‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 130 sur 149 · I. — Age · texte numérisé non relu

I. — Age

La nourriture du nouveau-né est dans le sein de sa mère. Nous placerons ici les règles relatives à l'allaitement.

1° Allaitement maternel. — L'allaitement est une fonction qui, non-seulement répond au besoin du nouveau-né, mais qui entre dans les conditions d'équilibre physiologique de la mère; il régularise les phénomènes de l'état puerpéral, tempérant ou supprimant la fièvre de lait, neutralisant la disposition aux hémorrhagies utérines quand elle existe, consommant les matériaux de la pléthore qui succède à la parturition, et éloignant ainsi les chances de métrite, de péritonite, etc.; il diminue l'abondance des sueurs puerpérales, prévient les éruptions qu'elles amènent, les rhumatismes, les lochies excessives ou de longue durée, les maux de tète suivis de la chute des cheveux, les engorgements et les nodosités des seins. La sécrétion du lait ôte à l'utérus le poids de la turgescence sanguine, et lui ménage le retour graduel à son état, ordinaire ; elle a dànéyà son début, le caractère d'une évacuation critique, et chez beaucoup de femmes elle prolonge pendant toute sa durée le bienfait

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d'une salutaire dérivation. L'enfant trouve dans le lait de sa mère la nourriture la mieux appropriée à ses organes, et, dans sa sollicitude de tous les instants, une sorte d'incubation qui mitigé ses premiers contacts avec les influences de la vie extra-utérine. Les avantages de l'allaitement maternel dépendent de certaines conditions ; il importe d'abord qu'il ait lieu par une détermination volontaire et spontanée de la mère, non par contrainte ou par condescendance à la mode ou au désir de l'entourage ; il faut ensuite que la mère trouve en elle le calme, le sang-froid, la patience, sans lesquels elle ne peut entreprendre cette tâche. L'état moral modifie le lait, et celui-ci réagit sur le système nerveux du nouveau-né. Combien de convulsions, de diarrhées, d'épilepsies infantiles n'ont d'autres causes que les émotions de la nourrice? Entre tant de faits que citent les auteurs, le suivant nous a surtout frappé. Une accquchée, allaitant son enfant, voit entrer un officier de police, et, épouvantée par la nouvelle qu'il lui communique, elle retire mort de son sein le petit être qui, peu d'instants auparavant, jouissait de la meilleure santé (1). N'en déplaise à Jean-Jacques, bien des femmes sont forcées de renoncer au doux office de l'allaitement, les unes par l'excitabilité de leur système nerveux, les autres par les défauts de leur constitution physique : tels sont l'altération des facultés intellectuelles (manie puerpérale) (2), un tempérament trop lymphatique, les traces d'affections dartreuses, la prédisposition à la phthisie pulmonaire, des irrégularités habituelles dans les fonctions digestives, l'excessive maigreur, la débilité congénitale ou acquise de la constitution, etc. Que l'on ne s'exagère pas néanmoins les conditions de force et d'embonpoint nécessaires au rôle de nourrice : il réussirait à peu de mères, s'il exigeait une organisation très-robuste. Heureusement beaucoup de femmes, d'une force moyenne, le soutiennent à merveille, malgré les oscillations que la vie sociale et les exigences de certaines positions ne manquent pas d'imprimer fréquemment à la santé. On voit même que l'allaitement réussit à des femmes chétives et maigres; non-seulement elles supportent cette dépense de force et de substance, mais encore l'exaltation de la plasticité, favorisée par la suppression des menstrues, tourne au profit de leur propre nutrition. Des femmes chlorotiques, dyspeptiques, névropathiques, sont en quelque sorte transformées par la grossesse et l'allaitement, dit Jacquemier, elles ont un appétit et une facilité de digérer qu'elles ne connaissaient pas auparavant, elles prennent de l'embonpoint et de la fraîcheur et conservent plus ou moins ces avantages après (3). Quand il survient des phénomènes de consomption, cet

(1) Hayn, dans Burdach, Traité de physiologie, traduit de l'allemand par A. J. L. Jourdan, t. IV, p. 384.

