‹ Trait√à complet d'ophthalmologie (volume 2)Chapitre 62 sur 87 · LIQUÉFACTION DU CORPS VITRÉ. — SYNCHYSIS SIMPLE ET ÉTINCELANT · texte numérisé non relu

LIQUÉFACTION DU CORPS VITRÉ. — SYNCHYSIS SIMPLE ET ÉTINCELANT

Le synchysis simple s'observe presque constamment dans des inflamma- i tions chroniques du corps vitré qui en occupent une vaste étendue, et intéressent de préférence la région du corps ciliaire et les parties avoisinantes

de l'entrée du nerf optique. Les phénomènes nutritifs étant, par suite de ces |

inflammations, tout d'abord fortement stimulés, il en résulte une bien plus |

grande activité de l'immigration des cellules lymphoïdes. Cette immigration |

excessive a tout d'abord un effet mécanique destructif par l'activité du dépla- i

cément de ces cellules immigrées, et celles-ci, en se transformant successi- |

vement, après s'être gorgées de liquide, en physalipliores, et en se dissolvant, | entraînent forcément la dissolution du milieu qu'elles occupaient. Lorsque

(1) Archiv fur Ophthalm., t. IX, 2, p. lOJ.

LIQUÉFACTION DU CORPS VITRÉ. 5t)l

cette dissolution est complète, nous pouvons avoir une liquéfaction sans le moindre changement de transparence; est-elle au contraire incomplète, une

I parlie des cellules immigrées ont-elles acquis un certain degré de développement? elles se déposeront dans les parties les plus déclives du milieu liquéfié, et nous apparaîtront avec une course vertigineuse lorsqu'on fera exécuter à

I l'œil le moindre déplacement.

' Nous aurons, en parlant du décollement du corps vitré, à distinguer entre la liquéfaction plus ou moins ample de ce milieu et sa rétractation et sa con- 1 densation par suite d'une accumulation de liquide entre l'hyaloïde et la rétine ou entre le corps vitré et la zonule; lorsqu'une étendue peu considé- I rable située dans la partie postérieure de l'œil (au voisinage d'un staphylôme 1 postérieur), ou à proximité du cristallin, se montre seule le siège d'une t liquéfaction, que des opacités se déplacent dans un espace relativement restreint, on doit réserver son diagnostic entre décollement et liquéfaction partielle du corps vitré; au contraire, si dans les parties centrales de l'œil, des j opacités exécutent de vastes excursions, on n'aura guère à craindre d'en con- I dure une véritable liquéfaction du milieu.

Le décollement du corps vitré se rencontre de préférence dans les cas oii il y a simultanément distension des enveloppes de l'œil, surtout de la sclérotique. Gela s'observe donc pour la sclérectasie postérieure ainsi que pour la sclérectasie antérieure. Dans certaines formes de scléro-choroïdite entraînant une ectasie antérieure partielle, il se place aussi une couche de sérosité entre le corps ciliaire et le corps vitré, mais avec la différence, relativement à ce qui se passe pour la partie postérieure, que la membrane hyaloïde qui se transforme en zonule ne quitte pas la choroïde et subit seule des déplacements indirects par suite de la distension sclérale et par suite des déviations que lui imprime le cristallin, qui perd son support naturel, lec orps vitré, qui, Jui, est refoulé en arrière et de côté. Ces déviations du cristallin peuvent j donner lieu à un détachement progressif de la zonule, et à des subluxations j et luxations plus ou moins complètes du cristallin.

Il n'est donc nullement indifférent, au point de vue du pronostic, de poser le simple diagnostic de synchisis lorsqu'il s'agit d'un décollement du corps vitré. Car, si nous pouvons, chez certains sujets, constater la présence d'une liquéfaction totale du corps vitré que nous révèle le mode suivant lequel s'y meuvent des opacités peu volumineuses, nous voyons, au contraire, que ni le décollement postérieur, ni le décollement antérieur du corps vitré n'est supporté pendant un laps de temps prolongé sans entraîner des suites fâcheuses pour l'œil. Cette confusion entre le synchisis simple et le décolle- I ment si facile à commettre et si difficile à éviter, explique pour l'initié comment deux maladies, en apparence identiques, sont si différentes d'importance pour le malade qui en est porteur.

