‹ Traité d'électrothérapie [electronic resource]Chapitre 65 sur 210 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

SoMMAinB . Valeur thévapeutù/ue de l'électricité. — Différentes théories éléct:othérapeutiques. Point de vue empirique. — Actions de courants tdilisables, méthodes différentes : actions catalytiques, excitantes, modifiantes, réfrigérantes; ba<!e empirique de ces dernières. Catalysie directe et indirecte. Galvanisation thérapeutique du sympathique du cou. — Actions de courant d'ordre réflexe.

Nous passons, Messieurs, à l'étude de la valeur ihéi'apeulique de l'éleclricité, à l'appréciation de ses effets salutaires dans les affections morbides les plus diverses et, par suite, à l'examen et à la délimitation de sa sphère d'activité pratico-thérapeutique. En tête de ces considérations, on peut immédiatement émettre la proposition que l'électricité est un remède extraordinairement puissant et varié. On peut, spécialement dans les diverses maladies du système nerveux, lui attribuer des cures si évidentes et si indubitables qu'elle l'emporte sur tous les autres moj'ens de guérir. L'expérience de ces trente dernières années a démontré, d'une manière victorieuse que rélectricité peut guérir et guérir brillamment les névralgies, les anesthésies, les crampes, les paralysies, les maladies des nerfs périphériques ainsi que celles du système nerveux central. On doit à son introduction dans la thérapeutique un pronostic infiniment plus favorable pour maintes formes de maladies. Il n'y a pas d'exagération de ma part, quand j'affirme, comme je le fais en ce moment, que les cures, opérées à l'aide de l'électricité, étonnent bien des fois le médecin le plus expérimenté par leur merveilleuse rapidité et leur étendue. Naturellement ici, comme pour les autres parties de la thérapeutique, les « cures merveilleuses » ne se produisent pas tous les jours ; mais ce. qu'il y a de certain, c'est qu'on en rencontre de temps à autre, et que, lorsqu'elles s'opèrent, elles sont toujours un aiguillon, pour le savant qui les accueille avec joie et continue avec une ardeur infatigable ses expériences de théra-

VALEUR TUÉHAl'KUTIOUE DE L'ÉLECTUIGITÉ 225

peutique, qui iio le conduisent au but désiré que par des voies lentes et tardives.

En face de ces faits incontestables, on ne peut cependant point se dissimuler que nos connaissances théoriques, sur la façon exacte dont se produisent les phénomènes, sont bien arriérées, par rapport aux succès obtenus, sans aucune contestation, sur le terrain thérapeutique. En réalité, nous n'avons encore que des notions extraordinairement peu positives sur les processus de guérison plus délicats qui se passent dans les actions électriques, et sur leur connexité avec les actions physiologiques des courants électriques que nous connaissons, jusqu'à un certain point.

Naturellement les tentatives diverses pour résoudre le problème et mettre en lumière les actions thérapeutiques n'ont point manqué. Chaque électrothérapeute, volontairement ou sans s'en rendre compte, s'est fait une idée plus ou moins logique du mode d'action thérapeutique de son remède ; les progrès éminents de l'électrophysiologie, tout aussi bien que les théories névropathologiques que surgissaient de toute part, n'y invitaient certes que d'une façon trop pressante ! Quoi d'étonnant à ce que, pour la spécialité thérapeutique nouvellement éclose, la hâte juvénile de ses tuteurs et de ses élaborateurs, se soit hâtée de construire un système théorique artistiquement édifié! nous avons tous aidé plus ou moins à le construire, les uns dans un sens, les autres dans un autre ; et je ne crois pas que nous ayons à déplorer ces péc/iés de jeunesse ; comme conséquence, maints bciux travaux ont vu la lumière, bien des questions importantes ont été ailaquées et élucidées, mais la clef du problème ne nous a malheureusement pas encore été livrée. Nous n'avons pas encore d'éclaircissements sur la façon et la manière exacte d'après laquelle se produisent les effets électrico- Ihérapeutiques.

Les difficultés capitales de ce problème reposent, à mon sens, actuellement encore, pour le terrain pathologique, notamment sur notre ignorance des changements délicats, nutritifs ou moléculaires, qui s'effectuent dans les nerfs, lors de maladies diverses. Nous savons à peine quelque chose de certain sur la nature propre, les causes dernières des troubles inflammatoires qui se produisent journellement dans tous les tissus, les dégénérations, les atrophies, etc., qui ont été, un nombre de fois incalculable, l'objet d'explorations expérimentales, • de telle sorte qu'une théorie spéciale de ces processus n'existe point encore ! Et combien moins lumineux encore sont pour nous les processus plus délicats et théoriquement décisifs qui ont lieu lors des troubles variés du système nerveux, dans les névralgies, les crampes, les paralysies et autres névroses multiples ! Nous ignorons le plus souvent si une excitation pathologique est causée par une irritation aug-

EriB. — Électrothérapie. Ifi

"2b ÉLIiCTHOniÉlUI'lli GÉNKHALli

meiilée ou par une cxcilabililô accruo, si l'inexcilabiJité ou le manque de coiuUiclibilitc des voies niolrices est Ja cause d'une paralysie ou si celle doi iiicre ne doil pcul-êtr e pas être attribuée à une action d'arrùl, sans coniptei- les délicates modifications nutritives que nous devons en défliiilivo considérer pourtant comme le principe de tous ces processus et de beaucoup d'autres. Nous sommes en tout cas habitués, et il serait làclieux qu'il en fût autrement, à nous faire de toutes ces choses iwe cerlaina concflplion qui répond à l'état actuel de notre science et satisfait notre besoin de courir après une interprétation d'élucidation mais, cela ne dit point encore que ces idées soient réellement exactes.

D'autre part nos connaissances au sujet des actions multiples de l'électricité, sont encore loin d'être aussi étendues qu'elles le parurent à beaucoup de gens, dans le premier enthousiasme des grandes découvertes physiologiques de 1850 à 1800.

En effet nous ne connaissons d'une manière exacte que les actions excitantes el modifiantes des courants électriques sur les nerfs' et sur les muscles ; quant aux actions dites électrolytiques sur le corps d'un animal vivant, nous n'en connaissons pour ainsi dire rien ; il en est de même des actions dites cataphoriques ; quant aux actions «catalytiqixes», dont aujourd'hui on parle si souvent, on ne peut en dire qu'une chc)se, c'est qu'elle sont presque entièrement hypothétiques ; cette dénomination n'est qu'un nom collectif pour une somme d'actions dont la nature, si on les prend une à une est presque entièrement inconnue et dont l'existence a besoin d'être démontrée, en partie, d'une manière plus positive.