(2) Voyez Marcé, Traité de la folie des femmes enceintes, des nouvelles accouchées et des nourrices. Paris, 1856.

(3) Jacquemier, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III, p. 258. Paris, 1865.

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effet est dû moins à l'abondance de la sécrétion laiteuse qu'à l'existence antérieure d'un état morbide. Or, c'est là, c'est dans les prédispositions morbides, héréditaires ou non, que réside la contre-indication essentielle à l'allaitement, sans qu'il faille scruter trop rigoureusement les antécédents de famille et les collatéraux, ce qui conduirait, dit judicieusement Jacquemier (1), à exclure presque toujours les mères, qui les livrent volontiers, pour des nourrices mercenaires qui les cachent avec soin et qui, le plus souvent, ne sont pas dans des conditions meilleures sous ce rapport. Quelques circonstances accidentelles s'opposent parfois à l'allaitement : la mauvaise conformation et les gerçures du mamelon, à moins que l'on n'y puisse remédier par des bouts de sein; le développement excessif du mamelon, etc. Les bouts de sein doivent proéminer assez pour être facilement saisis par la bouche de l'enfant ; trop gros, ils ont moins d'inconvénient que trop petits; dans ce dernier cas, ils gênent la succion, la bouche de l'enfant s'y applique moins exactement. La forme des mamelles, n'est pas sans quelque importance; étalées sur la poitrine, elles ont en général une sécrétion moins active que les seins hémisphériques et surtout piriformes ou coniques comme les mamelles des chèvres.

Dans le cas où le mamelon devient douloureux à la succion de l'enfant ou se laisse saisir difficilement à sa bouche par défaut de saillie, on a recommandé diverses pratiques pour émousser cette sensibilité, pour faciliter la prise du nourrisson; elles sont peu efficaces et ne préviennent pas les excoriations, l'engorgement des conduits galactophores, les crevasses, les abcès mammaires, surtout chez les femmes dont le mamelon, recouvert d'un épithélium trèsmince, présente dans ses sillons de petites concrétions de mucus sous lesquelles le derme se montre presque à nu. Ces conditions se reproduisent pour elles à chaque tentative de nourriture et force leur est d'y renoncer sous peine de provoquer l'évolution de tous les accidents mammaires de l'allaitement. Jacquemier insiste sur la rareté de ces accidents et notamment des abcès du sein chez les femmes qui n'ont pas essayé de nourrir, sur leur fréquence chez celles qui se sont efforcées d'allaiter leurs enfants sans succès.

Est-il des signes qui présagent, pendant la grossesse de la femme, son aptitude à nourrir? Ni les changements extérieurs des glandes mammaires, liées si étroitement aux organes de la génération, ni les préparatifs internes de la lactation, ne fournissent à cet égard que des présomptions, souvent démenties par l'événement. Donné, interrogeant les caractères du coiostrum, a partagé les femmes en trois catégories : 1° sécrétion si peu abondante que la pression la mieux exercée n'en amène qu'une goutte, globules de lait clair-semés, petits, mal formés, petit nombre de corps granuleux : point de chances d'allaitement; 2° coiostrum abondant, mais fluide, aqueux, analogue à une solution de gomme, dépourvu de stries d'une matière jaune, dense et visqueuse, peu de globules de lait et de corps granuleux : lait suffisant peut-être en quantité,

(1) Jacquemier, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, t. III, p. 255. Paris, 1865.

