere Honneur ne prix, portant la teste fiere De Goliath : ains ce que je la porte
360 Fichée au bout du glaive en ceste sorte,
C'est qu'ainsi vous, de royale puissance Le commandez, à qui obéissance Je porte entière : entant, Sirè, que vous Estes de Dieu Prince ordonné sur nous,
365 Au sainct vouloir duquel vous entendez
N'estre contraire, en ce que commandez.
Mais ce qui est la cause principale Que la grand' teste au fier visage palle Je porte au bout du braquemart tortu,
370 C'est pour monstrer du Seigneur la vertu,
Qui a soudain par sa force, à néant Réduit l'orgueil du superbe Géant :
Et desdaigné d'eslever il n'a pas Sur l'homme fort, l'homme débile et bas.
353 humain, humain P S A M. — 363 entant, Sirè, entant (Sire) PS AM.
; Dont Israël, en sa victoire aperte,
S'esjouissant de la ruine et perte Du Philisthin, donne gloire et honneur  Dieu, qui est d'un tel bien le donneur.
 Dieu sans plus, non à l'effort humain,
» Â lui, qui m'a rendu forte la main,
 Dieu, qui seul puissant et merveilleux A mort en terre abattu l'orgueilleux.
Soit tout le prix de la victoire en somme, Et non à moy, caduc et mortel homme.
Saul.
Dieu seul au vray faut-il tenir et croire A tout-jamais digne d'honneur et gloire.
Parquoy de lui, qui à nostre grand heur De la victoire acquise est seul autheur, Le peuple entier célèbre la puissance.
Et soit la feste en toute esjouissance.
PAUSE
Trouppe.
Comme diffère à une autre journée Un autre jour ? comme en joye est tournée
Nostre peine aujourdhui ?
O comme Dieu convertit en peu d'heure (Quand il lui plaist) de qui gémit et pleure
En liesse l'ennui ?
Les jours passez, par amere contrainte Nous a donné terreur et dure crainte
L'effort des ennemis.
375 Israël, en... aperte, Israël, en... aperte P S A ; Israël en... aperte» M. — 386 tout-jamais tout jamais M. — 391 Trouppe Troupe M (Introd. 53). — 396 ennui ennuyS A M (Introd. 32).
400 Or se peut voir, par la bonté céleste, Tout Israël hors de peine moleste A délivrance mis.
Demie trouppe.
G)mme trouppeaux d'agnelettes, qui sont Loin de secours, et pour défense n'ont 405 Qu'un foible tour d'estables,
La peau leur tremble, et tremble aussi la voix, Sentans autour frémir des prochains bois
Les loups espouvantables :
Elles tandis sous leurs mères, n'ont cœur 410 Que de besler : et n'y a rien de seur
Dont soit leur force aidée :
Ainsi au bruit du danger appresté.
En dur effroy les filles ont esté D'Israël et Judée.
Trouppe.
4^5 Toutes en joye à ceste heure sont-elles.
Le souvenir des contraintes mortelles
Augmente leur plaisir.
De nostre Dieu victorieux la force A célébrer sa puissance renforce 420 En leurs cœurs le désir.
Devant leurs yeux est la crainte passée :
Mais de l'esprit est la peine chassée.
Grâce au Dieu de là haut.
Du mal amer l'expérience dure 425 Fait mieux cognoistre après, à qui l'endure.
Le prix que le bien vaut.
403 trouppeaux troupeaux M (Introd. 39). — agneleites aignelettesM.
— 408 espouvantables : espouvantables, P A ; espouventables, S ; cspouventables. M. — 415 sont-elles sont elles M. — 421 passée : M; passée. P S A. — 422 la peine chassée, chassée. PS A M. Faute d*impressioD : la crainte A M (Doublon : cf. crainte au vers précédent). — 423 là la S.
— 425 endure, endure P S A M.
Demie trouppe.
Au monde ainsi toute chose a son tour.
Au jour meilleur suivant le pire jour Triste ne persévère.
(30 L'orage au calme est succédant ainsi
Le calme au dur, et à l'hyver transi
La douce Primevère.
Ainsi David a changé de saison.
Ores lui est, pour sa basse maison (35 La haute Cour royale.
Ores il porte, en lieu du rochet blanc, L'anime au dos : le cimeterre au flanc Pour la fonde loyale.
Trouppe.
Dieu, qui ainsi en manières diverses uo Va conduisant les choses uni verses,
Et en ordre les tient, Doint à David longue et ferme durée En tel bon-heur, par faveur asseuree, Qui de sa bonté vient.
\4S Q.ue si cest heur il veut lui changer (comme
Tout est muable, et rien ne dure à l'homme)
S'il veut le jetter bas, Que neantmoins de sa crainte en la trace Il le conduise, et que de lui sa grâce ^50 II ne destourne pas.
Demie trouppe.
Nous cependant, puis qu'en paix il a mis Tout Israël, et que nos ennemis
S'en vont à vau de route,
437 a son tour. A M. Faute d'impression (?) : A son tour. PS. — 4^2 Primevère primevère M. — 435 Cour M ; cour F S A.
Tragédies sainctes. 8
fI4 TRAGEDIES SAINCTES
Puis qu'à David il a par sa vertu 455 Dressé le bras, dont il a combattu
Des grans la force toute, Puis qu'il a fait, pour rennemi charger De nos travaux, par un simple berger Ce miracle authentique, 460 A son honneur faisons de danse un tour :
Et d'une voix qui résonne à l'entour, Chantons un beau cantique.
Cantique a danser de la trouppe.
Trouppe, Sus, filles, à haute voix Chantez toutes à la fois.
Demie trouppe.
46$ Chanter l'honneur il nous faut
De Dieu qui règne là haut.
Trouppe, Chantez de bouche et de cœur.
Demie trouppe.
Chantons le grand Dieu veinqueur,
Trouppe.
Dieu vaillant et fort 470 A fait grand effort.
Dieu vaillant, etc.
455 combattu combatu M (Introd. 40). — 456 grans grands M. — 460 tour : M ; tour. P S A. — 465-470 Sus, files, à haute voix... Les huit vers qui forment la première strophe de ce Cantique sont donnés dans M sans aucune division ; mais les strophes suivantes sont coupées comme ^dans P S A. — 469 fort S (Altus, Ténor, Bassus) ; fort, P S (Cantus)
Trouppe, Nostre Dieu, par sa vertu, Dieu pour nous a combattu.
Demie trouppe, Nostre Dieu pour nous a mis En route nos ennemis.
Trouppe 475 Dieu nous est garde et sauveur.
Demie trouppe.
Dieu nous preste sa faveur.
Trouppe.
Dieu vaillant et fort A fait grand effort.
Demie trouppe.
Dieu vaillant, etc.
Trouppe.
Sus, filles, levez aux cieux 480 La voix, le cœur, et les yeux.
Demie trouppe.
Levons toutes à la fois Les yeux, le cœur, et la voix.
Trouppe.
Dieu nous est garde et appui.
Nostre espoir est tout en liii.
Trouppe.
485 Dieu vaillant et fort
A fait grand effort.
A M. Cette ponctuation n*est d'ailleurs pas reproduite par P S A M au refrain des strophes suivantes.
Il6 TRAGEDIES SAINCTES
Demie trouppe.
Dieu vaillant, etc.
Trouppe, Israël, ton Dieu vivant Va l'ennemi poursuivant.
Demie irouppe.
L'espoir est vain des humains 490 Aux dieux forgez de leurs mains,
Trouppe, L'espoir est vain des Gentils.
Demie irouppe.
Vains comme leurs dieux sont-ils.
Trouppe.
Dieu vaillant et fort  fait grand effort.
Demie irouppe.
Dieu vaillant, etc.
Trouppe.
495 Sus, encore au Dieu veinqueur
Chantez de bouche et de cœur.
Demie irouppe. Chantons de cœur pur et fin Au Dieu qui règne sans fin.
Trouppe.
Dieu d'Israël règne et vit.
Demie irouppe.
500 Dieu vivant sauve David.
Trouppe.
Dieu vaillant et fort A fait grand eflFort.
Demie trouppe.
Dieu vaillant, etc.
Satan.
Non, non, ce n'est pas moy, non, ce ne suis-je pas Qui me lasse jamais. Jamais je ne suis las
SOS A poursuivre et tenter ce monde misérable. Pour le conduire au fons de .la mort perdurable : Mort, qui est au péché, où je le tasche attraire, La juste recompense, et le dernier salaire.
A ce malheur j 'employé, et ne perds point ma peine.
Sio Car de péchez la terre est entièrement .pleine. Tous s'adonnent à mal, par lequel tous humains Sont dignes de tomber en mes cruelles mains.
Mais estant à la mort leur nature asservie Par le péché commis. Dieu, qui donne la vie,
51S Maugré tous mes efforts, veut sauver aucuns d'eux De venir au profond du lac triste et hideux.
Combien que cependant, en ce nombre infini De péchez, mal quelconque il ne laisse impuni. Tant il est Juge droit. Mais la miséricorde,
520 Laquelle à ses eleus garder il se recorde. Fait que rien ne laissant de sa droite justice, Moy, et la mort ensemble il nous assujettisse : Et sont ceux qu'il lui plaist à délivrance mis. Qui attendans le jour d'un moyenneur promis,
S2S Se tiennent asseurez que ce pleige pour eux La peine portera de leurs faicts malheureux.
En ceste foy (malheur) faut-il que je les voye Obstinez se tenir du salut à la voye :
50} moy, non, ce moy. Non, ce P S A ; moy. Non ce M. — ^06 perdurable : perdurable. P S A M. — s^o '^'^^ esleus A M (Introd. 46). — 528 voye : voye. P S A M.
Il8 TRAGEDIES SÂINCTES
Dommage amer à moy, crevecœur, et despit.
S)o Despité suis-je bien qu'un seul trouve respît Et moyen d'eschapper les embusches dressées, Dont je cerche tenir les âmes oppressées.
Ces sainctes gens feront ce qui sera en elles. Dieu leur fera sentir ses bontez éternelles
535 Tant et comme il voudra : moy, cauteleux et fin. Leur mortel ennemi, j'empescheray sans fin Leur bien à mon pouvoir, contendant à rencontre, Et leur dressant par tout ruine et malencontre. Car de mon naturel je ne cesse ni dors,
540 Pour faire destourner le monde au chemin tors. Ainsi depuis que l'homme encontre Dieu meffit. Je fay à travailler un merveilleux profit.
Ainsi faut-il que moy, et mes malheureux anges. Et mes supposts acquis, par tous moyens estranges,
545 Cerchions de profiter, et qu'au desavantage De quiconque ce soit, croisse nostre héritage. Par tel pouvoir superbe et vouloir tyrannique. Font valoir les meschans mon règne satanique. Lequel par tout j'avance au monde large et loin :
550 Et le maintien (cruel) avec travail et soin. Ainsi par diligence à moy j'attire tout.
Le labeur tout surmonte, et de tout vient à bout. Par labeur j'ay tant fait que des miens en tout lieu Le nombre est infini sur les hommes de Dieu.
555 Dieu relient seulement ceste race d'élite. Il garde encontre moy ce peuple Israélite :
Dont encor' neantmoins bonne part vient à moy. Qui se vont fourvoyant du chemin de la Loy.
529 crevecœur creve-cœur A M. — 541 mej}it mesfit M. — 548 mescbam mechansM (Introd. 47). — 551 f attire s'attire A M. '— 556 Israélite : Israélite, P S A M.