Qui nous garantira qu'il n'y ail pas encore d'autres actions de l'électricité sur l'organisme vivant, encore inconnues, comme par exemple sur l'échange moléculaire, l'étal du calorique, les affinités élémentaires, les phénomènes osmotiques, etc., d'où proviennent précisément les résultats les plus importants en tiiérapeutique ?

Ces réflexions pourraient déjà suffire à réveiller en vous une idée approximative de la valeur réelle des théories électrothérapeutiques ([ui ont régné jusqu'ici ; bornons-nous à exposer en peu de mot les plus importantes de ces théories.

Laplusgraiide vogue appartintnaturellemenl, sous la haute pression des découvertes éleclrophysiologiques, à la théorie éleclrolonique, qui voulait réduire la plupart des effets curatifs des courants électriques à leur action modifiante (réhaussanl, rabaissanl ou calmant toute l'excitabilité). Quoi de plus naturel en apparence, que de vouloir traiter ou éliminer les névralgies et les ci-ampes à l'aide de l'action «calmante » du pùle positif, pai- le transpoi-L de l'anélectronus el au contraire les aneslïiésies el les paralysies par l'action excitante du pùle négatif et

THÉORIE ÉLIÎCTHOTONIOUK 227

avec le calélectroLonus Ihérapeuthique '! Mais quoique nous ne soyons nullement assurés que, dans un groupe de cas, il y ait réellement augmentation, dans un autre groupe, toujours diminution de l'excitabi- Jité, quoique, dans beaucoup de cas, nons ne soyons autorisés à admettre ni l'un ni l'autre, on peut, avant toute chose, objecter à cette manière de voir que l'action électrotonique disparait promplement après la cessation du courant et même se renverse au pôle positif, tandis que les guérisons obtenues à l'aide des courants sont plus ou moins dui-ables. D'ailleurs il s'agit le plus souvent, comme l'a reconnu déjà avec justesse R. Remak, non d'un rétablissement ou d'une modification deVexcilabilité maïs d'une amélioration de la conductibilité et de l'activité dans les nerfs malades. En outre la théorie électrotonique a contre elle, comme nousl'avons déjà vu souvent, un inconvénient : dans presque aucun nerf du corps (l'acoustique seul peut-être excepté), on ne peut établir une action polaire pure ; l'action opposée existe toujours simultanément, ce qui doit nécessairement rendre impossible l'exclusivité de l'effet. Sans doute on peut objecter que la modification positive, après la disparition de l'anélectrotonus, peut être évitée et l'on peut renvoyerà toute la série des guérisons évidentes, obtenues surtout dans les maladies de l'acoustique, et qui se sont pourtant développées sur le terrain de la théorie électrotonique. Mais, dans aucune circonstance, ces faits peu nombreux — , quoique très frappants en partie, — ne peuvent devenir la base d'une large théorie électrothérapeutique ; on ne pourra jamais expliquer les diverses guérisons avec les actions éleclrotoniques seules, bien qu'on doive leur réserver une certaine place dans la thérapeutique.

Par suite de ces difficultés, on en est revenu en partie à ^ancienne'TLt'^^vf et primitive théorie, d'après laquelle l'électricité n'agit que comme f '&kC agent d'excitation etque les différentes périodes de cette excitation amènent la guérison ; c'est là la théorie de l'excitation. Mais avec cela nous ne faisons pas un grand pas en avant ; en tout cas, ce nest pas une raison suffisanted'admettre celle-ci, parce que la théorie électrotonique est inadmissible et que, à part les actions toniques, nous ne connaissons, avec une certaine certitude, que lapropriété de Téiectricité d'agir comme excitant sur les nerfs. Et comment la simple action excitalive du courant électrique pourrait-elle expliquer les guérisons si diverses, à la suite des troubles les plus variés, dans des troubles d'une nature diamétralement opposée ? Gomment l'excitation électrique passagère d'un nerf ou d'un muscle périphérique peut-elle rendre possibles des actes volontaires plus énergiques ? Gomment peut-elle faire disparaître une névralgie ou une crampe ? Gomment peut-elle être active dans un cas de névrite, de tabès, de myélite, etc. ? Nous verrons plus tard qu'on peut s'expliquer simplement, de cette manière, une partie

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des effets curalifs, mais pas tous, tant s'en faut. Aussi loi/i que s'étend ma vue, je n'aperçois, dans mon voisinage qu'une seule pensée, empiétant assurément beaucoup sur le terrain hypothétique qui rende peut-être possible une utilisation plus large des actions excitantes au profit de la théorie électrothérapeutique. Cette pensée est relative aux Wh» nerfs Imphiques, dont aujourd'hui personne ne peut sérieusement con- ' tester l'existence, bien qu'elle ne puisse pas être démontrée anatomiquement. Chaque nerf renferme pourtant vraisemblablement des fibres trophiqucs et se trouve placé sous l'influence de centres trophiques et il y a tout lieu de croire qu'une excitation électrique de ces voies et centres trophiques agirait d'une manière modifiante sur les phénomènes de nutrition dans les nerfs, dans les muscles et dans d'autres organes, hâterait la régénération, ferait disparaître les troubles plus délicats de la nutrition et amènerait ainsi la guerison des cas morbides. Je ne crois pas qu'il soit impossible d'admettre que, par exemple, les efl'ets incontestablement favorables de l'exercice méthodique (la gymnastique et autres récréations corporelles) sur la nutrition des muscles, peuvent se ramener à ce fait que toute excitation motrice est reliée à une excitation des fibres trophiques, etexcite ainsi les processus nutritifs. De même, beaucoup d'actions curatives de l'électricité, ne pourraient-elles pas s'expliquer, jusqu'à un certain point, par une action indirecte et excitante des processus trophiques?

Nous entrons, il est vrai, sur le terrain d'une autre théorie qui, autant que je le vois, est de nouveau en vogue, théorie à laquelle se rangent par résignation, la plupart des électrothérapeutes, par suite de l'insuffisance des autres théories : je veux parler delà théorie des actions cataly tiques. Elle cherche à ramener tous les résultats éleclrothérapeutiques à un somme d'actions de courants parmi lesquelles se trouvent aussi les actions trophiques précédemment indiquées, mais auxquelles appartiemient encore les actions sur les vaisseaux sanguins et sur les nerfs vaso-moteurs, sur les phénomènes éleclrolytiques etosmotiques et les effets mécaniques du courant. Je vous ai expliqué dernièrement (7" leçon, p. 122) que ces efiets « catalytiques » sont encore bien hypothétiques ; que nous masquons sous un mot choisi par nécessité, notre ignorance d'un grand nombre d'actions de courants encore passablement inconnues ; il résulte déjà de cela que nous ne pouvons pas choisir ces effets comme base de notre théorie électrothérapeutique, mais tout au plus comme point de départ de recherches ultérieures. R. Remak a saisi avec une grande perspicacité la haute importance de ces actions ; mais jusqu'ici son ardeur générale a l'éussi, aussi peu que les efforts de ses successeurs, à bien faire comprendre ces actio'ns, à les analyser dans leurs éléments et à expliquer par là les effets curatifs du courant, dans les difl'érentes formes de maladies.

