CHOU VERT, CHOU ROUGE
Brassica (T.)
Brassica olerucea veridts, mhra (L.)
Le chou est antiscorbutique, pectoral, légèrement excitant. Le chou rouge surtout est souvent employé comme béchique.
J'emploie avec avantage le bouillon de mou de veau et de chou rouge dans les affections caiarrhales bronchiques et dans la pïuhisie pulmonaire.
[On prépare aussi une gelée avec 10 grammes de chou rouge cuit dans quantité suffisante d'eau. On passe et l'on y fait fondre 2 grammes d'ichlyocolle; on passe de nouveau, et on ajoute sur le feu 25 grammes de sucre; on clarifie avec deux blancs d'oeuf, et on fait évaporer. Cette gelée s'emploie dans le rhume, la bronchite aiguë ou chronique, la phihisie.]
Appliquées chaudes sur la poitrine, les feuilles de chou ont quelquefois diminué ou fait disparaître des points de côté. Leur application sur les plaies des vésicaioires excite une exhalation séreuse abondante ; sur la tôle, elles rappellent la croûte laiteuse; sur les douleurs arthritiques et rhumatismales, elles soulagent beaucoup. M. Récamier superpose trois à six de ces feuilles faufilées ensemble , légèrement chauffées et flétries, et les applique à nu sur la partie endolorie, où il les maintient avec un mouchoir.
[Chelius {Traité de Cinr., trad. par M. Pigné] conseille contre la croiite laiteuse la décoction de 16 grammes de chou vert dans du lait, que l'on administre malin et soir, ou une once de cette plante, desséchée et réduite en poudre, que l'on donne chaque jour dans du lait ou dans de la bouillie.]
CIGUË (grande) ,
Cicuta major (T.) Conium maculatum (L.) Cette plame, d'une odeur vireuse, se rencontre dans les ■eux frais, dans les terrains gras, autour des villages, dans le milieu et le nord de la France. L'herbe est usitée.
Préparatious ef doses.
À L'INTÉRIEUR : Infusion, de 10 à 20 gram. par kiloff. d'eau Suc dépuré, de 50 cent, à 2 gram., en potion leiiiture avec feuilles fraiches (3 sur 2 d'alcool à 21») de 20 à
60 cent , en potion. " reinhirc avec lenilles séchea (I sur 4 d'alcool à 21°), de 50 cent
a i gram. 50 cent., en potion.
reiiihue èlhérée, de 25 cent, à 1 gram. 50 cent., en potion hxtrnit aqueux ou alcoolique, de 5 cent, à 2 gram. et nlus oro-
gressiveroent. i i f "
Poudre, de 10 cent, à 4 gram., progressivement, en potion, pilules, etc. ' '
A l'extérieur: Décociion , ûe 50 à CO grara. par kilo"-. d'eau pour lotions, fomentations, etc. ° '
Huile (I fraîche sur 2 d'huile d'olive ou de jusquiame) de 10 à 50 gram. , pour anibrocalion.
Feuille:! couUises, de 10 à 15 gram. par kilog. de cataplasme cmollient, ou applitpiées seules.
Onguent {i partie de suc sur 4 d'axonge), frictions, onctions, emplâtre, etc.
Propriéfés.
La grande ciguë est un poison narcolico-acre. Elle agit particulièrement sur le système nerveux et la moelle épinière, et enflamme l'estomac. Elle est d'autant plus énergique que la plante a été récoltée dans un pays plus chaud. L'empoisonnement par celte plante produit une vive exaltation nerveuse avec délire, ou une sorte d'ivresse avec abattement, insensibilité, tremblement général , suivant le tempérament et les dispositions particulières du sujet. D'après les expériences de M. Orfda, le conium maculatum n'a produit la mort que dans un petit nombre de cas. Il n'en faut pas moins l'administrer avec prudence et à doses graduées.
A petite dose, celte plante est un sédatif puissant. On l'a conseillée dans les affections nerveuses, l'épilepsie, les toux rebelles, les vomissements spasmodiques, le saiyriasis, la fureur utérine, les névralgies, les spasmes, les douleurs du cancer, etc. Son action sur le système lymphatique la rend
mile dans les engorgements des mamelles, de l'uiérus , de l'estomac , du foie, des testicules ; dans les atreciions scrofiileuses et tuberculeuses, dans la syphilis consiitmionneile cl qui a résisté au mercure; dans les abcès chroniques, les ulcères de mauvaise nature, etc. On l'emploie à l'exléi ieur comme calmant et résolutif.
La ciguë a été administrée avec des succès différents, selon le pays où elle avait été récoltée , la manière dont elle avait été préparée et les circonstances dans lesquelles on l'avait donnée. Après avoir exagéré ses vertus, on les a peut-être trop dépréciées : en thérapeutique, nous nous tenons rarement dans les limites d'une rigoureuse observation des faits. L'enthousiasme, la crédulité ou le scepticisme s'opposent trop souvent, même chez les plus illustres médecins, à la juste appréciation de l'effet des médicaments.