Les autres nations par tout vaines et folles,
560 S'adonnent à servir aux faux dieux et idoles, Qjae je leur fay forger, induisant leurs courages  craindre et adorer de leurs mains les ouvrages. Je poursui, et sans cesse ainsi je poursuivray Au faux renger le monde, et destourner du vray.
565 Voire encor* s'il advient que la promesse faite
Du Sauveur, que ce peuple attend, et le souhaitte. Tende à manifester de Dieu la vérité, J'entreviendray tousjours de mon authorité, Pour esteindre et couvrir l'esclairante lumière,
570 Et maintenir le monde en l'erreur coustumiere, Qui conduit à la mort. Ainsi feray-je bien, Faisant comme je fay, que ce qu'à moy je tien, A moy je le tiendray. Et bien que les parties De maintes nations, doivent estre adverties
57S Du salut à venir, par la voix de là haut,
Tousjours croire feray que mieux la mienne vaut : Tousjours auray par tout mes idoles de fonte : Et ceux qui se tiendront estre appelez au conte Des enfans du vray Dieu, en fin seront trouvez
580 Avoir esté par moy de mensonge abbreuvez. Pour pervertir le sens de la Parole escrite, J'ay, et auray entre eux une race hypocrite.
Qui portant le manteau de religion saincte, Monstrera par dehors une saincteté feinte.
585 Ainsi fay-je, et feray qu'à estimer le prix
Des Saincts, encontre ceux que j'ay et auray pris. Le nombre des eleus seulement soit et vaille
576 vaut: vaut. P S A M. — $77 fonte : fonte. P S A M. « 580 ahbreuvei abreuvez M.— 581-584 Pour pervertir k sens... Ces quatre vers sont supprimés dans M (Introd. 18).
Un bien petit de grain, sous un grand tas de paille. Or pour du tout encor' perdre et gaster ce grain , 590 U le faut rudement (car par trop je le crain)
Oppresser par les miens, dont l'abondante foule
Jamais à le fouler ne se désiste ou soûle.
Sur tout ay-je besoin, pour Testât de mon règne,
Exterminer David par mort, ou qu'il apprenne 59$ A désormais ne vivre ainsi qu'il a vescu.
Il faut qu'à mes assauts il demeure veincu.
Trop, c'est trop résisté. Comment peut-il contendre
D'un courage tant fSrt en cest aage si tendre ?
Geste force est d'ailleurs. Si faut-il besoigner, 600 Quelque support qu'il ait, pour de Dieu l'esloigner.
Sus, sus, que tous moyens j'employe, et que j'assemble
Mes forces contre lui, et contre Dieu ensemble.
Merob.
Ceux qui viennent du camp, ma sœur, Content de David, que pour seur 605 En Israël n'y a point d'homme
Si bien formé de taille, comme On le voit, ne qui ait le corps De membres si vaillans et forts.
MiCHOL.
Comme vous dites, tout ainsi, 610 Ma sœur, on le m'a dit aussi.
Mais sur tout ce qu'on m'a conté De lui, me plaist une bonté Qu'on dit en lui estre fort grande.
Et qui beaucoup le recommande.
594 apprenne apprene M. — $97 peut-il peut il S. — $99-600 besoigner,,» esloigner besongner... eslongner A M.
Merob.
<>is A la bonté, richesse rare,
Autre vertu ne s'accompare.
MiCHOL.
C'est grand cas qu'estant en ce poinct Jeune et beau, en lui n'y a point De gloire à la beauté compagne, •620 Qui tout au pris de soy desdaigne.
Merob.
Mais ce qu'on conte de la grï(i:e Qu'il eut, quand il vit en la place Le Géant, l'attendre pied coy.
MiCHOL.
Là fit-il bien preuve de soy.
Merob.
625 On dit que sans efFroy quelconques.
Faisant un peu d'arrest adonques,
Il fit à Dieu prière et vœu.
Duquel aussi tost à l'adveu.
Sans armes marcha contre cil 630 Qui armé, fronçoit le sourcil.
Et faisoit de lui peu de conte.
Mais David, pour venger la honte
D'Israël, lui fit bien apprendre
Que c'est d'encontre Dieu mesprendre.
MiCHOL.
635 De Dieu, que pour soy il avoit.
L'honneur seulement le mouvoit :
Non l'orgueil, ni la vaine gloire.
6x7 estant M. Faute dMmpression : estans P S A. — 620 pris prix A M. — 622 vit vid A; veit M. — 626 adonques adoncques M (Introd. 49).
Merob.
Cela peut-on cognoistre et croire
Par les mots que d'un cœur rassis 640 II dit à cest incirconcis,
Qpe pour ses indignes blasphèmes
Il desfit de ses armes mesmes.
Dont la teste après rapportant,
N'a voulu du combat pourtant 645 La gloire, qu'au veinqueur on donne»
MiCHOL.
Le vanteur perd la grâce bonne De ses hauts faits, tant soit exquis L'honneur qu'il peut avoir acquis.
Or aujourdhui pourrons-nous voir 650 Celui que vous devez avoir
Pour mari : à lui devant tous Pour femme, promise estes-vous.
Merob.
Le Roy en face à son plaisir.
De moy, quand j'auroye à choisir, 6s s Ne lui n'autre je ne désire.
Mais tant vous en puis-je bien dire,
Que selon moy, c'est bien raison
Qjiej'aye un Prince de maison.
Vous, ma sœur, de moy parlez bien : 660 Mais de vous, vous n'en dites rien.
MiCHOL.
Et que voulez-vous que j'en die ?
A qui n'a point de maladie.
Le medeciner lui est vain :
638 peut-on peut on S. — 6$6 puis-je puis je S. — 663 medeciner memcincr S. — vain : vain, P S A ; vain. M.
Vain le manger à qui n'a feim.
665 duant à vous (je le croy ainsi)
Pour guérir le mal du souci
Qpi vous tient, seriez bien contente
Voir de vous abbreger l'attente,
Et d'Adriel Meholathite.
^o Je suis encore assez petite.
Trop jeune est l'aage encore en moy,
Pour d'un mari estre en esmoy.
Tel s'avance au pas d'un endroit,
A qui mieux reculer vaudroit.
Merob.
675 Je say bien qu'à celui qui pense
Tost s'avancer, la recompense Est le plus souvent, de sentir Un tard et triste repentir.
Mais d'aller chez la Royne ensemble 680 Nous tardons beaucoup, ce me semble.
Ja passe l'heure coustumiere. Entrons-y.
MiCHOL.
Entrez la première.
Trouppe.
L'excellente beauté, La haute royauté, 685 Le grave port, et la grâce bien née.
Cela monstre de soy Aux deux filles du Roy, Du ciel bénin grande faveur donnée.
668 ahhreger abr^r S. — 680 beaucoup beaucop M. — semble, semble, P S A M. — 682 Éntrons-y A M ; Entrons y F S. — 687 Rcfv, Rov A M ; Roy. PS. / /' J
Demie trouppe.
Il n'est beauté si belle ^ Comme en David, si d'elle
Conter au vray la valeur entend-on.
Comme tremble en mer Tonde, La chevdeure blonde D'or lui crespit la teste et le menton.
Trouppe.
^s Qui ne regarde fors
A la forme du corps, Et à l'objet de l'apparente grâce.
N'estime l'honneur haut, Ne sait qu'au monde vaut 700 Le noble prix d'une royale race.
Demie trouppe.
Nostre victoire acquise Par la prouesse exquise Du fort David, mérite nom royal.
Trouppe.
O royale pucelle :
70 s O fille heureuse celle
A qui David sera mari loyal.
ACHINOAM
Faites marcher tout cest ordre à la porte.
Qu'en reng dressé toute la pompe sorte.
Chacun son lieu ordonné suive et garde.
710 Estre ne peut que gueres le Roy tarde
A arriver. Vous, mes filles, et moy Irons au temple, y attendre le Roy.
Là cependant rendrons grâces à Dieu, De ce qu'il rend et rameine en ce lieu
715 Le Roy sauvé de la main Philisthîne,
Aujourdhui mise en fuite et en ruine.
Bien tost viendra quelqu'un nouvelle en dire, Si ja celui qui courant ici tire Ne vient de lui m'apporter quelque charge.
MiCHOL.
720 Cognoissez-vous, ma sœur, à ceste targe
Celui qui vient ?
Merob.
Soit quiconque il puisse estre.
MiCHOL.
Si deussiez-vous pour le moins recognoistre La banderoUe, et voir au bout du dard Ce rouge en l'air.
Ma dame, Dieu vous gard.
ACHINOAM
25 Qu'apportes-tu, Adriel ? Aurons-nous
Bien tost le Roy ?
Adriel.
Il m'envoye vers vous.
Pour de sa part vous donner à entendre Q.ue moins d'une heure avez-vous à l'attendre.
ACHINOAM
Quelle est en lui la santé ?
Adriel.
Bien entière.
724 gard gard* S. — 727 à entendre Faute d'impression : a P.
ACHINOAM
7)o Au moins a-il de s'esjouir matière.
Et du combat ?
Adriel.
Nostre en est la victoire.
ACHINOAM
Dieu, de sa force à tous siècles notoire, A fait ici plus ample demonstrance.
Vis-tu mener le Géant à outrance ?
Adriel.
75$ J'estoye à voir comme Tame il rendit.
ACHINOAM
£stoit-il bien si grand comme Ion dit ?
Trouppe.
De l'homme le parler n'est point sans fiction, Qui a le cœur empli d'ardente affection.
Adriel.
Le corps fut dit, par les bandes Judees, 740 Avoir de haut environ cinq coudées.
Demie trouppe.
Ainsi est la vertu près des Rois asservie A la detraction, au faux, et à l'envie.
ACHINOAM
Et quand au camp les combattans ensemble Furent entrez.
MiCHOL.
O Dieu ! le cœur me tremble.
ACHINOAM
745 Lequel des deux vint son homme charger ?
Adriel.
David rouant sa fonde de berger, Tira son coup : et à l'heure opportune (Comme il avient) la pierre de fortune Au front ouvert du Géant fut plantée.
7SO Dont les yeux morts, la face ensanglantée,
Le Philisthin par terre alla bruncher.
Si qu'à la teste aussi tost lui trancher Trop le berger empesché ne fut pas.
Car le Géant estourdi, rué bas,
7S 5 Ne se sentit desgainer son espee.
La teste morte ainsi lui fut couppee.
Trouppe.
Quoy que soit blasonné l'honneur, Faire ne peut le blasonneur, Par desguiser son conte, 760 Que le bien-faire n'ait son prix,
Et sur qui à mentir s'est pris Ne retourne la honte.
ACHINOAM
Grâces devons à la bonté céleste.
Louange à Dieu, qui a du bras moleste 765 Rompu l'effort : qui, selon son destin
Sauve Israël : abat le Philisthin.
Demie trouppe.
Dieu donne faveur opportune.
En Dieu n'y a rien de fortune.
C'est de Dieu la bonté 770 Sur qui David s'appuye et fonde :
748 avient advient M (Introd. 44). — 751 hruttcber broncher M. — 756 couppee coupée M. — 760 bien-faire bien faire A M, — ^70 fonde . fonde. PS; fonde, A M.
En Dieu, la pastorale fonde A le guerrier domté.
Que vous plaist-il estre dit et mandé De vous au Roy ? car il m'a commandé 77S Lui reporter vos nouvelles, ma dame.
ACHINOAM
Tu lui diras qu'en Gabaa n'est ame Qui de le voir en santé n'ait désir :
Et quand sera d'arriver son plaisir En la cité, tout est prest à l'attendre.
Adriel.
7H0 Le tout ainsi je lui feray entendre.
MiCHOL.