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Nous sommes donc forcés d'avouer franchement la défectuosité des bases théoriques de notre science et puissance électrothérapeutiques ; lelectrothérapie doit, encore, aujourd'hui, comme par le passé, être assise sur une base purement enip 'wique ; c'est seulement par un grand nombre d'expériences ultérieures, que nous nous mettrons peu à peu en état d'établir une idée théoriquement exacte des effets curatifs de l'électricité.

Nous devons assurément dans ces efforts nous servir, comme d'un excellent fil d'Ariane, des faits physiologiques et des hypotlièses qui en résultent. Elles nous fourniront les premiers jalons dans le choix des méthodes, les voies exactes pour l'interprétration et le contrôle de leurs résultats ; mais, en cela, nous ne devons pas perdre de vue que tout d'abord Yexpérience, rien qu'une expérience accumulée et criliquement tamisée pourra seule prononcer le dernier mot dans toutes ces questions. Nous devons aussi nous dire que le résultat éventuel d'une méthode érigée sur une base physiologique ne garantit en aucune façon V exactitude de cette base théorique, mais que cette exactitude doit toujours être garantie par des expériences et, autant que possible, par l'expérimention pathologique et thérapeutique.

Après ces considérations générales, je veux d'abord vous énumérer, enm'appuyant sur nos analyses précédentes, toutes les actions de courant qu'il est possible d'utiliser en thérapeutique ; je vous dirai en peu de mois dans quel but on peut les utiliser en thérapeutique et, avec quelles méthodes on peut le mieux les obtenir.

L'action de courant, indubitablement utilisée le plus souvent, capable (Jl. de l'usage le plus multiple et de la graduation la plus délicate est Vaciion excitante et stimulante. Elle est indiquée sous des conditions très différentes dans les maladies périphériques et souvent aussi centrales : et d'abord partout où nous pouvons nous attendre à faire disparaître des états pathologiques par de fortes excitations ; partout où nous voudrons vaincre, par un acte vigoureux d'excitation, des résistances de conductibilité dans les voies nerveuses sensibles ou motrices, où nous voudrons, par une excitation plus fréquente, pour ainsi dire par l'exercice, ranimer l'excitabilité abattue, rouvrir des voies de conductibilité à moitié encombrées et devenues impraticables ; de plus là où nous désirons, par actions sur les nerfs Irophiques, exciter la nutrition des parties et faciliter, par la production de" contractions musculaires, le rétablissement de muscles atrophiés ; ou bien là où il s'agit poumons de remplacer les exercices actifs ou passifs des muscles par une espèce de gymnastique électrique ; enfin là aussi où il faut agir d'une manière excitante ou modifiante, par voie réflexe, en partant des voies sensibles, sur les organes centraux et, par ceux-ci sur les organes périphériques les plus divers, sur les voies vaso-motrices, sur

KLEOmOTUÉHAl'lIv GÉNÉHAI.Ii

les nerfs ol, musclos vaso-moleurs, sur l;i respiraLion ai la oirculalion, elc.

G fist là un iioiiilire lies iiolahle d'acliuiis po.-^siljle.s ; Jcs nnîUiodes que nous pouvons employer pour y parvenir, f^e devinent sans peine d'après ce que je vous ai déjà dit! elles introduisent dans le corps le courant faradique, au moyen d'électrodes huinides, d'une forme et d'une grandeur (•.onvenai)les, quand elles veulent exriter des parties, situées au-dessous de la peau et plus profondément encore ; par cftntre avec des électrodes sèches et, de préférence, au moyen d'un pinceau ou d'une brosse métallique," quand vous ne voudrez exciter avec une grande cnerf,ne que les nerfs cutanés ou les autres éléments de la peau ; cette dernière méthode se recommande surtout pour produire les actions réflexes.

Dans le courant galvanique, vous avez à votre disposition, pour Texcitation et l'irritation, des méthodes encore plus diverses ; de la manière la plus simple, l'action irritante que possèdent les fermetures dit pôle négatif, qui peuvent être répétées avec une force et une fréquence croissantes; bien moins efficaces sont, dans ce but, les fermetures et les ouvertures du pôle positif ; cependant ou peut aussi les employer à l'occasion. — Une excellente méthode pour obtenir des excitations est la forme JaOile du courant, pratiquée pour la première fois par R. Remak et spécialement la forme lahile du pôle ndgatif. Cette action labile s'effectue de manière à ce que, avec la Ka bien humectée, on frotte en montant et en descendant, avec assez de rapidité et d'énergie, le tronc nerveux ou le muscle à exciter, avec une force de courant suffisante pour obtenir des contractions énergiques et ondulatoires (ordinairement on se contente de la force de courant qui, dans le même nerf, produit de réelles KaFS). L'action puissamment excitative de cette manipulation ne provient, en tout cas, point des fluctuations qui se manifestent dans la force du courant; car on peut, avec l'inlroductio» d'un galvanomètre et avec l'exécution soigneuse du traitement « labile » voir que l'aiguille ne subit presque aucune déclinaison, malgré l'apparition des commotions les plus vives ; cette action est bien plutôt la conséquence exclusive du fait que, lors du frottement, de nouvelles parties du nerf ou du muscle entrent successivement dans le domaine de l'électrode et dans la plus grande densité du courant, et sont ainsi, excitées. C'est là une excellente méthode pour exciter les nerfs et les muscles avec une intensité modérée et obtenir ainsi les résultats les plus favorables. On peut aussi procéder labilement à laide du pôle positif, mais avec un effet moins intense ; les effets les plus actifs s'obtiennent sur les muscles qui se trouvent à un point très élevé de la réaction de dégénérescence ; ils donnent aussi d'abondantes commotions labiles avec le pôle positif. Rémak désigne, sous le nom d' « excitation

ACTIONS UTILISAULICS : AC I IONS EXCITANTES S.'î f

labile terminale », le frottement avec la Ka snr les i)arlies des muscles f,^.^ lon^3~sTriiée3 dans le voisinage de TextrémiLé des tendons, tandis que le muscle est en même temps traversé, autant que possible dans toute son étendue longitudinale ; celte opération est aussi très eflicace, surtout sur différents longs muscles des extrémités.

Enfin le remède excitant le plus intense consiste dans les commulalions rapidement exécutées du couranl, particulièrement dans le revirement sur la Ka, après que le pôle positif a auparavant agi assez longtemps, i.a répétition fréquente de ces revirements de courant (ou alternatives voltaïques, comme on les appelle aussi) est souvent l'unique moyen de produire des commotions, sur des muscles atrophiés à un haut degré, et d'une excitabilité considérablement diminuée et de les rendre peu à. peu plus accessibles à l'excitation électrique. Ces courants sont en conséquence utilisés d'une manière prépondérante, dans des cas, de paralysie invétérée, avec atrophie étendue.