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mais pauvre en qualité, non substantiel; 3° colostrum obtenu facilement à huit mois à gouttes répétées, strié de matière jaune, chargé de globules de lait bien formés et de corps granuleux sans mélange de globules muqueux, succès certain.... en théorie, non toujours dans la pratique; j'en ai acquis la preuve expérimentale dans le cercle de la famille et ailleurs. Que de nourrices de la troisième catégorie de Donné ont perdu leur lait dans l'espace de quelques mois ! Que d'enfants ont prospéré au sein de mères dont le lait paraissait séreux, pauvre? Le lait qui les engraisse est celui qui leur convient. D'autre part, suivant les judicieuses remarques de Jacquemier,il arrive qu'après avoir présenté quelquefois dès le deuxième mois, le plus souvent du troisième au septième mois, tous les phénomènes d'ampliation, de tension et de sécrétion mammaires, beaucoup de femmes voient leurs seins s'affaisser vers le terme de leur grossesse, comme si le fœtus, près de compléter son développement intra-utérin, neutralisait à son profit l'activité plastique de l'organisme maternel. C'est ce que cet accoucheur distingué appelle une rétrocession apparente des phénomènes mammaires, observée par lui sur des femmes d'une belle constitution, un peu lymphatiques et qui n'en deviennent pas moins de bonnes nourrices. Il faut tenir compte aussi des variations des caractères du colostrum retenus dans les conduits galactophores, sous l'influence d'un travail incessant de décomposition et d'absorption. En somme, le microscope est ici comme ailleurs un précieux agent d'informations ; n ais la sûreté de la prognose est dans l'appréciation de l'ensemble des faits ; à l'occasion d'une première grossesse, le rôle éventuel de la mère sera toujours un problème délicat à résoudre. En ce qui concerne l'état des seins et le produit encore rudimentaire de leur sécrétion, la réserve sied au médecin, en dehors de ces deux cas qui motivent la proscription anticipée de l'allaitement maternel : mauvaise conformation des mamelons, non susceptible d'être corrigée ; atrophie des glandes mammaires qui se sont à peine ressenties des impulsions de la grossesse. Encore moins le microscope pourrait-il l'éclairer sur la santé générale, sur la force, l'énergie morale, les habitudes de la mère, etc. L'allaitement exige une certaine mesure de résolution et de persévérance ; il a ses fatigues, ses incommodités ; le médecin, arbitre de deux existences, doit concilier leurs intérêts; il ne suffit pas que la mère soit de bonne volonté pour sa mission : peut-elle la remplir sans dommage pour l'enfant? la situation sociale est aussi d'un grand poids : si elle permet d'avoir une nourrice sur place et sous la surveillance assidue des parents, la -question est tout autre que si l'enfant doit être éloigné.

Le retour prématuré des menstrues n'est point un motif absolu de cesser l'allaitement. Il y a des femmes qui supportent cette perte de quelques jours sans détriment pour la lactation ; et quand à l'influence qu'elle exerce sur la nature du lait, on n'en peut juger que d'après l'état de l'enfant. J'ai remarqué chez l'un des miens une coïncidence exacte de coliques, de diarrhée, d'irritabilité nerveuse, avec le retour menstruel de sa nourrice. Ces phénomènes se

dissipaient au bout de trois à quatre jours sans laisser aucune trace. D'après Raciborski,les époques menstruelles ne fontéprouveraulait d'autre altération qu'une légère diminution dans les proportions de la crème, et les nourrices menstruées peuvent élever des nourrissons très-bien portants, à moins qu'elles ne soient très-impressionnables et qu'on n'ait à redouter chez elles les effets de la surexcitation nerveuse qui accompagnesouventlesépoqueseataméniales(l). Les nourrices primipares et menstruées sont exposées à perdre leur lait vers le troisième ou quatrième mois, et la prudence prescrit de ne pas s'adresser à cette catégorie de nourrices. Une grossesse nouvelle détermine des phénomènes de concentration trop énergiques sur un organe important pour ne pas modifier la lactation dans sa nature ou dans sa quantité. Aussi doit-elle être le signal de la cessation de l'allaitement, à moins que l'évidente santé de la mère et du nourrisson ne démontre l'innocuité de ce cumul fonctionnel.