Or t'en rêva. Et ne vienne personne Que le désir au parler passionne.
Adriel.
Le malheur a voulu qu'ainsi venu je soye A rencontrer la Roi ne, au milieu de la voye,
78s Et ses filles avec. Dont avoir je n'ay peu Le moyen de parler à Merob quelque peu.
O que d'aimer ainsi en crainte, est peine amere ï Seulement ay>je peu, à cause de sa mère, Lui faire au destourné signe de l'œil, à quoy
790 Elle ne respondant, son œil a tenu coy,
G}mbien qu'elle m'ait veu. C'est cela, c'est cela.
C'est ce quéj'ay pensé. Car apperceu elle a
Le signe que j'ay fait, sans me rendre aucun signe.
775 dame Dame M. — 777 désir : M ; désir. P S A. — 784 Ramr Royne A M (Introd. 36). — 789 desUmrni destourné, P S A M.
Elle m'a bien esté ci devant plus bénigne.
79S C'est cela seurement. Elle a ja au courage, Ja elle cuide avoir David en mariage.
C'est raison qu'un berger, pour un coup d'aventure, Dont un grand animal gist à desconfiture, Ait la fille du Roy. Mais n'est-ce pas raison
800 Mettre après un berger, un homme de maison ? En quel prix serons-nous désormais ? que sera-ce, D'avancer telles gens sur les hommes de race ? Si ne s'est point le Roy encores diverti De son premier propos, tenu sur le parti
Î05 Que j'espère et preten, de Merob son ainee, Que David pense à soy devoir estre donnée Pour un coup fortuit qu'il a fait de sa main. Le Roy Ta bien promis aujourdhui, mais demain Il changera d'advis. De ce que le Roy peut
8to a son subjet promettre, il en tient ce qu'il veut. Le Roy a la victoire : et n'est plus en suspens. Que lui est-il besoin tenir à ses despens Une promesse faite ? ô l'opinion folle D'une fidélité de garder sa parole !
815 Le Roy (de mon conseil) sa foy garder apprenne Sans plus, pour maintenir sa puissance et son règne, Se monstrant véritable à la tourbe crédule.
Où la chose est légère, et d'importance nulle. Pour au peuple nourrir l'opinion qu'il donne
B20 D'une vérité pure, et conscience bonne.
Mais où de son dommage il apperçoit le poinct. Que sa foy soit rompue, et ne la garde point.
795 ja au courage f Faute d'impression : ja couragt, M. — 815 apprenne apprene M.
Si toutesfois ici religieuse crainte
L'induit i ne vouloir monstrer sa foy enfreinte,
825 Et que Merob il donne à ce jeune avolé, Moy, qui desja me sen le courage affolé De ce qui est promis, j'entreprendray de voir Si par force ou par dol je la pourray ravoir, Qiioy qui puisse avenir. Rien n'y a qui m'en garde.
850 Rien n'est au desespoir qui le retienne ou tarde.
Satan.
Ainsi de furieuse rage Le monde à tout mal j'accourage.
Ainsi à plaisir je me bagne Quand à moy je l'attire et gagne.
8j5 II faut poursuivre: et faire tant
Que David, nouveau combattant, Par moy et les miens combattu.
Perde l'espoir et la vertu Qui le soustient, et sa constance
840 Plus ne me face résistance.
Il faut que de ces gens l'envie J'enflamme sur l'heur de sa vie.
Pour lui donner peine et ennui, Tant que de Dieu, son seul appui,
845 De Dieu, qui est son asseurance,
Il tienne vaine l'espérance.
Ainsi mainte façon diverse A ruiner l'homme j'exerce.
Les uns battus d'estranges maux,
850 Tiennent en fin que Dieu est faux :
Et les meine le desespoir
824 enfreinte enfrainte A M. — 8)^-854 bagne,., gagné baigne, gaigne M. — 850 faux : M; faux. P S A.
A plus n'estimer son pouvoir.
Les autres, en délices molles
Suivans leurs opinions folles, 855 Jouissent de biens à planté.
Sur quoy leur espoir est planté.
Puis ces félicitez mondaines
De leurs mains s'en volent soudaines,
Et eux (misérables humains) 860 Demeurent serrez en mes mains.
Tant d'ames, par autres manières,
Sont en mes liens prisonnières.
Où David attrapper je tasche.
Gir encores que bien je sache 865 Qu'il se fie en Dieu, toutesfois
J'en ay fait d'autres maintesfois
Abandonner ceste fiance,
£t de Dieu quitter l'alliance.
Je pesche en toute eau, morte, et vive, 870 Claire, trouble, autant à la rive
Qu'en pleine mer, ou lac, ou fleuve.
En tout lieu le hazard se treuve.
Où moins pense le monde vain
Qji'il y ait pour moy quelque gain, S75 Là se trouve anguille sous roche.
C'est là où plus souvent s'accroche
Et se vient prendre le poisson
A l'amorce de l'hameçon.
Les bons j'attire à mes appas :
880 Les autres, qui bons ne sont pas,
Mais de bonté font bonne mine.
856 Sur quoy Surquoy M. — 858 s'en volent s'envolent M. — 863 attraper attraper M. — 864 encores encore M. — 875 trouve treuve A M. — 879 appas : M ; appas. P S A.
Sont ceux en qui plus je domine :
Car ceux qui sont les plus couverts Sont volontiers les plus pervers.
88$ La Loy de Dieu feint l'hypocrite
Avoir dedans son cœur escrîte :
Mais trop grande est la différence De l'effect, et de l'apparence.
De ces bons ainsi apparens
890 Est Doeg, et ses adherens.
Ce sont ceux qu'il faut que j'employe.
Par eux faut-il que je desploye Mes tours, pour faire tel encombre Que des miens David soit au nombre.
895 Que si tant fort il m'est contraire
Qu'à moy je ne le puisse attraire.
Au moins me sera-ce plaisir Cognoistre des miens le désir A l'opprimer, et de voir comme
900 A tout malheur s'adonne l'homme.
Doeg.
Non seulement aujourdhui ceste chose Au grand danger d'Adriel se dispose, Mais (si tu es de Michol amoureux) Ce faict entier est mesme dangereux 90s Autant à toy ou plus qu'à Adriel,
Voire qu'à nul qui soit en Israël.
Car ce qu'il va de Merob poursuivant Le mariage, il en est si avant, Et tant le Roy a promis sur l'affaire.
886 êscriU : escrite. P S ; escrite A ; escrite, M. — 897 Au moins Aamoins M.
910 Que mai aisé sera de le desfaire.
Ce qu'avenant (comme avenir je pense) David aura Michol pour recompense.
Et toy frustré de ton espoir adonques, Tu maudiras et toy, et l'heure qu'onques
915 A ce parti parvenir tu cerchas,
Duquel à toy sera vain le pourchas.
De tout ceci t'advertir vueil-je bien.
Car tien-toy seur, Phaltiel, que ton bien M'est autant cher (je le di sans reproche)
920 Qu'à nul des tiens, et fust-ce le plus proche.
Phaltiel.
Pour estre tel ton vouloir envers moy.
Dont je suis seur, suis- je plus en esmoy De tout mon faict, sachant ici combien Au vray, Doeg, tu parles pour mon bien.
925 Mais pour le tout mieux conférer ensemble.
Suivant du Roy la parole, il me semble, Puis que Merob il a mise pour prix De la victoirej au combat entrepris.
Lors qu'Israël sa ruine attendoit,
930 Que s'en desdire à ceste heure il ne doit.
Et s'il tient seur le dire de sa bouche.
C'est Adriel à qui le danger touche.
Non pas à moy.
Doeg.
Mais quoy ? ton danger n'est-ce Si ja premier l'oblige sa promesse 9J5 Vers Adriel?
910 mal aisé malaisé S ; mal-aisé M. — 91$ cerchas cherchas M. — 918 tien-toy A ; tien toy P S M. — seur, Phaltiel, seur (Phaltiel) P S A M. — 924 vray, Dœg, vray (Doeg) P S A M.
134 TRAGEDIES SAIKCTES
Phaltiel.
Vray-semblable il n'est point Qjie jà le Roy soit venu à ce poinct :
Et quand ainsi seroit qu'il Teust promis, Ce fait à part sera plustost remis Q.ue mise soit à néant la matière 940 Dont se ressent la republique entière.
DOEG.
Quel est du Roy le conseil en ceci,
Nous ne savons. Mais c'est nostre souci
Selon le temps, de suivre, ou d'éviter
Ce qui nous peut ou nuire ou profiter.
94S Soit Adriel, soit David (car l'un d'eux
N'y peut faillir) à quiconques d'eux deux
Puisse le Roy donner sa fille ainee,
La jeune à l'autre après sera donnée.
A marier n'y a que deux pucelles, 9$o Vous estes trois : et au parti d'icelles
Tu n'es qu'un tiers et dernier poursuivant :
Les autres deux en conte vont devant.
Voire de toy ne se fait aucun conte.
Danger y a que grand dommage et honte 955 Ne t'en avienne, et ta faveur en Court
Ne passe vaine, ou ne demeure court.
Phaltiel.
A bien peser ces choses, dont je t'oy Faire discours (et je les tien de toy Comme de qui tout bon conseil j'espère) 960 Je ne voy point que rien me soit prospère
936 jà ja s A M. — poinct : M ; poinct. P S A. — 940 la république Faute d'impression: le P. — 946 quiconques quiconque M. — 95s Court M ; court P S A.
Pour l'avenir : dont Tesperance toute Perdue en moy, se change en peine et doute.
Que puis-je faire ici, je te supplie ?
DOEG.
Tu vois comment Adriel rien n'oublie.
965 II a bien seu trouver moyen subtil
Q.ue de la part du Roy allé soit-il
Devers la Roine, aveques charge expresse.
Où il a fait la court à sa mais tresse.
Pour à son faict cependant parvenir, 970 II sait fort bien la Roine entretenir.
Phaltiel.
Il faut que mieux désormais je travaille.
DoEG.
Mais si tu vois que ton faict ne te vaille, Ni ton travail, ains perdant peine et grâce.
Vienne David te chasser de la place ?
Phaltiel.
97 s Qu'auray-je à faire ?
DOEG.
A qui a le cœur haut, Fortune est preste, et moyen ne lui faut.
Satan.
Il faut veiller et de nuict et de jour.
On peut trouver entre cent mille un tour Pour despescher celui qui nous empesche, 980 Et ne sait-on d'où vient ceste despesche.
967 aveques avecque M (Introd. 48).
l$6 TRAGEDIES SAINCTES
Satan.
Veain, cousteaux, guet a-pens, faux tesmoins.
Phaltiel.
J'en pense bien quelques uns pour le moins.
Mais Adriel revient ja de la ville.
O comme il est diligent et habile !
9^$ Il faut de lui des nouvelles savoir.
Adriel.
Où est le Roy ?
DOEG.
Tu me semblés à voir Fort eschauflfé.
Adriel.
Dites-moy où il est.
DOEG.
Mais je te pri', sans faire grand arrest.
Adriel.
Je n'ay loisir.
Doeg.
Mais la Roine, di-nous, 990 Les jeunes gens, les dames, sont-ils tous ?
Ils sont tous prests. Dites, sans plus d'attente. Où est le Roy.
Doeg.
Le Roy est en sa tente.
q8i oouiteauxy guet a-pens couteaux, guet-à-pens M. — 983 Mais Adriel... Aligné dans P S A M. — 987 Dites-moy Dites moy S. — 988 ^ pry M. — 989 di-nous dy nous M. — 991 attente, attente P S A M.
David, seul.
