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La figure 138 représente l'étendue du champ visuel do mo:i oeil droit poui- dos papiers blancs (courbe noire) et pour des papiers colorés de 2 centimètres de côté, sur fond noir, à l'éclairago moyen du jour.
Comme on voit, tous les auteurs sont d'accord pour donner au bleu le champ visuel le plus étendu ; après le bleu vient pour nous le jaune, puis l'orangé, le rouge, le vert et enfin le violet. Cette dernière couleur est d'ailleurs, comme nous l'avons déjà dit dans le chapitre sur la chromatoptométrie, parmi les matières colorées, la moins constante et la plus difficile à se procurer suffisamment pure. C'est à cela probablement qu'il faut attribuer la différence qui existe entre nos expériences et celles de M. Schirmer, qui distingue le violet sous un angle plus grand que le vert et, dans certaines directions, même plus loin que l'orangé. M. Rahlmann, M. Woinow et son élève M. Krûkow, trouvent pour le vert un champ visuel plus étendu que pour le rouge. Ceci peut tenir à la nature des couleurs avec- lesquelles ces expérimentateurs ont opéré ou à un état particulier de leurs yeux.
Dans nos recherches chromatoptiques, nous avons, en effet, trouvé un cas où, pour nos couleurs, le champ visuel du vert était plus étendu que celui du rouge. La méthode des intensités minima nous a démontré qu'il fallait dans ce cas également une étendue plus grande de rouge que de vert pour que la couleur soit distinguée dans la vision directe (1).
A part les exceptions mentionnées, l'ordre dans lequel les couleurs de matières colorantes sont distinguées, en se rapprochant de la périphérie vers le centre de la rétine, est celui que nous avons trouvé pour notre œil.
Pour tous les observateurs, les champs visuels des couleurs et le champ visuel du blanc sont à peu près concentriques. De plus, toutes ces couleurs, en se rapprochant du point de fixation, paraissent d'abord gris plus ou moins clair, ensuite elles passent par une zone où elles font sur l'œil une impression colorée sans être perçues dans leur vrai ton. Enfin, même quand le ton de la couleur est apprécié par une partie excentrique de la rétine, la couleur est loin de faire sur 1 œil une impression aussi vive qu'au centre. A l'exception du bleu, qui, comme nous l'avons constaté un des premiers, avec plusieurs autres observateurs, est plus facilement distingué par des parties de la rétine voisines de la fosse centrale que par la fosse centrale elle-même, toutes les couleurs paraissent plus saturées dans la vision directe que dans la vision indirecte.
Voici les changements que paraissent subir les objets colorés lorsqu'on les amène de la périphérie vers le milieu du champ visuel :
Le bleu apparaît d'abord gris, puis gris bleuâtre, puis bleuâtre, enfin bleu.
Le jaune apparaît gris clair, puis gris jaunâtre, puis jaune.
L'orangé apparaît gris, puis gris jaunâtre, jaune saturé et orangé.
Le rouge apparaît gris, puis gris jaunâtre ou orangé, brunâtre, enfin rouge.
Le vert jaunâtre apparaît gris clair et gris jaunâtre avant de paraître dans son véritable ton.
Le vert bleuâtre apparaît d'abord gris foncé , puis gris bleuâtre, puis vert foncé. t '
(1) Landolt, Archives de physiologie, 1875, p. 647.
PÉRIOPTOMÉTRIE.
Le violet apparaît d'abord gris, puis bleuâtre déjà au delà des li mi les du rouge et de l'orangé, mais ce n'est qu'après le vert qu'il nous apparaît dans son véritable ton (1).
On constate pour des couleurs spectrales de moyenne intensité la même dégradation successive de teintes sur la périphérie rétinienne. Pour notre œil, l'ordre dans lequel les couleurs de moyenne intensité sont distinguées est pour les couleurs spectrales également : le bleu, l'orangé, le rouge, le vert et le violet.
Les couleurs spectrales de moyenne intensité apparaissent toutes àla limite du champ visuel comme une lueur gris-bleuâtre. En les rapprochant du point de fixation, elles parcourent également une zone dans laquelle elles font seulement une impression lumineuse sans coloration distincte (2).
