NUEL. — AMBLYOPIES ET AMAUROSES
des accès de dyspnée, la fatigue générale et la lourdeur dans les membres, etc. ; bref, tous les symptômes hystériques, notamment l'absence de toute énergie intellectuelle. Dans les cas relevant de la masturbation, on trouvera les yeux cerclés, le regard fuyant, inquiet, de la répulsion pour tout travail corporel ou intellectuel, etc.
L'examen ophthalmoscopique ne dénote rien d'anormal dans un grand nombre de cas, surtout lorsque l'affeclion n'est pas très prononcée et qu'elle est de date récente. On trouve cependant très souvent un degré plus ou moins prononcé d'hypprémie de la papille, et quelquefois de la rétine. A la longue la papille se trouble légèrement et voile la lame criblée, se décolore ou prend un ton grisâtre. Dans les cas d'amblyopie considérable et de rétrécissement durable du champ visuel, la décoloration grise de la papille mène quelquefois à la longue à l'atrophie véritable. On a vu survenir aussi une véritable névrite; mais il y a lieu de se demander si elle n'est pas due à une nouvelle cause morbifique.
Marche, durée, terminaison. — Un détail caractéristique dans celte symptomatologie, ce sont les variations rapides et notables qui surviennent dans l'intensité des manifestations morbides. Au début, le champ visuel est par exemple intact. Quelques mois plus tard, il est fortement rétréci, pour reprendre un peu plus tard. Cela continue ainsi avec des alternances de mieux et de mal, pendant des mois et des années. Ordinairement l'affection débxite par la forme légère; dans beaucoup de cas les choses restent en cet état pendant des années; assez souvent il survient, même très tôt, des exaspérations, ordinairement passagères. Les cas dans lesquels des processus inflammatoires ou atrophiques viennent compliquer la situation sont très rares. Une amblyopie considérable dès le début constitue l'exception.
Le pronostic est en somme favorable. La névrite ou une atrophie très prononcée du nerf ne surviennent que dans des cas exceplionnels. Les affections qui datent de nombreuses années guériront si l'on parvient à enlever la cause; et on y parvient souvent lorsqu'une affection des organes génitaux est le point de départ. Les amblyopies très avancées, accompagnées d'une hypérémie ou même d'un trouble de la papille optique, peuvent guérir ou au moins devenir stationnaires. L'amélioration se produit même lorsqu'il y a une dyschromatopsie prononcée. Lescasde ce genre constituent donc une exception à la règle d'après laquelle la dyschromatopsie dans les affections amblyopiques est un signe néfaste.
Il résulte de ce qui précède que l'importance pratique de l'amblyopie hystérique est considérable, d'une part, parce que l'intervention du médecin exerce souvent sur elle l'influence la plus heureuse, et d'autre part, parce que son abstention laisse, dans des cas rares il est vrai, la porte ouverte à la cécité absolue et irrémédiable.
Voici encore la relation de quelques cas typiques. A la page 700, nous avons exposé l'histoire d'une amblyopie très avancée, qui s'est terminée
favorablement. Dans le cas suivant, emprunté à Mooren, le trouble visuel n'atteint que la forme Iiyperesthésique (asthénopie névroptique?). — Une femme de vingt-six ans, grêle, ne sait plus appliquer sa vision pendant dix minutes, et cependant son acuité visuelle est normale. Dans le temps, elle voyait bien de loin; peu à peu elle est devenue myope. Mais ni l'atropine instillée longtemps, ni les verres négatifs ne remédient à la situation. L'hyperesthésie rétinienne devient telle que la patiente ne sait plus aller en société. Ces plaintes datent de l'époque du mariage. Deux couches ont été des plus douloureuses, et suivies d'une convalescence longue. — A l'examen local, on sent dans le paramètre droit un exsudât dur, adhérent au corps de la matrice et s'étendant dans le ligament large. — On fait deux fois par jour des injections tièdes, et chaque soir on introduit un tampon de ouate à l'iodoforme. A l'intérieur, du bromure de potassium; dans l'œil, de l'atropine. Après cinq semaines l'amélioration était telle que la patiente avait repris ses occupations habituelles; l'état général s'était beaucoup amélioré, et la patiente se réjouissait « de pouvoir de nouveau regarder les gens en j face ».
