‹ Traité d'hygiène publique et privée [electronic resource]Chapitre 15 sur 149 · DES AGES · texte numérisé non relu

DES AGES

§ -S. — iïoiiîiées générales.

La vie se manifeste par le mouvement : mouvement moléculaire de décomposition et de recomposition de la trame organisée, mouvement propre des organes dans la sphère individuelle de leurs fonctions, mouvements de solidarité qui constituent les sympathies, mouvements d'ensemble de la machine. Chaque existence, lancée dans l'espace et dans le temps, s'élève, plane à une certaine hauteur et retombe. Pour l'organisme, ni halte ni repos. Depuis l'instant mystérieux où l'ovule et le zoosperme se sont combinés pour lui donner naissance, jusqu'au jour où il émigré de l'utérus au monde extérieur, depuis la première inspiration jusqu'à la mort, il ne cesse de se modifier, de se transformer, et dans les attributs de son extériorité, et dans les conditions de sa structure, et dans le mode de son activité : facultés physiques et morales, forme et fond, tout est incessamment remué clans l'homme. Les principes dont sa trame se compose existent hors de lui ; il les renouvelle par des échanges non interrompus avec la nature extérieure dont il résume en lui les | forces ; produit d'une association temporaire do certains éléments de la ma-

74 DES AGES. [hygiène

tière, il ne se maintient, comme tous les autres êtres, que par la circulation perpétuelle de ces éléments, et il est lié par tous les points de son organisation, par tous les atomes de sa substance, au système d'une'merveiUouse et u n i verselle m é t ero psy co se .

Les changements que subit le corps humain dans le cours de la vie se sue* cèdent dans un ordre régulier, s'enchaînent dans un rapport nécessaire ; la complication progressive des fonctions, leur perfection, leur affaiblissement plus ou moins rapide, sont en raison directe de transformations anatomiques qui s'accomplissent au sein de l'économie ; et le meilleur argument dont puisse s'étayer la médecine organique, c'est la liaison constante, rigoureuse entre les conditions matérielles des instruments organiques et les nuances de leur activité aux- différentes époques de la vie. Considérée à de longs intervalles, l'organisation diffère singulièrement d'elle-même : de là l'idée des âges, coupes plus ou moins arbitraires de la carrière humaine ; car, nous l'avons dit, les mutations de la matière organisée présentent une série continue. Les âges sont donc des périodes de la vie auxquelles correspondent un certain nombre de changements survenus clans l'état matériel et fonctionnel de l'organisme. La plupart des divisions des âges sont purement arithmétiques, c'està-dire qu'elles ont pour base la numération des années. Hallé s'est efforcé de tenir compte à la fois, et de la succession des jours depuis la naissance, et des changements accomplis dans l'économie animale. Voici la division qu'il a suivie : 1° la première enfance (infantia), de 1 à 7 ans ; 2° la deuxième enfance (pneritia), de 7 à 13-15 ans ; 3° la puberté ou adolescence, caractérisée par l'aptitude à la reproduction : elle s'étend pour les femmes de 13 à 21 ans ; pour les hommes, de 15 à 25 ans ; 4° la virilité, qui dure, chez les femme, de la 21e à la 50e année ; pour les hommes, de la 25e à la 60° année : Hallé la subdivise en trois périodes, virilité croissante, virilité confirmée, virilité décroissante; 5° la vieillesse, qu'il partage encore en première vieillesse, de 60 à 70 ans; en vieillesse avancée, saison des infirmités; enfin, en décrépitude, transition extrême de la vie à la mort. Nous renvoyons aux ouvrages de physiologie pour la controverse des fixations d'âge. La division la plus pratique des âges nous paraît être celle de Daubenton(l); elle comprenait: 1° l'enfance, étendue depuis la naissance jusqu'à l'âge de puberté; 2° l'adolescence, qui se prolonge jusqu'à l'âge de 20 à 25 ans; 3° la jeunesse, de 25 jusqu'à 30, 35 ans; 4° l'âge viril, qui dure jusqu'à 40 à 45 ans; 5° l'âge de retour, de 45 à 60, 65 ans ; 6° enfin l'âge de la vieillesse ou la caducité. La division la plus simple est celle de Longet : 1° enfance et jeunesse; 2° adolescence et maturité ; 3° vieillesse et décrépitude (2).