Ainsi on verra que la liquéfaction généralisée avec la présence d'opacités plus ou moins nombreuses ne fait au fond pas changer notablement les conditions physiologiques d'un œil, mais il en est autrement lorsque le corps

vitré se décolle et se condeuse pour se détacher. Ainsi, dans la partie postérieure, ce décollement, étant progressif, peut entraîner, par le détachement successif de la membrane hyaloïde de la rétine, une déchirure de celle-ci, si ce détachement se fait un peu plus brusquement, et le liquide sus-rétinieii peut alors s'insinuer entre la membrane nerveuse pour donner lieu à un décollement rétinien. Les mêmes conséquences fâcheuses sont à craindre d'un décollement trop brutal, pendant une secousse de l'œil, de l'hyaloïde qui forme la zonule. Le cristallin ainsi dégagé se dévie, se porte vers la zone de fdtration et les conditions fâcheuses du glaucome se trouvent établies.

Nous reviendrons en traitant du décollement du corps vitré sur l'avantage qu'il y aurait, au point de vue du pronostic, à pouvoir nettement différencier le décollement et le ramollissement du corps vitré. Dans tous les cas où spontanément on voit se produire des subluxations et luxations du cristallin, on doit penser à une rétraction du corps vitré avec traction sur la zonule.

Autrefois on considérait la trémulation de l'iris comme un signe indiscutable du ramollissement du corps vitré, tandis qu'il est avéré actuellement que cette trémulation indique seulement que l'iris a perdu plus ou moins complètement son support naturel, la surface antérieure du cristallin. Le cristallin exécute-t-il avec l'iris un mouvement de vacillement ? alors on peut en conclure que l'espace du canal de Petit s'est démesurément élargi, étendu vers le pôle postérieur du cristallin, soit par ramollissement du corps vitré, soit, ce qui est plus fréquent, par rétraction de ce milieu. Dès que l'iris n'a pour s'adosset que le corps vitré, il tremblote même lorsqu'une exagération de consistance du corps vitré se rencontre simultanément. De l'absence du tremblotement de l'iris, en cas de défaut du cristallin, on ne pourrait tirer aucune autre conclusion que celle que le diaphragme iridien a perdu son indépendance en ce qui concerne la cristalloïde antérieure restée dans l'œil, qu'il s'est soudé avec cette membrane (comme cela arrive si fréquemment après l'extraction de la cataracte) et que l'iris est tendu et immobile à l'instar de la cristalloïde antérieure.

Un signe non moins fallacieux pour se prononcer sur le degré de densité du corps vitré est le ramollissement, V hypotonie de l'œil. Nous voyons que la tension est justement très exagérée dans les cas de glaucome chronique où l'on rencontre souvent un corps vitré liquéfié ; au contraire, la rétraction et lîx condensation des couches antérieures de ce milieu, la traction exercée ici sur le corps ciliaire et le tissu trabéculaire péricornéen, entraînent très souvent un excès de filtration des liquides avec diminution de tension. La mollesse excessive de l'œil, les débuts d'une phthisie essentielle, loin de permettre de conclure à un ramollissement, nous engagent plutôt à admettre la condensation des couches antérieures du corps vitré.

Le signe le plus précieux pour le diagnostic reste donc toujours la rapidité de déplacement d'opacités, qui s'effectue non dans les couches extérieures, mais dans les parties centrales, autrement dii dans toutes les

directions. Nous rencontrons le prototype de pareils ramollissements chez des personnes très âgées.

Le synchisis sénile ne présente rien de grave, se rencontre fréquemment avec le gérontotoxon cristallinien, l'atrophie choroïdienne péripapillaire et un manque d'élasticité particulier de la sclérotique. Ce sont des yeux prédisposés à des difficultés d'excrétion, autrement dit à des troubles glaucomateux. Ces difficultés concordent avec une augmentation notable d'épaisseur des membranes vitreuses, avec un état verruqueux marqué de la lame vitreuse de I la choroïde à l'entour de la papille, ainsi que de la membrane de Descemet, principalement vers sa terminaison près du ligament pectiné. Le ramollissement seul concorde donc avec une dureté notable du globe oculaire,

2. Une variété de ramollissement sénile est le synchisis étincelani^ variété où probablement les cellules immigrées en se décomposant dans le corps vitré ramolli y déposent leurs éléments de décomposition, principalei ment les particules graisseuses. Le synchisis scintillant est une maladie qui a vivement attiré l'attention des premiers observateurs, tandis qu'actuellement ayant constaté qu'il s'agit d'une altération sénile, qu'exceptionnellement on rencontre chez des personnes moins âgées, ayant surtout acquis la conviction que comme le synchisis sénile, dont il constitue une variété rare, il n'offre guère de gravité, cette altération curieuse, comme image ophthalmoscopique, a beaucoup perdu de son attrait, i Les liquides de l'œil laissent assez souvent déposer des cristaux sur les I lambeaux capsulaires après une extraction de cataracte ou bien dans les I lésions traumatiques du cristallin, mais bien moins souvent ces cristaux se déposent dans un œil intact en apparence. Parfait Lendron (1) a signalé le premier la présence de cristaux de cholestérine dans le corps vitré que J.-A. Schmidt avait déjà indiqués dans le cristallin, mais ce n'est que Baker I et Stout qui, il y a quarante ans, ont confirmé, par la recherche microscopique, la présence de ces cristaux que Malgaigne avait supposé séjourner dans le corps vitré.