L'endroit où il faut appliquer ces différents procédés excitants, dépend naturellement tout à fait du siège et de la nature de la maladie, puis aussi du but que l'on se propose spécialement d'atteindre.,!'^ ferai seulement remarquer ici en peu de mots que, quand il s'agit de vaincre les résistances de conductibilité, sur la voie nerveuse, l'excitation des nerfs sensibles doit partir périphériquement du siège de la lésion, tandis que celle des nerfs moteurs doit partir autant que possible du centre ; Texcitation de nerfs et de muscles en dégénérescence et s'atropiTrant, doit tout d'abord se régler sur cette excitation même et pour obtenir des actions réflexes, il faut choisir soigneusement, dans chaque cas, la zone nerveuse sensible la plus favorable à l'excilalion électrique.

En deuxième ligne, nous désirons très souvent nous servir des actions modifiantes, changeant V excitabilité, du courant électrique. Il y a effectivement ciuantilé de cas où l'on peut, en se basant sur des appréciations théoriques, espérer un résultat favorable de ces actions: partout où l'on admet une diminution de l'excitabilité des nerfs et des muscles, dans beaucoup de paralysies et d'anestbésies, dans certaines maladies vaso-molrices et même dans certains étals de diminution de l'acLiviié de la moelle épinière et du cerveau, on est en droit d'employer laction catélectrolonisante du courant (action excitante, fortifiante, antiparalytique, réfrigérante) ; tandis que ià où l'on est en droit d'admettre une augmentation d'excitabilité des nerfs et des muscles, d'états d'irritation sur les voies nerveuses sensibles, motrices et vaso-motrices, d'états anormaux d'excitation, même dans le système nerveux central, (ainsi par exemple dans les névralgies, les crampes, les points douloureux constants, l'irritation spinale, le mal de tête, l'insomnie, l'hyperesthésie de l'acoustique, les migraines angiospastiquès, etc.) on a

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en premier lieu ù amener l'action anéleelrolonisanle Au courant; (on peut aussi nommer cetle action, suivant les cas particuliers, affaiblissante, cahimnLe, lihiilive, nnlinévralgique, anlispastiquo).

Les nuUhodes, dont nous disposons pour atteindre ces effets sont très simples. Elles sont certainement moins sûres, quand on emploie le courant faradique, sur l'action modifiante duquel nous connaissons peu de chose ; on admet ordinairement que l'on détermine une augmention do l'excilahilité à l'aide des courants faradiques faibles, tandis que des courants faradiques très énergiques et très forts, diminueraient, assure-t-on, l'excitabilité, Céla a été déduit surtout de faits pathologiques et thérapeutiques ;mais je vous rappelle ce que j'ai déjà dit précédemment : quand même il serait certain qu'assez souvent une névralgie ou une crampe disparaît, sous l'action de courants faradiques très énergiques, il ne s'en suit pas que cela soit arrivé par suite de la diminution de l'excitabilité ; car cela a encore besoin d'être démontré.

Pour amener la diminution de l'excitabilité, on se sert, dans beaujfltif coup de cas, avec efficacité, des courants d'induction dénommés progressifs, adoptés en premier lieu par Frommhold ; si les électrodes sont bien fixées, larges et humides, on y introduit le courant faradique fout à fait faible ; ensuite, en tirant peu à peu le rouleau, ces courants augmentés, suivant les circonstances, jusqu'à une force aussi grande que possible et cependant encore supportable, restent pendant quelque temps maintenus à ce degré d'énergie puis diminuent lentement; on peut répéter plusieurs fois ce procédé dans le cours d'une séance.

Je trouve encore plus sûres les méthodes, d'après lesquelles, des actions modifiantes peuvent être produites au moyen du courant galvanique ; ici je n'ai besoin que de vous rappeler ce qui a été dit, en temps et lieu, à propos de l'électrotonus. Si vous désirez amener une

— augmentation de l'excitabilité, vous n'avez qu'à appliquer le pôle négatif d'une manière stable, avec une force et une durée de courant croissantes, afin d'obtenir les différents degrés de cette augmention ; même après l'ouverture du courant, une forte modification positive de l'excitabilité se fait attendre pendant quelque temps. Voulez-vous par

«jb. contre diminuer l' excitabilité, le moyen à employer est l'action stable du pôle positif ; ici encore la force et la durée du courant amènent une augmentation de l'effet désiré. Mais il se présente ici aussi une nouvelle et grande difficulté : à l'ouverture du courant, après la cessation de l'anélectrotonus, se manifeste, comme on le sait, immédiatement une notable modification positive, une augmentation de l'excitabilité, qui met en question tout le résultat de l'application précédente. Voilà ce qu'il faut éviter en fout cas et cela se fait, à ce qu'il paraît, avec une

ACTlOiVS UTIUSAULKS : MODIFIANTE, HltPHIGÉRANTK. 233

assez grande certitude et d'une manière le plus souvent suffisante pour la pratique, par ce qu'on appelle esquivement du cou7'ant, c'est-àdire que l'on diminue la force du courant avec la plus grande précaution et insensiblement (à l'aide du compteur d'éléments, de la coulisse de fermeture ou d'un rhéostat), de degré en degré, jusqu'à ce qu'on arrive à zéro. Qu'en fait, ce procédé habilement conduit^ soit suivi du résultat souhaité, c'est ce que beaucoup de cas d'hyperesthésie de l'acoustique, tendent à prouver d'une façon brillante, attendu que, dans ces cas, même quand l'excitabilité du nerf s'est élevée à un haut degré, on peut par ce procédé, éviter entièrement la réaction de l'ouverture du pôle positif et faire disparaître, pour un temps plus ou moins long, les bruits subjectifs.

A propos des diPférentes^formes de maladies, j'aurai à traiter de nouveau des modifications spéciales de ces méthodes de traitement et cela d'une manière plus détaillée. Parmi les effets modifiants, il faut •compter indubitablement ce que Heidenhain a décrit, il y a longtemps, sous le nom d'action réfrigérante du courant galvanique. Elle est obtenue, avec le plus d'efficacité, par des courants stables et ascendants; mais il est probable qu'elle repose, pour la plus grande partie, sur l'action éJeclrolonisante du pôle négatif et elle peut très bien trouver son application dans des cas où, par des efforts excessifs, par des excès, etc., il s'est produit une espèce de lassitude ou d'épuisement des appareils moteurs. ^

Autant les aclions catalyliques du courant peuvent être obscures, \j ^ même dans leur nature la plus délicate, autant on s'accorde néanmoins sur leur existence et leur utihsalion extraordinairement multiple,.