Mais les âges ne se limitent pas en réalité d'une façon aussi tranchée que ces divisions pourraient le faire supposer ; leurs gradations se confondent : il

(1) Daubenton, Leçons professées aux écoles normales, t. VIII, p, 314.

(2) Longet, Traité de physio!., 3° écUt, 1873, t, III, p, 93?.

privée] données générales. 13

n'y a que la puberté qui se caractérise avec une sorte d'éclat par la maturité des organes reproducteurs ; les seules époques fixes dans la vie sont celles que signalent leurs vicissitudes fonctionnelles. Sous ce dernier rapport, la vie se partage en trois périodes distinctes, marquées, la première par leur imperfection et leur inertie, la seconde par leur exercice, la troisième par leur atrophie et leur repos ; mais cette division encore est démentie par les individualités. Il arrive que les fonctions de la génération s'exécutent encore a un âge avancé, surtout chez l'homme, tandis que la cessation du flux menstruel peut entraîner prématurément chez la femme l'inaptitude à la reproduction.

L'échelle de l'existence humaine ne présente en définitive que deux degrés qui résument dans leur généralité les phénomènes de l'organisation. Celle-ci ne passe en effet que par ces deux phases : accroissement et déclin; dès qu'elle cesse de gagner, elle commence à perdre ; le travail de formation terminé, la destruction débute et marche. Ce qu'on a nommé la période d'état comprend les années pendant lesquelles les actes organiques s'accomplissent avec le plus de régularité, où l'économie semble avoir atteint la plus jusîe proportion de toutes les fonctions, et déploie dans sa vie de relation la plus grande somme de puissance et de spontanéité ; mais si cet âge est remarquable en général par la plénitude de l'activité physiologique, rien n'est stationnante dans le corps; les phénomènes de la vie ne comportent point la fixité qu'on leur attribue à cette époque.

L'évolution de l'organisme ne se fait point dans tous les individus suivant des vitesses égales ; l'enchaînement des actes par lesquels elle s'opère est invariable, mais la rapidité de leur succession est subordonnée à une foule de circonstances, les unes inhérentes à l'être lui-même, les autres existant au dehors de lui et telles que le climat, l'alimentation, le genre de vie, les passions, etc. Il y a des vieillards de trente ans ; il y a des septuagénaires florissants parla vigueur de la constitution et la légitimité de leurs appétits. A part même les effets du genre de vie et le poids des antécédents, la nature apporte elle-même dans la balance des éléments d'inégalité ; les matériaux primitifs de la constitution influent fatalement sur les développements ultérieurs : c'est ici que l'hérédité intervient avec une efficacité tantôt heureuse, tantôt funeste; le tempérament légué par les parents à leur progéniture la fait précoce ou tardive. La détermination des âges n'a donc rien d'absolu.

A chaque période de la vie correspond une forme de santé, une manière d'être générale ; il est essentiel d'en tenir compte dans l'indication des règles hygiéniques. La digestion de l'enfant diffère autant de celle de l'adulte que diffère chez ce dernier et chez le vieillard l'exercice de la vue ou l'excrétion des urines : les mêmes prescriptions d'hygiène sont-elles applicables à la même fonction, quand, par le laps des années, elle s'est altérée dans son mécanisme et dans ses résultats? La connaissance des changements amenés par l'âge n'est pas moins nécessaire au praticien. L'auscultation ne fait-elle point reconnaître de notables différences entre les phénomènes sonores de la

76 DES AGES. [hygiène

respiration puérile et ceux de la respiration sénile? Le pouls de l'enfant donne plus de cent battements par minute; celui du vieillard souvent n'en fournit que la moitié. Quoi de commun entre les phlegmasies pseudo-mçmbraneuses, dont les voies aériennes de l'enfant sont si fréquemment le siège, et les bronchorrhées des vieillards, si promptemenc suivies de congestions étendues du poumon? Nous aurons occasion de revenir (imminence morbide) sur les prédispositions spéciales que chaque âge suscite à l'organisme; l'hygiéniste doit les connaître pour diriger sur les points menacés sa sollicitude préservatrice. Chaque période de la vie change le rapport del'organisme avec le monde extérieur, parce qu'il change le rapport physiologique des appareils et des viscères entre eux. La prépondérance des organes, celle même des systèmes généraux, n'est point stable contre l'atteinte des années; les idiosyncrasies changent, les tempéraments s'altèrent, les mouvements vitaux se concentrent vers telle ou telle cavité splanchnique : c'est ainsi que dans le premier tiers de la vie ils se portent vers la tête, dans le deuxième tiers vers la poitrine ; enfin l'activité organique s'établit graduellement vers l'abdomen dans le stade de décroissance et de sénilité.

