‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 157 sur 219 · EHRENFELS · texte numérisé non relu

EHRENFELS

légende. A l'en croire, cette tour ne fut bâtie qu'au xnr s. par l'archevêque Siegfried, c'est-à-dire deux siècles après la mort de Hatto, et elle doit son nom à son usage, car elle servait à percevoir un droit de passage sur les bateaux. On l'appela tour du Péage, Mauth ou Maus voulant dire péage. D'autres étymologistes ont pensé que Mœuse venait de muserie, qui signifiait canon. Quoi qu'il en soit, la légende (mise en vers par le poète anglais Southey) est devenue trop populaire pour pouvoir être passée sous silence. La tour a été restaurée en 1856. Elle est précédée d'un grand contre-fort surmonté d'un pavillon qui sert de signal aux bateaux.

En face du Maeusethurm, sur la rive dr. du Rhin, se dressent les ruines pittoresques d'Ehrenfels , château construit en 1210, souvent habité par les archevêques de Mayence qui s'y retiraient avec leurs trésors quand ils ne se croyaient plus en sûreté dans leur ville, pris d'assaut en 1635 par les Suédois, et détruit en 1689 par les Français.

Ses ruines sont entourées des meilleurs vignobles des bords du Rhin , après le Johannisberg et le Steinberg. C'est à leur base que croît le fameux vin de Rùdesheim.

Les vins blancs du Rhin peuvent se classer ainsi d'après leur qualité : 1° Johannisberg etSteinberg; 2°Rûdesheim , Markobrunnen et Rotherberg ; 3* Hochheim (sur les bords du Mein); 4° Erbach, Hattenheim, Laubenheim , Nierstein , etc. Le meilleur vin rouge du Rhin est celui d'Asmannshausen ; les plants en ont été apportés de la Bourgogne.

En général les plants cultivés sur les bords du Rhin sont connus sous

le nom de Riessling. L'Orléanais et la Bourgogne y donnent des vins qui ont plus de force , mais moins de fumet. La vendange a lieu généralement au milieu d'octobre. Dans les vignobles les plus estimés, on la retarde souvent jusqu'au mois de novembre, c'est-à-dire jusqu'au moment où les grains, presque pourris, sont près de tomber des grappes.

C'est du reste un travail aussi ingrat que difficile. Les récoltes sont souvent mauvaises.

Un peu au delà du Maeusethurm et de TEhrenfels, on traverse le Bingerloch (trou de Bingen); on nomme ainsi le canal artificiel creusé en cet endroit dans le lit du Rhin, qui était obstrué par une digue rocheuse. Les derniers travaux datent de 1830 à 1832. Ils ont été exécutés , aux frais du gouvernement prussien, par M. Van den Bergh, comme en témoigne l'inscription du monument élevé au bord de la route (rive g.), au pied de l'Elisenhœhe, avec des fragments de rochers tirés du fleuve. La largeur du passage navigable a été décuplée; elle est actuellement de 70 mèt. Aussi le Bingerloch, si redouté autrefois des bateliers, n'offre plus aujourd'hui aucun danger. Seulement, le courant, plus rapide qu'ailleurs, y forme encore des tourbillons.

Le Bingerloch franchi, on décrit une grande courbe et l'on aperçoit sur la rive dr. Asmannshausen (hôt. : Anker, Krone)y ancien v. dont les vignobles sont renommés et qui possède une source minérale chaude.

C'est là que commence ou se termine l'excursion du Niederwald (F. ci -dessus).

En face, sur la rive gauche, on découvre un joli chalet suisse avant d'atteindre Rheinstein, un des plus

anciens châteaux des bords du Khin. Il s'appelait autrefois Faitsberg et Voigtsberg. On ne connaît pas au juste la date de sa fondation, mais il existait déjà en 1279. C'était un fief dépendant de l'archevêché de Mayence. Fn 1825, le prince Frédéric de Prusse, qui venait de l'acquérir, Ta fait reconstruire et restaurer par Lassaulz. L'intérieur a été meublé dans le style moyen Age. Outre d'assez beaux vitraux de couleur , on y remarque une collection de vieilles armes. Les étrangers peuvent le visiter (de 5 à 7 1/2 sgr. de pourboire); mais la vue y est assez bornée.

Au-dessous du Rheinstein , la route est resserrée entre les rochers et le fleuve. Ce passage, élargi à diverses reprises par les ingénieurs français et les ingénieurs prussiens, était autrefois beaucoup plus étroit. On y avait établi un péage imposé seulement aux juifs qui le traversaient. De petits chiens étaient dressés, dit-on, à découvrir et à saisir les tributaires parmi les passants. Un peu au delà s'élève Ve'glite gothique de Saint-Clément, restaurée par les soins de la princesse Frédéric.

