‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 12 sur 149 · DES TEMPÉRAMENTS · texte numérisé non relu

DES TEMPÉRAMENTS

[hygiène

§ 3. — »w tempérament nerveux.

L'action nerveuse, dont l'essence nous sera longtemps un mystère, ne s'exerce pas chez tous les sujets dans une égale mesure et sous un mode uniforme. Les modifications innombrables qu'elle subit se rattachent manifestement aux diversités des tempéraments, quoiqu'elles se lient encore à d'autres circonstances, telles que l'âge, le sexe, l'état de santé ou de maladie. Placez plusieurs personnes du même âge dans une atmosphère d'une température très-basse, observez-les sous l'influence d'un temps orageux, dirigez simultanément sur elles des excitations morales identiques, elles éprouveront des impressions différentes, elles réagiront avec une force inégale; et ces nuances de phénomènes réactionnels traduisent celles de leur structure nerveuse. Pour peu que Ton ait exercé son regard médical dans le monde ou sur le théâtre des hôpitaux, on a remarqué bientôt, entre les types variés d'organisation qui s'y pressent, des individus à taille médiocre, à visage expressif et mobile, à la fibre grêle et vibratile, aux proportions exiguës, au ton blafard ou terreux de la peau qui va parfois jusqu'à revêtir une teinte jaunâtre; presque toujours leur œil est vif, leur front haut et tout leur crâne disproportionné par son volume avec l'étendue de la face. Si on les observe en action, leurs mouvements sont brusques, saccadés, d'une énergie qui contraste avec leur maigreur ou la mollesse du tissu musculaire; cette pétulance alterne avec une sorte d'indolence et d'affaissement. Si on les touche, leur peau ne procure pas au contact la sensation douce et halitueuse qui caractérise la chaleur cutanée du tempérament sanguin; elle est d'une chaleur acre et comme mordicante, A cet ensemble de traits extérieurs, comment méconnaître les exemplaires flagrants du tempérament nerveux? La supériorité que la substance nerveuse possède chez eux originairement, ou par acquisition progressive, s'imprime dans toute leur habitude, comme elle est scellée pour ainsi dire dans tous les actes intimes de leur économie. Elle entraîne presque inévitablement l'affaiblissement de la puissance musculaire, si celle-ci nrest frappée dès l'origine d'une débillité sans remède. Cette loi d'antagonisme entre l'activité musculaire et l'activité nerveuse engendre des effets multiples qui se rapportent les uns à la vie de relation, les autres à la vie organique; car tous les muscles, qu'ils dépendent ou non de la volonté, participent à la détérioration acquise ou primitive ; par l'amincissement des plans musculeux du tube digestif, labeur pénible des digestions et moindre élaboration des matériaux alibiles; par cette même cause, jointe au défaut d'énergie du diaphragme et des muscles qui concourent à l'expulsion des fèces, constipation opiniâtre et flatuosités, double fléau des personnes nerveuses, particulièrement quand les études littéraires et scientifiques les condamnent à la vie sédentaire. La contractilité du cœur et des vaisseaux subit même dépression; lancé avec moins de force, le sang tend à s'accumuler dans les viscères, dans les prganes profonds, tandis qu'il par-

privéeJ DU TEMPÉRAMENT NERVEUX. m

vient difficilement à la périphérie et aux extrémités : d'où la pâleur des personnes nerveuses et l'incommode sensation de froid dont elles se plaignent incessamment aux mains et aux pieds ; la faiblesse de leurs muscles inspirateurs, les resserrements spasmodiques de la poitrine qu'elles ressentent fréquemment, doivent amener un ralentissement dans l'acte de l'hématose. On ne s'expliquerait pas autrement la pléthore veineuse qui survient chez beaucoup d'entre elles et qui détermine des hémoptysies, des dilatations anévrysmatiques, des engorgements des viscères abdominaux, parfois une obésité (Napoléon), florissant mensonge de la vigueur. Dans ce cas, le sang est surchargé de matières hydrocarburées. Cependant il n'est pas très-rare de voir le tempérament nerveux coïncider avec la prédominance des globules dans le sang, et, par conséquent, avec l'activité de la nutrition, qui ne s'exprime nullement par le genre d'embonpoint dont avons parlé.

