AMBLYOPIE DANS LA FIÈVRE INTERMITTENTE
douleurs dans les yeux. Elle commence avec le stade algide, pour décliner et disparaître avec la transpiration. Dans les cas de fièvre pernicieuse, le malade sort du coma tout à fait amaurotique pour quelque temps.
Quelquefois l'amaurose prend le cachet d'une fièvre larvée, c'est-à-dire que les phénomènes fébriles concomitants sont peu prononcés.
On a observé ces amauroses surtout dans les fièvres tertiaires, rarement dans la fièvre quotidienne. Certaines formes larvées, affectant le type quotidien, peuvent simuler assez bien de l'héméralopie. La durée de l'amaurose varie d'un quart d'heure à une heure et plus. Des î accès répétés laissent après eux un état amblyopique permanent, avec rétrécissement du champ visuel ou avec des scotomes périphériques.
i2° On a observé de l'amaurose ou de famblyopie permanente dès le début, peut-être avec quelques exacerbations périodiques dans le cas d'amblyopie. Dans une observation de ce genre (Jacobi), le champ visuel n'était pas rétréci, bien qu'il y eût névrite double. 3° Enfin, la cachexie paludéenne, qui produit si souvent des dégénéres- ; cences parenchymateuses des reins, avec albuminurie et œdèmes, peut aussi ' donner naissance aux affections oculaires liées à falbuminurie, surtout à la névrite et à la rétinite albuminuriques. Les cas de ce genre ne rentrent donc pas, à proprement parler, dans la catégorie des affections qui nous I occupent.
! Uexcmen ophthalmoscopique ne démontre rien de bien saillant dans beaucoup de cas. Cependant, un léger trouble de la papille et de la rétine environnante semble ne jamais faire défaut. Poncet distingue deux espèces dé modifications dans la coloration de la papille, indiquant, soit une congestion récente, soit une injection chronique. Dans le premier cas, la papille est plus rouge et un peu plus saillante qu'à l'état normal. L'injection chronique s'accompagne d'une teinte rouge noirâtre, grise ; la papille fait une saillie
j légère; c'est une congestion veineuse à laquelle est surajouté un ton noir, résultant d'une mélanémie dont nous allons parler. La papille est donc toujours saillante. De plus, un voile grisâtre, œdémateux, recouvre le fond de l'œil, autour de la papille. Les artères, très fines, pâles, disparaissent souvent dans l'œdème. Les veines sont congestionnées. L'ophthalmoscope binoculaire de Giraud-Teulon a permis 'à Poncet de constater un état œdémateux, boursouflé, de la choroïde, produisant des bosselures des membranes.
I Dans des cas rares, ces signes de congestion et d'œdème de la papille et
j de la rétine environnante se modifient au point d'offrir tout à fait l'apparence
1 de la névro-rétinite.
I Enfin, des hémorrhagies rétiniennes ordinairement assez larges, d'autres fois plus discrètes, apparaissent quelquefois, surtout à la suite de plusieurs rechutes. Ces hémorrhagies, assez rarement visibles à Tophlbalmoscope, même dans les cachexies, existeraient toujours, d'après Poncet, dans les accès pernicieux, à l'état d'extravasats microscopiques, particulièrement dans la région ciliaire.
NUEL
AMBLYOPIES ET AMAUROSES.
L'ensemble de ces signes ophthalmoscopiques dénote donc un trouble profond de la circulation dans l'œil.