§ S. — Des ehaBîgçeaiîeMts qui cm'aetériseiit les âges.

Nous n'avons pas à tracer ici l'histoire du développement successif de chaque organe, de chaque appareil d'organes : ce serait transporter dans l'hygiène l'anatomie et la physiologie; notrebut est d'esquisser à grands traits les caractères généraux que présente l'organisme à travers les périodes de son évolution. Quoique la période d'accroissement ne se termine qu'au premier moment du déclin, l'inégale manifestation des forces plastiques permet de partager sa durée en deux stades distincts. En effet, depuis la naissance jusqu'à l'adolescence, la nutrition s'exerce avec une exubérance et une énergie qui diminuent déjà dans la jeunesse et baissent encore davantage pendant la virilité : aussi a-t-on fait de ce dernier âge la période d'état, erreur que nous avons combattue ; ii se distingue de l'enfance et de l'adolescence par le ralentissement de l'activité nutritive et par une autre direction des mouvements vitaux qu'elle détermine.

Dans la période la plus énergique de l'accroissement, le caractère général de l'organisme, c'est la prépondérance de l'appareil vasculaire à sang rouge, prépondérance que démontrent la fréquence des battements du cœur, l'élan de la circulation artérielle ; les ventricules du cœur sont volumineux, les artères larges, le système veineux moins apparent ; toute la surface tégumentaire, externe et interne, est injectée chez l'enfant nouveau-né. A l'activité de la circulation se lie celle de l'hématose, et secondairement, de toutes les fonctions qui s'exercent immédiatement sur les matériaux du sang : sécrétion mina ire", salivaire, sécrétions des follicules mucipares et sébacés, exhalations cutanée, pulmonaire, séreuse et adipeuse. Le poumon, dont la première in-

prive k] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 77

spiration a doublé le poids et le volume, devient rosé, mou, crépitant, vésiculeux, de brun et compacte qu'il était; pendant toute l'enfance, il conservera une vascularité plus abondante. Cette énergie de l'hématose est nécessaire, car à cette époque de la vie la plasticité est à son maximum; toutes les parties du corps croissent et se développent, tous les tissus tendent à se perfectionner : aussi sont-ils abreuvés de sucs, infiltrés cle matériaux plastiques. Le tissu cellulaire, encore à demi muqueux, acquiert tous les jours plus de densité; sa disposition en cellules et lamelles se prononce; le système lymphatique n'est pas moins développé , et s'accroît rapidement j usqu'après la deuxième dentition ; sa portion abdominale, qui forme l'appareil chylifère, est surtout le siège de cette fluxion nutritive, et ses ganglions présentent un grand volume. Cette surabondance de fluides plastiques imprime à la constitution de l'enfant une apparence lymphatique, sans que l'on en puisse conclure, suivant nous, à l'existence du tempérament de ce nom; la mollesse des tissus, leur imprégnation par les sucs nourriciers, l'ampleur flottante des formes qui en résulte, ce sont là non les signes d'un tempérament, mais les conditions nécessaires d'une phase de l'évolution organique; chaque jour les corrige, chaque progrès dans la vie en fait disparaître une partie. Beaucoup d'enfants s'animent d'ailleurs d'une nuance sanguine qui n'est point davantage pour eux l'augure infaillible du tempérament sanguin. La chimie vivante ne pouvant s'effectuer, comme celle des corps inorganiques, qu'à la faveur d'une extrême division cle la matière ramenée pour ainsi dire à sa forme atomistique, c'est là ce qui explique chez l'enfant l'exubérance des fluides, la disposition de toutes les surfaces à sécréter avec profusion, la turgescence vasculaire de toute la trame organique .