J'en al parlé en détail antérieurement (7« leçon, page 123) et j'ai besoin, pour le moment, de répéter simplement ce qu'on entend par ces mots, depuis que H. Remak en a parlé pour la première fois ; ce sont les elfets produits sur les nerfs vaso-constricteurs (que peut-être il faut diviser aujourd'hui en vaso-constricteurs et vaso-dilatateurs) et sur les vaisseaux sanguins, peut-être aussi sur les vaisseaux et sur le courant lymphatiques ; les actions sur les phénomènes osmotiques, sur les dispositions moléculaires, l'échange moléculaire et le mouvement du liquide dans les tissus, les actions électrolytiques et cataphoriques, peut-être aussi les effets produits sur les nerfs trophiques, bref les infiuences, résultant de tout cela, sur les phénomènes de résorption et de nulrition en général. 11 existe, efi"ectivement, quantité d'actions qui doivent assurer au courant électrique une influence extraordinairement puissante et multiple sur des phénomènes morbides très divers dans le système nerveux, ainsi que dans les autres tissus du corps. Il en est de même de toutes les perturbations inflammatoires possibles

ÉLECTHOTllIîllAl'Ilv GÉNRIIAI.IC

(le naluro aiguë ol l'.lii-oiiiqiK; (névrite, niyélile, sclérose, elc). dans les processus exsudalifs les plus divers, dans les rliurnalismes articulaires, dans les muscles et les neri's, dans les extravasations saiij^nines, dans tous les phéiionnènes de dé^M-nérescence, dans les troubles palpables et innpalpables de la nutrition du sysième fierveux ! On ne peut songer presque à aucune forme de troubles, pour laquelle on n'ait l'espoir d'une influence heureuse possible par l'action catalytique du courant.

En général, il est impossible de nier l'existence de ces actions, mais nous n'en sommes pas moins fort éloignés de les produire avec certitude, quand nous en avons le désir. Nous n'en sommes pas moins éloignés de pouvoir désigner, dès ce moment-ci, toutes les formes et tous les cas de maladie, dans lesquels on a quelque droit de faire appel avec un espoir fondé, à ces effets catalytiques.

Dans une leçon précédente (p. 124), j'ai recueilli le nombre toujours croissant des faits physiologiques que l'on peut regarder comme la base des elTels catalytiques ou du moins comme le point de départ de recherches ultérieures dans ce sens; je vais maintenant réunir quelques expériences pathologiques et thérapeutiques, qui parlent en faveur de re.x.islence et de l'importance pathologique de ces effets catalytiques et qui offrent une base en quelque sorte certaine, pour l'appréciation et l'élaboration ultérieure de cette intéressante question. Ces faits ont été recueillis et décrits en grand nombre, et en pleine connaissance de cause par R. Remak.

Citons ici en première ligne les résultais du traitement galvanique dans les différentes formes de névrite. R. Remak nous communique lui-même plusieurs observations de névrite primaire et secondaire au plexus brachial et à d'autres zones nerveuses, ainsi que de névrite noueuse, dans lesquelles la douleur et l'entlure disparurent plus ou moins rapidement après l'emploi du courant galvanique. Mor Meyer vit une névrite du médian disparaître très vite, malgré une enflure sensible, par l'emploi de l'action stable de l'An ; il a publié récemment quelque chose de semblable, à propos de la névrite traumatique et autres. F. R. l<'ischer a décrit un cas indubitable de névrite du médian, émanant de mon service, dans lequel la douleur et l'enflure se dissipèrent sous l'action du môme remède et j'ai pu, depuis, constater dans plusieurs cas, ce résultat favorable. Par contre, le cas communiqué par Althaus n'est pas péremptoire.

Plus nombreuses sont les observations d'arthrites de différentes espèces. Remak a publié quantité de guérisons remarquables d'affections articulaires aigucs et chroniques, rhumatismales et Iraumaliques, qui ne laissent guère de doute sur l'action réellement antiphlogistique du courant galvanique ; entre autres guérisons, celle d'un hydarthrose du genou gravement éntlé, non moins que celle d'une coxalgie chronique. M. Rosenlhal vil disparaître, sous le traitement galvanique, plusieurs exsudations chroniques articulaires; Mor Meyer parle de différents cas, dans lesquels la faradisa-

ACTION CATALYTIQUE

lion iriiac part, la o.aivanisaLioii de l'aiilro, l'iirenl employées avec succès. Calieu a obtenu un bon résultat dans une arthrite vraie par un tivaitomeul loiriqiie, avec l'appareil de rotation. Chéron en dit autant du traitement galvanique appliqué log iquement au rhumatisme articulaire déformant. WeisUog a vu, dans des inflammations traumatiques et scrofuieuses des articulations, des résultats notables dus à la faradisation locale et il la déclare péremptoirement « lantiphlogistique le plus énergique, le plus infaillible, le plus précieu.x contre toutes les inflammations traumatiques ». E. Heniak employa le courant galvanique avec succès contre des rhumatismes monoarticulaires. Moi-même je puis semblablcment parler de résultats excellents, dans des exsudations articulaires. Benedikt aussi raconte, dans son ouvrage, toute une série d'observations de cette nature couronnées de succès — Onimus et Legros décrivent aussi un cas très favorable, rentrant dans la présente question. Erdmann a traité avec un brillant succès, faradiquement et galvaniquement un cas sérieux d'inllammation articulaire, multiple et chronique.

On a de plus déterminé souvent la résolution, la diminution de tumeurs glandulaires par des courants électriques : Remak a fait résoudre avec le courant galvanique, des glandes lymphatiques dures et enflées (par dilatation des vaisseaux lymphatiques)? et réduit une glande strumeuse. Mor Meyer, se voyant en face de tumeurs lymphatiques multiples, grandes et dures, les a fondues et diminuées en employant des courants faradiques très forts et souvent interrompus. Gbvostek a traité, au moyen des courants galvaniques stables, beaucoup de glandes strumeuses en partie anciennes, et en a obtenu souvent la diminution, avec une rapidité merveilleuse dans certains cas et un succès complet. 11 vit de même diminuer rapidement des bubons anodins, par le même procédé, et Seeger prétend avoir obtenu des résultats semblables dans des gonflements glanduleux inflammatoires. Onimus et Legros citent pareillement quelques exemples de tumeurs glanduleuses guéries par eux. L'une de ces guérisons.est remarquable en ce qu'il s'agissait de deux tumeurs glanduleuses symétriques, dont une fut traitée seulement avec le pôle positif et l'autre avec le pôle négatif; la première fut guérie plus tôt que la seconde.