Ce qu'arresté je suis en ceste cour du Roy, Où tant je voy de gens, de chevaux, de charroy,
99S D'orgueil, de vanité, ce n'est point que je soye (Si Dieu m'est défenseur) pour à l'inique voye De l'homme traversant me destourner et tordre : Bien que celui qui tend à suivre le bon ordre De justice et bonté, le plus souvent s'applique,
xooo S'il hante les meschans, à la traverse oblique. Q^i a désir de vivre en la crainte de Dieu (Malheur à qui n'y vit) soit arrière du lieu Où s'adonner à bien nul au cœur n'a envie, Ains obstinée en mal persévère la vie.
loos Tousjours doit la santé fuir la région Qui la peut infecter de sa contagion.
Je say que de la Cour (gent mensongère et vaine) Une partie en est moins que l'autre mal saine : Mais si quelqu'un, ami de simplesse et rondeur,
loio Va de sa conscience espandant saine odeur, On ne la peut sentir : à peine le voit-on :
Et comme quelquesfois de rose un seul bouton Au fons d'un fort halier est estôuifé d'espines, Il est pressé de torts, de fraudes, de rapines.
1015 Moy, si tant me venoit ceste tourbe presser,
Qu'à toy, Seigneur, mon œil je ne peusse adresser. Et mon cœur fiist réduit à quitter, par contrainte, De ta Loy le souci, de toy, mon Dieu, la crainte, Plustost vienne la mort : plustost, je te pri'. Sire,
997 tordre: tordre. P S A M. — 1003 adonner addonner M. — 1007 Cour cour P S A ; Court M. — T008 saine : M ; saine, P S A. — loii voit-on : voit-on. P A M ; voit-on S. — 10 12 quelquesfoii quelquefois M
— 1013 fons fonds M (Introd. 43). — 1016 /oy, Seigneur, toy (Seigneur) P S A M. — 1018 icj, mon Dieu, S ; toy (mon Dieu) P A M.
— 1019 pri^ pry M,
1020 D'entre ces malheureux, mais du monde me tire.
Combien qu'en tous dangers tu asseures les tiens.
Et iceux aux assauts invincibles tu tiens.
Ton peuple tu gardas, lors que taschoit l'abattre
Par tous outrages durs, Egypte l'idolâtre :
1025 Puis le tiras d'entre eux par ton robuste bras.
Ainsi, Seigneur mon Dieu, qui sous moy jettas bas
Le brave incirconcis, tu me feras la grâce,
Qii'entre ces gens errans, je ne laisse la trace
Où ta crainte m'adresse, attendant un demain 10 30 Que sain, pur, et entier, m'en délivre ta main.
Le camp ne m'a tenu, et ne l'ay visité
Par un mondain désir et curiosité
De voir une bataille entre deux exercites.
C'est toy. Dieu tout-puissant, qui à ton œuvre excites 1035 Les tiens, comme il te plaist : c'est toy, qui à la guerre
Combattre m'envoyas, pour sur la vile terre
Rendre plat abbattu l'orgueil du Philisthin.
Tel estoit le secret de ton seur predestin,
Qu'ainsi au camp je fusse envoyé par mon père, 1040 Pour le peuple en ton nom délivrer : et espère
Que comme sous ta main. Seigneur, tu asseuras
Nostre victoire heureuse, ainsi tu parferas
Ce qu'as encommencé, n'abandonnant ma vie
Au désir des meschans : car en toy je me fie. 1045 Tu feras que des maux et des malins, la voye
(Q.uoy qu'en soye oppressé) à mal ne me desvoye,
Ni que l'honneur qu'entre eux je puisse recueillir
Me face vainement jamais enorgueillir.
1022 assauts S ; assauts, P A M. — 102} gardas, M ; gardas P S A. — 1024 idolâtre : idolâtre. P S A ; idolâtre, M. — 1026 Ainsi, Seigneur mon Dieu, Dieu S; Ainsi (Seigneur mon Dieu) P A M. — jettas Faute d'impression : jette A M. — 103 1 Le camp Faute d'impression : La P. — 1041 main. Seigneur, S ; main (Seigneur) P A M.
Que ce qui m'aviendra, ô Seigneur, je le tienne DSo Non d'ailleurs me venir, que de la faveur tienne. Tu m'as levé le bras : tu t'es servi de moy A délivrer ton peuple, et tirer hors d'esmoy. En lieu de la houlette avenante au berger.
D'un javelot au poing tu m'as voulu charger : 055 Tu m'as changé la fonde en ce glaive qui tranche, ^ Le rochet pastoral en ceste armure blanche, En armet le chappeau, la malette en pavois.
Satan.
Qpand ainsi bravement equippé tu te vois.
N'es-tu pas assez fort pour faire à Dieu la guerre ?
David.
[060 En ton nom tu m'as fait heureusement acquerre L'honneur de la victoire.
Satan.
A toy honneur exquis.
David.
O Dieu! que di-je à moy estre l'honneur acquis ? A Dieu seul tout honneur.
Satan.
A qui est la promesse De la fille du Roy, qu'à ta seule prouesse ?
David.
io6s Si faite m'a esté la promesse et l'ottroy (Pour entrer au combat) de la fille du Roy, Telle ne soit en moy, mon Dieu, la convoitise
1049 oviendra, 6 Seigneur, aviendra (ô Seigneur)? A ; (o Seigneur) S (Introd. 11) ; adviendra (ô Seigneur) M (Introd. 44). — 1054 charger : M ; charger. PS A. — 1057 chappeau chapeau M.
D'honneur ambitieux, que pour ma vaillantise Un tel bien m'estre deu je présume jamais.
Satan.
1070 Mais estant gendre au Roy (croy-moy) je te promets Les premières faveurs. Ja de toute la Court L'œil t'admire estonné. Ja ton nom passe et court. Non seulement cognu du peuple Israélite, Ains est aux estrangers ta gloire non petite.
David.
107 ) Si ce qui m'est promis je doy seurement croire Me devoir avenir, pour tourner à ta gloire, Qp'il m'avienne, mon Dieu. Autrement, seul, et loin Des hommes et du bruit, je me retire au coin De l'hostel paternel : et qu'au séjour champestre,
1080 En gardant mon trouppeau, le voyant l'herbe paistre. De tes louanges, Sire, à la harpe, à la voix. Je face retentir la campagne et les bois.
Là, de nul entendu qui m'ennuye ou moleste, Mes chansons seulement, jusqu'en ton lieu céleste
1085 Toucheront ton oreille. En telle solitude, A rien qu'à te louer ne mettray mon estude.
Là du tout m'asseurant en ta forte défense.
Qui tousjours m'a gardé, je ne craindray l'offense Des hommes dangereux. Là passeray mes jours,
1090 Sans craindre les aguets des lions ne des ours. Ni d'ennemi quelconque, estant le secours tien Seul invincible, auquel asseuré je me tien.
Ou soit que l'ennemi se présente, et loisible Me soit le voir à l'œil, ou qu'il soit invisible.
1068 ambitieux ambicieux M. — 1070 croy-moy croy moy P S A M. — 1071 Court court P S A M. — 1072 court. M; court P S A. — 107} cof nu cognen M. — 1082 campagne campaigne M. — 1084 ton lûu toutlieuAM. r-^ * 6 --»
Satan.
)95 Geste constance est forte. Or si ne vueil-je pas Me désister jamais que ne la jette bas.
PAUSE
Puis qu'Adriel, de Gabaa rapporte Que ja le peuple est sorti à la porte, Il faut partir, sans plus faire séjour.
Ja bien avant passe l'heure du jour.
Abner.
Nous attendons que partir il vous plaise.
On peut entrer de grand jour bien à l'aise En la cité. Le chemin n'est pas long.
Saul.
Puis qu'il est court, allons à l'aise donc.
Jonathan.
Le jour est beau : le ciel clair et serain.
David.
Ainsi plaist-il au Seigneur souverain Son beau soleil dessus nous faire luire.
Pour tous en joye au retour nous conduire.
AbinADAB, fils de Saul.
Les dames ont plaisir en ce temps beau De ne voir point aujourdhui tomber d'eau Sur leurs habits, et somptueux atours.
Melchisua.
Mais de n'avoir qui empesche les tours,
1096 jeiU heu jette à bas M. — iiii somptueux sumptuenx S.
Et les retours, que toutes à la danse Elles feront, par commune accordance.
Abner.
11x5 Je croy que grand est le désir en elles
De voir les jeux, et festes solennelles.
Des femmes est la nature, d'aimer Plustost et mieux cinq festes à chommer, Qm'uu jour ouvrier, tant soyent bonnes ouvrières, II 20 Ou pour danser, ou pour estre gorrieres.
AbINADAB, fils de Saul.
Leur nature est d'aimer nouvelles choses Plustost que d'estre au fons des chambres closes. L'œuvre à tous coups laissent les mesnageres, Pour courir voir les choses estrangeres.
Melchisua.
II 25 On ne sauroit juger (à leur désir
Considérer) en quoy plus de plaisir Elles prendront, ou à la danse ronde, Ou à parer la cheveleure blonde, Et à l'envi la monstrer bien coiffée,
1130 Ou bien à voir la teste et le trophée
Du Philisthin. Leur coustume est d'avoir Fort grand plaisir à .telles choses voir.
David.
Nostre bon Dieu, par sa bonté, leur doint Qu'à vanité l'œil ne s'amuse point, II 3 5 Et que le cœur d'estre arrestése garde
A ce qu'on peint, qu'on habille, qu'on farde. Trop le penser humain se rend subjet (Sans autre esgard quelconque) au seul objet
C2ui se présente : et le vouloir crédule 40 Du seur et vray volontiers se recule,
Pour au mensonge et au faux se renger.
Plaise au Seigneur garder de ce danger
Son Israël. Qu'en ces despouilles belles,
Qu'au riche prix, qu'en l'apparence d*elles, [4s Qu'au brave chef Philisthin, que je porte.
Soit veu de Dieu l'honneur, et la main forte.
Soit entendu qu'à rien de ceste terre
Rien n'est acquis de triomphe à la guerre.
Là ne soit l'œil ni la pensée assise.
50 Dieu a desfait la gent incirconcise,
Dieu, seul veinqueur, non le pouvoir humain,
Dieu a rompu la Philisthine main.
Saul.
C'est ce qu'au vray regarder il faudroit.
Mais aujourdhui ni le vray ni le droit 155 Ne sont cpgnus, sinon à bien peu d'hommes.
Or maintenant, puis qu'attendus nous sommes En la cité, à partir faut entendre.
Afin que trop on ne les face attendre.
Satan.
Plus à renverser je m'efforce :6o De David la constante force.
Moins à m'efforcer je profite.
Si sera-elle desconfite,
Si à mon desseing je ne faux.
Je suis rusé, subtil et faux.
165 II faut enflammer mon Doeg :
Enflammer faut Saul avec,
1162 désamfite, desconfite PS A M. — 1163 desseing dessein M. — 116$ Doeg : M ; Doeg. P S A.
Encontre lui, d'envie et haine.
Ma peine ici ne sera vaine.
Si je puis. Doeg à l'envie 1170 A l'ame du tout asservie.
Saul a le cœur à plaisir
Rempli d'ambitieux désir,
D'honneur du monde : et craint qu'on prenne
Quelque avantage sur son règne.
ii7> Il faut que d'envieuse rage
Doeg sur David j'accourage.
Et que Saul de plus en plus
Craigne estre de son règne exclus.
L'envie au faux courage empreinte 1180 De Doeg, poussera la crainte
De Saul, dont la fantasie
Sera pleine de jalousie :
Tant que tousjours il souspeçonne
Que sur son règne et sa personne ii8s David employé un guet-apens.
