TRENTE-CINQUIÈME LEÇON
SouMMRE : A /fectio7is des organes du mouvement. — Rhumatisme musculaire. Ses formes et sa nature. Différentes méthodes de traitement ; résultats. — Affections articulaires. Introduction. — Inflammations aiguës désarticulations. Formes traumatiques et autres. — Polyarthrite rhumatismale. — Inflammations chroniques des articulations. 1. Le rhumatisme chronique articulaire. 2. Lerhumatisme chronique polyarticulaire. 3. L'arthrite déformante. 4. Roideur et ankyloses des articulalions.
Affections des organus glandulaires. Tumeurs des g'iandes lymphatiques. — Goitre. Tumeurs de la rate.
Affections des organes de la poitrine. — Asthmes nerveux. Battements de cœur nerveux. — Débilité et irrégularité du cœur.
C'est mon devoir de vous entretenir dans ce chapitre d'une série de maladies dans lesquelles le courant électrique produit aussi à l'occasion des guérisons très remarquables. Ce sont maintes maladies des organes, en partie de nature nerveuse, en partie non nerveuse, dont quelques-unes ont une importance secondaire, mais cependant méritent d'être signalées ici, ne fût-ce que pour vous donner un tableau aussi complet que possible de la zone d'action du courant électrique dans la médecine interne. Il est probable qu'en agissant de la sorte nous aurons à toucher à quelques terrains contigus. Je commence par les
Affections des organes du mouvement.
Les organes actifs du mouvement, les muscles, nous ont déjà occupés tant de fois qu'il ne reste plus grand'chose à en dire. Tout particulièrement le traitement des différentes formes cVatropJiie, de dégénérescence et d' hypertrophie ont fait le sujet de mes précédentes leçons (v. 22« leçon, p. 379 et 2o« leçon, p. 432)
Je ne dois plus mentionner ici qu'une maladie très fréquente et très douloureuse, connue généralement sous le nom de rhumatisme musculaire, et dans laquelle, le traitement électrique obtint très souvent des résultats satisfaisants. On sait que les rhumatismes musculaires se manifestent sous des formes diverses et sur tous les muscles que le corps peut renfermer; aussi les désigne-t-on sous des noms très différents les uns des autres. Mais on peut leur donner le nom générique de myalgies. Le rhumatisme des reins est connu sous le nom de lum- I bago, celui des muscles du cou sous le nom de torticolis ou de caput obstipum, cehii des muscles pectoraux sous le nom de myalgie pectorale ou pleurodynie, etc.
Toutes ces formes son,t assez fréquentes, les malades les attribuent d'ordinaire à des refroidissements, à un effort subit et excessif ou à un déchirement de muscles, en tout cas elles sont très douloureuses et
•lyo MALADIES DES OHGANES DU MOUVKMIÎNT, ETC.
souvent Irès opiniâtres ; on les a vues braver pendant des mois et même pendant des années toutes les tentatives de guérison.
En ce qui concerne la nalure propre de ces afFections, nous sommes encore dans l'incertitude. Certes il ne peut guère être question de troubles graves que dans des cas très rares, et la fameuse callosité rhumalismalo n'est assurément qu'une curiosité anatomique, qui a indubilablenient peu à faire avec ce que nous appelons la myalgie rhumatismale. On admet que, dans certains cas, il s'agit de perturbations éphémères, d'hypérémies, d'inflammations passagères, d'exsudations séreuses et autres semblables, ou peut-être dans d'autres cas, des déchirures locales de faisceaux musculaires avec leurs conséquences, peut-être aussi quelquefois d'affections névritiques ou névralgiques de ramifications nerveuses sensibles, dans les muscles ou faisceaux musculaires ; enfin, maintes formes paraissent ofirir une transition directe vers le spasme tonique des muscles, vers une crampe que l'on peut également considérer comme une contracture rhumatismale des muscles. En raison de cette incertitude de nos conceptions pathologiques, il est naturellement complètement impossible de se livrer à des considérations également théoriques sur le choix des méthodes de traitement. En outre ces dernières s'indiquent tout naturellement d'elles-mêmes pour les divers processus morbides possibles ; je vais donc passer immédiatement à une brève esquisse des méthodes de traitement pratiques et efficaces dont trois peuvent être employées.
La première est le badigeonnage faradique de la peau sur les muscles endoloris, avec un courant puissant d'une durée de quelques minutes, de façon à ce qu'il se produise une rubéfaction cutanée très intense ; par ce procédé les douleurs musculaires disparaissent comme par enchantement, s'il est nécessaire, on peut recommencer plusieurs fois, durant la même journée.
La seconde est la faradisation énergique des muscles a/fectés euxmêmes, recommandée par Runge et par Gubler, avec des courants énergiques, de façon à ce qu'il se produise des contractions très énergiques et très étendues ; pour les muscles du dos, vous emploierez à cet effet de grandes électrodes (médianes), qui seront placées toutes deux sur le muscles; progression croissante et décroissante du courant plusieurs fois dans une seule séance qui peut durer de 5 à 10 minutes; ce procédé est assez déplaisant parce que la contraction des muscles affectés est en elle-même très douloureuse ; cependant d'ordinaire les douleurs cessent déjà après une courte contraction. Les douleurs qui viennent ensuite sont beaucoup plus supportables et à la fin de la séance on constate habituellement un grand soulagement.