Non moins surprenants sont les résultais (jue quelques observateurs ont obtenus au moyen du courant galvanique, contre des cicatrices dures, la raideur des arliculations et les périustoses par suite de blessures par armes à feu ; Mor Meyer vit dos cicatrices profondes de muscles s'amollir et disparaître ; des périostoses produites par armes à feu, rétrocéder avec une surprenante rapidité. Les deux elTels furent obtenus par l'emploi du pôle positif. D'autre part Chéron vit la rigidité des articulations et des exsudations plastiques, après des blessures par armes à feu, guérir principalement par l'action stable de la Ka.

Rnlin nous possédons des observations sur l'action manifeste des courants dans des conlusions, extravasalions sanguines, des subluxaiions cl inflammalions, Remak en vit le brillant succès dans une foulure de l'articulation de la main : enflure et rigidité disparurent rapidement II en fut de même d'une distorsion du pied assez grave. Il fut aussi heureux dans des cas chroniques de la même espèce, et sut guérir, à l'aide du courant, la rigidité et l'épaississe^

^•ïb itLECTROïUÉlUIME GIÎNKIULK

jiienl succédunl ù des inllaminalions articulaires. ChvosLek Iriomplia ég-alfnieiil nu moyen de lu palvanisaLioii labiie des nerfs, d'une iulilLratioii l'raumatiiiue, clironico-iullaininaloire de la Jambe; Sycianko veiil avoir guéri a plusieurs reprises et avec une surprenante rapidité une gingivite uiguë, pai l'application du prtie positif; Chéron et Moreau-Wolfanirment avoir eu beaucoup de succès dans des orcliiles l)lennorbagiques et traumaliques et contre des liypertrophios chroniques de la prostate, grâce au courant galvanique.

Voilà des exemples oMi nombre sullisarit! On pourrait aisément r-n augmenter le Jiombre, mais il y en a déjà as.sez pour df-montrer que, sur plusieurs organes situés à la surface du corps, l'influence du courant électrique a guéri, d'une manière visible et palpable, de graves lésions analomiques. Nul doute que des résultats semblables, peut-être en moindre quantité, peuvent s'obtenir dans des parties d'organes el des tissus plus profondément placés; mais nous serions entraînés trop loin, si nous voulions citer toutes les observations de maladies palpables de la moelle épinière et du cerveau, dans lesquelles indubitablement on a obtenu des résultais heureux, au moyen du courant électrique, résultats que l'on ne peut guère expliquer autrement qu"en les a^Dpelant « catalytiques ».

En tout cas il est certain que cp.s résultats existent, quelle que soi! notre ignorance sur leur nature, et leur mode d'action. Il faudra faire encore de nombreuses observations, exemptes de préventions et consciencieuses, pour amener à une solution finale, cettè question, qui forme peut- être la pierre angulaire de l'électrothérapeutique.

Les actions catalytiques appartiennent, en première ligne, a.\x courant galoaniq w;. Avec cette thèse, concordent aussi a priori, d'après notre connaissance des actions de courants, les expériences pratique? et cela d'une manière suffisante. La plupart des résultats connus jusqu'ici sont dus sous ce rapport, au courant galvanique et c'est en cela que consiste aussi sans doute sa grande supériorité sur le courant faradique, surtout dans le traitement des organes placés profondément. Mais le courant faradique peut aussi revendiquer des succès notables, comme cela résulte des nombreuses citations que nous venons de faire.

Le meilleur moyen d'obtenir les actions catalytiques du courant galvanique, paraît être l'irrigation stable de la partie malade (quand le courant est suffisamment fort et persistant). II est probablement utile de faire alterner souvent la direction des deux courants, en d'autres termes, de changer de pôle, parce qu'ainsi les actions vaso-motrices, électrolytiques et cataphoriques du courant sont indubitablement augmentées. La 790siijo)i des éleclrodes dépend naturellement tout à fait de la situation, de la grandeur, et de la facilité d'atteindre la partie malade ; s'il s'agit d'un petit noyau névrotique, on peut le couvrir en-

ACTIONS CATALYTIQUES : EXEMPLES ; MÉÏllODES. 237

lièrement avec l'une des électrodes, en plaçant l'autre électrode sur une partie indifierenle du corps. S'il s'agit d'une articulation malade ou d'un foyer dans le cerveau, on dispose les deux électrodes de telle f'iiçon que la partie malade se trouve entre les deux et soit irriguée de la façon la plus directe et la plus intense. On peut procéder autrement dans d'autres formes morbides ; mais toujours de façon à ce que la partie malade soit atteinte le plus sûrement possible et par des traînées de courant suffisamment épaisses.

Naturellement, vous vous poserez ici la question suivante ; les deux pôles n'ont-ils pas des actions différentes et l'un ne mérite-t-il pas la préférence dans un cas et l'autre pôle dans un autre cas? A priori la chose est assez probable, mais jusqu'ici nous n'avons aucune certitude à cet égard.

On admet ordinairement que partout où il s'agit de manifestations plus fortes d'excitation, de processus plus actifs, d'une accumulation plus abondante de liquide, d'une plus grande richesse de sève dans les tissus, d'affection très douloureuse, l'application du pôle positif sur la partie malade mérite la préférence, tandis qu'il faut appliquer le pôle négatif là où les processus sont plus torpides, plus lents à s'écouler, chroniques, partout où les tissus sont plus riches en sang et en lymphe, partout où on constate des indurations, des scléroses etc. Assurément il n'y a pas de fait péremptoire en faveur de chacune de ses opinions ; malgré cela on peut, toujours commencer ces opérations par le choix d'une de ces méthodes. Gomme des faits de nature diverse parlent en faveur d'une conception opposée ou du moins, comme il s'agit beaucoup moins ici de l'action des pôles que de l'irrigation directe et complète, j'ai ordinairement préféré placer les deux pôles sur la partie malade et changer souvent la direction 3Bs-cotiraîîfs, ou bien en faisant agir un pôle seulement, j'employais d'abord l'un puis l'autre.

Ghvostek, en se fondant sur des conceptions théoriques conclut, qu'il ne faut employer que des courants de courte durée et de force médiocre (total de 3 à 10 minutes, avec alternance des points d'application); il veut que les effets catalytiques proviennent principalement de l'excitation des nerfs vaso-moteurs et trophiques ; cependant il regarde comme plus avantageux de traiter la partie malade directement et non pas simplement les nerfs qui y appartiennent, pour utiliser aussi les actions électrolytiques du courant. Dans beaucoup de cas il paraît en outre utile, à côté de traitement de la partie malade, de procéder encore à un traitement stable et labile des parties avoisinantes, vaisseaux, voies 13'mphatiques, muscles, peau, pour agir ainsi indirectement sur la circulation de la lymphe, la nutrition des parties malades. Des interruptions réitérées du courant et même des revirements peuvent

''2'-iH Éi.i:cTHOTiiRHAi'ii-. c.ènèhaiv.