Ce sont Sichel et Desmarres (2) qui ont fait connaître, avec plus de détails, cette maladie qui, une fois décrite, ne se montrait guère si rare qu'on le supposait, car en 1852 on en avait déjà réuni 23 observations (Schauenbourg) (3). D'après notre expérience on rencontre dans 1,2 pour 100 des cas cette maladie, ordinairement chez des personnes ayant dépassé la soixantaine et de préférence chez des hommes. J'ai à plusieurs reprises constaté cette affection chez des hommes ayant dépassé quatre-vingts ans ; il en I était ainsi chez le père d'un de mes élèves, un Italien, qui, avec un œil I gauche farci de cristaux, présentait un état normal de vision de ce côté. I Lorsqu'on rencontre l'affection chez des sujets jeunes, alors la raison en

(1) Revue médicale, 1828, t. V, p. 203.

(2) Voy. la Bibliographie.

(3j Ueber Cholesterinbildung in menscliL Auge. Erlangen, 1852.

est encore ordinairement une action traumatiqae, essentiellement des blessures du cristallin qui s'est trouvé déprimé dans le corps vitré. En l'absence dépareille cause, ainsi que de toutes lésions appréciables des membranes enveloppantes de l'œil, on a été porté à faire coïncider cette altération avec des affections du foie (la formations de calculs), mais sans qu'on ait pour cela d'autre preuve à l'appui que le raisonnement théorique.

A la suite de blessures du cristallin, où une partie de celui-ci a été projetée dans le corps vitré et une communication directe établie pour un certain temps entre les chambres de l'œil, la formation de cristaux de cholestérine peut s'observer simultanément dans les deux chambres et l'on peut en rencontrer des masses considérables qui flottent dans la chambre antérieure. J'ai examiné en 1874 un garçon de café qui avait reçu six ans auparavant un coup sur l'œil gauche. La vision avait été complètement abolie de ce côté, aussi le malade ne venait-il qu'à cause de la défiguration que lui causait l'organe blessé. La chambre antérieure de cet œil légèrement irrité était remplie d'un liquide rouge jaunâtre, dans lequel se soulevait au moindre déplacement de l'organe une poussière d'or. L'œil était-il en repos? la couche présentait alors, par suite du dépôt des cristaux sur la membrane de Descemet; absolument l'aspect d'un fragment d'aventurine (verre d'or de Venise). Depuis cette observation, j'ai aussi rencontré pareil état avec un cristallin intact, mais légèrement opaque, chez un Espagnol, âgé de quarante-huit ans, atteint de décollement de la rétine, chez lequel la ponction n'avait amené qu'une amélioration passagère. Chez ce malade, les cristaux flottaient dans une humeur aqueuse absolument transparente.

A l'ophthalmoscope, le synchisis scintillant peut se présenter de différentes façons. Parfois on ne rencontre les cristaux déposés que dans certaines couches et fixés sur des sortes de membranes comme les paillettes d'un voile (Coccius) (1), et ce sont ici de préférence les couches inférieures qui présentent ces membranes étoilées. Dans le plus grand nombre des cas, les cristaux se meuvent librement dans une très grande étendue du corps vitré atteint de ramollissement sénile. On obtient la plus jolie image ophthalmoscopique, si on observe pareil corps vitré à l'image renversée avec un fort verre convexe 18 ou -j- 20) et en éloignant progressivement l'oculaire de l'œil examiné, de façon à parcourir les différentes couches du corps vitré, | exaniiné ainsi successivement à l'image renversée. Le corps vitré se présente ' ainsi comme un globe rouge de cristal, très large après dilatation de la pupille, parsemé d'innombrables brillants, représentés par deux genres différents de cristaux : les uns très petits, d'un aspect d'argent pur, sont représentés par la tyrosine, les plaques plus volumineuses ayant un chatoiement | coloré et se trouvant souvent réunies en masses sont les cristaux de cholestérine. Aucun autre élément floconneux ne se rencontre dans un cas absolument pur de synchisis scintillant. Le siège de prédilection de ces cris- î taux sont les couches les plus voisines du cristallin et du corps ciliaire, de façon qu'en dilatant la pupille on peut voir voltiger ces cristaux même à l'inspection directe avec l'éclairage du jour. Il est bien moins fréquent de | rencontrer dans les couches postérieures voisines de la rétine ces cristaux |