Mooren cite entre autres le cas d'une demoiselle de vingt-quatre ans, adonnée à la masturbation depuis sa quinzième année. D'année en année, I une asthénopie accommodative et une hyperesthésie rétinienne avec photo- I phobie s'aggravèrent dans une mesure inquiétante. L'amblyopie s'acçomî pagnait de phénomènes nerveux qui allèrent jusqu'à une dyspnée inquiétante. — Le clitoris, de dimensions anormales, était peut-être le point de départ de tout le mal. Les petites lèvres étaient flasques.
Empruntons encore à Arens l'observation d'une malheureuse, âgée de vingt-trois ans, livrée à la masturbation à un très haut degré. Vers l'époque où elle commença à s'adonner à son vice, il se développa une espèce d'hyper-esthésie rétinienne (asthénopie névroptique?); le mal s'aggravait à la suite de chaque excès. Finalement, la malade finit par ne plus compter les doigts qu'à un pied de l'œil droit, dont le champ visuel était du reste normal (à gauche il y avait cataracte congénitale). Elle se plaignait de cardialgie, de bourdonnements d'oreilles, de douleurs dans les reins, etc. Les parties sexuelles, clitoris et petites lèvres, très sensibles et douloureuses au toucher.— La cessation, pendant quelque temps, de la masturbation, améliora ! considérablement la vision.
! C'est surtout dans les cas d'amblyopie par suite de masturbation que les rechutes sont à craindre, parce que bien peu de ces malheureux, garçons ou filles, déploient l'énergie nécessaire pour résister à leur penchant.
KOPIOPIE HYSTÉRIQUE
Foerster a décrit sous le nom de kopiopie hystérique une forme particulièrement tenace d'asthénopie névroptique, à laquelle Schenkl a donné plus
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récemment le nom de douleur oculaire hystérique, et qui paraît avoir été décrite plusieurs fois, notamment par Donders sous le nom à' accommodation douloureuse, et par Nagel sous celui dliyperesthésie du muscle ciliaire. L'affection nous paraît rentrer dans le tableau de notre aslliénopie névroptique; seulement elle se distingue par une ténacité extrême. D'après Foerster, les malades ne se plaignent pas tant d'une diminution de la vision, que de sensations douloureuses et d'un degré prononcé de photophobie.
Les douleurs siègent autour de l'œil ou dans l'œil lui-même ; elles sont brûlantes ou tensives; elles naissent sans cause appréciable, ou bien par toute application de la vision, s'exaspèrent par la fatigue corporelle et les émotions morales déprimantes. Elles durent plusieurs heures, même une journée entière ; n'ont pas les caractères de la douleur sus-orbitaire : les points douloureux font notamment défaut.
La photophobie est surtout intense avec l'éclairage artificiel.
Sans cause appréciable, il survient une amélioration de plusieurs jours, puis une exaspération empêchant toute application des yeux, surtout à l'époque des règles chez les femmes.
Les malades, femmes ou hommes, accusent de plus les symptômes hystériques les plus divers.
L'acuité visuelle semble être normale dans l'immense majorité des cas.
La maladie est surtout fréquente dans le sexe féminin. Cependant les hommes en sont assez souvent atteints. Personnellement nous en connaissons trois exemples. Parmi les femmes, ce sont surtout les demoiselles d'un certain âge, ou des femmes mariées stériles. Rarement on entend ces plaintes de la part de filles vers l'âge de quinze à vingt ans.
D'après les recherches de Freud et de Foerster, la kopiopie hystérique serait toujours liée chez les femmes à une forme de paramétrite dite chronique et atrophique, qui mène à une atrophie cicatrisante des tissus environnant la matrice, tissus qui sont si riches en nerfs. Schenkl l'a rencontrée deux fois en rapport avec des tumeurs ovariques.
Cette affection est incurable. Elle finit par disparaître d'elle-même, mais ordinairement après avoir torturé le malade pendant des années et des années. Les femmes en sont ordinairement débarrassées vers la soixantième année, quand la matrice et tous les organes génitaux sont dans un état d'involution complète.