‹ Trait√à complet d'ophthalmologieChapitre 33 sur 125 · AMBLYOPIE RÉFLEXE · texte numérisé non relu

AMBLYOPIE RÉFLEXE

malade est du reste vile fatiguée des expériences périmétriques; pendant qu'elle se trouve au périmètre, elle se plaint d'obscurcissements de la vue et de douleurs frontales; en même temps, les yeux rougissent et larmoient. Il a fallu la renvoyer au lendemain pour continuer l'examen.

Je soupçonne un état de l'appareil visuel analogue à celui décrit récemment par Wilbrand dans certaines formes bénignes d'amblyopie hystérique. Effectivement, il se trouva que dans le méridien déterminé en premier lieu, le champ visuel avait une étendue à peu près normale. Il était rétréci dans les autres méridiens, et cela d'autant plus que l'expérience avait duré plus longtemps. Revenant finalement dans la même séance au méridien déterminé en premier lieu, il se trouva maintenant le plus raccourci de tous. Après cinq minutes de repos, un état analogue fut constaté sur le second œil.

Ces expériences avaient fortement fatigué la malade. Après un quart d'heure de repos, je recommençai la même opération, mais en commençant dans un autre quadrant du champ visuel. Le résultat était identique à celui de la première séance : le premier méridien avait une étendue à peu près normale, le second était un peu rétréci, le troisième davantage, et ainsi de suite.

A l'ophthalmoscope, le fond de l'œil était en somme normal ; peut-être j y avait-il un léger trouble de la papille.

Au début des expériences périmétriques l'étendue du champ visuel est à peu près normale. L'expérience continuant, la rétine se fatigue, sa [ périphérie devient insensible, le champ visuel se rétrécit. Il suffit d'un i repos de quinze à trente minutes pour que la vision redevienne normale, j Je recommande à la personne de revenir à la consultation au fort de la I prochaine rage de dents. Celle-ci ne se fait pas attendre. Trois semaines 1 après, la malade revint avec de la ouate sur la joue droite et une vive douleur dentaire de ce côté, irradiée dans toute cette moitié de la face. Il y i avait pholophobie très marquée; les yeux rougis larmoyaient, particulièrement celui du côté droit.. L'acuité visuelle était moins bonne que lors du premier examen; à gauche, elle était à peu près i/3, à droite, tout au plus 1/6, et encore seulement pour la vision de loin. Elle était sensiblement moindre dans la vision de près; il y avait donc une parésie de l'accommodation. La fatigue rapide de la vision empêcha de relever le champ visuel i avec les soins voulus; il était manifestement rétréci des deux côtés, même I dans le premier méridien examiné, et le rétrécissement augmenta dans la suite de l'examen, qui du reste devait être constamment interrompu à cause I du larmoiement et d'obscurcissements de la vision. — La malade voyait des I étincelles, et des obscurcissements du champ visuel survenaient périodi- ! quement, même sans que les yeux s'appliquassent à la vision.

La papille du nerf optique était congestionnée, les artères rétiniennes de calibre normal, les veines dilatées.

Le même jour, la malade se fit extraire du côté droit deux chicots d'une très grande sensibilité au toucher. Le lendemain il y avait une détente

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complète, tant pour ce qui regarde la névralgie dentaire que pour les troubles visuels. L'état était en somme le même que lors de mon premier examen.

Dix jours plus tard, la vue s'était améliorée; la malade pouvait lire, etc., et le champ visuel montrait une étendue à peu près normale; il avait cependant encore une tendance marquée à se rétrécir par suite d'un examen prolongé.

Je ne revis plus la patiente. Quelques semaines plus tard, la guérison aura été complète. Mais il lui reste encore des chicots qui pourront devenir le point de départ de la même affection de Tappareil visuel.

Deuxième observation. — Il s'agit d'une femme du peuple, âgée de trente-cinq ans, veuve, mère d'un enfant. La patiente dépérit depuis des années; sa vue a commencé à baisser il y a de cela quelques mois; actuellement elle ne sait plus guère se guider dans la rue.

C'est une personne amaigrie, d'une forte charpente osseuse; la face est pâle, émaciée, le front couvert de taches semblables à celles du masque des femmes enceintes : c'est une vraie image de la misère.

A droite, la vision est abolie complètement; à gauche, la patiente compte à peine les doigts à un mètre et demi. Le champ visuel gauche, déterminé grossièrement à l'aide du miroir ophthalmoscopique, se montre bien rétréci, mais pas de loin au point où on le trouverait si l'amblyopie tenait à une atrophie du nerf optique. Les deux pupilles, dilatées au delà de la moyenne, réagissent faiblement et paresseusement à la lumière, que ce soit l'œil droit ou l'œil gauche qui soit éclairé. L'œil gauche ne reconnaît plus aucune couleur.

A l'ophthalmoscope, il y a peut-être un peu d'hypérémie de la papille gauche. A droite, la papille offre ce ton sale grisâtre, attribué généralement à une faible infiltration interstitielle; les contours en sont un peu voilés, surtout du côté temporal; les vaisseaux rétiniens me semblent avoir les dimensions normales.

L'interrogatoire et l'investigation de la malade semblèrent d'abord ne donner aucune indication touchant la cause de cette amblyopie amaurotique. Les urines ne contenaient ni albumine, ni sucre. La respiration et les bruits du cœur étaient normaux, à l'exception d'un léger souffle présystolique à la base. Bruit anémique dans les veines du cou. La malade se plaint d'accès de dyspnée et d'angoisse véhémente à la poitrine. Elle éprouve des douleurs de tête ordinairement hémicrâniques, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et se plaint de bourdonnements d'oreilles. Il n'y a ni anesthésie, ni paralysie manifeste nulle part; pas de phénomènes cérébraux, mais une inappétence presque absolue.

Interrogée une première fois sur l'état des organes génitaux, la patiente affirme que tout y est normal. Cependant, le masque caractéristique au front me fit insister, et elle finit par avouer une « faible gêne » dans les parties.

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