{\)Klin. Monatsblatter, 1864, sept.-déc.

voltigeants, tandis qu'il n'est pas rare pourtant de trouver des dépôts de I ces cristaux dans des anciens foyers de choroïdite et dans des cas fréquents j de dégénérescence graisseuse de la rétine. J'ai observé des cas où toute la I rétine se trouvait imprégnée de cristaux de cliolestérine sans que le corps I vitré présentât aucune altération appréciable.

Une fois que Baker et Stout eurent constaté que les corps brillants du

synchisis scintillant étaient des cristaux de cliolestérine, l'attention ne se

porta guère plus sur pareil sujet, jusqu'à ce que M. Poncet (1) eut l'occasion

assez rare d'examiner un œil atteint de cette affection.

1, Houppes de cristaux de tyrosine, accolées à des cristaux de cliolestérine. — 2, Masses sphériques de tyrosine. — 3, Cristaux de tyrosine, déposés sur de la cliolestérine, avec dos masses phospliatiques sphériques. — 4, Plaque de cholestérine avec une fente à laquelle se trouvent attachées des aiguilles de tyrosine. — 5 et 6, Eléments cellulaires du corps vitré, dont l'un présente son protoplasnia farci de cristaux phosplialiques. — 7, Cellules accolées à une masse phosphatique déforme sphérique. — 8, Masses phosplialiques sphériques plus volumineuses, dans l'intérieur desquelles on peut apercevoir de nombreux éléments cellulaires. — 9, Masse phosphatique sphérique de 40 jA, garnie d'aiguilles de cristaux, mais dans l'intérieur de laquelle on ne peut découvrir aucun élément cellulaire pouvant former un noyau.

Voici la courte note que nous a communiquée, à ce sujet, notre estimé confrère :

a Dans un cas de synchisis scintillant des deux yeux où l'ophthalmoscope n'avait laissé voir, à part les paillettes brillantes, aucune autre altération des milieux et des membranes, à l'exception d'une petite plaque d'atrophie choroïdienne sur un œil, je rencontrai dans le corps vitré :

« 1° Des cristaux de cholestérine en nombre relativement peu considérable (fig. 145, 1, 3, 4);

(1 ) Compte rendu de la Société de chirurgie, 10 mai 1870.

DE WEGKER. —

» 2° Des groupes de tyrosine, partie en cristaux, partie comme corps sphériques garnis d'étoiles (145, 2) ;

» 3° Des masses volumineuses sphériques de phosphates qui atteignaient la grandeur de (145, 9).

» Les masses phosphatiques représentaient de nombreuses boules garnies d'innombrables pointes qui, à un éclairage vif, reflétaient fortement la lumière. Les cristaux phosphatiques s'étaient en partie déposés sur les cellules du corps vitré atteintes de prolifération (fig. 145. 8), cellules qui correspondaient à celles qu'on rencontre dans certaines formes de choroïdite. Je crois pouvoir attribuer la genèse de ces éléments cellulaires (fig. 145, 5, 6, 7) à une altération sénile de la choroïde de la région ciliaire, et je pense qu'il s'agit d'éléments immigrés, autour desquels se sont ultérieurement déposées les masses phosphatiques. Le synchisis scintillant représenterait donc, d'après mon avis, une dégénérescence graisseuse du corps vitré, analogue à l'athérome des artères, dégénérescence qui présente les mêmes produits chimiques régressifs. »

On voit que l'interprétation de M. Poncet concorde, à peu de chose près, avec la nôtre, suivant laquelle nous envisageons ce genre de synchisis comme une variété de dégénérescence sénile.

Si nous n'avions déjà que peu d'espoir d'activer la résorption d'opacités du corps vitré produites par des états inflammatoires chroniques de la choroïde, nous pensons encore moins nous flatter d'être à même de modifier sensiblement des processus régressifs dans le corps vilré. Du reste, nous avons dit plus haut qu'on a exagéré les inconvénients du synchisis simple, il en a été de même de la forme scintillante. Sa confusion avec des états de condensation et de rétraction du corps vitré doit aussi ici expliquer ces vues pessimisles.