2° Allaitement par les nourrica. — Les conditions du choix d'une nourrice se rapportent à sa personne et au lait qu'elle sécrète : reste ensuite à régler son régime. Ce que nous avons dit de la constitution de la mère s'applique à celle de la nourrice, avec cette remarque que mieux vaut à l'enfant le sein d'une mère de force moyenne que celle d'une mercenaire robuste. Sous le rapport des qualités physiques, il faut donc être plus exigeant envers celle-ci qu'envers celle-là. Devergie a constaté qu'il n'existe aucun rapport appréciable entre les qualités du lait et la couleur des cheveux et la largeur de la poitrine. La nourrice sera d'ailleurs visitée avant son admission ; cet examen portera sur toute sa personne et sera constaté par l 'empkù du spéculum ; la sécurité des parents, le salut de l'enfant, sont à ce prix; aucun scrupule, aucune résistance ne doit arrêter le médecin. Sans une exploration à fond, les maladies contagieuses pénétreront dans les familles les plus pures par la porte de l'allaitement. Bien des exemples funestes appuyent ce conseil, dont l'exécution n'a rien de contraire à la pudeur ni aux convenances, si la nourrice en est prévenue. On prend en généra] des nourrices de quatre à six mois; elles ont alors sevré sans danger leur propre enfant et réparé la fatigue des couches. Au delà de dix mois à un an d'âge, le lait n'est plus approprié aux besoins du nouveau-né et l'on risque d'en voir tarir la sécrétion. Des exceptions heureuses se montrent assez souvent; mais il n'y a pas lieu d'y compter. On préfère les nourrices non primipares; elles ont l'expérience des soins que réclame le premier âge; leur mesure de lactation est connue, et l'état d'un premier nourrisson permet d'apprécier les vertus de leur lait. Les filles deux fois mères sont à rejeter ; leur pente au libertinage est trop manifeste. En général, les nourrices mariées offrent plus de garanties d'ordre, de conduite et de tranquillité d'esprit. Au delà de trente-cinq ans, les bonnes nourrices sont rares, surtout dans les villes La bonne humeur, l'enjouement, la sérénité du visage, doivent être recherchés en elles. Joignons-y un certain

(1) Racïborski, Traité de la menstruation, Paris, 1868.

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degré d'intelligence, quoique le lait ne soit point le véhicule de l'esprit; mais l'intelligence de la nourrice profite à l'éducation physique de l'enfant, et qui sait? Le lait, destiné à l'accroissement de tous les organes, restera-t-il sans influence sur la constitution et le jeu de l'encéphale; nous admettons l'influence générale de la nourriture sur le moral et l'intellect. Le lait doit être de bonne qualité, riche en éléments nutritifs, pur dans sa composition et suffisamment abondant. L'analyse chimique peut seule faire connaître les proportions de beurre, de matière caséeuse, de sucre, etc., etc., que ce liquide contient; mais les applications domestiques n'exigent pas une base aussi rigoureuse, ni ne comportent une recherche aussi longue et difficile. Le microscope suffit pour éclairer le médecin sur le choix d'un lait; lui seul permet d'ailleurs de constater les altérations morbides du lait, sa contamination par des substances muqueuses, purulentes, sanguinolentes, etc. Le nombre des globules exprime assez bien la mhesse, c'est-à-dire la puissance nutritive du lait, le caséum et le sucre étant en proportion de la quantité des globules laiteux qui représentent la partie grasse ou butyreuse. La quantité de crème qui se sépare par le repos, et qui est constituée par la réunion des globules, est encore un moyen suffisant pour évaluer la richesse du lait. On peut mesurer l'épaisseur de la couche crémeuse en recueillant le lait dans les tubes éprouvettes de Donné, divisés en 100 parties. Le lait de femme de bonne nature marque 3 de crème, celui d'ànesse 1 à 2, celui de vache, très-riche, 10 à 15. A la mesure de la couche crémeuse, Quevenne (3) a joint l'appréciation de la pesanteur spécifique du lait; et ce doub'e contrôle s'exerce à l'aide d'un instrument qu'il a imaginé sous le nom de lacto-densimètre. Mais cette méthode ne permet pas de reconnaître les sophistications par l'eau (2), et elle a l'inconvénient de durer douze heures environ, alors que l'économie domestique exige le plus souvent des vérifications instantanées. C'est ce que l'on obtient au moyen du lactoscope de Donné. Cet instrument indique le degré de richesse et de pauvreté naturelle ou factice du lait, par le degré d'opacité auquel répond la proportion de crème. Nous renvoyons à l'ouvrage de cet auteur pour la description de l'instrument, le mode du maniement et les résultats étalons qu'il donne pour ies différents laits. Le bon état du propre enfant de la nourrice dispense de toutes les investigations précitées, si l'on a acquis la double certitude qu'elle ne présente pas un enfant d'emprun+, comme cela arrive parfois, et que l'allaitement n'a pas été secondé par une nourriture accessoire. Le lait pauvre agit sur l'enfant nouveau-né, comme l'alimentation insuffisante sur les adultes; la diarrhée, les vomissements, parfois le muguet, toujours le dépérissement, voilà ses effets. Quand la richesse du lait est dis-

(1; Quevenne, Annales d[' hygiène, 1841, t XXVI, p. 5 et 257. (2 A. Donné, Cours de microscopie, Paris 1844, p. 379. — V. aussi Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Lait, par Duquesnel, t. XX, p. 82.

