L'EIFEL
LES CARRIÈRES DE NIEDERHENDIG, L'ABBAYE ET LE LAC DE LAACH, LE BROHLTHAL, ETC.
L'Eifel est une chaîne de montagnes des provinces rhénanes de la Prusse , qui s'étend entre les hautes Fanges et la rive g. du Rhin, et dont les eaux se déversent dans le Rhin, dans la Moselle et dans la Meuse (par la Roër) . Les savants ne se sont pas encore mis d'accord sur l'étymologie de son nom. On la divise généralement en haute et basse, ou supérieure et inférieure.
Ses plus hautes sommités sont :
YErnstberg (700 mèt.) , la Schneeeifel (690 mèt), le Kelberg (630 mèt.), le Mayenberg (600 mèt.). De nombreuses rivières : la Roër , l'Uhr, l'Ahr, l'Elz, la Lieser, la Nette, la Kyll, TErft, y prennent leurs sources et l'arrosent. Élevée et froide, couverte de neige pendant plusieurs mois de l'hiver, cette région, peu visitée, ne semble peuplée que dans ses vallées étroites, où le climat est plus doux et le sol plus fertile. Les loups et les sangliers y sont nombreux. Son caractère sauvage ne manque ni d'originalité ni de grandeur. Ce qui la rend surtout intéressante, c'est sa constitution géologique.
Toutes ces éminences coniques sont d'origine volcanique, et quelquesuns de leurs cratères éteints ont été transformés en lacs appelés maare.
Les routes 35 et 41 sont consacrées en grande partie à la description des principales curiosités de l'Eifel. 11 reste donc seulement à donner ici quelques renseignements
sur les chemins qui conduisent d'Andernach, de Coblenz, de Neuwied et de Brohl , au lac de Laach et aux carrières de Niedermendig.
On compte, pour aller à Niedermendig, 5 h. de Coblenz (par Rûbenach ) , Bassenheim et Ochtendung 3 h. de Neuwied ( par Nettehaus, Meisenheim, Plaidt et Kruft), 3 h. d'Andernach et 4 h. de Brohl. — JV. B. Pour ne pas revenir sur ses pas, il faut monter d'Andernach à Niedermendig, et descendre à Brohl par Laach et le bain de Tœnnisstein, ou vice versa. C'est une excursion de 7 à 8 h. à pied.
Pour aller d'Andernach à Niedermendig, on laisse à dr. les v.
d'Eich et de Nickenich , et Ton passe à Kruft. — Le village de Niedermendig (aub. Mùller) n'a d'intéressant que ses carrières de lave d'où Ton extrait des pierres meulières.
Il faut descendre dans ces carrières, précédé par un guide qui porte une torche (de 8 à 10 sgr. de pourboire), pour y admirer les voûtes et les colonnes de lave qui les soutiennent, et en explorer les diverses exploitations. Les carrières abandonnées sont louées aux fabricants de bière de Neuwied, qui en font leurs entrepôts. Seulement , il est bon de se prémunir contre le froid qui y est très-vif. De Niedermendig on peut aller à May en (2 h.) rejoindre la Route de Coblenz à Aix-la-Chapelle.
En se rendant de Niedermendig à l'abbaye de Laach (lh.) on passe, au delà â'Obermendig, près du v.
de Bellf où s'exploite une carrière de pierre à four, c'est-à-dire de pierre qui résiste au feu. On découvre une belle vue sur le lac et les ruines de l'abbaye de Laach, avant d'y descendre.
L'abbaye de Laach , située à l'extrémité S. 0. du lac du même nom, fut fondée en 1093 par un certain Henri de Laach, comte de Lorraine, qui était aussi palatinus primus, ou le premier palatin du Rhin. Elle devint bientôt une des plus célèbres et des plus riches abbayes de l'Allemagne. Ses moines (des Bénédictins) , dont le nombre s'élevait à cinquante , ne se recommandaient pas moins par leur érudition que par leur hospitalité. Le monastère comptait plus de deux cents chambres. Une aile était réservée aux étrangers, qui pouvaient y rester autant que bon leur semblait. L'autre aile servait à la réception des pauvres et des invalides.
La bibliothèque contenait un grand nombre d'ouvrages divers ; on y remarquait aussi une riche galerie de tableaux qui en ont été enlevés à différentes époques. Sécularisée en 1802, pendant la domination française, cette abbaye appartenait depuis 1820 à la famille Délius qui l'employait comme magasins . mais sans en altérer en rien ni l'architecture, ni les dispositions intérieures.
Dans l'hiver de 1855, un incendie violent , attribué à la malveillance , détruisit tout l'édifice, épargnant seulement l'église. Cette église, qui était restée la propriété de l'État, a été restaurée en 1847 par ordre du feu roi de Prusse. Bâtie de 1093 à 1156, elle offre dans son architecture un des échantillons les plus parfaits et les plus complets qui existent du style roman. Elle renferme le tombeau de son fondateur (à l'extrémité 0.), représenté avec son costume princier et portant dans la main le modèle de l'église.