Parquoy lui, sans cesse en suspens.
Pour ceste crainte nompareille,
A Doeg prestera l'oreille.
Ainsi de Tun le mal amer 1190 A mal viendra l'autre animer.
Et tous deux par quelque tour fin
Tendans un autre mettre à fin.
Feront une fosse si grosse.
Que tous tomberont en la fosse.
1195 Ainsi faut-il que leurs poictrines.
Selon que je les sen enclines
A certain vice et faute lasche,
1168 vaine, vaine P S A M. — 1172 désir , M ; désir. P S A. — 1187 jalousie : jalousie. P S A M.
Gagner et surprendre je tasche.
L'assaillant qui bat durement Le mur, à l'engin du torment, Fait sa batterie à la part Qui moins est ferme de rampart.
Là le foible costé battant, Bat la muraille, jusqu'à tant Qii'elle tombe à terre abattue :
Puis entre, brise, perce, et tue.
Ainsi de faire ay-je entrepris, Tant qu'en fin j'emporte le prix.
Trouppe.
Depuis la première aurore
Luit encore En sa beauté le soleil.
Qui ce jour de la semaine
Nous rameine, A nul autre jour pareil.
Demie trouppe.
Le doux Zephyre en l'air haut
Fend le chaut, Et vente par la contrée :
Puis l'ombre des bois touffus
Fait refus Aux rais, d'y avoir entrée.
Trouppe.
Du ciel bénin la clémence
Recommence La belle prime saison :
121S Zepbyre ZtT^hiTt S.— 1223 saison : saison. PSAM. Iragedies sainctes. 10
Et Dieu à son peuple ottroye 122$ Qu'avec joye
II retourne à la maison.
Demie trouppe.
Ainsi donne joye au cœui
Dieu veinqueur, Pour la victoire sacrée :
1230 Ainsi Tair espuré d'eau,
Clair et beau, L'œil à plaisir nous recrée.
Trouppe.
Au long de ces plaines landes, De nos bandes 1255 Verrons au soleil se rai n
Les armes briller et luire :
Orrons bruire En l'air les trompes d'airain.
Demie trouppe.
Orrons sonner les clairons :
1240 Et verrons
La grand' Philisthine teste.
Verrons David triomphant,
Seul enfant.
Le chef, l'honneur de la feste.
Trouppe.
1245 Nous verrons, chères compagnes,
Les campagnes Frémir de joye et plaisir.
1229 sacrée : sacrée. P S A M. — 1236 luire : M ; luire. PS A. — 1258 airain, SM; airain, P A. — 1245 verrons^ chères compagnes^ verrons (chères compagnes) P SAM.
En liesse est retournée
La journée, Au gré de nostre désir.
Demie trouppe.
Attendant en tel arroy
Qjie le Roy Arrive entour la vespree, Accordons quelques chansons,
Et dansons Sur la florissante pree.
Cantique a danser de la trouppe.
Trouppe.
Resveillez-vous, resveillez, Resveillez-vous tous.
Demie trouppe.
Ne gisez plus travaillez Sous le sommeil doux.
Trouppe.
Le jour chasse la nuict coye.
Sorti du Levant.
Demie trouppe.
Israël ameine en joye David triomphant.
Trouppe.
Sus, filles de Benjamin, Sus, levez le pas.
125 7-1264 ResveilUi-vouSf resveilUif... Les huit vers qui forment la première strophe de ce Cantique sont donnés dans M sans aucune division ; mais les strophes suivantes sont coupées comme dans P S A. Le texte attribue les 5* et 6* vers de chaque strophe à la Troupe, et le refrain à la Demie troupe ; mais, en examinant la musique, on voit que les $* et 6* vers étaient chantés par la partie de Ténor seule, et le refrain, an contraire, par Tensemble des quatre parties.
Demie irouppe.
Ja le Roy est au chemin.
Ne demeurez pas.
Trouppe.
Sus, mettons-nous à la voye.
1270 Marchons au devant.
Demie trouppe, Israël ameine en joye David triomphant.
Ja le soleil au mi-jour Passe le ciel haut.
Demie trouppe.
137s Passons, filles, sans séjour,
Passer il nous faut.
Trouppe.
Il faut qu'arriver on voye De Juda l'enfant.
Demie trouppe.
Israël ameine en joye 1280 David triomphant.
Trouppe.
Hau, le pied, la voix, le cœur.
Hau, levez la voix.
Demie trouppe.
Chantons toutes au Veinqueur, En Tombre du bois.
Trouppe.
128$ Le chant retentir on oye
En l'air plus avant.
1383 vainqueur veinqaear M.
DAVID TUQMFBAXT I49
Demûe irmtppt^ Isnd amânecn )oye David triomphant.
La fonde a par terre mis 1290 Le glaive et Tesca.
Dame tnmppe.
David a des ennemis Le pouvoir veinca.
Trouppc, Il ira de riche proye Le Temple estoffimt.
Demie irouppe.
1295 Israël ameine en joye
David triomphant.
MiCHOL, seule.
Que peut-ce estre» mon Dieu, que j'ay en la pensée ?
D'où vient cela qu'ainsi je me sen offensée
D'un grief et dur souci, qui sans cesse me poind ? I }oo Làsy je n'ay point appris, non, appris je n'ay point
De me trouver ainsi. Le sommeil ne décline
Ni de jour, ni de nuict, aux yeux, n'en la poictrine.
Seroit-ce bien le mal, lequel Amour on nomme ?
Je me sen tout ainsi (ô moy povrette !) comme 1305 Celles qu'on dit aimer. Car on m'a dit qu'ainsi
Sans heure de repos, elles sont en souci.
Lâs, je ne say que c'est : mais je pense que celles
Qjii d'amour (comme on dit) sentent les estincelles.
1293 Temple temple S. — 1297 peut-ce A M ; peut ce PS. — esire, mon Dieu, estre (mon Dieu) P S A M. — 1307 c^est : mais M ; c'est. Mais P S A.
G>gnoissent bien celui pour qui le mal les tient.
i$io Et je ne say au vray d'où le souci me vient, Qui m'oste le repos. Bien say- je que depuis Qu'on me nomma David, je n'ay peu, et ne puis Me garder qu'à toute heure au penser je ne l'aye. Il faut bien que ce soit ceste amoureuse playe
131$ Que je sen en l'esprit. Je n'ay rien tant au cœur Qiie de voir arriver ce jeune homme veinqueur, En qui tant est de Dieu la force coUaudee :
Par qui le Seigneur sauve Israël et Judée De la main Philisthine. Autre bien n'ay, sinon
1320 D'ouir parler en bien de lui et de son nom:
Et me semble qu'au cœur une pointe on me donne. Quand de lui on rapporte autre chose que bonne. O combien Adriel m'a fait de peine amere, Quand il a de David à la Roine ma mère
1325 Parlé si froidement I Mais l'envie, et la peur Qu'il a de n'estre point en grâce de ma sœur. L'ont fait parler ainsi. Lui, s'il veut l'espouser, Il devoit, fort et brave, au combat s'exposer. Car ma sœur est le prix de la victoire acquise :
1330 Ceste entreprise estoit, à qui l'aime, requise. Ma sœur (comme je voy) ne seroit mal contente D'estre donnée à lui. Soit selon leur attente. Qji'ils soyent ensemble joints, je n'en seray marrie, . Et qu'à David pour elle on me donne et marie.
13 3 S Elle regarde aux biens, aux titres, aux maisons : Moy, la vertu j'oppose à toutes ces raisons.
Je suis de Benjamin (tribu petite) née :
1315 sen sens M. — 1320 nom : nom. P S A M. — 1325 froidement / A M ; froidement ? P S. — 1329 acquise : acquise. P S A M. — 1335 maisons: M; maisons. P S A. — 1337 née: M; nec. PS; née A.
David est de Juda, la puissante lignée.
Mon père est Roy puissant : mais il est fils de Cîs.
1340 David peut- il pas estre au mesme reng assis, Qui est fils d'Isai ? Si le cœur ne l'oreille On ne se veut flatter, nostre race est pareille. D'Israël sommes-nous enfans, et lui et moy :
Servans au mesme Dieu, sous une mesme Loy.
1345 Mais ma sœur est l'ainee : à lui promise elle est. Pour le prix du combat. Si c'est un ferme arrest Ce qu'a dit et promis mesme le Roy mon père, Moy (sotte) qu'ay-je à craindre ? ou qu'est-ce que j'espère ? Et toutesfois je crain. D'où me vient ceste crainte ?
1350 Je crain qu'amour m'en soit la cause et la contrainte. Mais peut-on bien aimer celui que point encore On n'a veu ne cognu ? Tous ces secrets j'ignore. Et le mal que je sen je n'ose descouvrir, Non pas mesme à ma sœur. Car si j'en vien ouvrir
135$ Tant soit peu de propos, je crain qu'elle me die Que ce m'est une estrange et neuve maladie.
D'aimer à l'aventure : ou elle pourroit bien De moy estre jalouse, et prétendre à ce bien. Qui ja lui est promis. Quoy donc ? que je me taise ?
[360 Mais descharger son cœur allège le malaise. Si le faut-il celer : car (peut estre) à le dire (Ne sachant ce que c'est) mon mal en seroit pire. Que si ce que je sen est amour, et à l'œil N'ay encor' veu celui qui me cause ce dueil,
[365 Que sera-ce de moy, quand je verray la grâce Telle qu'on dit qu'il a ? Mais (helas) que sera-ce, Quand le jour attendu verray du mariage De lui et de ma sœur ? Il faut de mon courage Oster tous ces pensers : car le parti est seur.
370 Le faict est arresté de lui et de ma sœur.
Aussi ne say-je point si c'est flamme amoureuse (Tant ignorante suis) qui me rend langoureuse : Si c'est amour ou non cognoistre je ne puis, Mais je sen bien en moy que malade je suis.
1375 Et si ay ouy dire à ma sœur, que d'aimer C'est entre tous les maux un mal dur et amer. Mon Dieu, conforte-moy, qui mon mal sais et vois Mieux que je ne le sen : qui seul entens ma voix, Laquelle seule ainsi t'adresser suis contrainte,
1380 Afin qu'au moins en l'air espandant ma complainte, Puisse de ma douleur passer quelque partie.
Mais si la Roine estoit une fois advertie Qu'ainsi seule je suis, elle voudroit savoir Qui me fait escarter, sans compagnie avoir.
1385 Et moy, surprise ainsi, je ne sauroy' que dire Pour ma faute excuser. Il £siut que me retire.
ACHINOAM
Ce que de moy devez avoir appris.
Ne l'ayez point, mes filles, à mespris.
Au Seigneur est ceste feste sacrée,
1390 Qui aujourdhui permet qu'on se recrée
A le louer, et célébrer son Nom :
Non point en jeux autres qu'honnestes, non :
Ne soyez point ressemblâmes à celles Qui n'ont rien moins que maintien de pucelles,
^395 Quand se trouvans aux festes, bien parées,
Font voir à tous leurs faces esgarees.
Vous en ce poînct légères ne soyez.
Car (croyez-moy) celles que vous voyez
1372 langoureuse: langoureuse, PSAM. — 1373 /^uû, puis. PS A M.
— 1385 sauroy* sauroye P A ; sauroy S; sçauroye M. — 1388 point, mes filles t point (mes filles) PSAM. — 1391 Nom : Nom, PSAM.
— 1392 bonnestes, non : honnestes, non. P S ; honnestes, non, A M.
Tant appeler d'estre et se monstrer belles, On a tous jours mauvaise estime d'elles.
