INDÉPENDANCE DES ÉLÉMENTS ANATOMIQUES
chés de ces animaux peuvent [reconstituer chacun un organisme complet, si on les place dans de bonnes conditions, tandis que l’organisme d’où ils ont été détachés se complète lui-même. La même chose a lieu pour un certain nombre d’Étoiles de mer et d’Ophiures. L'Asterias tenuispina, l’Asterias calamaria, le Süchaster albulus, VAsterina Wega et quelques autres espèces paraissent se multiplier par bipartition spontanée de leur corps; il en est de même, parmi les Ophiures, de
ÏOphiothela isiclicola, des Ophiactis Savigmji p-^^^2ô.-Aspidiscalyncc,,terenyoied^ :^exradiata,virescens, Krebsii, Millier i, virens, des Ophiocoma pumila et Valenciennü. Chez d’autres Étoiles de mer, les MUhrodia et plusieurs Linckia, les bras se détachent un à un, suivant Hæckel, pour produire chacun une nouvelle Étoile. Il est en tous cas certain que les bras détachés spontanément ou artificiellement jouissent de cette remarquable propriété, non seulement dans ces deux genres, mais aussi dans presque toutes les Étoiles de mer où les bras sont profondément séparés les uns des autres (Asteriadæ, ëchinasteridæ) ; dans les familles dont le corps a la forme d’un pentagone plus ou moins échancré les parties détachées sont simplement remplacées. Ce pouvoir de reconstitution est encore poussé très loin chez presque tous les Echinodermes. Les Holothuries et les Comatules, par exemple, se refont leurs viscères lorsqu’elles en ont été privées.
La série des Vers présente des phénomènes entièrement analogues. Les Planaires rhabdocèles des genres Catenula, Strongylostomum (tlg. 28), Microslomum, Stenostomum, Alaiirina se divisent spontanément par scission transversale, d’après des règles déterminées, en un certain nombre d’individus qui demeurent plus ou moins longtemps associés en chaine. Les Planaires plus élevées ne possèdent pas cette faculté, mais si on les divise en plusieurs morceaux, chaque morceau se reconstitue et devient une Planaire complète. Parmi les Vers anneléS plusieurs SyLLIDIENS (flg. 29), formes Eig. 27. — Blastotrochus tmtrix. LJc,honTgeor\s inférieures de la classe des Annélides, se divi-
sent de même spontanément par le travers en plusieurs individus, et il en est de même des Naïdiens, formes inférieures de la classe des Lombriciens; mais dans les formes supérieures de ces deux classes il ne reste plus de cette faculté que le
Fig. 26. — Méduse de Syncoryne portant des bourgeons médusoïdes, à la base renflée des tentacules marginaux (d’après Allman).
pouvoir de reconstituer, dans une large mesure, les parties perdues à la suite d’une mutilation. Les phénomènes de bouturage spontané ou artificiel reparaissent chez les Tuniciers où ils caractérisent la classe entière des Ascidies composées, tandis qu’ils prennent une allure toute particulière chez les Pyrosomes, les Barillets et les Salpes. La reconstitution des parties perdues est le seul phénomène de ce genre que présentent les Arthropodes et les Vertébrés, encore cette reconstitution n’a-t-elle lieu que chez certaines formes et dans de certaines conditions. Les
Crustacés, même les plus élevés, reconstituent les appendices qui leur ont été enlevés; quelques Insectes, tels que les Phasmides, peuvent aussi recouvrer les pattes dont un accident les a privés ; mais les choses se passent chez les Insectes doués de cette faculté d’une façon toute particulière. Le pouvoir de réparer un membre mutilé n’a été constaté que chez un petit nombre de Vertébrés : les pattes des Salamandres repoussent si on les excise en ayant soin d’en ménager la partie basilaire ; ces animaux peuvent aussi refaire une partie de leur tête; la queue des Lézards se reconstitue également assez vite, mais toujours d’une façon imparfaite ; en général, chez les autres Vertébrés, la réparation des blessures se borne à une simple cicatrisation ; non seulement l’organisme est v\^.'^.—Autoiytus cor- indivisible, mais, ses diverses parties une fois nutus en train de pro- consütuées , il est incapable de les refaire
(luire un nouvel indi-
quand il vient à les perdre.
Là comme chez les animaux inférieurs
Fig. 28. — .Uici’ostomum lineave (d’après Graff).
— Cliaine d’individus produits par scissiparité. 0,0', bouches.
vidu mâle {Polyhostrichus) (d’après A. Agassiz). — F, antennes, et
CT, cirres tentacu- Cependant, les éléments anatomiques et les
organes eux-mêmes ne demandent pour vivre
laires de l’individu mère ; f, antennes, et
et, cirres tentaculaires que d’être placés daus des conditions non de l’individu - mâle, ... . ,
produit du bourgeon- P^s identiques, mais simplement analogues
nement.
à celles où ils se trouvent sur l’individu à qui ils appartiennent. M. Paul Bert a montré que la queue d’un rat, implantée par son extrémité préalablement privée de son épiderme, dans une légère entaille faite sur le dos de l’animal, s’y fixait et dès lors continuait à vivre quand on la coupait à sa base; la rhinoplastie n’est possible que parce qu’un lambeau de la peau du front, rabattu à la place du nez accidentellement disparu, peut se souder à la peau des parties voisines de la face et vivre dans cette nouvelle situation. Bien plus, des fragments d’os, d’épiderme, de peau transplantés d’un individu à un autre, continuent non seulement à vivre, mais à grandir, et cette sorte de greffe est entrée aujourd’hui dans la pratique chirurgicale. Les effets heureux de la transfusion du sang démontrent aussi que les globules de ce liquide continuent à accomplir leurs fonctions quand ils passent des vaisseaux d’un individu dans ceux d’un autre. 11 n’est même pas nécessaire, pour que les opérations réussissent, que les deux individus soient