‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 137 sur 219 · R. 26] MAYENCE · texte numérisé non relu

R. 26] MAYENCE

s'était fait moine dans l'abbaye de Bénédictins de Nutsall, près de Winchester , mais il la quitta bientôt avec onze de ses compagnons pour venir prêcher l'Évangile aux nations barbares de la Germanie. Sa mission, interrompue seulement par trois voyages à Rome, ne dura pas moins de trente années, et s'étendit de l'Elbe au Rhin, et des Alpes à l'Océan. Elle eut pour résultat la ^ conversion de plus de 100 000 * païens. Aussi , tandis que Charlemagne , toujours favorable à Mayence, près de laquelle il se plaisait à résider {V. R. 32, Ingelheim), relevait le pont du Rhin, construit par Drusus et détruit par les Barbares, saint Boniface jetait par sa piété, par son zèle apostolique, par ses vertus, les bases de cette puissance qui devait faire de ses successeurs non-seulement les plus hauts dignitaires spirituels de l'Église , mais les chefs des princes temporels de l'Empire. En effet, devenus princes sous Hatto , puis électeurs sous Willigis et archichanceliers de Germanie , les archevêques de Mayence tinrent le premier rang parmi les électeurs. Lors des interrègnes, ils étaient de droit vicaires de l'empire. Leur royaume temporel (146 milles carrés de superficie ; 400 000 habitants) comprenait un grand nombre de villes avec leur territoire, qui appartiennent aujourd'hui à la Bavière, à la Hesse, à la Prusse et au Nassau. Quant à leur autorité spirituelle, elle s'étendit un moment sur presque toute l'Allemagne.

Deux grands faits, dont l'un eut une importance plus qu'européenne, dominent l'histoire de Mayence au moyen âge. En 1247 , Arnold de Waiboten y fonda la ligue du Rhin;

bords m: RHIN.

en 1440, Gutenberg y inventa l'imprimerie. La ligue du Rhin eut pour résultat de délivrer le commerce des exactions de l'aristocratie féodale, en détruisant ou en faisant détruire par l'empereur Rodolphe de Habsburg tous ces châteaux forts où les nobles avaient jusqu'alors exercé impunément la profession de voleurs de grand chemin. Il' serait plus qu'inutile d'énumérer ici les bienfaits de l'imprimerie {V. cidessous la description de la statue de Gutenberg).

Ce fut au xive s. que Mayence atteignit à l'apogée de sa prospérité et de sa gloire ; car, depuis la Réforme, elle a été soumise à de bien dures vicissitudes. Prise et incendiée en 1552 par Albert, le margrave de Brandebourg , puis eu 1631 par Gustave-Adolphe, qui en fit le centre de ses opérations, eu 1635 par les Impériaux, en 1644 par les Français , elle avait été rebâtie, embellie , agrandie par Télecteur Jean-Philippe le Sage, qui construisit un pont de bateaux sur le Rhin; mais en 1688 elle fut prise de nouveau par les Français, qui y commirent d'abominables excès, et qui, l'année suivante, durent l'abandonner aux Impériaux. L'électeur Lothaire-François et ses successeurs avaient fait disparaître autant qu'ils l avaient pu les tiaces de la guerre, lorsque la Révolution française éclata. Mayence eut alors à subir une série de sièges plus désastreux Tun que l'autre. Elle fut prise en 1792 par Custine, assiégée et bombardée en 1793 par les Prussiens et les Autrichiens , qui forcèrent son héroïque garnison à capituler, a Un chat valait six frano, dit M. Thiers, la chair de cheval mort quarante-cinq sous la livre.

Les officiers ne se traitaient pas mieux que les soldats, et Aubert- Dubayet, invitant à dîner son étatmajor, lui fit servir, comme régal, un chat flanqué de douze souris.

Les soldats mangeaient des rats et allaient sur les bords du Bhin pêcher les chevaux morts que le fleuve entraînait.... Ce qu'il y avait de plus douloureux pour cette malheureuse garnison, c'était la privation absolue de toutes nouvelles. Les communications étaient si bien interceptées, que depuis trois mois elle ignorait absolument ce qui se passait en France.... Les Prussiens, qui avaient pratiqué toute espèce de ruses , avaient fait imprimer à Francfort de faux Moniteurs, portant que Dumouriez avait renversé la Convention, et que Louis XVII régnait avec une régence. Les Prussiens , placés aux avant - postes , transmettaient ces faux Moniteurs aux soldats delà garnison, et chaque fois cette lecture répandait les plus grandes inquiétudes.... Alors les représentants et les généraux enfermés dans Mayence, pensant qu'il ne fallait pas pousser les choses au pire, que si on attendait huit jours de plus , on pourrait manquer de tout et être obligé de rendre la garnison prisonnière ; qu'au contraire, en capitulant, on obtiendrait la libre sortie avec les honneurs de la guerre , et que l'on conserverait vingt mille hommes, devenus les plus braves soldats du monde sous Jtléberet Dubayet, décidèrent qu'il fallait remettre la place. Le roi de Prusse fut facile sur les conditions; il accorda la sortie avec armes et bagages, et n'imposa qu'une condition , c'est que la garnison ne servirait pas d'une année contre les coalisés. Mais il restait assez d'en-

i nemis à l'intérieur pour utiliser ces admirables soldats, nommés depuis les Mayençais. Ils étaient tellement attachés à leur poste, qu'ils ne voulaient pas obéir à leurs généraux lorsqu'il fallut sortir de la place.

Cependant, ils cédèrent, et tandis que la garnison défilait , le roi de Prusse, plein d'admiration pour sa valeur, appelait par leur nom les principaux officiers qui s'étaient distingués pendant le siège, et les complimentait avec une courtoisie chevaleresque. L'évacuation eut lieu le 25 juillet. »

En 1794 et 1795, Mayence résista plus heureusement à un second siège, mais, à la conclusion de la paix (1797), elle fut cédée à la France, et resta jusqu'en 1814 le ch.-l. du départ, du Mont-Tonnerre.

Le congrès de Vienne l'a donnée à la Hesse-Darmstadt, qui la possède encore aujourd'hui ; toutefois elle est aussi une des principales forteresses de la Confédération germanique, qui y entretient en temps de paix une garnison de 8000 hommes, moitié Autrichiens, moitié Prussiens , et qui augmente constamment ses fortifications. Le commandant est nommé alternativement pour cinq ans par la Prusse et par l'Autriche.

Le 18 novembre 1857, le magasin à poudre, situé près du Gauthor, fit explosion et détruisit une partie de la ville supérieure : 57 maisons furent entièrement démolies : plus de 60 gravement endommagées. Une cinquantaine de personnes y perdirent la vie.

Édifices publics. — Collections.

Rien de plus triste, de plus malpropre que les quais des villes du Rhin. D'atl'reuses murailles, espèce

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