Mais Celles-là qui la contenance ont D'honneste grâce, et plus rassises sont, Tant en parler, comme en gestes de corps.
Dire on ne peut de telles filles, fors Honneur et bien : et par tout on leur donne Louange, bruit, réputation bonne.
Car le parler, et la façon modeste.
Du cœur rassis souvent l'honneur atteste.
De toute fille, et de toutes leurs mœurs, Les gens ainsi font diverses rumeurs.
De deviser tousjours ont souvenance.
Selon qu'on voit la grâce et contenance Bonne ou mauvaise. Or si tant sont reprises " De toutes parts, les filles mal apprises, Plustost on donne, et à bonne raison.
Honneur ou blasme aux filles de maison.
Qu'à celles-là qui ne sont point tenues De lieu si haut, et qui sont moins cognues.
Parquoy tousjours, filles, donnez-vous garde Que ne soyez à toute gent langarde Occasion de mesdire de vous.
Faites tousjours que vous soyez de tous Comme de sang, de nom royal trouvées :
Car de plus près vous estes observées.
Merob.
Tousjours avons tasché soigneusement Nous conformer à vostre enseignement.
1401 celles-là celles-là A M. — 1411 souvenance, M ; souvenance P S ; souvenance : A. — 1417 celles-là celles-là A M. — 1418 cognues cogneues M. — 1423 trouvées : trouvées. P S A M.
154 TRAGEDIES SAIKCTES
Et si avons espoir en Dieu, ma dame, Que de mesdire, et de nous blasmer, ame Cause n'aura, et cause n'aurez-vous i4)o D'estre jamais mal contente de nous.
ÂCHINOAM.
Ce n'est encore assez, mes filles chères.
Que de monstrer humbles et belles chères :
Mais il convient que du cœur au dedans Soyent engendrez les efFects evidens, 143s Soit le cœur pur, net, et sans vilenie.
MiCHOL.
Par sa bonté le Seigneur nous bénie.
Tout bien, tout heur, toute grâce en lui git, Qai, comme il veut, aux siens en eslargit.
A son plaisir le cœur il forme et crée, 1440 Et ce qui est pur et sainct lui agrée.
ACHINOAM
Soit le Seigneur vostre conduite : et face Que vostre cœur tousjours devant sa face Soit pur et droit. Que la feste présente Soit de tout vice et deshonneur exempte.
1445 Soyez exemple, en vous maintenant bien,
De maintien chaste, et de filles de bien .
Satan.
Si ne faut-il point que je cesse :
J'attrapperay Prince et Princesse, Libre et serf, l'homme aagé, l'enfant, 1450 Le vaincu, et le triomphant.
1432 chères : M ; chères. P S A. — 1437 W/ gist M. — 1438 eslargit eslargist M. — 1439 ^*^» ^î ^*'®®* PS A. — 1447 «"*• A M ; cesse PS. — 1448 attrapperay attraperay M.
Ces dames attendent le Roy,
Qui vient en magnifique arroy.
Il faut qu'il rencontre à l'entrée
Quelque chose mal rencontrée.
45 s II faut troubler la feste, et faire
En mal retourner tout l'affaire.
Ja Saul entre les humains
Est abandonné à mes mains :
Il me faut David y attraire, 460 Et le rendre à son Dieu contraire.
Il me faut brasser au cerveau
De Saul, quelque cas nouveau,
Dont contre Dieu son mal empire.
Il faut qu'au faict de son empire 465 II ait quelque opinion vaine.
Dont il conçoive dueil et haine
Contre David, et vueille à tort
Le ruiner et mettre à mort.
Il convient que par quelque voye 470 L'un et Tautre perdu je voye, ,
Et se trouble en une saison
D'Israël toute la maison.
Voici l'heure bien à propos.
Sus, que je trouble ce repos.
David.
:47s Mes frères, ja bien près de la ville nous sommes : Je voy devant la porte une grand' trouppe d'hommes, Et de femmes avec, se mettans en devoir Pour le Roy en triomphe aujourdhui recevoir.
Ainsi doit, après Dieu, le peuple honneur au Prince :
145 1 dames Dames M. — 14^8 mains: M; mains. P S A. — 1475 sommes : sommes, PS A M. — 1479 P^^*^ •' Prince. P S A M.
1 480 Car Dieu a ordonné le Roy sur la province Pour le peuple régir, comme son lieutenant.
EUAB.
lis sont bien assemblez en ordre maintenant
Pour recevoir le Roy, et célébrer la feste.
Mais leur plus grand désir est de voir ceste teste.
ÂBINADAB, frère de David.
r48s Voir le Roy arriver leur est bien grand plaisir : Mais je pense qu'en eux moindre n'est le désir De voir de l'ennemi ceste grand' teste morte, Voir en la ville entrer le veinqueur qui la porte.
OAMMA.
Du Seigneur est louable à jamais la bonté, 1490 Par qui sous Israël gist l'ennemi domté. Dieu, qui de la victoire a esté le donneur.
Vous a haut eslevé en triomphe et honneur.
David.
C'est Dieu qui Thumble et povre esleve de la fange, Qui l'humilité basse en noble hauteur change.
1495 Mais retenons tousjours, mes frères, qu'il nous faut Tenir tout ce qu'avons de biens et d'honneur haut Comme ne l'ayans point. Cependant en tout lieu Rendons neantmoins gloire et tout honneur à Dieu De tout ce qui nous vient, attendans qu'il lui plaise
1500 Changer la joye en dueil, en douceur le malaise. Ce qui est aujourdhui de tout Testât humain (Làs, incertain) ne peut se promettre un demain. Si nous avons le Roy ami et favorable,
1492 eslevé élevé M (Introd. 46). — 1493 pwre pauvre M. — Jange, M ; £singe. P S A. — 1497 ayans ayant M. — Cependant Ce pendant M (Introd. 51). ~ i$02 Làs Las S.
Croyons que rien qui soit au monde n'est durable.
505 La faveur est semblable à la paille allumée, Dont le feu clair et beau espand une fumée Qui s'eslevant en Tair s'esvanouit et passe.
Maintenons-nous, selon nostre qualité basse.
Que superbe en son heur nul se glorifie :
510 Que nul en la faveur des Princes ne se fie. Tout ce qui est de l'homme est pure vanité :
Dieu seul est véritable en toute éternité.
Je croy que mes propos en mal ne prenez-vous. Bien que je soye, et suis le plus jeune de nous.
SIS En bien prendre se doit ce qu'en Dieu on confère. Le plus jeune je suis : mais je suis vostre frère. Qui retiendray de vous toute instruction bonne. Si quelque enseignement aucun de vous me donne.
Eliab.
Si l'homme, tant qu'il vit, tousjours désirer doit 520 Apprendre et retenir de quiconque ce soit.
Combien plus entre nous avons-nous à poursuivre De l'un l'autre adresser au chemin de bien vivre, Estans frères germains ?
AbinaDAB, frère de David.
Nostre devoir est bien Nous exhorter l'un l'autre à ensuivre le bien. 525 Mais ja de la cité la porte n'est pas loing. Il est temps d'eslever le cimeterre au poing : Heure il est de ficher ceste teste à la pointe.
1^09 glorifie: glorifie. PS A; glorifie, M. — 15 11 homme M; homme, P S A. — vanité : vanité. P S A ; vanité, M. — 1524 ensuivre easayvre S. — 1526 poing : poing. P S A ; poing, M.
David, en fichant la teste au bout du cimeterre.
Seigneur, la teste fiere au bout du glaive jointe, A ton peuple aujourdhui soit évident spectacle, iS)o Pour de ton grand pouvoir tesmoigner le miracle. Que ce &ict merveilleux tout Israël excite  te donner honneur, pour avoir Texercite Des rudes Philisthins plat en terre abattu.
Et à cognoistre ici l'effort de ta vertu.
Samma.
1535 Du Seigneur soit à tous la puissance notoire, Par qui seul est à nous acquise la victoire. Ce n'est ni le conseil, ni la force de l'homme Qui la guerre entreprise heureusement consomme : La victoire est du ciel. Que tous au Dieu des cieux
1540 Eslevent la pensée, et le cœur, et les yeux.
Trouppe.
Sur le sommet de ce tertre pendant.
En l'air léger, je voy voler l'enseigne :
Et contre bas la trouppe descendant Vient peu à peu se rendre en la campagne.
Demie trouppe.
1545 La ville ainsi de bonne heure elle gagne :
Et ja au plain marche l'ordre pareil , Avant qu'obscur en l'Océan se bagne.
Et sur la nuict s'absconse le soleil.
Trouppe.
Je voy Abner, sage Prince en conseil,
1528 David, enfichant... cimeterre. David. En fichant... PS AM; cimetere. A. Ce jeu de scène est indiqué dans P S à droite du v. z$28, dans A au-dessous du nom de David, dans M à droite de ce nom. — i $2^ spectacle t M; spectacle P S A. — 1555 notoire, M; notoire P S A. — 1538 consomme : M ; consomme. P S A. — 1542 enseigne : enseigne. PSA; enseigne, M. — 1545 gagne: M; gagne. PS A.
50 Je voy le Roy en bataille ordonnée,
Là Jonathan marche en brave appareil, Juste à tirer la sagette empennée.
Demie trouppe.
Heureuse l'heure et le jour de l'année Que le Seigneur fortifia David.
nS Ce jour nous fut la victoire donnée
duand la despouille au Géant il ravit.
Là Israël de Dieu souverain vid Le vray secours, la main puissante et forte.
Grâce il lui rend, dont il repose et vit 560 En paix tranquille : et voit la guerre morte.
Demie trouppe.
Voyez David, qui la grand' teste porte.
Voyez-le (brave) arriver en ce lieu.
Chantons ici, chantons de bonne sorte L'heur de David, à la gloire de Dieu.
Cantique a danser de la trouppe.
Trouppe.
;65 Venez, filles de Judée,
Venez chanter en ce lieu.
Demie trouppe.
Soit en chansons collaudee La force et gloire de Dieu.
1556 Géant géant A M. — 1557 ^ v^*^ M* — ^5^ ***' ^^^^ M. Faute d'impression: dott S. — 1 565-1 576 Veneii, filUs de Judeey,.. Les douze vers qui forment la première strophe et le refrain de ce Cantique sont donnés dans M sans aucune division ; mais les strophes suivantes sont coupées comme dans P S A.
l6o TRAGEDIES SAINCTES
Trouppe, Dieu le fort, la force 1570 Du plus fort abat.
Demie trouppe.
David il renforce Au fort du combat.
Trouppe.
Chantez, filles de la ville, Saul en a tué mille, 1575 Et David, homme plus fort,
En a mis dix mille à mort.
Demie trouppe.
Chantez, filles, etc.
Trouppe.
En paix entière et profonde Le Seigneur nous a remis.
Demie trouppe.
David a d'un coup de fonde 1580 Abattu nos ennemis.
Trouppe.
La force est brisée :
L'orgueil gist à bas.
Demie trouppe.
Au haut ciel, prisée La gloire n'est pas.
Trouppe.
1585 Chantez, filles de la ville,
Saul en a tué mille, Et David, homme pfus fort.
En a mis dix mille à mort.
'577 profonde A M; profonde. P S.
DAVID TRIOMPHANT l6l
Demie trouppe.
Chantez, filles, etc.
Trouppe.
Soit toute en plaisir la feste :
Soit ample et gay le festin.
Demie trouppe.
David rapporte la teste Du superbe Philistin.
La teste il rapporte Au glaive tortu.
Demie trouppe.
De Dieu la main forte A fait grand' vertu.
Trouppe, Chantez, filles de la ville, Saul en a tué mille.