Deux circonstances sont considérées par les auteurs comme appartenant spécialement au tempérament nerveux : 1° le développement considérable de ['encéphale ; 2° un surcroît d'activité des organes génitaux. Examinons ces deux points.

1° L'axe cérébro-spinal est certainement au tempérament nerveux ce que [es organes de la respiration et de la circulation sont au sanguin ; nous dirons fie l'un ce que nous avons dit des autres, à savoir, qu'il ne faut point chercher dans le volume des organes la mesure exacte de leur activité. Le tempérament nerveux dépend, non des proportions exubérantes de telle ou telle partie du système dont il emprunte le nom, mais de la sensibilité générale des sujets ; ls sont excitables dans toutes les parties de leur corps ; leur cerveau est dominé par les irritations de leurs viscères presque autant que ceux-ci le sont ?ar l'action cérébrale. Beaucoup de femmes dont le crâne est étroit présentent 3ette pétulance de mouvements, cette versatilité de sensations, cette disposition aux spasmes, aux convulsions, qui dénoncent un tempérament nerveux. Parce c|ue cette forme de la santé accompagne ordinairement les intelligences supérieures, et semble dévolue en partage aux artistes, aux littérateurs, aux savants, aux poètes, on a conclu qu'elle se reconnaît à l'ampleur du front, au volume de l'encéphale ; disons-le, ce tempérament ne suppose point nécessairement un si beau privilège : il sert parfois d'enveloppe à l'ignorance ou à ['incapacité. Remarquons toutefois qu'en général un certain développement le facultés intellectuelles, un certain degré de puissance morale se rencontre lans les sujets nerveux; partant leur cerveau peut avoir un volume et un poids olus considérables. Enonçons ce rapport, sans nier les nombreuses exceptions lui ne permettent point de l'ériger en règle : il y a pour l'homme un certain volume de la tète qui entre dans les conditions d'une bonne organisation; et moiqu'il n'existe pas de rapport fatal entre ce volume et la portée de l'intelligence, il est d'observation que la plupart des hommes célèbres dans les sciences, es arts et les lettres, avaient un cerveau considérable par le poids et par la ïirconférence. Mais ira-t-on jusqu'à dire, avec un hygiéniste docte et spirituel,

60 DES TEMPÉRAMENTS. [hygiène

que le crâne de l'homme doit avoir dix-neuf à vingt-deux pouces de circonférence, celui d'un idiot n'étant que de seize à dix-huit pouces (1)? Selon Tiedemann, le poids du cerveau d'un homme fait varie entre trois livres deux onces et quatre livres six onces (livre de douze onces). Cet anatomiste a toujours trouvé le cerveau des femmes plus léger que celui des hommes. Voici les moyennes de mesures obtenues sur des individus des deux sexes àintelligence normale, et dont l'âge pour les hommes se trouve entre trente et cinquante ans, pour les femmes entre vingt-cinq et cinquante :

Plan vertical. .

Plan horizontal

Sur 22 hommes, taille 1^,704. Sur 18 femmes.

Diamètre antéro-postérieur 186,8 174,5

Diamètre latéral . . 142,2 136,2

Courbe antéro-postérieure ....... 347,5 340,5

Courbe latérale 356,7 340,5

Courbe antérieure 301,8 288,2

Courbe postérieure 277,8 249,5

Quant au poids de l'encéphale, comparé chez quatre-vingt-quatorze sujets des deux sexes, il a donné une moyenne sensiblement plus considérable chez les hommes ; le poids de l'encéphale est d'ailleurs en raison de la taille. Parchappe (2) a constaté que le volume de la téte est moins prononcé chez les idiots et les imbéciles de naissance que chez les individus à intelligence normalement développée ; mais, parmi les imbéciles et les idiots, le degré d'intelligence n'est point proportionnel au volume de la téte. Leuret a trouvé, au contraire, chez les trois cinquièmes des idiots, la téte plus volumineuse que chez les hommes doués d'une intelligence ordinaire (3) ; mais l'ensemble de ses recherches conduit cependant à poser en loi que la circonférence normale du crâne est de 560 millimètres, et ne peut s'élever au delà de 625 ni descendre au-dessous de 544, sans entraîner l'idiotie. La mensuration du crâne chez l'homme adulte a fourni à M. Lélut les chiifres moyens qui suivent :

(1) Reveillé-Parise, Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de Vesprit, etc., 4e édit. Paris, 1843, t. I, p. 289.