Les phénomènes les plus saillants de l'accroissement correspondent aux deux dentitions et à la puberté; ces grandes mutations une fois accomplies, la puissance formatrice perd de son activité, et l'appareil vasculaire à sangrouge en suit pas à pas les dégradations. Exaltée à son plus haut degré dans les commencements de la vie extra-utérine, elle doit s'affaiblir et s'affaiblit, en effet, à mesure que l'organisme approche du terme de sa croissance. Elle finit, dans la période de virilité, par ne plus s'exercer que dans la mesure nécessaire pour compenser les déperditions, pour assurer aux tissus la permanence de leurs éléments, aux organes leurs conditions de texture et de volume, à l'économie entière la plénitude et la stabilité de ses fonctions.

Le système lymphatico-conjonctif, qui est parvenu à un grand développement dans le milieu du premier âge, a déjà perdu de sa prépondérance physiologique à l'époque de la deuxième dentition et s'affaiblit encore vers celle de la puberté ; il en résulte que l'appareil vasculaire à sang rouge, dont l'activité s'est maintenue, l'emporte chez l'adolescent sur l'appareil lymphatique.

Quant aux instruments delà vie de relation, ils se développent, se fortifient par degrés pendant la première période de la vie ; en même temps leurs

78 DES AGES. [hygiène

fonctions tendent à se régler. Le système nerveux, centre de la vie relative, témoigne d'abord de sa sensibilité par des mouvements automatiques qui s'exécutent rapidement sous l'influence des stimulations extérieures; plus tard l'action du système nerveux sur le système musculaire se régularise, se consolide. Les appareils des sens, plus développés, deviennent autant de sources d'impressions nouvelles ; la sphère des réactions cérébrales va s'agrandissant; avec la puissance de l'incitation nerveuse augmente celle des instruments (os, muscles, etc.) par lesquels elle se manifeste, et il importe à l'hygiéniste d'observer attentivement ce parallélisme de développement entre le système nerveux et les différentes pièces de l'appareil locomoteur : il y a là plus d'une question d'éducation physique ; ou plutôt celle-ci se résume presque entière dans la modération des rapports entre l'axe cérébro-spinal et les organes qu'il met enjeu. Le caractère de la vie relative dans le premier âge, c'est la vivacité et la mobilité des impressions qui font naître des actes de locomotion désordonnés, automatiques. Dans la deuxième enfance, les impressions ne donnent pas encore lieu à des perceptions exactes et justes; le cerveau les apprécie mal encore, et les déterminations qu'elles sollicitent ne sont pas pondérées par la raison. La vie de relation suit les progressions de la vie organique; les actes par lesquels elle se manifeste n'ont acquis toute leur régularité, toute leur perfection, qu'au terme de l'accroissement; alors seulement le cerveau commande, coordonne, dirige tous les mouvements suivant les impressions qui lui sont transmises, ou suivant les volitions dont il est à la fois le foyer et l'instrument. La gradation de son activité implique celle de son développement. C'est donc à tort que Ton a dit et répété que dès la naissance l'encéphale possède à peu près tout le volume qu'il conservera plus tard (Rostan); l'accroissement ne paraît même pas cesser pour la tète à l'époque assignée comme terme de la croissance générale, il semble au contraire continuer jusqu'à soixante ans (Parchappe). L'augmentation de volume porte à peu près exclusivement sur le développement circulaire horizontal de la tête et principalement sur le développement de la partie antérieure; elle est due en grande partie à l'agrandissement des sinus frontaux. Au delà de soixante ans, le volume de la tête diminue; le crâne perd aussi de sa pesanteur sous l'influence de la vieillesse.

Les changements organiques, ainsi que nous l'avons dit, ne s'interrompent pas durant la période dite d'état; mais ils s'accomplissent alors avec une certaine lenteur, et pour les apprécier, il est nécessaire de comparer l'organisme à lui-même à des intervalles éloignés, par exemple dans le milieu de la virilité et aux approches de l'âge de retour. Toutefois, c'est à cette époque que les fonctions ont le plus de consistance : les deux principes universels de l'économie, le sang et la, matière nerveuse, semblent unis dans leur plus juste proportion; les organes approchent le plus par leur volume, par leur structure et par leur activité, du type physiologique idéal, et c'est à cet âge que les différences individuelles ont le moins de saillie.