On peut tenter l'emploi du succinate de fer, tant vanté dans l'Amérique du Nord comme résolutif des concrétions analogues des voies biliaires. Nous avons à diverses reprises fait prendre deux fois par jour vingt gouttes d'une solution de succinate de fer dans 20 grammes de chloroforme dans lequel encore il est fort peu soluble. Il nous a semblé dans un cas de semblables accumulations de cristaux dans la chambre antérieure avoir pu constater une diminution sensible de ces cristaux.

ARTICLE IV

FORMATION DE VAISSEAUX DANS LE CORPS VITRÉ (canal du CORPS VITRÉ PERSISTANT, ARTÈRE HYALOÏDIENNE PERSISTANTE)

En donnant la description de formations de vaisseaux dans le corps vitré, nous ne pouvons avoir en vue que les cas où l'inspection de ce milieu est

rendue possible par une conservation parfaite de sa transparence ; il ne peut être nullement question de la vascularisation d'un corps vitré désorganisé. Nous ne mentionnons pas non plus les formations de vaisseaux sur des membranes affectant la forme de tente qui, à la suite d'hémorrhagies, s'élèvent de la papille dans le corps vitré (voy. p. 556).

Ce que M. Manz a décrit comme rétinite proliférante, et que nous croyons devoir rapporter à des épanchements organisés dans le corps vitré, venus de l'espace intervaginal et de la papille, a, comme je l'avais décrit dans ma Monographie (Graefe-Saemisch), principalement fourni l'occasion d'étudier des vaisseaux de nouvelle formation dans le corps vitré. Ce sont donc les parties postérieure et centrale du corps vitré qui sont le siège de pareilles désorganisations ; les rencontre-t-on sur les côtés, près de la rétine? le doute d'une confusion avec un détachement partiel de la rétine reste toujours présent à l'esprit, et cela d'autant plus qu'un défaut de transparence parfaite rend l'inspection de l'œil difficultueuse.

Au point de vue clinique, il est important de constater que nous n'assistons pas à la formation de nouveaux vaisseaux dans le corps vitré sans que l'œil soit passé pas des processus inflammatoires tumultueux, et sans une profonde désorganisation de ce milieu devenu le siège d'une formation de tissu cellulaire qui l'a en partie incomplètement remplacé.

Une variété assez curieuse de vascularité du corps vitré consiste dans la persistance de Vartère hyalotde. Celle-ci, comme on le sait, traverse, pendant la vie fœtale, la partie médiane du corps vitré, gagne la fossette hyaloïde et forme, entre le corps vitré et le cristallin, un réseau qui embrasse la I cristalloïde postérieure. Des mailles périphériques de ce réseau partent de ! lins rameaux qui se recourbent sur la cristalloïde antérieure pour se joindre à la membrane capsulo-pupillaire, tandis que d'autres se portent vers la zonule deZinn. Ce n'est qu'à la fin de la vie fœtale que ces vaisseaux s'oblitèrent, à partir de la membrane pupillaire, et le dernier qui disparaisse est l'artère hyaloïde. Chez le veau et le poulain, cette artère s'observe même encore un certain temps après la naissance.

M. Meissner(l) est le premier qui, dans ses recherches anatomo-patholo- ^iques, ait constaté, sur l'homme, la persistance de l'artère hyaloïde. Après 1 iui, feu H. Millier (2) a décrit avec beaucoup de soin cette disposition I chez le bœuf, et il attribue au même phénomène le petit bulbe blanchâtre ' qu'il avait, à plusieurs reprises, observé chez l'homme, près de l'artère centrale, au point où elle se recourbe sur la rétine. Il supposait d'ailleurs, en se basant sur ses recherches anatomo - pathologiques , que l'artère fiyaloïde persistante deviendrait un jour l'objet d'une description ophthali inoscopiqne.

(t) Arch. fur Ophthalmologie, t. VU, A. 2, p. 92. (2j Zeilschrift far ral. Medicin, p. 1857, p. 562.

Quelque temps après, M. Saemisch (1) confirmait cette opinion, en apercevant une artère hyaloïde sur un œil qui, d'ailleurs, ne présentait d'autre particularité qu'un certain degré d'hypermétropie. L'artère en question était représentée par un cordon opaque, entouré d'un second contour faiblement grisâtre, et était tendue entre la papille et le pôle postérieur du cristallin.

A la même époque, M. Zehender (2) relata une observation analogue. Dans ce cas, le cordon était très faiblement tendu et présentait des mouvements ondulatoires (liquéfaction du corps vitré?). L'éclairage oblique montrait manifestement une coloration rouge dans la partie de ce cordon accessible à ce mode d'examen.