De Bingen à Coblenz, le Rhin coule entre des montagnes d'une hauteur à peu près égale, nues ou plantées de vignes sur la rive dr., arides, cultivées ou couvertes de petits bouquets de bois sur la rive g. Sur la rive dr., qui appartient au Nassau, une voie ferrée vient d'être construite entre Rûdesheim et Lahnstein (V. R. 30). La route de voitures et le chemin de fer établis le long de la rive g. (rive prussienne) sont presque toujours étroitement resserrés entre les rochers qui les dominent et le fleuve qu'ils côtoient.

Le chemin de fer longe la route en la serrant de près. Ce défilé est sévère et grand. On y cherche vainement des paysages riants et pittoresques. Mais l'attention y est constamment attirée par les ruines des vieux châteaux qui se succèdent sans interruption le long des deux rives. Ces châteaux ont presque tous été bâtis et habités par ces seigneurs bandits du moyen âge, dont la principale occupation consistait à détrousser les passants et à leur faire payer un tribut; leurs forteresses ont été pour la plupart détruites au un* s. , soit par Rodolphe de Habsburg, soit par la ligue des villes du Rhin qui s'étaient associées pour mettre un terme à ces exactions.

D'abord, tout auprès du Rheinstein , c'est le Reichenstein ou la Falkenburg. Détruit par la ligue du Rhin, en 1252, ce château fut bientôt rebâti par ses anciens possesseurs; mais Rodolphe de Habsburg vint l'assiéger, le prit et pendit tous ses défenseurs. Les comtes palatins le reconstruisirent au xiv* s., puis il tomba en la possession des archevêques de Mayence. Les Français (1689) et le temps en ont fait la ruine qui appartient aujourd'hui au général prussien de Barfus.

Un peu au delà du Reichenstein s'ouvre, sur la même rive, le Moroenbachthal, dont la longueur est de 45 min. environ. Après avoir ensuite dépassé Tretchtingshausen (hôt. Stem), on laisse, toujours à g. , Sonneck, château bâti en 1015, détruit en 1282 par Rodolphe de Habsburg, reconstruit au xiv* s., et restauré en 1834 par le roi de Prusse et ses frères, qui en sont devenus propriétaires. Plus loin, rive g., les ruines de la Heimburg

LORGH. — LA FURSTENBURG.

ou Hohneck dominent le v. de Niederheimbach (hôt. Schiffchen).

— N. B. Les voyageurs qui viennent de Coblenz et qui désirent visiter le Niederwald peuvent descendre à Niederheimbach. Ce village n'est qu'à 1 h. du château de Rheinstein.

Lorch (rive dr.) (hôt. : Schwan, Rheinischer J/ofl, V. de 1800 hab., se trouve située à l'embouchure de la Wisper dans le Rhin. On l'appelait anciennement Laureacum. Au moyen âge, elle comptait parmi ses habitants un grand nombre de nobles dont on y remarque les maisons. Son église, du xiic s., agrandie ou rebâtie depuis en partie, contient, outre un maître-autel de bois sculpté et des fonts baptismaux du xve siècle, la plus belle sonnerie du Rheingau,etle tombeau de Joh.

Hilgen, contemporain de Franz de Sickingen. La belle maison de la Renaissance qui est au bord du Rhin ^ 1546) lui appartenait. Devant l'église s'élève une croix de pierre sculptée, qui date de 1491.

Sur la rive dr. de la Wisper se dresse un rocher escarpé appelé V Échelle du Diable ( Teufelsleiter) et couronné des ruines du château Nollicht ou Nollingen. Le cheva- ' lier Sibo de Lorch refusa un jour l'hospitalité à un nain qui était venu la lui demander par une nuit d'orage. Le nain — c'était un diable

— s'en vengea en enlevant et en faisant transporter sur le Kedrich

— on appelait ainsi la Teufelsleiter

— la fille de Sibo, nommée Garlinde. Le père, désolé, essaya vainement de parvenir jusqu'à la captive, qui était, du reste, parfaitement bien soignée. Quatre années se passèrent ainsi. Enfin sa fille lui fut rendue par un jeune chevalier nommé Ruthelm , qui la délivra,

pour l'épouser, à l'aide d'une échelle qu'un autre bon diable lui fit construire. A en croire la légende, cette échelle subsista longtemps. On n'en trouve aucune trace aujourd'hui.

Le nom seul et le souvenir en sont restés.