(2) Parcliappe, Recherches sur Vencéphale, sa structure, ses fonctions et ses maladies. Premier mémoire. Paris, 1836, in-8.

(3) Les centres nerveux sont composés d'éléments globulaires et d'éléments fibreux, réliés par une substance intermédiaire ou conjonctive qui renferme des éléments cellulaires aujourd'hui assimilés aux cellules plasmatiques. Le volume du cerveau ne révèle donc pas d'une manière absolue la quantité de substance nerveuse propre aux manifestations intellectuelles, mais il dépend aussi de la proportion de substance interstitielle. Celle-ci joue un rôle considérable dans la pathologie du cerveau et de la moelle ; sa prédominance explique la coïncidence d'un cerveau volumineux avec une intelligence bornée. Le professeur Kûss (de Strasbourg) a fait l'autopsie d'un idiot dont la substance cérébrale ne renfermait presque que du tissu conjonctif. (Villemin, Gaz. méd. de Strasb., n<> 10, 1861.)

privée] DU TEMPÉRAMENT NERVEUX. 61

Capacité générale du crâne, représentée par la somme de la circonférence

longitudinale et des courbes longitudinales et tranversales 1208mm

Développement de la moitié antérieure du crâne 460

Diamètre transversal frontal'. •. 106

Diamètre antéro-postérieur 186

Diamètre transversal temporal 134

Diamètre transversal mastoïdien 115

Au demeurant, l'intelligence n'est pas absolument proportionnelle à la masse de l'encéphale entier : elle paraît être proportionnelle à la masse des hémisphères, surtout si l'on tient compte de l'étendue des surfaces dont le "volume n'est qu'un élément et qu'influencent surtout le nombre et la profondeur des circonvolutions. Outre la quantité anatomique de la substance cérébrale, il y a à considérer ses conditions de texture ou sa qualité physiologique (1).

2° Ce n'est pas tant le surcroît d'activité des organes génitaux, comme on l'a écrit, que l'exaltation du sens génésique, qui s'observe fréquemment chez les sujets nerveux :1a distinction est essentielle; et comme le tempérament génital des auteurs n'existe point, le satyriasis ou la nymphomanie n'étant point de l'ordre physiologique, pas n'est besoin d'invoquer avec M. Royer-Collard un mode particulier d'innervation pour en rendre compte. Quand Bégin (2) mentionne certains hommes dont l'organisation grêle et chétive s'alliait avec un appareil génital très-développé, et qui supportaient fort bien les excès, il constate une variété du tempérament nerveux que tout praticien a eu l'occasion d'observer, mais nonle fait général de ce tempérament. L'intensité de l'appétit vénérien qui l'accompagne souvent rentre dans les conséquences physiologiques de la prédominance cérébrale ; le désir vénérien est une perception du cerveau, et c'est dans ce viscère qu'il faut chercher le principe matériel des facultés intellectuelles et affectives, comme aussi la cause de leur exagération ou de leur perversion. Nous reviendrons sur cette liaison de phénomènes en traitant del'idiosyncrasie génitale. Bornons-nous à énoncer ici cette vérité, que, parmi les individus qui joignent au tempérament nerveux l'excitabilité génitale, quelques-uns présentent, dans le développement de leurs organes reproducteurs, la raison palpable de ce phénomène; la plupart ne l'éprouvent que par une direction vicieuse de l'activité cérébrale exaltée.

Le tempérament nerveux se caractérise par les faits suivants : 1° La mobilité des sensations et la susceptibilité de tout le système nerveux; 2° l'activité,

(1) « De même, dit Bourgery, que dans l'homme l'étendue et la variété de l'intelligence sont généralement en proportion de la quantité anatomique de la substance cérébrale, sauf les conditions physiologiques de la texture, de même aussi, chez les animaux, la précision et la lucidité des instincts paraissent en rapport avec la quantité de la matière cérébrale dans chacun d'eux, sauf également la question de qualité entre les individus d'une même espèce. » [Comptes rendus de V Académie des sciences, 23 septembre 1844.)

(2) Bégin, op. cit., p. 6.