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Beaucoup plus douce et au moins aussi efficace esl la troisième méthode, le traitement galvanique. Il consiste dans l'application de l'An sur le point principalement douloureux, pendant que la Ka est placée juste vis-à-vis, ou sur un point indifférent, ou successivement sur plusieurs endroits placés circulairement autour de l'An [courants circulaires de R. Remak) ; vous employez à cet effet un courant stable de force élevée (40-33 degrés de déviât, de l'aig.), durant quelques minutes ; comme terminaison vous effectuerez quelques interruptions et interversions de courant, de façon à y faire naître des secousses énergiques du muscle en question. Aussitôt après il y a d'ordinaire du mieux ; on peut encore également répéter 1-2 fois le même procédé (durée de la séance entière 5-13 minutes), jusqu'à ce que la douleur ait complètement disparu.
Viv. Poore recommande de joindre à ce traitement galvanique une sorte de gymnastique simultanée (contraction active énergique du muscle alfecté) ; Runge recommande môme cette dernière comme suffisante pour certains cas ; mais elle plait peu au malade.
Les résultats de tous ces procédés sont ordinairement tout à fait brillants et la suppression du rhumatisme musculaire est en tous cas au nombre des tâches les plus satisfaisantes de l'électrothérapie. D'ordinaire, aussitôt après le traitement, il se produit un soulagement considérable, bien souvent même une disparition complète de la douleur et de la raideur ; bien des fois une seule suffit à un rétablissement durable, et tel n'est pas seulement le cas pour les formes récentes, je l'ai constaté dans des affections d'une durée de plusieurs mois et très rebelles ; même dans la myalgie aiguë fébrile, j'ai obtenu, dans plusieurs cas, un soulagement instantané, grâce au courant galvanique ; toutefois le plus souvent 2-3-10 séances consécutives et souvent même plus, sont nécessaires pour amener ce résultat.
Les tentatives qui ont été faites pour guérir au moyen de l'électricité les affections articulaires sont nombreuses et variées. Déjà Froriep, avec l'appareil de rotation, a combattu avec succès les différentes formes du rhumatisme articulaire et, plus tard, Cahen, par un traitement continu, a guéri presque complètement avec le courant d'induction, suivant toutes apparences, une arthrite déformante. Après cela R. Remak a fait ses premières expériences heureuses sur les actions cataiytiques du courant galvanique, précisément sur des rhumatismes articulaires, sur des inflammations articulaires, subaiguës et chroniques, Iraumatiques et rhumatismales, et il a revendiqué à ce sujet pour le courant une efficacité très notable. Par contre, tout récemment, Weissflog a remis sur le tapis les actions antiphlogisliques du courant faradique, même dans les inflammations articulaires et, ces derniers
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temps, môme pour lu rluimalisme urliculaire aigu Ivpique, on a publié une série de résultats i'avoi-abies, obtenus à l'aide du courant faradique. Mais, à tout prendre on en est resté à des expériences et à des communications isolées ; on n'en est pas encore arrivé à un développement systématique de ces méthodes de traitement dans les affections articulaires, à une utilisation régulière ou môme générale de l'action favorable des courants électriques précisément dans les rhumatismes articulaires.
Il s'agit ici naturellement, surtout des formes diverses d'inflarnmatin^i des arliculations et il semble utile d'examiner séparément les formes aiguës et les formes chroniques.
Inflammations articulaires aiguës
Tandis que quelques-uns, tels que tout récemment Jeofi'roy, rejettent en général absolument l 'emploi de l'électricilé dans les inflammations articulaires aiguës, d'autres, tels que Weissflog, le déclarent impraticable ou môme nuisible dans toutes les inflammations rhwnatisino-arliculaires aiguës ; beaucoup enfin considèrent comme applicable tant le courant galvanique que le faradique et le jugent même fréquemment utile, dans un grand nombre de cas.
Assurénient l'emploi de l'électricité paraît efficace dans le traitement des inflammations articulaires traumatiques aiguës, dans les subluxations et leurs suites ; Remak les a traitées avec succès par le courant galvanique ; Weissflog, par le courant faradique. Gonflement, chaleur et douleur dans les articulations disparaissent promptement après la séance ; la motililé des articulations s'accroît et la continuation régulière du traitement amène bientôt la guérison. Il est vrai qu'aujourd'hui le massage habilement dirigé fait à ce traitement une rude conçu rrence.
Même dans des inflammations articulaires aiguës, rhumatismales ou symptomatiques, Remak a obtenu des résultats très satisfaisants ; Weissflog aussi prétend les soumettre au traitement faradique, si bien que, pour ces formes diverses, des expériences électrolhérapeutiques ultérieures sont désirables. La méthode employée par Hemak et recommandable à tous égords, contre ces inflammations, consiste tout d'abord à faire passer dans l'articulation un courant galvanique assez fort, en alternant les pôles, mais en usant, de préférance, de l'.^n tant que les douleurs restent intenses. Ajoutez-y vers la fin de la séance, quelques interruptions et des courants labiles, traversant les muscles avoisinants et le long des vaisseaux sanguins et lymphatiques les plus voisins, ce qui accélère dans les tissus l'écoulement des liquides. Durée de la séance 10 à 20 minutes.