être utiles, pour renforcer l'action isolée du courant, pour détendre les muscles tendus, pour activei' I.i nutrition des muscles atrophiés, etc. Tout cela se recommando aussi pour le traitement des articulations malades et ce pnicédé est souvent d'une utilité évidente.

l'ouï" obtenir tous ces ellels calalyliques, le courant faradique est bien moins actif; lo moyen de l'appliquer est simplement de diriger aussi droit que possible à travers la partie malade des courants plus ou moins forts et ondulatoires, comme on fait d'ordinaire pour les affections des articulations. Pour faire résoudre desluineurs glanduleuses, M. Meyer a employé le courant faradique, de telle façon qu'il laissait agir en tout pendant quelques minutes, avec des électrodes humectées, le plus fort de tous les courants, mais en l'interro'npant plusieurs fois; ainsi se produit une division immédiatement sensible des tumeurs et les grosseurs se réduisent aussi peu à peu.

Se basant sur quelques observations faites sur des hommes, H. Remak a encore établi une catalyse JndîVecle. Elle consisterait en une modification de la circulation et de la nutrition des différents tissus qui serait amenée par la galvanisation des troncs nerveux qui les innervent. Remak prétend avoir vu que de cette manière, en galvanisant des parties nerveuses éloignées du foyer de la maladie, les extravasations sanguines se résorbaient plus rapidement, les gonflements d'articulation disparaissaient, les muscles atrophiés augmentaient de volume, etc. Il recommandait même comme remède particulier et sûr, pour calmer les douleurs dans les parties enflammées, les articulations l'action stable du pôle positif sur le tronc nerveux correspondant aussi loin que possible du foyer de la maladie. Il n'y a rien à dire en soi contre la possibilité de pareilles irifluences et cela d'aulant moins que nous pouvons exercer indubitablement en agissant sur les fibres vaso-dilatatrices ou vaso-constrictrices qui parcourent les tronc nerveux, une influence sur la circulation de parties éloignées. Cependant il serait à désirer au plus haut point, que ces observations isolées fussent confirmées et multipliées et qu'ainsi la théorie de la catalyse indirecte pût être placée sur une base plus solide et plus large. Chvoslek a publié, sous ce rapport, à ce qu'il me semble, des expériences très importantes : il vit disparaître en très peu de temps une infiltration des deux jambes, inerte, chronique, provenant d'un traumatisme, le tout au moyen d'une galvanisation labiie des nerfs péroniers et tibiaux et il déclare avoir fait disparaître pi-esque complètement un pannusde la cornée avec forte hypérémiede la conjonctive, par une galvanisation longtemps prolongée du sympathique.

1 o*4r^- Celte question a en effet acquis une importance inopinée et très consi- ' hr^^w- dérable par une série d'allirmulions et d'hypothèses qui se rattachaieni, ' comme méthode thérapeutique, ix la galvanisation dti sympathique du

ACTIONS CATALYTIQUES : MÉTUODIÎ 239

COU. R. ReniaU liii-mèinc el plus lard Bcnédikt, en partie aussi M. Meyer Beard, Rockwell, etc. affirmèrent que ce mode d'application avait de l'influence sur les processus vaso-moteurs et trophiques du cerveau, de la moelle épinière, du visage, de Tœil, des muscles et articulations, même de la peau et de toutes les autres parties possibles du corps et que, par conséquent, on doit en attendre, en lait de pathologie, des avantages extraordinaires dans beaucoup de formes morbides , peu accessible à un autre traitement, particulièrement, à un traitement direct. Efleclivement, on prétend avoir vu de nombreuses guérisons dues à cette méthode dans certaines hémiplégies cérébrales, dans des névralgies du trijumeau, dans la migraine, dans les paralysies, des crampes de la région faciale, des muscles des yeux, dans les paralysies ■bulbaires ; de plus dans la névrorétinite et dans Talrophie des nerfs de la vision, dans la maladie de Basedow, dans l'épilepsie, dans l'atrophie musculaire progressive, dans la paralysie saturnine, dans l'arthrite déformante, dans la sclérodermie et dans différentes autres maladies cutanées (prurigo, eczéma, etc.). Si toutes ces observations étaient exactes et confirmées ultérieurement, nous posséderions assurément dans cette méthode un des processus électrothérapeutiques les plus eiricaces.

On ne peut douter de l'exactitude d'une partie des observations mentionnées ci-dessus ; mais il n'est pas dit pour cela qu'il faille attribuer au sympathique du cou tout le mérite des résultats obtenus; car, dans les méthodes usuelles de la galvanisation du sympathique que je vais bientôt mentionner, le sympathique n'est jamais atteint exclusivement par le courant, mais il est certain que de notables traînées de courant, aboutissent au pneumogastrique, à la carotide, aux nerfs de la base du crâne et au cerveau lui-môme, au plexus brachial et cervical el particulièrement à la portion cervicale de la moelle épinière et de la moelle allongée avec ses centres nombreux et importants pour les vaisseaux, les pupilles, la respiration, le cœur, la nutrition des muscles et des articulations, elc. On peut se demander si précisément ces parties ne sont pas plus iuiportantes que le sympathique du cou.

Je ne veux pas attacher grande importance au fait que les nombreuses recherches physiologiques sur le sympathique du cou, chez des personnes bien portantes, dont j'ai déjcà parlé précédemment (page iOo\ ont été sans résultat, en ce qui concerne l'utilisation thérapeutique de celte méthode. Gela ne prouve rien du tout et c'est une manie tout aussi peu scientifique qu'elle est, malheureusement, fréquente, de vouloir déduire de résultats négatifs, obtenus sur des nerfs sams, des conclusion^ définitives pour des états et phénomènes pathologiques. Avons-nous pu obtenir un point d'arrêt sûr, des innombrables expériences physio-

240 ÉLECTHOÏIIÉHAI'IIC (iliNKRAI.r;

logiques surles nerfs sensibles et moteurs el savons-nous que et comment on peut faire cesser une ni'ivralgie ou une crampe par voie électrolhérapeutiqiie? ou, pour choisir un exemple encore plus frappant, les expériences éleclrii|ucs fuiles par les piiysioiogistes sur iu moeile épiniôre nous ont-elles fourni le point d'appui m(';me le plus léger, pour la galvanisation thérapeutique de cet organe ? Les succès thérapeutiques obtenus dans le traitement de la moelle épiniére sont-ils par hasard moins certains, parce que, dans les circonstances normales, nous ne pouvons pas exercer chez l'homme la moindre action visible, sur la moelle épinière, au moyen du courant? Ou, pour mentionner quelque chose d'analogue sur un autre terrain, l'étude physiologique du bromure de potassium nous a-t-elle fourni des points d'appui pour le traitement de l'épilepsie à l'aide de ce remède? Ou la physiologie nous a-t-elle appris quelque chose des propriétés de l'arsenic, qui nous fassent comprendre les guérisons indubitables qu'il procure dans la chorea minor et dans le tic douloureux ?