62 DES TEMPÉRAMENTS. [HYGiÈNfe

et, pour ainsi dire, la turbulence des sympathies. Si l'appareil nerveux viscéral est excité, le cerveau répond aussitôt à la stimulation; si le trait part de l'encéphale, toutes les forces sensitives s'émeuvent avec une électrique rapidité; il y a chez les personnes ainsi faites disproportion presque constante entre les sensations et la cause qui les produit : les impressions les plus fugitives déterminent en elles un long ébranlement; tout leur est souffrance ou plaisir. 3°La force d'ensemble, la résistance organique, contrastent avec les apparences mesquines de l'extériorité. Les individus nerveux supportent souvent mieux fatigues et travaux, souffrances et privations, que les représentants les plus fortement musclés du tempérament sanguin : dans les épidémies, clans les situations misérables que fait naître la guerre, dans les épreuves qui s'adressent à l'homme physique et moral, ils se comportent avec une énergie inespérée, et révèlent parfois les ressources de l'héroïsme. Les praticiens savent le prix de cette organisation qui , si elle ne se brise dans l'excès des sentiments tristes et nostalgiques, rebondit sous les coups de la maladie et conspire par l'effort soutenu de la volonté aux fins du traitement. 4° Le chiffre des globules est presque toujours inférieur au maximum physiologique; la circulation capillaire générale est moins active, moins régulière. 5^ Le tempérament nerveux est un de ceux qui se rencontrent le plus fréquemment à l'état de pureté chez les hommes. 6° Lorsqu'il se trouve associé à un autre tempérament, il tend à prévaloir sur lui et finit par l'absorber. 7° Tandis que les autres tempéraments se modifient par le progrès de l'âge ou par un concours durable d'influences hygiéniques, le nerveux paraît céder moins à l'action de ces causes; il s'exagère au contraire à mesure que la vie se prolonge, parce qu'il est dans la nature des phénomènes nerveux d'être périodiques, de tendre au rapprochement des périodes, et d'accroître leur intensité par la répétition»

Il nous resterait à esquisser les particularités intellectuelles et morales qui complètent la physionomie de ce tempérament; mais ce serait entrer en lutte avec les plumes qui ont traité ce sujet avec un éclat vraiment littéraire; l'induction du lecteur suppléera d'ailleurs à notre laconisme i nous le prévenons seulement que les tableaux éloquemment tracés par les auteurs ne traduisent pas toujours un rapport rigoureux entre le moral et les conditions du tempérament nerveux et quand ils passent en revue les célébrités les plus piquantes de cette variété organique* ils oublient trop les diversités d'organisation cérébrale, les effets de la culture humaine, la part des événements, le rayonnement de la société contemporaine à tous ces génies.

§ 4L. — BMi icfiniïéraaMCBit ïyiiip^aii^Me.

Cette forme d'organisation aurait soulevé moins dé controverses, si la dénomination qui lui a été imposée eût exprimé plus exactement les éléments dont elle se compose; elle n'a point pour principe unique la prédominance de l'appareil lymphatique; encore moins doit-on l'attribuer, avec la plupart des