Des faits analogues ont été rapportés, plus tard, par MM. Toussaint, Slœr, Mooren , etc. Nous avons publié une observation où l'artère persistante coexistait avec une cataracte luxée, probablement elle-même congénitale. Cette observation rappelle que de Ammon (3) rapportait la formation de certaines cataractes polaires postérieures, congénitales, à l'oblitération prématurée de cette artère si importante pour la nutrition du cristallin pendant la vie fœtale.

Il s'agissait d'un œil droit sur lequel le cristallin cataracte se trouvait luxé en haut et en dehors de façon qu'il était à l'état de contraction de la pupille presque complètement soustrait au regard. Dans la pupille artificiellement dilatée, on observe autour du cristallin des dépôts irréguliers d'une coloration blanche intense, probablement constitués par des masses calcaires. Ces opacités sont adossées à une membrane translucide qui, occupant la majeure partie du champ pupillaire, présente une solution de continuité ovoïde, par laquelle il est très facile d'apercevoir le fond de l'œil avec toute sa netteté. Celui-ci n'offre à l'examen qu'une particularité remarquable, à savoir, un cordon rectiligne qui, partant du point d'émergence des vaisseaux de la papille, se porte directement en avant, en haut et en dehors pour se perdre derrière les masses blanchâtres susdécrites. Ce cordon, que nous regardons comme le vestige de l'artère hyaloïde, présente à son origine, au niveau de la papille, environ le calibre de l'artère centrale, mais il augmente d'épaisseur à mesure qu'il approche du cristallin, et, dans le point où on le perd de vue, son diamètre a doublé. L'éclairage latéral ne permet pas de voir au voisinage de celte terminaison la moindre coloration rougeâtre et l'on n'y constate qu'un seul contour. Pendant les mouvements de l'œil, ce cordon ne se déplace en aucune manière et reste fortement tendu, (^e cas a été observé sur une jeune femme de vingt-cinq ans, en traitement pour un larmoiement, et qui, dès son enfance, ne voyait avec cet œil que pour se conduire {Aim. iVOcuL, t. LUI, p. 65).

L'observation rapportée du service de M. Panas prouve (4) que dans un cas analogue, où le cristallin avec organisation antérieure de l'artère hyaloidienne persistante était resté en place, cette disposition a pu donner lieu

(1) Archiv fur Ophthalm., t. II, A. 2, p. 65.

(2) Klinische Monatsbiàtter, 1863, p. 258.

(3) Klin. Darstellungen, t. III, p. 57.

(i) Persistance de Vartère hyaloïde et de la membrane pupillaire ayant déterminé des altérations intr a-oculaires, simulant cliniquement un néoplasme, par G. Vasseaux {Arclid'Ophthalm., 1883).

VAISSKAUX DU CORPS VITIŒ. 569

! à la confusion avec un gliorne de la rétine et exposer à enlever un œil absolument inoffensif pour le porteur.

I II est encore intéressant à noter que Ton a vu concorder la persistance I partielle de l'artère liyaloïdienne avec la rétinite pigmentaire congénitale I (Ulrich).

Rarement on aura occasion, comme dans le cas de M. Unterharnscheidt(l), de voir une artère hyaloïdienne persistante se déchirer à la suite de la distension que subit un œil atteint de myopie progressive, ce qui est bien la I reuve la pins éclatante de l'allongement progressif de l'axe antéro-postérieur ' de l'œil en pareil cas. Du reste, le nombre de cas de persistance de l'artère centrale, est déjà si important que nous ne la notons que lorsque sa concordance avec d'autres altérations fixe l'attention, ou que son excessive épaisseur frappe comme dans le cas de M. Eversbusch (2).

Ce qui doit nous intéresser au point de vue clinique, c'est que non seule- I ment le vaisseau central peut disparaître en ne laissant persister, comme j nous le verrons tout à l'heure, (jue le canal qui lui livrait passage, mais qu'il I peut, comme dans le cas si curieux de M. Unterharnscheidt, s'opérer une déchirure intra-oculaire d'une artère hyaloïdienne ayant anomalement per- ^ sisté. De cette manière nous ne rencontrons sur le nouveau-né que les résidus I exsangues attachés à la cristalloïde postérieure, où ils simulent une cataracte polaire postérieure, et une sorte d'appendice filamenteux ou en champignon sur la papille qui, lui, peut charrier encore dans son intérieur un filet sanguin.