Du fait que des papiers colorés d'une petite étendue et des couleurs spectrales d'intensité moyenne ne sont pas perçus par toute l'étendue de la rétine, on a voulu conclure que certaines régions de la rétine étaient complètement achromatopes, d'autres achromatopes partielles. C'est surtout M. Schelske (3) qui, sur des expériences très-intéressantes d'ailleurs, exécutées à l'aide de couleurs de mélanges, a cru pouvoir admettre une partie de la rétine insensible au rouge, partie qui devrait commencer en dehors à 68 degrés, en dedans à 53 degrés, en haut à 38 degrés, en bas à 37 degrés de la macula. Woinow a également soutenu l'état achromatope de la périphérie rétinienne. On est même allé plus loin en élevant sur cette hypothèse une théorie sur la nature des éléments rétiniens préposés à la perception des couleurs. Voici le raisonnement qu'on faisait : puisque la périphérie de la rétine est incapable de percevoir les couleurs et que cette partie de la rétine se distingue des parties centrales par l'absence des cônes, il est évident que ce sont les cônes qui sont préposés à la perception des couleurs, tandis que les bâtonnets ne transmettent que les impressions lumineuses.
Une telle théorie, basée sur des expériences avec des couleurs aussi peu intenses que les papiers colorés et les couleurs spectrales qui ont servi aux expériences mentionnées, ne pouvait être soutenable.
Aubert (4) a déjà exprimé l'opinion que si l'on appréciait la sensibilité aux couleurs dans des conditions identiques avec des objets d'une grande étendue (64 millimètres de diamètre) on ne trouverait dans toute l'étendue de la rétine que des différences graduelles de la perception des couleurs et que toutes les couleurs seraient perçues jusqu'aux limites du champ visuel.
Pour vérifier si les parties périphériques de la rétine sont insensibles ou
(1) Landolt, Annali di ottalmologia, t. I, p. 180, 187!2, et Auberf, Optiiue phis'ologique, \^. 544.
(2) Landolt, in Aubert, Optique physiologique, p. 545. , (3) Schelske, Arch. f. Ophth., t. IX, 3, p. il.
(i) Arch. f. Ophth., t. III, 2, p. 55 et 6t. ,
non aux couleurs, nous avons expérimenté avec des couleurs aussi intenses que possible (i).
Les expériences furent faites dans une chambre obscure. Un faisceau de lumière solaire était projeté par l'héliostat dans la chambre, à travers un trou pratiqué dans le volet. Dans une première série d'expériences, je me suis servi de papiers vivement colorés, dont un morceau de quelques millimètres carrés fut fixé à une extrémité de l'arc du périmètre. C'est sur ce papier que fut dirigée la lumière solaire, de telle sorte que la couleur était très-vivement éclairée. L'œil fut placé au centre du périmètre et, pour ne pas troubler l'expérience par l'influence d'un objet de fixation lumineux, je dirigeais le regard sur le bout de l'index, que je rapprochais lentement de l'extrémité opposée du périmètre vers son sommet. Toutes les couleurs étaient ainsi reconnaissables jusqu'aux dernières limites des parties du champ visuel que j'examinais.
Dans une seconde série d'expériences, je me suis servi de couleurs spectrales. Un spectre solaire des plus intenses fut produit sur un diaphragme adapté à une des extrémités du périmètre. Dans le diaphragme était pratiquée une fente mobile pour pouvoir isoler la couleur voulue du spectre. Pour le reste de l'expérience, nous procédions de la même façon que dans le premier cas. Le résultat était le même, à savoir que les couleurs vives sont toutes distinguées jusqu'aux limites du champ visuel.
Nos expériences prouvent donc que les parties excentriques de la rétine ne sont pas achromatopes, mais que, pour produire une sensation colorée, il faut une impression beaucoup plus vive aux parties excentriques qu'aux par-, ties centrales de la rétine.
Après avoir constaté le fait que la rétine est capable de percevoir les couleurs dans toute son étendue, bien que d'une façon d'autant plus imparfaite que la région est plus éloignée de la macula, il s'agissait d'établir les proportions dans lesquelles décroît la sensation chromatique du centre vers la périphérie de la rétine, en d'autres termes, d'établir le rapport qui existe entre la sensation chromatique au centre et aux parties excentriques de la rétine.
Les expériences faites à notre clinique par nos élèves et par nous-même serviront au moins à préparer la solution de cet important problème. Nous procédions suivant difl'érentes méthodes (2).
l"* On détermina pour le centre et pour des parties excentriques de la rétine l'étendue qu'il fallait donner à chaque couleur pour qu'elle pût être distinguée. Pour augmenter l'étendue de la couleur, nous nous sommes servis d'un diaphragme muni d'une ouverture carrée, qu'on pouvait élargir à volonté (voy. fig. 125).
(1) Landolt, Annales d'OcuUstique, janv.-fcvr. 1874, p. 1, et Périoplométrie in Graefe u. Saemisch Hdh. der ges. Augenheilkd., t. III, 1, p. 70.
(2) Charpentier, De la vision avec les diverses parties de la rétine, thèse de Paris, 1877, p. 39.
PÉRIOPTOMÉTRIE. 631 Celte méthode a donné les résultats suivants :