ROSE DE NOËL, HERBE DE FEU
HeUehorus nUjer flore roseo (T.) UeUcboms niqer (L.)
Cette plante vivace croît dans les montagnes d'Italie, de la Suisse et dans le midi de la France, les Pyrénées, etc. On la cultive partout ailleurs, dans les jardins, pour la beauté de ses fleurs liiémales. On se sert de sa racine et rarement de ses feuilles.
Préparalîonsi et doseis.
A l'imértkur : Infusion eu décoction des racines, de 2 â 8 gram.
par kilog. d'eau. -, a • j
Poudre (de la raciDe),40 cenlig. à 4 gram. en electuan-e, dans l'eau ou le vin, etc.
Vin (préparé avec la racine), de 20 à 60 gram.
Teinture (t sur 4 d'alcool à 22o), de 50 centig. à 4 gram. progressivement, en potion. .
Extrait (par infusion ou décoction de la racine,! sur 6cl eau), de 10 à 80 centig. en pilule, etc.
A l'extériedr : Décoction pour lotions. Pommade (4 à 8 gram. de poudre de racine pour 30 gram.d'axonge), en frictions.
Propriétés.
L'ellébore noir, dont la racine est plus ou moins âcre et détermine sur la langue un sentiment de stupeur, est un purgatif drastique qui peut produire l'empoisonnement si on le donne à trop forte dose, et que l'on doit administrer avec beaucoup de prudence. A l'état frais, sa racine, appliquée sur une plaie saignante pendant quelques instants, détermine le vomissement ; aucune des substances vénéneuses employées jusqu'à ce jour ne produit aussi promptement cet effet, au rapport de M. Orfda. Administrée à forte dose, cette plante peut causer une superpurgation, des vomissements opiniâtres, l'inflammation du tube digestif, des selles sanguinolentes, un froid excessif et la mort.
A petite dose, les anciens comme les modernes ont employé l'ellébore noir dans les affections mentales non fébriles,dans les fièvres intermittentes, les aff"ectionsvermineuses, la paralysie, l'hypocondrie, l'apoplexie, la léthargie, l'épilepsie, les céphalalgies nerveuses, l'hydropisie, le rhumatisme, la goutte, la chorée 5 dans les maladies chroniques
de la peau, iclles que la lèpre , l'éléphantiasis , les dartres ; la suppression des régies ou des hémorroïdes par suite d'atonie générale , etc.
[A Irès-peiiie dose cl comme altérant, l'ellébore noir, paraît exercer une action spéciale sur le système nerveux. On l'associe souvent, en cette qualité, à l'extrait de valériane et à la jusquiame dans les névralgies ; mais celte action n'est pas démontrée d'une manière certaine et paraît plutôt le résultat d'une révulsion faible , mais continue, sur les intestins au profil du cerveau. Si , donné ù plus haute dose , et produisant par conséquent une stimulation plus grande sur l'appareil digestif, l'ellébore donne lieu à des symptômes nerveux secondaires , il a cela de commun avec tous les excitants. Pourquoi chercher , dans un principe occulte et spécial , des effets physiologiques que le raisonnement et l'observation expliquenl el consialenl suffisamment !
Les anciens faisaient grand cas de la racine d'ellébore contre la folie. Les historiens et les poêles ont célébré de tous temps les cures merveilleuses opérées par V elleborisme dans l'île d'Antycire. On pense que la plante dont se servaient les anciens était V/ielleborus orientalis , dont les propriétés peuvent être très-différentes de celles de notre ellébore noir. Quoiqu'il en soit , l'action perturbatrice de ce dernier peut être efficace dans certains cas d'aliénation accompagnés d'une sorte d'inertie , de torpeur du canal digestif, et d"un état du cerveau el du système nerveux indiquant la nécessité d'une forte révulsion.
La puissante dérivation que produit l'ellébore noir sur les organes digestifs l'a fait employer avec succès dans les hydropisies passives, lorsque, toutefois, il y avait absence de phlegmasie péritonéale ou de lésions organiques avec irritation. Freind elBrunner, d'après Avicenne, l'ont employé dans celte indication. Brunner faisait infuser une once (32 grammes) de racine fraîche de cette plante dans quatre livres (2 kilogram.) de vin généreux, avec une poignée d'absynthe ; il en faisait prendre un verre le matin à jeun.