En remontant le Wisperthal, où l'on trouve les ruines de plusieurs châteaux, on peut se rendre à Langen-Schwalbach (F. R. 28) en 7 à 8 h. de marche. A 15 min. de Lorch , s'ouvre , à g. dans cette vallée, le Sauerthal, qui renferme, à 1 h. de Lorch et de Gaub, les ruines de la Sauerburg, ancien château fort de la famille de Sickingen, détruit en 1689 par les Français. Le dernier rejeton des Sickingen est mort en 1836 dans le Sauerbergerhof.

En deçà de Lorch , on remarque une jolie petite lie cultivée au milieu du Rhin. Un peu plus loin se dresse sur la rive g. , au-dessus du v. de Rheindiebach, la Fùrstenburg, prise par les Suédois en 1632 , détruite par les Français en 1689, aujourd'hui propriété de la princesse Frédérique des Pays-Bas, sœur du feu roi de Prusse. Le ruisseau qui se jette dans le Rhin à Rheindiebach formait autrefois les limites des archevêchés de Mayence et de Trêves. En remontant son cours, on trouve, dans le vallon qu'il arrose, le v. tfOberdiebach (beau tableau de maître-autel par Gerhard de Kûgelgen), et celui de Manubach (bons vins). Un peu plus loin, rive g. du Rhin, est le ham. de Medenscheid, presque en face du v. de Lorchhausen (rive dr.).

La Fùrsteuburg a sa légende qui mériterait d'être racontée longuement. Au xni* siècle, Franz de Furst, seigneur de ce château,

épousa Cunigunda de Flœrsheim.

Ce mariage lut d'abord heureux; mais bientôt la fille d'un seigneur du voisinage, dont le château avait été détruit, vint demander et obtint un asile à la Fûrstenburg ; on l'appelait Amina. Elle était ambitieuse, cruelle, capable de tout.

Elle se fit aimer de son hôte, qui, avant son mariage, avait eu une jeunesse plus que dissipée, et, dès lors, la mort de Cunigunda fut résolue. Un matin, on apprit qu'elle avait cessé de vivre. Quelque temps après, Franz épousait Amina. Mais Cunigunda avait laissé un fils appelé Hugo. Le pauvre enfant fut abandonné aux soins d'une nourrice aussi méchante que sa marâtre.

Une nuit, cette femme, réveillée en sursaut, vit apparaître le fantôme de la mère de son nourrisson.

Le lendemain, quand elle raconta ce qui s'était passé pendant la nuit, Amina, furieuse, l'accusa de mensonge; puis, voulant s'assurer de la vérité, elle prit le parti de veiller elle-même le fils de sa victime. A minuit, l'enfant crie, le fantôme accourt, la même scène se renouvelle. Amina, hors d'elle-même, s'élance sur l'ombre, qui disparaît en lui faisant un geste menaçant.

Le lendemain matin, Amina allait se réfugier dans un cloître pour y expier sa faute, et Franz, touché de repentir, confiait son fils au pasteur de Medenscheid et se retirait au milieu des bois dans un ermitage où il mourut en demandant à Dieu le pardon de son crime.

Medenscheid touche presque à (rive g.) Bacharach (hôt. Post), V. de 1500 hab., appelée au moyen .ïge Ara Bacchi, et célèbre depuis longtemps par la qualité de ses vins, a On dirait qu'un géant, marchand

de bric-à-brac, voulant tenir boutique sur le Rhin, a pris une montagne pour étagère et y a disposé , du haut en bas, avec son goût de géant, un tas de curiosités énormes; cela commence sous la surface du Rhin même. Il y a là, à fleur d'eau, un rocher volcanique selon les uns, un peulven celtique selon les autres, un autel romain selon les derniers. Puis, au bord du fleuve, deux ou trois vieilles coques de navires vermoulues, coupées en deux et plantées debout en terre, qui servent de cahutes à des pêcheurs. Puis, derrière ces cahu tes, une enceinte jadis crénelée, contre-buttée par quatre tours carrées, les plus ébréchées, les plus mitraillées, les plus croulantes qu'il y ait; puis, contre l'enceinte même, où les maisons se sont percé des fenêtres et des galeries, et au delà, sur le pied de la montagne, un indescriptible pêle-mêle d'édifices amusants , masures-bijoux , tourelles fantasques, façades bossues, pignons impossibles dont le double escalier porte un clocheton poussé comme une asperge sur chacun de ses degrés, lourdes poutres dessinant sur des cabanes de délicates arabesques, greniers en volutes, balcons à jour, cheminées figurant des tiares et des couronnes philosophiquement pleines de fumée, girouettes extravagantes....

Dans cet admirable fouillis, une place, une place tortue faite par des blocs de maisons tombés du ciel au hasard, qui a plus de baies, d'îlots, de récifs et de promontoires qu'un golfe de Norvège. D'un côté de cette place, deux polyèdres, composés de constructions gothiques, surplombant, penchés, grimaçant et se tenant effrontément

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