Et David, homme plus fort, En a mis dix mille à mort.
Demie trouppe.
Chantez, filles, etc.
Trouppe.
Sus, toutes d'une accordance Redoublons de danse un tour.
Demie trouppe.
Redoublons un tour de danse En cest heureux et beau jour.
l'^Sgfesie: M; feste. P S A.— 1592 PW/îj/m Phîlisthîn S A M. • 1$^ grand* grand S.
Iragidies sainctes it
l62 TRAGEDIES SAIKCTES
Trauppe.
i6os Or nous est tournée
La peine en plaisir.
Demie trouppe.
Or est la journée Plaisante à désir.
Trouppe.
Chantez, filles de la ville, 1610 Saul en a tué mille,
Et David, homme plus fort.
En a mis dix mille à mort.
Demie trouppe.
Chantez, filles, etc.
Saul.
Que veut dire ceci ? Qu'est-ce qu'ainsi on chante ? Que reste-il désormais à ceste gent meschante
161 5 Que de l'avoir pour Roy, et lui donner matière D'occuper Israël, et la Judée entière ?
Selon le dire d'eux bien difFerens nous sommes : Car ils chantent qu'à mort il a mis dix mille hommes. Et moy, que seulement j'en ay fait mourir mille.
ibao Je feray bien sentir à lui et sa famille, Bien sentir je feray, que trop il s'oublia Quand tant il entreprit, et qu'au vray il y a Entre eux, et lui, et moy, différence trop grande. Que mes subjets ils sont, et que je leur commande.
Satan.
162s Sous ombre de bonté,
1617 sommes : sommes. P S A M. — 1624 subjeis sujets M. — 1625 bonté, bonté. P S A M (Pour la ponctuation de notre texte, cf. D. c, 515, 518, et V. Introd. 28).
Saul.
Il fait l'humble et le doux.
Satan.
Il te veut attrapper.
Saul.
Mais c'est afin que tous Se rengent de sa part.
Satan.
Il feint de Dieu la crainte.
Saul.
Il feint d'avoir à cœur la religion saincte.
Satan.
C'est pour te ruiner, c'est pour te mettre bas.
Saul.
630 C'est pour se faire Roy. Ha, le meschant n'est pas, Non, il n'est pas encor', le meschant, où il pense. Bien autre qu'il n'attend sera la recompense De son faict entrepris. Je le mettray à mort : Et mourra par ma main celui qu'on fait si fort.
335 Puis qu'on vienne chanter, qu'on vienne faire feste De ses faicts glorieux, de sa brave conqueste.
PAUSE
Tous se retirent. Et quelque temps après viennent sortir David et Jonathan» comme tous efïrayez. David s'enfuit : puis vient Michol.
1626 attrapper attraper M. — afin à fin M (Introd. 50). — 1627 rengent rangent M. — 1629 ruiner , c^est M ; ruiner. C'est P S A, — 1630 Ha Hà M. — 1633 mort : M; mort. P S A.
Jonathan.
A Dieu, mon frcre cher. Fuyez, qu'on ne vous voye.
David.
Dieu demeure avec vous. Dieu me guide en ma voye.
Jonathan.
O Dieu, quelle misère ! ô quelle cruauté !
1640 Est-ce la recompense à tant de loyauté ? O Dieu, juste et bénin !
MiCHOL.
Quoy ? Qu'y a-il, mon frère?
Jonathan.
Il n'est foy qui soit seure : ou qui grâce réfère Au service loyal.
MiCHOL.
Je tremble toute au cœur.
Dites-moy : qu'avez-vous ?
Jonathan.
Helas ! ma chère sœur.
MiCHOL.
1645 Dites-moy qui vous trouble en ce point le courage.
Jonathan.
Le Roy amèrement agité d'une rage, Veut ruiner David : il le veut mettre à mort.
MiCHOL.
A mort, làs ! Et pourquoy ?
1644 Dites-moy :qu*avai'Vous ? Dites-moy. Qji*avez-vous ? P S ; Ditesmoy, Qp'avez-vous ? A ; Dites moy, Qji'avez-vous ? M. — Hehs t Helas, P S A M. — 1645 point poinct A M. — 1647 DavkJ ; il David. U P S A ; David, il M.
DAVID TRIOMPHANT l6$
Jonathan.
Pour un indigne tort Qp'il lui veut mettre sus : à cause qu'en la danse 650 Les filles ont chanté toutes d'une accordance, Que Saul a tué sans plus mille ennemis, Et que David à mort dix milliers en a mis.
MiCHOL.
Et David leur a-il noté les chansons telles ?
Ou en ce qu'à plaisir ainsi chanté ont-elles,
6s 5 Leur a-il peu en rien défendre ou commander ?
Jonathan.
Mais le Roy doute et craint qu'on se vueille bander Contre lui pour le règne, et la faveur qu'on porte A David, cause soit qu'on le presse à main forte.
MiCHOL.
David pourroit-il bien désirer qu'on l'appelle :66o Chef et ducteur d'un peuple à son Prince rebelle ?
Jonathan.
Son désir n'est pas tel. Mais le Roy maintenant, Comme il estoit au poing un javelot tenant, Et David devant lui de sa harpe sonnoit, A cause que l'esprit qui le tient, lui donnoit
^665 Un estrange torment, lui a jette le dard : Et l'en eust seurement percé de part en part, Si Dieu, par sa bonté, n'eust destourné le coup. A ceste heure David, à qui on doit beaucoup.
Pour avoir Israël affranchi de servage,
1670 S'enfiiit, et va cercher quelque désert sauvage.
Pour ne tomber es mains du Roy, qui le veut mort,
1665 forment tourment M.
l66 TRAGEDIES SAINCTES
Dont un tel dueil, ma sœur, au courage me mord, Q^e grand bien me feroit qui m'osteroit la vie : Car je n'aime en ce monde, et aimer n'ay envie 167$ Homme tant que David.
MiCHOL.
Aussi, mon frère, comme On le peut voir, il est fort aimable jeune homme.
Jonathan.
J'esperoy' bien qu'ensemble alliez serions-nous : Q^e Merob nostre sœur seroit sa femme, ou vous : Mais loin de nostre attente à ceste heure nous sommes.
MiCHOL.
x68o Le conseil du Seigneur est incognu aux hommes. Ce qu'il dispose, est loin des humains accidens.
Jonathan.
Il me faut retourner vers le Roy là dedans, Pour voir s'il est laissé de sa dure manie, Ou si l'esprit mauvais encores le manie.
MiCHOL.
1685 Or suis- je demeurée aussi tost (malheureuse)
En dueil, et sans ami, qu'ay esté amoureuse.
En dueil suis-je sans fin, si Dieu, par sa merci
Ne modère du Roy le courage endurci.
J'aimoy' desja David oyant sa renommée :
1690 Mais dés que je Tay veu, combien s'est enflammée
L'amour conceue en moy ? Or le Roy veut qu'il meure.
David s'en va errant, et triste je demeure.
1672 dueil, ma sœur, dueil (ma sœur) P S A M. — 1674 aimer ayxner S. -- 1677 fespero/ J'esperoy M. — serions-nous : M ; serions-nous. P S A. — 1689 faimoy* j'aimoy M. — renomma : M ; renommée. P S A.
DAVID TRIOMPHANT l6j
Mais quand il demourroit, he Dieu ! que say-je moy, S'il me seroit donné ? Car des filles du Roy
695 Nous sommes deux ensemble, et la jeune je suis : Ma sœur ainee en reng précéder je ne puis.
Mon frère toutesfois a parlé (ce me semble) En parlant de David, d'elle et de moy ensemble : Et ne lui ay osé faire semblant que j'eusse
[700 Affection d'aimer, ni qu'en peine je fusse. Car descouvrir à nul je n'ose mon secret.
Ce qui augmente en moy l'amour et le regret : Et sen bien que tant plus le feu je couvre et celé. Plus est ardante en moy ceste vive estincelle.
70$ Mon Dieu, conforte-moy. Mais conforte David, Que le triste malheur si soudain nous ravit.
Plaise-toy l'adresser et conduire en sa voye. Mais voici quelques gens. Il me faut tenir coye.
Làs, que peu dure le plaisir !
[710 II n'est soûlas qui ait loisir
D'avancer son entière espace.
La joye à l'instant vient saisir
Et contenter l'humain désir :
Puis soudain de la terre basse ryis Vaine en l'air passe.
Demie trouppe.
Il n'est liesse entière au monde.
Malheureux qui s'appuye et fonde
1693 be Dieu ! he Dieu, P S A ; hé, Dieu 1 M. — 1695 ensemble^ M ; ensemble : P S A. — suis : M ; suis. P S A. — 1696 reng rang M. — 1698 ensemble : ensemble. P S A M. — 1702 regret : ree;ret. P S A M. — 1704 ardante ardente M. — 1705 conforte-moy conforte moy M. — 1707 Pïaise-toy Plaise toy M. — 1708 Mais voici quelques gens. Aligné dans P S A M.
l68 TRAGEDIES SAINCTES
En rien qui se trouve ici bas.
Tout ce qui en la terre abonde 1720 N'est rien que misère profonde.
Le vivre autre chose n'est pas Qu'un triste pas.
■ Trouppe.
David accoustré ce matin De superbe et riche butin 172s Portoit l'honneur de sa conqueste.
Or au veinqueur du Philisthin, Le Roy, par courroux intestin, Veut tourner la dure terapeste Dessus la teste.
1730 Or est dès dames l'assemblée
De douleur et d'ennui comblée ; La joye en dueil tourne à l'instant.
La feste aux danses redoublée, De triste malheur est troublée :
173s Et trop cest orage inconstant
Va insistant.
Trouppe.
Enfant misérable, où es-tu ?
En qui du Seigneur la vertu Grande et puissante s'est monstree, 1740 Par qui fuit l'ennemi battu.
Lequel ne prisant un festu Israël, vouloit faire entrée En la contrée.
1725 amquesie. A M ; conqueste PS. — 1730 dames Daines M. 173 1 comblée: M; comblée. PS A. — 1734 troublée: M; troublée. PS A.
Demie trouppe.
Or parmi les forests ombreuses.
Tu cerches les cavernes creuses, Pour du Roy éviter les mains.
Ainsi les faveurs savoureuses En Cour, sont poisons dangereuses :
Ainsi subjets aux dangers maints Sont les humains.
Trouppe.
Ainsi sont les royales cours Pleines d'abus et de faux tours.
D'envie, orgueil, ire despite.
Heureux l'homme qui fait son cours En passant incognu ses jours. Et qui seul sa maison petite Garde et habite.
Demie trouppe.
Voila la grâce deue à l'homme Qui s'offre à la mort : voila comme Le Prince au vassal tient sa foy :
Voila comme gendre il le nomme.
Ainsi a le veinqueur, en somme, Juste recompense de toy, Fille de Roy.
Doeg.
Les voyez-vous les dames, qui ont tant Donné d'honneur à David en chantant ?
1744 ombreuses f M; ombreuses P S A. — 1748 Cour M; cour F S A,
— dangereuses: M; dangereuses. PS A. — 1751 royales Royales M.
— 1755 inconnu incogneu M. — ijSo foy : M; foy. P S A. — 1762 veinqueur vainqueur M. — somme, somme P S A M. — 1765 dames Dames M.
Elles pensoyent avantage lui £aire.
Or voit-on bien comme va son affaire.
Bien à propos ceci vous est venu.
1770 Car si le Roy lui eust fait et tenu
Ce qu'il avoit promis et asseuré,
L'un de vous deux fust adonc demeuré
Entièrement privé de son attente.