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proportionnée avec les besoins et les forces digestives de l'enfant, on observe des digestions pénibles, de l'engourdissement, de l'agitation, des vomissements et des coliques ; en un mot, chaque repas de l'enfant au sein d'une nourrice dont le lait est trop substantiel donne lieu aux accidents d'une mauvaise digestion. Il est plus facile de corriger l'excès de globules que leur rareté; il suffit d'éloigner les repas de l'enfant, afin que le lait séjourne plus longtemps dans le sein. Cette circonstance a pour effet de le rendre plus clair et plus séreux, contrairement à ce qui se passe pour toutes les autres sécrétions du corps (Péligot). Peut-on déterminer l'abondance du lait? Le volume et la dureté des seins ne prouvent qu'une chose, l'affluence actuelle du lait, mais ne font rien préjuger sur la marche habituelle de la lactation. Il y a d'excellentes nourrices dont le sein ne fournit, par pression, qu'une médiocre quantité de lait, mais chez qui la sécrétion s'active par la succion de l'enfant et s'opère en quelque sorte au fur et à mesure de ses besoins. Pour juger une nourrice sous ce rapport, il faut la voir à l'œuvre, constater l'état des seins avant et après l'allaitement, le degré de satiété de l'enfant après chaque repas, etc. Devergie (1) distingue trois espèces de laits, suivant qu'il contient de gros globules, des globules très-petits ou en poussière, et des globules moyens. Le volume et le nombre des globules expriment le pouvoir nutritif du lait; l'un est souvent, mais non toujours, en rapport avec l'autre; le lait à gros globules peut coïncider avec tous les tempéraments, mais s'allie plus souvent au tempérament sanguin lymphatique. On le trouve quelquefois (4 fois sur 17) chez des nourrices grêles, maigres, à clavicules saillantes. Le lait à globules en poussière appartient presque constamment à des constitutions faibles, et ne permet guère de compter sur un accroissement ultérieur de richesse. Les nourrices dont le lart tient le milieu entre les deux espèces précédentes sont les plus communes. Sur 59 nourrices, Devergie n'en a trouvé que 13 dont le lait n'eût pas augmenté de richesse par le seul fait de la reprise de l'allaitement. Les seins de moyenne grosseur fournissent le lait le plus riche; viennent ensuite les seins très-gros, puis les seins très-petits. L'âge du lait n'augmente ni le volume ni le nombre des globules. En somme, il trace le portrait suivant de la nourrice à choisir : Vingt-cinq à trente ans ; constitution forte, poitrine large, tempérament sanguin lymphatique ; chevewx bruns, dents blanches, non martelées et saines ; lèvres et teint colorés ; seins piriformes à mamelons nettement dessinés, sans veines trop dilatées; les seins arrondis, bombés, à grosses veines, à aréoles très-larges, sont très-inférieurs aux précédents. Le lait tiré dans une cuiller doit être blanc, à léger reflet bleuâtre, d'une saveur sucrée; il ne doit pas être trop épais. Le microscope fera connaître s'il est plus ou moins riche en globules, si les globules sont plus ou moins gros , enfin s'il a subi quelque altération. — Le

<1) Devergie, Sur la valeur de V examen microscopique du lait dans le choix tfune nourrice. [Mémoires de V Académie de médecine, t. X, p. 206;.