C'est là le seul cas où dans un corps vitré absolument sain, on peut voir s'agiter au-devant de la papille un appendice vasculaire; toutes les fois que l'on a rencontré des vaisseaux multiples à l'entour de la papille comme dans les observations de de Jaeger et Coccius, ils se trouvaient imbriqués dans des amas de tissu cellulaire ou dans des membranes s'élevant en tente dans l'intérieur de l'œil, et ils devaient leur origine à des épanchements intervaginaux du nerf optique, le plus souvent de nature hémorrhagique. A leur formation, ni la rétine dont les éléments ont été dilacérés ou dissociés, ni le corps vitré qui a été refoulé en avant, n'ont pris une part active.

Qu'on veuille bien se méfier des observations qui relatent la procidence latérale de membranes vascularisées dans l'intérieur de l'œil (Coccius, 0. Becker, de Graefe) et se rappeler combien, même pour les observateurs les mieux doués, la confusion avec un décollement partiel de la rétine est possible lorsque l'exploration de l'œil est rendue difficile à cause d'un trouble de ses milieux, particulièrement du corps vitré lui-même. Que, dans des conditions anormales d'inflammations tumultueuses de l'œil, le corps vitré

(1) KUn. Monalshl, t. XX, p. 449.

(2) KUn. anat. Deitraege zur Embryologie u. Tératologie des Glaskoerpers (Millteilungen ans der Koenigl. Universitdts-Augenhlinik in M une lien, Leipzig, in-8% p. 35).

puisse revenir sur lui-même, se vasculariser, ou que les produits morbides qui l'ont refoulé en avant et latéralement se vascularisent, rien de surprenant et les examens histologiques ne laissent plus persister à cet égard le moindre doute (voy. Beck (1), Schweigger (2) et Pagenstecher (3)); mais comme l'a aussi démontré, dans ses expériences, 0. C. Weber (4), il faut pour que l'œil se désorganise à ce point qu'il parcoure des phases prolongées d'inflammation.

La part que prend ici directement le corps vitré à la formation des vaisseaux sera toujours difficile à déterminer, car les masses vascularisées, dont les vaisseaux se trouvent en contact direct avec ceux de la rétine désorganisée, ont refoulé le plus souvent le corps vitré au point de le faire disparaître parfois presque en totalité.

Lorsqu'autrefois on enlevait encore les staphylômes de la cornée sans suturer la plaie, on pouvait assister à la formation des vaisseaux sur la hernie du corps vitré que laissait passer la plaie. Celui-ci se recouvrait d'une couche de leucocytes qui s'épaississait vers les bords de la plaie, la garnissait peu à peu de bourgeons, provenant de cete couche de plus en plus condensée vers la périphérie. En se servant de l'éclairage oblique et en grossissant au moyen d'une loupe de Brucke, on apercevait bientôt dans ces bourgeons un léger filet sanguin, le nouveau tissu cellulaire qui se formait et se canalisait (C. 0. Weber (5) répandant peu à peu sur toute la surface du corps vitré mis à jour ses anastomoses multiples.

Nous devons ici faire encore mention de la persistance congénitale, non d'un vaisseau, mais du canal qui pendant la vie intra-utérine a livré passage à l'artère hyaloïdienne.

La persistance du canal de Cloquet a été signalée par M. Flarer (6) et nous (7). M. Manz a donné un dessin (8), grossi, représentant la préparation d'un canal hyaloïdien persistant entouré du canal de Cloquet. Cette préparation a été recueillie, sur une jeune fille de vingt-quatre ans qui pendant la vie ne pouvait être soumise à l'examen ophthalmoscopique à cause d'un leucome très étendu de cet œil ; « un manteau cylindrique et transparent entoure le vaisseau (partant d'un appendice conique de la papille). Cette enveloppe parcourt à peu près la partie centrale du corps vitré et s'insère par un disque à contour net et de forme ovalaire à la capsule postérieure un peu au-dessous de son centre ».

Dans le cas de M. Flarer, on observa simultanément avec le cordon Irans-

(1) Zeitschrift fur Ophthalmologie, t. IV, p. 99.

(2) Archiv f. Ophthalm., t. II, 2, p. 227.

(3) Ibid., t. III, 2, p. 92.

(i) Archivf. path. Anatomie, t. XVI, p. 410.

(5) Archiv f. Ophthalm., loc. cit.

(6) Hendiconto clinico, 1870, p. 20.

(7) Traité des maladies du fond de Vœil, 1870, p. 48.