privée] DU TEMPÉRAMENT LYMPHATIQUE. 03

auteurs, à l'inertie de cet appareil. L'atonie générale de tous les appareils (Rostan) est un effet, non la cause de ce tempérament. Le nier avec Royer- Collard, c'est fermer les yeux à l'évidence. Surabondance de fluides blancs, d'après Boerhaave, Fr. Hoffmann, Cullen, ou rapport inégal de développement et d'activité entre le système artériel et le système lympliatique(Hallé , Husson) , c'est la même définition en langage humoral ou solidiste. Le tempérament dit lymphatique consiste, d'après Bégin,dans la prédominance de développement, de vitalité et d'action de tous les tissus pénétrés par des liquides non sanguins et de tous les organes qui forment ces liquides ; lesélaborations blanches (mucus, sérum, lymphe, etc.) l'emportent ici sur l'hématose. Il semble, en effet, que dans les animaux supérieurs il existe un antagonisme fonctionnel entre l'appareil sanguin et l'appareil Ij'mphatique : celui qui l'emporte imprime son cachet à tous les organes, en modifiant profondément les matériaux qu'ils s'assimilent. Cherchez les traces du système lymphatique dans les tissus d'un sujet dont le tempérament est très-sanguin ; étouffé par les vaisseaux rouges, comme dit Bégin, c'est à peine s'il offre à l'observateur un très-petit nombre :1e canaux perceptibles. Au contraire, les sujets lymphatiques ne présentent pas un développement du cœur et de l'arbre vasculaire rouge en proportion ivec leur stature et leur embonpoint : chez eux, les parois des vaisseaux àzrtJé-* "iels sont moins denses, moins contractiles; les tissus qui doivent être le plus ibondamment pourvus de capillaires rouges, tels que les muscles, sont remarquables par leur pâleur et leur flaccidité. L'hématose, source première peutître de cette série de modifications, ne s'accomplit pas avec la même énergie pue chez les individus sanguins, ne réalise pas les mêmes produits. Dans le ;ang des sujets qui présentent les attributs extérieurs du tempérament lymphaique, le nombre des globules a notablement diminué : cette observation, faite Dar Lecanu, a été vérifiée depuis par beaucoup d'expérimentateurs. La maière colorante diminue avec le nombre des globules, avec elle le fer ; l'eau mgmente; la température et l'électricité du sang subissent certainement des changements analogues. Et comme le tempérament dont il s'agit est l'ordinaire tpanage de l'enfance et du sexe féminin, on constate moins de globules, de fer, le matière colorante, et plus d'eau chez la femme que chez l'homme, chez 'enfant que chez l'adulte. Si maintenant on se rappelle que les injections les )lus délicates ont démontré que les vaisseaux capillaires sanguins se continuent, l'une part avec les artères et les veines, d'autre part avec les vaisseaux exhaants, sécréteurs et excréteurs, il est aisé de se rendre compte des caractères mprimés à l'économie entière par le sang, cet aliment direct des tissus, ainsi [ue de la supériorité des élaborations blanches. Les différentes sécrétions ont ►our but de compléter l'office éliminateur de la respiration, par laquelle le sang Loir se débarrasse de carbone et probablement d'hydrogène; les reins, le foie, a peau, sont chargés, comme le poumon, d'extraire du sang certains principes et concourent à l'acte successif, mais général, d'épuration du fluide nouricier. Nous nous contentons d'indiquer ce rapport : c'est une lumière

64 DES TEMPÉRAMENTS. [hygiène

jetée sur les conditions d'ensemble du tempérament lymphatique ; il est évident que le sang, incomplètement ré vivifié par la respiration, n'éprouve pas non plus, dans son passage parles appareils de sécrétion, tous les changements nécessaires à la bonne constitution du fluide nutritif.

Laprédominance lymphatique accuse, avons-nous dit, non l'affaiblissement, mais le surcroît de vitalité de toutes les parties chargées le l'absorption et du transport des liquides non sanguins. On ne nie point que, dans ce tempérament, le système lymphatique est plus développé; que les maladies de ce système sont plus fréquentes : ces deux circonstances se concilient-elles avec l'idée d'une atonie, et n'est-ce point un axiome en physiologie pathologique, que les organes suractivés dans leurs fonctions sont aussi ceux qui acquièrent le plus de volume et le plus de susceptibilité morbide? On a voulu comparer aux veines variqueuses les vaisseaux lymphatiques gorgés de sucs blancs; mais ces vaisseaux ne présentent point, chez les sujets dit lymphatiques, des dilatations partielles ; ils sont uniformément développés, et nul fait n'est venu confirmer l'hypothèse d'un ralentissement dans la circulation de la lymphe. La manière dont le tempérament lymphatique a été envisagé par les hygiénistes les plus récents nous le donne plutôt comme un état morbide que comme une variété d'organisation régulière; ils ont décrit l'atonie de tout le système (Rostan), l'anémie, la cachexie scrofuleuse, non un état physiologique qui, malgré le relief d'un système général et la spécialité du sang, comporte l'intégrité durable des fonctions.

Le fluide nerveux et le sang exercent l'un sur l'autre une influence réciproque dont dépendent la manifestation et la stabilité des phénomènes de la vie. Or le sang des lymphatiques diffère du sang des tempéraments étudiés plus haut (1); de plus il est lancé avec moins de force; les fonctions cérébrales, ainsi que le prouvent les expériences des physiologistes et les phénomènes de l'asphyxie, ne s'exercent dans toute leur perfection que sous l'impression d'un sang bien élaboré.