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lait des nourrices peut être altéré par le mélange clu colostrura ou par celui du pus. Le colostrura contient des globules laiteux plus ou moins bien formés, liés entre eux par petites masses au moyen d'une substance muqueuse et de particules d'une nature spéciale que Donné a décrites sous le nom de corpuscules granuleux. Ce premier lait préexiste à l'accouchement ; il ne change pas à cette époque, mais il augmente jusqu'à distendre les seins. Après la fièv re de lait et après plusieurs succions, il perd sa couleur jaune et sa consistance visqueuse pour devenir un véritable lait. Au bout de six à huit jours, il n'offre plus de corps granuleux ; leur persistance en très-petite quantité, même au delà de trois semaines, ne lui communique rien de morbide ; mais quand ils s'y montrent indéfiniment et en abondance, le lait n'a point sa pureté normale ; il est altéré. Cet état du lait, que le microscope seul décèle, est permanent chez les nourrices mal constituées, et se produit chez les bonnes nourrices sous l'influence d'une maladie générale ou locale; l'enfant subit alors les effets d'une mauvaise alimentation : diarrhée, maigreur, etc. Les abcès du sein qui s'ouvrent dans les lactifères altèrent ce fluide par le mélange du pus; quelquefois la suppuration est située sur un point assez profond de la glande mammaire pour que le pus passe inaperçu dans le lait. Dans ces cas, les succions de l'enfant ne peuvent qu'aggraver la maladie du sein, bien loin de contribuer à son dégorgement, comme le vulgaire se l'imagine. En outre, un pareil fait ne peut qu'être nuisible. Les globules du pus, frangés, granuleux, légèrement opaques, insolubles dans l'éther et l'cJcool, se dissolvent dai.s l'ammoniaque, etse distinguent avec la plus grande facilité des globules lisses, sans nucleus, transparents et parfaitement sphériques du lait. — Nous indiquons plus loin (sexe) le régime alimentaire qui convient aux nourrices; il faut yjoindie un exercice modéré, surtout l'exposition à l'air libre; le bain d'air presque continu leur est aussi nécessaire qu'à l'enfant nouveau-né; que leurs chambres soient vastes et aérées ; qu'elles ne soient point reléguées pendant la nuit entre le lit de la mère et le berceau de l'enfant, dans le méphitisme d'un local étroit et fermé. Elles doivent redouter les vicissitudes trop aiguës de la température, surtout l'impression du froid; dans les arrangements de leur toilette, elles éviteront les compressions sur le sein. Point d'émotions, point de lectures ni de spectacles qui agitent l'âme. Si les relations sexuelles ne peuvent être absolument refusées aux nourrices mariées, qu'elles se gardent d'allaiter avant l'apaisement des troubles que le c; ït détermine.

3° Allaitement par les animaux. — C'est la chèvre que l'on préfère pour cet usage, à cause de la grosseur et de la forme de ses trayons que la bouche de l'enfant saisit sans peine. On la dresse facilement à présenter sa mamelle à l'enfant, et elle paraît susceptible de s'attacher à lui. Le lait d'ânesse a plus d'analogie avec celui de la femme; mais vu la difficulté d'appliquer l'enfant à la mamelle de cet animal, on réserve son lait pour la nourriture au biberon. Outre les précautions à prendre contre la pétulance et l'impatience de l'animal, il faut choisir une chèvre jeune, d'un naturel doux et maniable, qui ait