Dans des cas semblables, pour la pratique, Vexpé?'iet2ce seule peut nous guider avec succès. Les résultats négatifs des études physiologiques ne peuvent donc nullement nous empêcher, en face des ^faifs thérapeutiques positifs, d'employer, ultérieurement, ce qu'on appelle la galvanisation du sympathique, comme une méthode thérapeutique et d'apprécier sa valeur. Ils ne nous obligent qu'à plus de circonspection dans l'explication de ces faits et nous font un devoir de ne pas attribuer au sympathique, sans des raisons décisives, des propriétés que peutotre il ne possède pas. C'est pourquoi encore je souscris volontiers à la proposition de remplacer la dénomination préjudiciable de galvanisaLion du sympathique^ jusqu'à nouvel ordre, par celle de « galvanisalion du cou «, bien qu'en tout cas cette dernière désignation précise moins nettement le lieu d'application des électrodes ; pour la même raison le terme de « galvanisation subaurale » proposée par de Watteville, pourrait encore convenir.

La méthode la plus pratique y relative, est certainement celle qu'a indiquée Mor Meyer ; un pôle (électrode moyenne) est introduite au coin de la mâchoire inférieure d'un côté, tout contre l'os hyoïde, en plein dans la direction postéro-supérieure vers la colonne vertébrale, l'autre pôle quelque peu plus grand (grande électrode) est placé sur le côté opposé de la nuque, tout près des 5 ou 7 épines vertébrales du cou. D'ordinaire, on met la Ka à la preniière place (voisinage du ganglion cervical supérieur) ; pourtant, on peutaussi, en cas de besoin, appliquer là le pôle positif. L'action modérée de forts courants (6-10 cléments Stohrer) suffit habituellement ; le plus souvent on emploie un courant stable, toutefois des courants labiles, des interruptions de courant, même des revirements peuvent être aussi maintes fois

GALVANISATION DU SYMPATUIQUE 241

indiqués. La durée d'application n'a pas besoin, règle générale, d'aller au delà de 1 à 3 minutes. D'ailleurs suivant les circonstances du cas, elle aura lieu des deux côtés ou seulement sur un seul.

Une autre mélhode a été employée de préférence par Benedikt ; il place le pôle positif, en forme de bouton, dans la fosse jugulaire, le négatif au ganglion supérieur ; pour des raisons anatomiques et physiques, celte mélhode n'est pas aussi pratique que l'autre. Elle nous prive, plus que de raison, de la puissante action exercée sur la moelle cervicale .

Les modes d'application du courant sur les- autres portions du sympathique (ganglions les plus inférieurs, du cou, de la poitrine et du ventre), en cas qu'on veuille les utiliser, à l'exemple de R. Remak, pour des besoins thérapeutiques, sont tout indiqués par les rapports anatomiques.

C'est ici le cas de rappeler encore très brièvement certaines actions l'axes des courants électi'iques, qui se rangent également au nombre des actions catalytiques, en tant qu'il s'agit de resserrement et d'élargissement des vaisseaux ; je veux parler des changements produits dans les vaisseaux du cerveau et de la moelle par une excitation faradique (et autre) de la peau et des troncs nerveux périphériques. Cet ordre de faits a tout récemment de nouveau attiré sur lui l'attention et ils méritent une certaine considération, car si les faits qui sont déjà connus sont ultérieurement confirmés, on pourra les utiliser en thérapeutique. Le resserrement et l'élargissement des vaisseaux de la piemère, on été observés, au cerveau et à la moelle (bien que d'une façon inconstante) par divers observateurs (Callenfels, Nothnagel, Brown- Séquard, etc.), à la suite d'une excitation des nerfs et des organes périphériques. Nothnagel notamment a trouvé que, par une excitation delapeau, moins certainement par celle des troncs nerveux y afférents, il pourrait se produire un resserrement des vaisseaux du cerveau. Tout récemment Rumpf, à l'occasion d'expériences sur les réflexes vasculaires accompagnant le transfert de la sensibilité, a de nouveau constaté ces faits et trouvé que, par une faradisation énergique et longue de la peau, il se produisait une hypérémie de l'hémisphère du côté opposé, après une anémie préalable ; il propose d'utiliser ces modifications, d'origine périphérique, de la contraction vasculaire des organes centraux pour le traitement de leurs affections. Probablement on peut en réalité ramener à de pareilles actions une partie des résultats de l'électrisation périphérique, lors de maladies des organes centraux (dont nous parlerons dans une partie spéciale). Rumpf lui-même a décrit tout récemment quelques cas dans lesquels la faradisation cutanée périphérique a paru exercer une influence très favorable sur les hypérémies centrales, la névrite optique, le tabès dorsalis, etc. La méthode utihsée Erb. — ÉleclrothérapiR. 16

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dans celte circonstance consistait à promener le pinceau faradique sur la poitrine, le dos et les bras, d'une façon vigoureuse et lente, la force du courant étant moyenne et durant pendant 5 ou 0 minutes, fin tout cas ces faits réclament des recherches ultérieures.

Vous déduirez facilement, des considérations que je viens de vous communiquer, la conviction que nos théories sur l'emploi thérapeutique de l'électricilé sont encore très défectueuses et très insuffisantes. Les brillantes espérances que nous fondions sur les progrés de nos connaissances, ne se sont pas réalisées. Nous restons en face de quantité d'énigmes, pour la solution desquelles il n'a encore été fait qu'un pas; notre tâche la plus importante continue à être le développement de l'électrolhérapie sur une voie empirique.

Nous sommes, avouons-le, consolés par des résultats pratiques, indubitables, superbes et satisfaisants. Chaque jour nous en apporte de pareils et nous apprend à jeter des regards de gratitude sur l'utilisation de ce puissant remède physique, surtout dans la thérapeutique des maladies nerveuses si nombreuses. Finalement, nous pouvons aussi nous consoler par un coup d'œil jeté sur d'autres branches de la thérapeutique, sur notre ignorance du mode d'action des médicaments les j plus vantés. Savons-nous bien de quelle manière la quinine fait disparaître la fièvre intermittente et l'acide salycilique, le rhumatisme articulaii'e aigu ; savons-nous de quelle manière l'arsenic agit dans les maladies de la peau et l'iodure de potassium sur la syphilis tertiaire? Et cependant nous aurions tort de troubler notre joie des guérisons \ ainsi obtenues, parles regrets que nous cause l'ignorance de leur ma- j nière d'agir. El c'est ainsi que, dans l'électrothérapie, le nombre et la | grandeur des résultats obtenus, doivent nous pousser à rapprocher de plus en plus d'une solution définitive les problèmes dont des recherches ultérieures, actives et réfléchies, nous feront triompher.

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