Les vues qui précèdent trouvent leur confirmation dans celles de l'école histologique actuelle. Le système lymphatico-conjonctif a la double fonction de pourvoir à l'entretien des organes dont il se compose (os, cartilage, membranes,etc.), et à l'agrandissement du corps comme à la réparation des parties au moyen de proliférations cellulaires qui donnent les différentes variétés de

(1) L'augmentation des globules blancs du sang, sorte de leucocytose physiologique comme celle qui se produit dans la grossesse par l'effet du développement progressif des lymphatiques utérins et des ganglions inguinaux et lombaires (Yirchow), est-elle une des conditions du tempérament en question ? Les faits, pathologiques démontrent que l'accroissement des corpuscules blancs du sang coïncide toujours avec une formation plus considérable des cellules lymphatiques dans les ganglions, quand l'irritation de | ceux-ci ne va point jusqu'à la destruction de leur substance. Le développement de ces ganglions et des petits appareils qui s'en rapprochent par leur structure histologique (amygdales, follicules de la langue, etc.) chez les individus, très-lymphatiques auto- 1 rise cette induction.

privée] DES TEMPÉRAMENTS COMPOSÉS.

substances conjonctives, les cellules lymphatiques, les leucocytes, les épithéïiums, etc. Proliférer des éléments cellulaires, tel est le mode biologique de ce système. Joignez-y une certaine nuance d'irritabilité qui le fait réagir libéralement aux agents de stimulation physiologique ou morbide, et vous avez ce que Villemin appelle le tempérament lymphatique ; avec des effets plus intenses (inflammations chroniques, hypertrophiques ou ulcéreuses, engorgements ganglionnaires, etc.), vous touchez à l'état scrofuleux qui, à ses yeux, représente, non une maladie, mais un état particulier du grand système de végétation.

Quanta l'habitus extérieur des lymphatiques, est-il besoin d'en signaler les caractères, et qui ne les reconnaît d'emblée dans la foule dos variétés individuelles? Une taille trop élevée ou trop petite, peu de proportion et d'harmonie dans les fermes; une grosse tète, de grosses articulations, des mains volumineuses, des pieds plats, des cheveux rouges, blonds ou d'un châtain clair qui tombent avant l'âge; la peau blanche, lisse et mince, sillonnée par des veines qui paraissent dilatées ; un teint blafard, quelquefois d'un blanc mat; une puberté tardive, les organes génitaux peu développés; chez la femme, une menstruation laborieuse, irrégulière, peu abondante; des chairs molles, froides, abreuvées de sérosité; les orifices muqueux peu colorés, les (N uls ordinairement endommagées, ou si elles paraissent saines, d'un blanc bleuâtre; les tonsilles et les follicules de la base de la langue augmentés de volume ; l'abondance des sécrétions cutanées et muqueuses ; les joues souvent plaquées d'un rouge vineux ou ponctuées d'un rose pâle ; une allure lente, des réponses hésitantes, une voix peu sonore : tel est ce type malheureusement si commun dans un grand nombre de localités, type enté sans doute sur l'organisation humaine par le vice persévérant des influenses extérieures ou par la solidarité ascendante de la corruption; type inférieur qui dénonce une décadence, et la cause de cette décadence est dans les eaux, les airs et les lieux, plus souvent encore dans l'homme ou dans la société.

§ 5. — «es tempéraments composés.

Les trois tempéraments que nous venons d'examiner se rencontrent à l'état de pureté plus souvent qu'on ne pense ; le lymphatique et le nerveux surtout s'observent sans aucun mélange chez beaucoup de sujets du sexe féminin. Le premier semble constituer le type d'organisation le plus général de ce sexe; le second, fortement exprimé dès l'origine, cède difficilement aux influences par lesquelles on s'efforce de le transformer ou de l'atténuer. L'évolution successive des fonctions départies aux femmes contribue à faire prévaloir en elles l'élément nerveux; la société, à son tour, par le rôle qu'elle leur assigne et la direction qu'elle imprime à leurs facultés, devient la complice de leurs tendances organiques. Le tempérament nerveux, s'il n'est point la forme primitive de l'organisme, acquiert donc par degrés la prédominance

| qui nous vaut, clans les deux sexes, une élite brillante et passionnée dont la

I destinée est de souffrir et de s'illustrer.

