EHRENBREITSTEIN
aux archevêques de Trêves, qui augmentèrent constamment ce fort où ils venaient souvent, au moyen âge, chercher un abri. Plus tard ils habitèrent de préférence le palais construit à sa base, appelé Philippsthal , et transforme actuellement en magasin à farine. Dès le xv« s., la vieille forteresse féodale avait commencé à se métamorphoser en une forteresse moderne.
En 1631 , l'électeur Philippe-Christophe de Sœtern la livra aux Français, qui l'occupèrent cinq années.
Assiégée vainement, en 1688, parle maréchal de Boufflers, en 1795 et 1796 par Marceau, elle dut se rendre en 1799 à l'armée française, après un blocus où les assiégés avaient payé Un chat 3 fr. et une livre de cheval 1 fr. 50 c. La France la posséda jusqu'à la paix de Lunéville. Quand ses soldats durent Tévacuer, ils la firent sauter. Depuis 1816, la Prusse a dépensé, dit-on, plus de 100 millions pour la reconstruire et l'augmenter. 1200 hommes suffiraient, assure-t-on, à sa défense , bien qu'elle puisse être convertie au besoin, avec les fortifications voisines, dont la défense n'exigerait que 5000 hommes, en un camp retranché de 100000 hommes. Ses magasins peuvent contenir des approvisionnements pour une garnison de 8000 hommes pendant dix années. Elle est défendue par 400 pièces de canon. Les précipices qu'elle domine la mettent de trois côtés à l'abri d'une attaque. Trois lignes de défense ont été établies du seul côté où elle soit attaquable , c'est-à-dire au N. O. La grande plate-forme qui se trouve au sommet du rocher, et qui sert de place de parade, couvre de vastes citernes voûtées pouvant contenir une pro-
vision d'eau pour trois années. Il y a en outre un puits de 133 mèt. de profondeur, creusé dans le roc, et communiquant avec le Rhin.
Ce qu'Ehrenbreitstein offre de plus intéressant aux étrangers — on ne leur montre pas ses fortifications— c'est sa vue, une des plus belles des bords du Rhin. On y aperçoit, en effet, à ses pieds le Rhin qui, à peine sorti des montagnes, reçoit la Moselle, et, entraînant ses eaux sans les mêler d'abord avec les siennes , décrit des courbes gracieuses à la base des collines qui bordent sa rive droite jusqu'à la chaîne de montagnes plus éloignées où il se perd à l'horizon. A la jonction des deux fleuves, Coblenz, enrichie par son commerce qui prend chaque année plus d'extension, paraît déjà à l'étroit dans l'enceinte de ses fortifications. De quart d'heure en quart d'heure son pont, où se croise incessamment une foule active, s'ouvre pour laisser passer soit un bateau à vapeur, soit une flottille de bateaux à voiles traînés par des remorqueurs. A g.
se dressent, autant que peuvent se dresser encore des fortifications modernes, le fort Alexandre et le fort Constantin ; à dr. , sur la rive g. de la Moselle, se développe, sur le Petersberg , le fort François.
Enfin, au delà de la Moselle et du Rhin, s'étend une vaste plaine parsemée de villages, que terminent à l'O. et au N. les chaînes de montagnes volcaniques appelées Maifel et Eifel. — Tout en admirant les riches cultures de cette plaine accidentée, on ne peut s'empêcher de songer aux nombreuses batailles qui s'y sont livrées, depuis le jour où César s'y est promené en triomphateur, jusqu'à celui où Marceau
et Hoche y ont été ensevelis. C'est sur ces hauteurs que lord Byron fait rêver Child Harold, lorsqu'il s'écrie, dans le chant III de son poëme, stance lvii :
Honneur à. Marceau.... courte, brave et glorieuse fut sa jeune carrière ! Deux armées le pleuraient , celle qu'il commandait et celle qu'il combattait ...
Puisse l'étranger qui passe près de sa tombe prier pour le repos de l'àme de ce héros.... car il fut le champion de la Liberté, un de ces hommes peu nombreux qui, armés par elle, n'ont pas outre-passé le droit de répression qu'elle leur accorde; il avait conservé la pureté immaculée de son âme, et ceux qui lui ont survécu ont pleuré sa mort.
Au S. d'Ehrenbreitstein s'élève, au-dessus du village de Pfaffendorf, la Pfaffendorferhcehe , d'où I on jouit d'une vue aussi belle que d'Ehrenbreitstein. La forteresse qui domine cette colline s'appelle Àsterstein (Pierre d'Aster), du nom du général chargé de la reconstruction d'Ehrenbreitstein.
Une vue non moins belle, quoique un peu différente, est celle que l'on découvre du Karthaeuserberg (rive g. du Rhin); Goethe l'a même proclamée la plus belle. La route qui monte sur la chaîne du Hundsrûck y conduit. C'est là qu'à la place d'un ancien couvent ont été bâtis les forts Alexandre et Constantin, qui commandent tout à la fois le Rhin et la Moselle. A la base septentrionale du fort Alexandre se trouve le cimetière (belle vue) , où l'on remarque, entre autres monuments, celui qui a été érigé, le 5 mai 1842, par d'anciens soldats de Napoléon, en l'honneur de leurs compagnons d'armes morts à Coblenz.
C'est sur la rive g. de la Moselle, près de la route de Cologne, à g.
du chemin de fer et à 15 min. de
Coblenz, que l'on va visiter le monument élevé à la mémoire de Marceau.
Sur l'urne qui renferme les cendres de Marceau, est gravée l'inscription suivante :