(8) Graefe. Saemisch, t. It, p. 98.

parent qui traversait le corps vitré une persistance partielle de la membrane pupillaire, tandis que la persistance isolée du canal se trouve relatée dans l'observation suivante :

M. Barbier, âgé de cinquante-cinq ans, employé de commerce, ne fut soumis que par hasard à l'examen ophthalmoscopique lors d'une visite qu'il avait faite à la clinique pour accompagner sa femme. Il nous avait prié de contrôler ses lunettes. A l'aspect extérieur, les yeux ne montraient rien de particulier , ils sont hypermétropes ('H 2,25) et présentent V = 2/3. A l'ophthalmoscope on voit sur les deux yeux un cordon noirâtre qui traverse le corps vitré et se dirige du pôle postérieur du cristallin vers la papille du nerf optique. Ce cordon a des deux côtés une insertion circulaire à la cristalloïde postérieure, est courbé en S et flotte manifestement pendant les mouvements des yeux. Le corps vitré est parfaitement libre d'opacités et le fond de l'œil tout à fait normal, sauf l'insertion du cordon sus-mentionné. Si l'on examine après dilatation de la pupille et à l'image droite, tout en ayant soin de faire varier son accommodation pour des profondeurs différentes, on reconnaît que le cordon qui traverse le corps vitré possède une épaisseur égale et qu'il offre partout la largeur d'une première branche de l'artère centrale. Pendant cette exploration il se montre parfaitement transparent et muni d'un contour très délicat, mais très distinct. Sa transparence ressort surtout lorsqu'on s'adapte pour les couches postérieures du corps vitré et que le cordon en question se trouve placé devant la section jaune rougeâtre clair du nerf optique. Il semble alors que le corps vitré est traversé par un tube de verre tordu et très mince. Au contraire si la ligne visuelle de l'observateur concorde d'avantage avec l'axe du cordon et si l'œil s'adapte en même temps pour les couches antérieures du corps vitré, on reçoit l'impression d'un ruban noirâtre aplati. Lorsqu'on s'adapte pour la papille, le cordon qui traverse le corps vitré gagne alors tellement en transparence qu'il faut une accommodation des plus exactes et une observation très attentive pour se convaincre que ce cordon transparent s'insère des deux côtés près de la branche descendante interne de l'artère centrale, entre elle et le tronc veineux, où il se perd dans une excavation physiologique reflet très éclatant. A l'image renversée et même avec le secours d'un fort grossissement (+ 4 (+ 9) il ne m'est pas possible, à l'ophthalmoscope fixe, de démontrer d'une façon satisfaisante à mes élèves la connection de ce cordon avec le nerf optique, tellement il était transparent dans ses parties postérieures. Du reste, à l'éclairage oblique on pouvait aussi se convaincre qu'une pareille transparence existait pour les parties antérieures. Pendant cet examen, l'insertion du cordon ne se révélait que par une augmentation du reflet de la capsule postérieure et le cordon ne dénotait sa présence même après dilatation complète de la pupille, que sous forme d'un filet étroit et indistinct, qui ne se montrait que pendant les mouvements de l'œil ; il réflétait la lumière comme la capsule postérieure, mais moins qu'elle et se soustrayait au regard à une courte distance du cristallin.

Depuis la publication de cette observation, j'ai eu occasion de rencontrer deux autres cas : l'un concerne une femme de quarante-cinq ans observée en 1872, mais chez laquelle la présence de nombreuses opacités fines du corps vitré résultant d'une chorio-rétinite spécifique rend l'examen très difficile. A mesure que la malade se guérit (restant dix ans en observation), on put se rendre compte qu'il s'agissait en réalité d'un canal qui traversait le corps vitré, canal qui ne contenait aucun vaisseau. L'autre observation concernant une jeune femme est absolument concordante avec l'observation relatée plus haut.

Les rares observations qu'on a pu recueillir jusqu'à présent (1) montrent

(1) Voy. Bayer (Fr.), Ueber den sichtbaren CloqueVschen Canal imAnge (Prag. Zeitsch. /'. Ileilk., t. IV, I, p. 49). Trois cas.

que la persistance du canal se rencontre constamment sur les deux yeux, tandis que jusqu'ici on n'a observé généralement la persistance de l'artère hyaloïde que sur un seul œil (le cas de M. Knipp fait exception).

Jusqu'à présent on n'a pas parlé d'altérations du canal de Stilling qui le rendent visible, à l'exception des épanchements sanguins provenant des gaines du nerf optique et sur lesquels nous aurons à revenir.

ARTICLE V

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