m. i.évy. Hygiène, 61' édit. I — ">

68 DES TEMPÉRAMENTS. [hygiène

Toutefois le cas le plus ordinaire est celui de l'association des tempéraments, soit qu'elle constitue le fait primordial de l'organisation, ou qu'au tempérament originaire s'en soit ajouté un autre par les effets d'une alimentation spéciale, des conditions climatiques, de l'habitation ou des causes morales. Mais acquis ou naturel, le tempérament mixte n'est point le, produit d'un juste balancement d'activité entre deux systèmes généraux de l'économie, entre l'action nerveuse et le sang ; le temperamentumtemperatiim des anciens, modèle exquis de l'harmonie organique, est une création idéale, non la formule d'une information réelle. Il n'en est point des combinaisons de tempéraments comme de celles qui s'opèrent sous la loi des affinités chimiques : ils ne se neutralisent point; l'un d'entre eux conserve la supériorité sur l'autre. Là même où les systèmes généraux paraissent se compenser dans leur développement et dans leur énergie fonctionnelle, l'inégalité existe; et si elle ne se dénote pas d'abord, un examen approfondi du sujet, l'épreuve de la maladie, ou tout autre circonstance qui met en émoi les sympathies organiques, la mettra en lumière. C'est ainsi que le tempérament nerveux n'exclut point une certaine activité des fonctions nutritives et l'accroissement des globules dans le sang. Mais ou ces derniers caractères dominent, ou l'incitation nerveuse prévaut : proportions inverses d'associa/tion organique qu'on énonce par les dénominations de tempérament nerveux-sanguin et sanguin-nerveux, terminant le mot complexe que l'on emploie par la désignation de l'élément organique le moins saillant (Bégin).Les formes complexes de la santé qui s'observent le plus fréquemment résultent de l'union du tempérament sanguin avec le lymphatique, de celle du tempérament lymphatique avec le nerveux et le sanguin. La première de ces associations constitue pour ainsi dire le fond organique de certaines populations : l'Alsace, la Normandie, en offrent de nombreux exemples; elle domine surtout dans le département du Haut-Rhin, moins marécageux, d'une exposition plus élevée, plus riche en vignobles que celui du Bas-Rhin. Le tempérament lymphatique-sanguin appartient aux classes aisées des départements du Nord, de la Belgique; il domine parmi les officiers de l'armée anglaise que nous avons vus en Orient, etc. L'élément lymphatique est le fondement de ces organisations ; mais une alimentation substantielle, abondante, secondée par d'autres conditions d'une hygiène favorable, a donné l'essor au système vasculaire rouge, et corrigé par l'élaboration d'un sang riche en globules le vice primitif de la trame organique. Certaines populations des montagnes (Dauphinois, Basques, etc.), dont on loue avec raison la souplesse, l'agilité, la taille heureusement proportionnée, se distinguent par l'énergie de l'innervation et l'excellente constitution de leur sang : variété la plus désirable du tempérament mixte. Chez eux la nutrition est contenue en de justes limites: les élaborations blanches sont modérées j les mouvements vifs et rapides ; l'action nerveuse, forte et soutenue, ne va point jusqu'à tyranniser la machine. Il est une association de tempéraments qui semble une contradiction physiologique, elle est cependant assez ordinaire : nous voulons parler delaprédomi-

PRiVfctë] DES IDIOSYNCRASIES. 67

nanco simultanée des systèmes lymphatique et nerveux. Ce sont les femmes principalement qui nous en présentent de fréquents échantillons. Qui n'a vu dans le monde de ces femmes remarquées par leur fraîcheur, par leur embonpoint, et qui, sous la livrée de la mollesse et de l'apathie, cachent une extrême susceptibilité du système nerveux, une nature capricieuse, sentimentale jusqu'au spasme, irritable jusqu'à la convulsion ? Mais ce développement, qui leur advient de très-bonne heure ou vers la trentième année, ne dure point; il disparaît quelquefois d'une manière rapide et comme par une fonte, soit à la suite d'une couche ou par l'action d'une cause morale ; d'autres fois elles maigrissent graduellement, se sèchent vers l'époque de la suppression des menstrues, et rentrent dans les conditions du tempérament nerveux absolu.

Nous n'insisterons pas davantage sur le fait important de l'association des tempéraments; nous négligeons à dessein les peintures morales qu'y rattachent les auteurs. Cette association, tantôt ébauchée par la nature, tantôt amenée par l'éducation et le régime, est l'une des sources principales des différences individuelles de notre espèce; elle donne, avec le fait des idiosyncrasies, la clef de plus d'une solution importante pour la médecine pratique^

Page 1