Tous les médecins savent que l'ellébore noir fait la base des pilules toniques et antihydropiques de Bâcher, lesquels sont composées de 30 grammes d'ellébore noir , de pareille quantité d'extrait de myrrhe à l'eau et de 12 grammes de poudre de chardon bénit , dont on fait des pilules de 2 centigrammes et demi. J'ai employé ces pilules avec avantage dans quelques cas d'anasarque où il n'existait aucune irritation inflammatoire des organes digestifs , el lorsque la maladie avait un caractère passif bien évident..
[Hildanus s'est guéri lui-même, avec la racine d'ellébore noir, d'une fièvre quarte, et a obtenu le même succès sur d'autres malades. Il est quelquefois utile de rompre, par une violente perturbation, 1 habitude morbide qui entretient les fièvres intermittentes anciennes. Au reste, dans ces cas, tout autre drastique produit le même effet, ainsi que je l'ai observé à l'occasion de l'emploi de la chélidoine chez une jeune fille atteinte depuis long-iemps d'une fièvre quarte, {Voy. Éclaire, page 135.)
Les anciens employaient fréquemment l'ellébore dans les maladies cutanées chroniques. Arété et Celse, Halles et Hildanus, la recommandent dans la lèpre, l'éléphantiasis, les affections herpétiques et psoriques.]
J'ai fait prendre plusieurs fois, avec un succès remarquable, la mixture de Rosenslein dans les affections vermineuses. Cette mixture se compose de 1 gram. 20 centig. d'extrait d'ellébore noir, de 50 centig. de sulfate de fer, de 32 gram. d'eau de chardon bénit et de 32 gram. de sirop de violette ou de miel. La dose de ce mélange est d'une cuillerée à bouche, le malin à jeun, pour les enfants ; on augmente où l'on diminue cette dose, suivant l'âge et les circonstances. Baglivi donnait la décoction des feuilles d'ellébore comme vermifuge.
[Il faut bien se garder d'employer l'ellébore noir comme vomitif oupurgalif chez les sujets sanguins ou trop irritables. On ne le donnera aux enfants, aux vieillards et aux femmes délicates qu'avec la plus grande circonspection. On s'en abstiendra toujours lorsqu'il exisiera une irritation intlammatoire ou nerveuse des organes digestifs. En imitant la prudence des anciens dans la manière de l'administrer, il pourra remplacer beaucoup de purgatifs exotiques. Comme altérant (diurétique, excitant, emménagogue, etc.), on ne doit pas dépasser la dose de 33 à 40 centigrammes/ comme purgatif, on ne doit pas aller au-delà de l gramme 50 centigrammes de poudre, et de 1 gramme d'extrait, préparalions le plus ordinairement employées.
A l'extérieur, on emploie la pommade d'ellébore avec succès dans les dartres invétérées. La plante, appliquée fraîche sur la peau, y produit un effet vésicant. On la sio-nalée comme un sternulaloire violent; mais cette propriété est plus prononcée dans les varaires, connus aussi sous le nom d'ellébores.
Dans le commerce, l'ellébore noir est souvent mêlé avec plusieurs autres racines qui lui sont ainsi substituées à l'insçu du médecin qui le prescrit. On y trouve celles de
VheUeborus fœlidus, de VkeUeborus viridis, de Vadonis verncUis de Vaconilum napellus, etc. Cette falsification, ou plutôt cette Dégligence, est sans doute la cause principale de la diversité des opinions sur les effets de l'ellébore noir et sur les doses auxquelles il convient de l'administrer. La racine de ce dernier est d'un brun noirâtre à l'extérieur et blanche ou grisâtre en dedans. Elle se compose de tronçons de la longueur et de la grosseur du petit doigt, irréguliers, couverts de radicules, et parsemés d'anneaux circulaires. On voit sous son écorce un cercle de points blancs indiquant la naissance des radicules.
Les effets plus ou moins prononcés de cette racine dépendent de son degré de fraîcheur et de sicciié. Si l'on veut compter sur son efficacité il faut l'employer à l'état frais pour ses diverses préparations, et, dans tous les cas, ne jamais attendre que la vétusté l'ait privée de ses principes les plus actifs. ]