J'emploie rarement l'extrait de ciguë, parce que je suis convaincu qu'il est mal préparé et presque toujours brûlé , ce qui lui ôte toutes ses propriétés. Je préfère la poudre des feuilles, que je mêle avec un extrait approprié. Ce que je puis dire sur les propriétés de la ciguë est connu. On en retire de grands avantages contre les névralgies. Pour ce qui est de ses vertus curatives, vantées par Stœrk contre les aflections cancéreuses, les praticiens qui ne se laissent guider que par l'observation savent à quoi s'en tenir.
[Cependant je dois dire que les bains de ciguë ont été employés avec succès par Hoffmann dans le cancer des mamelles, et parHufeland dans le cancer utérin et dans les scrofules. Ce dernier rapporte une observation recueillie par le docteur Gunther, de Cologne, qui constate les bons effets de ces bains dans les affections cancéreuses de la matrice. Ils étaient préparés avec dix poignées de ciguë fraîche et quantité suffisante d'eau pour un bain entier. Le malade y restait une demi-heure chaque jour. Les douleurs cessèrent presque entièrement et l'écoulement fétide diminua beaucoup dans l'espace de vingt jours. «Je ne puis assez recommander, dit Hufeland à celte occasion, les bains de ci«-uë dans les affections cancéreuses ; je les emploie depuis trente ans , et je les ai déjà conseillés dans un traité sur les scrofules. Si je ne guéris pas toujours les malades attaqués de tubercules cancéreux, je réussis cependant à en arrêter les progrès et à prolonger ainsi la vie des malades.» IJourn. de M edec. pratiq., de îîuîehmd, 1832.)]
M. Baudelocque emploie à l'hospice l'extrait de ciguë contre les scrofules chez les enfants. II commence par la
doso de 10 cenligrammcs, et aiigmeiilc peu à peu jusqu'à 4 grammes el plus , sans danger. Lorsqu'il survient quelques vertiges ou des éblouissemcnts , on suspend , et on purge les malades. Au boui de quinze jours on en recommence l'usage à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme , suivant la quantité que l'on donnait au moment de la cessa lion. [Journ. de Mcd. et de Chir. prat., 1529.)
J'ai donné la poudre de feuilles de ciguë dans la coqueluche, à la dose d'un demi-grain à un grain (2à5 centigr.), trois ou quatre fois par jour. J'augmente ou je diminue cette dose selon l'iÀge des enfants. Elle m'a réussi quelquefois; mais je lui préfère la poudre de racine de belladone, dont l'effet m'a paru plus constant et plus spécial.
Dans les névralgies, j'ai administré tantôt la poudre, tantôt le suc de ciguë. Je commençais l'usage du suc à la dose de 10 à 15 gouttes, et j augmentais graduellement jusqu'à celle de 40 et même 50 gouttes. J'en ai retiré des avantages réels et appréciables dans ce genre d'affection.
A l'extérieur, j'ai fréquemment employé la ciguë fraîche en cataplasme, sur les engorgements des mamelles, sur les tumeurs scrofuleuscs, l'engorgement chronique des testicules , etc. L'emplâtre de ciguë appliquée sur les parois de la poitrine soulage les phthisiques.
[Pilée et mclée avec autant de pulpe de carotte , elle m a été utile sur le cancer ulcéré des mamelles. Je mêle quelquefois à ce topique une certaine quantité de charbon en
poudre.] , .
[Hallé employait la ciguë à l'extérieur contre les engorgements squireux du sein, de la manière suivante : «Je faisais faire dit-il, un cataplasme de farine de graine de lin, souvent mêlé de pulpe de carotte, et alors humecté avec le suc même exprimé des carottes. Le cataplasme était cuit et bien chaud. J'Y faisais mêler un peu de saindoux (demi-once sur un cataplasme fait pour recouvrir le sein), dans l'intention de rendre le cataplasme onctueux et de l'empêcher de se refroidir trop promptement, de se sécher et d'adhérer a la peau de manière à s'en détacher difficilement. Au moment de l apnlicaiion, je faisais couvrir le cataplasme d'une demi-oncea une once de poudre de ciguë, que l'on mêlait avec la surface du cataplasme qui devait être en contact avec la peau. Un tenait ce cataplasme appliqué pendant six heures lejour ; on le renouvelait. Je le faisais aussi appliquer le soir, pour rcsiei en place toute la nuit. Bien souvent je me suis contente du cataplasme de farine de graine do lin seule, toujours melee
avec le saindoux, mais couvert de la poudre de ciguë . {Bibliothèque de rhérapeutique, par A.-L.-J. Baylc, D. M.,
*°On^diit faire dessécher les feuilles de ciguë à l'éluve et à l'abri du coniacl de la lumière, parce qu'en perdant leur couleur verte, elles perdent aussi une partie de leurs propriétés.
^ {Yoy. supplément, p. 617.)