Anatomie pathologique. — Dans les yeux que Poncet a pu soumettre à l'examen anatomique, il y avait une dissociation des fibres nerveuses de la papille et de la rétine, par un liquide épanché entre les éléments, et qui soulevait par endroits en ampoules la membrane limitante interne. Il y avait des signes de véritable inflammation, surtout la pullulation de jeunes cellules dans les tissus. Mais c'est dans les vaisseaux qu'on trouve les altérations principales. Les globules rouges y sont très rares; ils peuvent faire tout à fait défaut dans les capillaires et dans les petils vaisseaux de la papille et de la rétine. Les globules blancs, renfermant presque tous à leur centre un petit grain de pigment noir-charbon, y sont très nombreux; par endroits, ils s'amassent au point de devenir polyédriques par pression réciproque, et à constituer de véritables obstructions vasculaires. A ces globules blancs sont mêlés, dans les vaisseaux un peu plus gros, d'énormes cellules à contours irréguliers, mesurant plus de 40 ^j., c'est-à-dire qu'elles sont cinq fois plus grandes que les globules blancs. De même que ces derniers, elles renferment chacune un petit grain noir. Ces cellules énormes semblent être des endothéliums altérés et détachés quelque part d'une paroi vasculaire, charriés au loin et arrêtés par le petit calibre de certains vaisseaux gorgés du reste de globules blancs. Le point pigmenté paraît être le reliquat d'un ou de plusieurs globules rouges qui ont été assimilés, dévorés par les grandes cellules. La paroi propre des vaisseaux rétiniens était intacte dans un cas soumis à l'examen; dans un second, les endothéliums étaient gonflés, et peut-être en voie de se transformer dans les cellules géantes libres dans la lumière vasculaire. — Les extravasations sont nombreuses dans la rétine, et paraissent ne jamais manquer à la région ciliaire dans les fièvres pernicieuses et dans la cachexie paludéenne. De même que dans les hémorrhagies leucocythémiques, le sang épanché se compose surtout de globules blancs amassés au centre des extravasats et entourés d'une couche quelquefois insignifiante de globules rouges.
Les mêmes altérations se rencontrent dans la choroïde; on les a du reste décrites dans la plupart des organes parenchymateux d'individus morts par suite d'impaludisme.
Entin, lorsque la dégénérescence parenchymateuse des reins, suite de l'impaludisme, a donné naissance à unejétinite albuminurique, on trouve les lésions de cette affection à côté de l'altération du sang que nous venons de décrire.
Pathogénie, — Les symptômes ophthalmoscopiques et fonctionnels s'expliquent parfaitement d'après les données anatomo-pathologiques qui précèdent. L'altération du sang, la présence, dans ce liquide, d'une quantité démesurée de globules blancs entremêlés de cellules géantes, produisent
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des obstructions des petits vaisseaux et des capillaires de la choroïde, de la rétine, de la papille, et probablement aussi du nerf; les tubes vasculaires se dilatent, souffrent plus ou moins dans leur nutrition; ils laissent exsuder une quantité anormale de liquide, se rompent par places et laissent écouler le sang. L'amblyopie est due en partie k la coinposition anormale du sang, en partie au ralentissement de la circulation et à Fœdème intersliliel ; les hémorrhagies un peu copieuses au pôle postérieur de l'œil donnent naissance à des scotomes positifs plus ou moins étendus. — La pigmentation générale des éléments blancs du sang, la rareté des globules rouges, rendent comp'e de l'aspect terne, grisâtre, de la papille et de la rétine œdéinatiée.
On pourrait donc sans inconvénient ranger celte affection dans la calégorie des rétino-choroîdites, au même titre qu'on parle d'une rélinite leucocylhémique.
Le pronostic de l'amaurose et de l'amblyopie dans la fièvre intermittente paraît être assez bénin. A en juger d'après les relations des divers auteurs, la vue se restitue ou s'améliore considérablement à la suite d'un traitement efficace dirigé contre l'affection générale.
Le diagnostic des formes larvées, accompagnées de peu de symptômes fébriles, est quelquefois difficile. L'affection oculaire, en effet,, n'offre aucun caractère saillant. On pourra n'avoir pour tout élément de diagnostic que le séjour actuel ou antérieur du malade dans une région paludéenne. L'attention étant une fois éveillée, l'examen de la rate devra décider en dernier ressort.
Traitement. — Nous renvoyons à ce propos aux travaux traitant des affections paludéennes dans leur ensemble. La quinine et l'arsenic peuvent être impuissants à combattre l'affection, si leur emploi n'est pas secondé par un changement de contrée. Il n'y a pas lieu de diriger quelque traitement local spécial contre l'amblyopie. Nous l'avons dit, la guérison de celle-ci est la règle, si on parvient à combattre la fièvre intermittente, à moins qu'il n'y ait des signes de névro-rétinite albuminurique; dans ce cas encore on a toutes chances d'obtenir une amélioration notable, si l'on parvient à arrêter l'affection rénale.
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