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récemment mis bas, et qui ne soit pas à sa première portée. Dans ce dernier cas, le lait est peu abondant et tarit plus tôt ; trop âgée, elle fournirait un lait sans qualité et en quantité médiocre. La couleur de l'animal paraît influer sur la nature du lait; celui des chèvres blanches n'a guère d'odeur hircine. On a répété sur les effets moraux du lait des animaux les mêmes opinions que sur celui des femmes. Les enfants nourris du lait des vaches ne montrent, dit-on, ni la vivacité des mouvements, ni la gaieté d'esprit qu'on observerait chez les enfants allaités par des chèvres. L'hygiène de l'animal modifie la nature de son lait, et que l'enfant reçoive ce liquide par voie de biberon ou directement au sein de l'animal, il faut placer ce dernier dans les conditions les plus favorables à sa santé; qu'il paisse en plein air et en liberté; qu'il couche sur la paille renouvelée chaque jour, dans une étable bien aérée ; l'usage des végétaux verts, en rendant son lait plus séreux, l'appropriera mieux aux organes du nouveau-né. Les carottes produisent le lait le plus léger et le plus digestible ; les betteraves donnent naissance au lait le plus riche et le plus nutritif; les autres substances et les fourrages produisent un lait d'une richesse intermédiaire. L'étrilîage favorisera l'action perspiratoire de la peau. S'il ne nourrit qu'un enfant, on devra le soulager du superflu de son lait; qu'on lui épargne les mauvais traitements, que l'on s'abstienne de l'effrayer, de l'irriter; sinon, l'excrétion du lait deviendra difficile, ou ce liquide changera de qualité; pour le même motif, il ne devra pas supporter trop de fatigues. Une chèvre qui a déjà nourri un enfant convient le mieux pour un nouvel allaitement; et comme les animaux ont aussi leurs idiosj'ncrasies, il faut s'en tenir à celui dont le lait réussit. Ce mode d'allaitement, fort rare dans nos contrées, un peu moins dans la Suisse, en Allemagne, en Auvergne, constitue une exception, et les observations manquent pour en apprécier les véritables effets tant physiologiques que d'ordre intellectuel et moral.

4° Allaitement artificiel. — Désastreux dans les hospices consacrés aux nouveau-nés, funeste dans les grandes villes, proscrit par la plupart des médecins et condamné par les résultats de la statistique, l'allaitement artificiel, s'il est dirigé avec une sollicitude de tous les instants et le concours de bonnes conditions hygiéniques, peut réussir dans l'intérieur des familles, et particulièrement à la campagne; son succès est plus assuré s'il succède à un allaite* ment naturel de quelques semaines; mieux vaut aussi le faire alterner avec un allaitement même précaire, que de l'employer d'une manière exclusive (allaitement mixte). Le lait doit être fourni par lemème animal, nouvellement trait, non bouilli, mais chauffé au bain-marie à la température du lait de femme. Quand le lait dont on se sert est beaucoup plus riche que ce dernier, . comme le lait de vache, on l'atténue par le mélange d'un liquide aqueux, tel qu'une décoction légère d'orge, de gruau, d'avoine. D'autres préfèrent une décoction légère de mie de pain, parce que la fermentation a plus intimement combiné les principes .de la farine. Desormeaux (1), préconisant pour les nou-

(1) Dictionnaire de médecine, t. XXVIÎÏ.

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veau-nés l'usage d'une nourriture animalisée à un certain degré, d'après des analogies peu fondées avec d'autres espèces zoologiques, propose de couper le lait déjà trop peu animalné des herbivores avec du liquide chargé de substances animales, par exemple, le bouillon de poulet. Cette manière de concevoir le régime du premier âge est parfaitement réfutée par les expériences que Donné a faites sur des chiens d'une même portée, de même force, et dont les uns, nourris avec du lait, se sont développés plus rapidement que les autres, nourris avec du bouillon. Notre expérience nous porte à préférer tout simplement l'eau pour délayer le lait trop crémeux des bonnes vacheries, de l'ajouter dans la proportion d'environ moitié au début, et pendant les deux ou trois premières semaines, d'un tiers, et d'un quart après plusieurs mois : le l'ait de femme contenant plus de sucre que celui de vache, on a soin de sucrer, mais sans excès, le mélange, dans lequel on fait varier les proportions relatives des deux liquides suivant l'aptitude digestive de l'enfant, dans la mesure progressive de ses besoins d'assimilation; la seule règle est le tâtonnement ; et c'est d'après les effets fidèlement observés que l'on pousse jour par jour ce régime. Plus tard, l'eau sera remplacée par les solutions amylacées, gommeuses, puis par le lait pur. On peut aussi, d'après le conseil de Donné, débuter par le lait de première traite, provenant de vaches alimentées avec des carottes : ce lait est le moins substantiel que l'on puisse obtenir. Comparons le lait de la femme et celui de la vache.

En prenant les moyennes des analyses faites par les chimistes les plus dignes de foi, on arrive aux résultats suivants :

Tableau comparatif des principaux éléments qui entrent dans la composition du lait de femme et du lait de vache pour 1000 grammes.

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