S'ainsi du Roy n'eust esté mal contente 1775 La volonté, il avoit en courage
De lui donner Merob en mariage.
Adriel.
II en eust fait, ou en fera, ainsi Q.u'il eust voulu, ou qu'il voudra, mais si Jamais avient que Merob il lui donne, 1780 L'intention que j'ay, mauvaise ou bonne,
Se cognoistra. Seroit-ce pas raison De préférer aux enfans de maison Un tel galand, qui abuse le monde.
D'avoir tiré, par cas, un coup de fonde ?
DOEG.
1785 Mais si a-il la promesse donnée
Mesmes du Roy, d'avoir sa fille ainee :
Et s'il n'eust eu Merob, qui lui est deue.
Au moins Michol, l'autre fille, il eust eue : Dont fust pour vray demeuré l'un de vous
1790 Privé d'espoir.
Phaltiel.
Qu'on le compare à nous En rien qui soit ? Je vous pri', quel homme est-ce
1774 mal contente mal-contente S. — lySéaime: ainee. P S; aisnee. A ; aisnee: M (Introd. 45). — 1788 Au moins Aumoins M; tôt: M ; eue. PAS. — 1791 prf pry M.
A qui le Roy a fait telle promesse ?
Qpelle apparence y a-il qu'on préfère Un Isai, ou à Lais mon père, (Race puissante) ou à Berzelai ?
Si je puis voir les enËins d'Isai Nous précéder.
DOEG.
Mais Jonathan le porte Encontre tous : et fait en toute sorte Tout ce qu'il peut et sait faire pour lui.
Cela lui est un grand et fort appui :
Car Jonathan a faveur nompareille Du Roy son père, et le cœur, et l'oreille.
Satan.
Et toy ?
Adriel.
Et toy ?
Phaltiel.
Et n'es-tu pas ouy Du Roy, par tout, et à toute heure ?
Doeg.
Ouy.
Satan.
Il ne faut point
1794*1795 Isai,,. Lais.., Berzelai Isaï... Laïs... Berzelaï M (Introd. 37). — 1800 appui: appui. P; appuy. SAM (Introd. 52). — 1805 n ne faut point point. P S A M (Sur l'absence de ponctuation dans notre texte, absence équivalant à des points de suspension modernes, cf. 1625).
Adriel.
Laisser il ne faut pas Que le crédit, si grand comme tu Tas, S'employe en vain. Il faut qu'il serve et vaille.
Phaltiel.
Il faut qu'ici chacun de nous travaille.
Pour empescher de David le retour.
DOEG.
1810 Si j*ay crédit, si je say quelque tour,
S'il y a rien qui de puissance ou d'art Soit propre en moy, tout ira ceste part.
Pour enflammer de plus en plus l'envie Que le Roy a de lui oster la vie.
181 5 Vous cependant faites (si m'en croyez)
Tant qu'en la grâce et amis vous soyez De Jonathan. Quelque part qu'il chemine Accompagnez-le, et faites bonne mine, Pour destourner ailleurs sa fantasie,
1820 Qui de David s'est trop soudain saisie.
Ceste amitié n'est rien qu'un nouveau feu Dont va la flamme en l'air, et dure peu.
Adriel.
A dire vray, des Princes la nature Telle se voit, que lors que d'aventure
182$ Celui qui d'eux est le plus favorit
S'absente un temps, gueres ne se nourrit.
Ni reste en eux ceste amour continue :
Ains assez tost se passe et diminue :
Et de l'absent n'y a pas grand malaise
1850 Rendre la cause odieuse et mauvaise.
iSio CTidit, crédit: PSAM. — 1B21 Princes princes S.
Phaltiel.
Ne perdons donc en la saison présente L'occasion qui ainsi se présente, Et qui perdue à coup s'envole et court.
Ne cessons point. Allons faire la court.
Satan.
3 S Quoy que faire je puisse à tirer et contendre, Je ne le puis avoir. Ni le jeune aage et tendre, Ni la faveur première et triomphant arroy, Ni rire maintenant et defFaveur du Roy, Ni tous les durs assauts que je livre à toute heure,
40 Ne peuvent destourner cest espoir qui l'asseure Du secours de son Dieu. La fortune prospère Ne l'esleve, et au mal il ne se désespère :
Mais plus à l'affliger encores je m'efforce.
Plus forte je rencontre et vaillante sa force.
845 Tel est le naturel de ces hommes de Dieu,
Que plus on les tormente, et tant plus en tout lieu Est ferme leur constance : et d'eux, au dur encombre La vertu va croissant, et s'augmente leur nombre. Si ne vueil-je cesser ma poursuite severe.
8so Car qui jusqu'à la fin ne dure et persévère, Ne parvient à salut : inutile est son cours, Et de Dieu il ne sent au besoin le secours.
Tant d'autres ont bien eu commencement en bien. Qui s'en sont destoumez : et n'a servi de rien
855 Ce qui estoit en eux en leur meilleure vie. Ainsi sera par moy l'espérance ravie (Si j'en ay le pouvoir) qui ce David conforte.
1836 Ni a M ; Ne P S. — 1838 défaveur défaveur M. — 1842 esleve, et.., désespère : esleve : et... désespère. P S A M. — 1846 tormente tourmente M. — 185 1 cours y M ; cours : P S A.
Mais encores voici de son Dieu la main forte Qpi le meine en ce lieu, où lui et Jonathan 1860 Se doivent rencontrer, en despit de Satan. Tant faire je n'ay peu que ce qui est promis Entre eux, de s'y trouver, comme loyaux amis, A son effect ne vienne. Or il me faut tascher Le bien de leur conseil forclorre et empescher.
Jonathan.
186$ Voici le lieu (comme promis avons)
Où nous trouver ensemble nous devons, David et moy. Voici l'heure et le poinct :
Et toutesfois je ne le trouve point.
D'où vient cela qu'encore il n'est venu ?
1870 Pourroit-il bien estre pris et tenu ?
Ou si de peur de mon père, il se cache En ces haliers, afin qu'on ne le sache.
En le cerchant, descouvrir et trouver ?
O Dieu, fay-lui ta douceur esprouver,
1875 Le confortant en la rigueur adverse
Qui vient ainsi donner à la traverse.
Ho ! je le voy, grâce à Dieu, qui ne tarde De nous ouir.
David.
Dieu vous maintienne et garde.
Jonathan.
Et puis, mon frère ?
Et bien ? quelle nouvelle ?
1858 Mais encores voici... Aligné dans P S A M. — 1864 firckrre forclore A. — 1867 poinct : M ; poinct. P S A. — 1877 Ho/ je le voy, grâce.,. Ho. je le voy. grâce... P S AM; aligné partout.
Jonathan.
Puis que voulez que je la vous révèle, Il faut premier qu'ici je vous exhorte, Mon frère cher, qu'avec constance forte Preniez au mal désormais patience.
Vous apprestant à dure expérience.
David.
Le Roy encor' n'est point appaisé donc ?
Jonathan.
J'espère en Dieu que point ne sera long Ce qui le tient de courroux et rancune.
David.
De moy au moins n'en a-il cause aucune.
Dieu cognoist bien s'il y a faute en moy, Si j'ay en rien forfait contre le Roy.
Il voit mon cœur : il sait s'il y a vice, S'il est meschant ou fidèle au service Qu'il doit au Roy.
Jonathan.
Besoin n'avez en rien Me remonstrer ou le mal, ou le bien Dont vous parlez. Je tien seure et sans doute La foy de vous, et l'innocence toute.
Mais au bon droit encore il faut attendre L'heure à propos, pour au Roy faire entendre Ce qui en est, et qu'il est ainsi fort Encontre vous indigné à grand tort.
Soit le Seigneur au Roy garde et défense,
1881-1882 exhorte. Mon frère cher y exhorte (Mon frère cher) P S A M. — 1891 coeur : il cœur, il P S A; cœur, il M.
Qu'en poursuivant mon ame, il ne TofFense.
Mon mal n'est tel pour la dure contrainte De mon exil, comme il est pour la crainte
190S Conceue en moy, qu'en fin le Roy s'adonne
 faire chose autre que droite et bonne.
Car seurement, du Seigneur la justice Ne laisse rien qu'elle n'assubj et tissé, Selon le mal, à punition dure,
1910 Que le pécheur, pour son mérite, endure.
Si vers le Roy je me porte et condui Juste et loyal, pourquoy est-ce aujourdhui Qu'il veut ma mort ? Dieu vueille qu'il ne face Rien d'injustice et mal devant sa face.
Jonathan.
191 5 Le tout par moy remonstré lui sera.
David.
Mais cependant sa force oppressera Moy et les miens.
Jonathan.
Mieux faut-il qu'on espère.
Vous cognoissez comme le Roy mon père Tous mes propos escoute volontiers,
1920 II me fait part de ses secrets entiers.
Je sauray tout. Puis s'il est troublé d'ire.
Ou appaisé, je viendray vous le dire.
Vous cependant ferez ici séjour, Où je viendray me rendre au poinct du jour.
1925 Lors, entendans comme ira tout l'affaire,
Aviserons ce qui sera de faire.
IQ08 assubjettisse assujettisse M. — 191 1 condui conduy A M (Introa. 34). — 1925 entendans entendant M.
David.
Je me tiendray caché en la forest.
Le lieu est fort : et tout ce destour est Bien reculé, loin de voye et de sente.
Demain matin, s'il faut que je m'absente, Vous ayant veu, prendray ma voye ailleurs.
Ou si mes jours doivent estre meilleurs, Dieu qui exalte, et qui seul humilie, Ou me dechasse, ou me reconcilie.
Je n'ay désir, je ne vueil ni souhaite Sinon qu'en tout sa volonté soit faite.
Car qui s'asseure en Dieu, rien ne lui nuit.
Jonathan.
Qu'il vous soit garde en ceste triste nuict.
Embrassez-moy : baillez-moy ceste main.
A Dieu, mon frère.
David.
A Dieu jusqu'à demain.
J'espère ici vous voir ains que l'Aurore De son vermeil l'entour du ciel coulore.
David, seul.
O Dieu, mon Dieu, garde et conforte-moy.
Je n'ay recours en ma douleur qu'à toy.
M'as-tu tiré de l'hostel de mon père.
As-tu voulu, mon Dieu en qui j'espère.
Ton peuple entier par moy mettre à délivre,
1039 Emhrassti-moy : haillei-moy Embrassez-moy. Baillez-moy PS; Emorassez-moy, Baillez-moy A ; Embrassez-moy, baillez-moy M. — 1042 coulore colore M. — 1945 M'as-tu M'as tu S.
Tragédies sainctes. 12
lyS TRAGEDIES SAINCTES
Pour seul après m'oppresser et poursuivre ?
Ton peuple heureux, en l'heureuse victoire 1950 Rend ta louange à tous peuples notoire,
Grâce il te rend ensemble en joye uni :
Et j'en suis seul en tristesse banni.
Làs, je say bien (malheureux) que ma vie
Pour mes forfaicts ton ire a desservie :
1955 Mais tu es prompt et facile au secours
De l'affligé, qui a vers toy recours.
Ne vueille point, ô Seigneur, en tout aage
Me délaisser hors de ton héritage.
Fay-moy, mon Dieu, mon Dieu, fay-moy ce bien, i960 Que je demeure en l'héritage tien.
Tu es mon fort, tu es mon asseurance.
Asseuré suis qu'en la vive espérance
Qui seule en toy au combat me valut.
En toy encore auray joye et salut.
1965 Or je m'en vay, sans rien craindre au contraire.
Sous ton support, en ce bois me retraire.