On y entre, à l'extrémité occidentale, par un beau cloître.
[R. 40] LAAGH. — TŒNNISSTEIN.
Le lac de Laach a près de 2 h.
de circonférence, 2900 mèt. de longueur, 2633 mètres dans sa plus grande largeur, 71 mèt. environ de profondeur, et 222 mèt. au-dessus du Rhin. Ses eaux, d'un beau bleu et d'une admirable clarté, sont extrêmement froides. Elles nourrissent d'excellents poissons. Entouré de tous côtés par des collines élevées , il n'a pas d'écoulement apparent ; mais, de 1152 à 1172, les moines ont creusé un canal de dégagement qui a déversé du côté de Niedermendig une assez grande partie des eaux du lac. Au N. et à TE. les collines sont abruptes et entièrement boisées de la base au sommet; à 10. leur pente est plus douce, et des prairies s'étendent du bord de l'eau jusqu'à la lisière de la forêt qui couronne leurs croupes ; au S. seulement, se dressent des hauteurs nues et incultes dont l'aridité contraste avec la riche végétation de celles qui leur font face. On ne peut douter que ce lac ne soit le cratère d'un ancien volcan. Ses bords sont couverts de scories, de lave, de cendres , et d'autres productions volcaniques. La rive orientale (le chemin passe sur la rive occidentale) "intéressera surtout les géologues. Sur la rive septentrionale , à quelques pas du lac, à peu de distance du sentier (à g.) et à 15 min.
du chemin de Wassenach, s'ouvre une espèce d'entonnoir de 1 mèt.
environ de profondeur d'où s'échappe parfois un air méphitique qui tue les oiseaux, les souris, les écureuils, les grenouilles, etc.
De l'abbaye de Laach à Altenabr, R. 41.
• De l'abbaye de Laach à Wassenach, on compte 1 h. (belle vue).
Wassenach (hôt. Laacher Hof) est un v. situé de l'autre côté des collines dont le lac de Laach baigne le pied. Une route de chars conduit de là , en 1 h. 30 min. environ, à Andernach (V. R. 38). Si l'on veut gagner Brohl, on descend dans le Brohlthal par un petit vallon latéral, où l'on remarque à g. les ruines de l'ancien couvent de carmélites appelé Antoniusstein , et où l'on trouve (45 min.) la source minérale de Tœnnis stein . L'eau de cette source, qui jaillit dans un réservoir en marbre construit en 1708 par son propriétaire, l'électeur Clément- Auguste, est très-agréable à boire; quand on la mélange avec du vin, elle ressemble à l'eau de Seltz. On en exportait, il y a quelques années un certain nombre de cruchons en Angleterre, sous le nom d'eau de Bonn. Elle fortifie, dit-on, les organes digestifs. — Les collines environnantes offrent d'agréables promenades.
Un peu au-deseous de Tœnnjsstein on entre dans le Brohlthal.
Laissant au N. O. sa partie supérieure, qui renferme les villages de Burgbrohl, de Nieder et d'Oberweiler, de Nieder et d'Oberzissen , on descend en 1 h. 30 min., par sa partie inférieure, dans la direction du N. E. , à Brohl, sur la rive g. du Rhin. Cette vallée pittoresque est devenue célèbre par les travaux scientifiques de Collini, de de Luc, de Forster, de A. de Humboidt, de Nœggerath, etc. Les touristes qui ne sont pas géologues remarqueront cependant avec intérêt ses carrières de tuf et ses moulins à trass.
Le tuf et le trass sont la môme matière volcanique; mais le trass est du tuf réduit en poudre. Employée comme ciment, cette poudre pré-
sente Pimmense avantage d'être imperméable. Le contact de l'eau lui donne au contraire la dureté et la solidité de la pierre. Elle ressemble à la puzxolana de Naples. On en exporte des quantités considérables en Hollande, et ce pays s'en sert utilement pour la construction de ses digues. Le tuf de la vallée de Brohl doit avoir été formé, au dire des savants, soit par un torrent de boue volcanique descendu d'un cratère éteint dans la vallée, soit par des pluies de pierre ponce et de cendres qui, lancées par l'un des volcans de L'Bîfel, seraient retombées au fond d'un lac où , se mêlant à sa boue, elles se seraient stratifiées.
— Les carrières de tuf du Brohlthal ont dû être exploitées par les Romains, car des tablettes votives portant des inscriptions romaines ont été trouvées dans cette vallée.
En descendant le Brohlthal, de Tœnnisstein à Brohl, on laisse à g.
les ruines de la Schweppenburg , château du xvr s., dont le jardin renferme un autel romain , puis on passe au hameau de Nippes, près d'une papeterie entourée de beaux jardins (temple, serres, kiosques, sources, cascades, etc.).
Brohl (F. R. 38).