privée] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 79

Les mutations qu'amène le déclin de la vie sont inverses de celles qui signalent les années d'accroissement ; les fonctions s'exécutent avec une lenteur qui augmente de jour en jour ; le système artériel perd de son activité, ses extrémités capillaires se laissent à peine soupçonner dans les tissus, la circulation devient languissante dans des canaux qui n'ont plus leur élasticité , les sécrétions diminuent; les veines, plus prononcées que dans l'âge moyen, cèdent à l'effort latéral du sang et se laissent distendre j usqu'à l'état variqueux; les muscles se décolorent, leur fibre durcit et se contracte laborieusement. Tous les tissus participent à une Sorte de dessication qui a pour effet de les racornir; turgescents dans l'enfance, d'une texture plus compacte dans l'âge moyen, ils se réduisent et se déssëchent chez le vieillard ; les nerfs qui les parcourent sont grêles et d'une densité telle, qu'ils ont paru desséchés comme les autres tissus ; des sels calcaires se déposent sur différents points de l'arbre vasculaire artériel, dans les parties articulaires ; les cartillages intervertébraux s'affaissent, s'incrustent de phosphate calcaire à leur centre, de telle sorte que plusieurs vertèbres, soudées ensemble par cette ossification, ne forment plus qu'une seule masse. Les os présentent plus de volume, un tissu plus compacte, |des cavités intérieures plus étendues; la substance médullaire des os longs est plus liquide et presque huileuse, la taille et le poids du corps diminuent (1). Même décadence de la vie de relation. Le cerveau acquiert une consistance, une dureté qui, de quelque manière que l'on conçoive le mécanisme de son action, doit l'entraver de plus en plus; fibration fibrillaire ou courants analogues à ceux de l'électricité, l'innervation doit s'opérer difficilement par l'intermède d'un centre affaissé et lentement parcouru par un sang moins stimulant. Les appareils des sens se détériorent l'un après l'autre: la vue faiblit, puis l'ouïe, et les impressions sensitives ébranlent à peine le système nerveux. Le vieillard lutte contre l'imminence de l'anarchie fonctionnelle, les mouvements ne s'accomplissent plus que par l'effort soutenu de la volonté ; encore est-elle mal obéie, à cause de l'affaiblissement des instruments dont elle dispose .

Telle est la série des phénomènes que déroule l'organisation depuis le berceau jusqu'à la vieillesse confirmée. Mais pour avoir une notion complète des résultats déterminés par les âges, il ne suffit point d'envisager les caractères généraux des périodes de la vie : la loi de continuité qui régit la nature ne l'empêche point de manifester par intervalles une plus grande énergie dans ses développements, et quoique les différents âges se confondent à leurs limites, il est dans la vie des transitions moins ménagées ; il est des changements organiques d'une allure si brusque, ou d'une influence si décisive, qu'on a pu les appeler avec raison les révolutions des âges. Subordonnées aux lois conservatrices de l'individu ou de l'espèce, amenées par une progression de modifications, elles impriment néanmoins, en éclatant, de fortes oscillations à la santé,

(1) Voy. chap, vi, §,6.

g0 DES AGES. [hygiène

et viennent grossir la somme des prédispositions morbides. Il est indispensable d'arrêter notre attention sur ces crises physiologiques ; elles se terminent toujours, ou par l'inauguration dans l'économie de certaines fonctions auxquelles elle ne devient apte qu'à une époque plus ou moins éloignée de la naissance, ou par la suppression d'actes physiologiques dont la durée est limitée, ou par l'établissement de conditions organiques qui changent d'emblée le rhythmegénéral delà vie. Le passage du sein maternel à l'existence aérienne, la première et la deuxième dentition, la puberté, l'époque de retour, enfin la cachexie sénile, voilà les points culminants de l'histoire et de l'évolution humaine; voilà des échelons posés à long intervalle dans la vie, et sur lesquels l'organisation apparaît successivement sous une forme toute particulière.

La première révolution qui s'opère dans l'organisme à l'instant même de la naissance consiste dans le conflit de l'air atmosphérique avec la peau et la surface aérienne. La peau n'est plus en contact avec les eaux de l'amnios; débarrassée de la matière grasse qui la recouvrait, elle devient, dès le premier ou le second jour, le siège d'une exfoliation épidermique par lamelles plus ou moins étendues. Ce phénomène dure en moyenne dix à douze jours et peut ne se terminer qu'au bout de trente, quarante et même soixante jours. Jusqu'à la régénération complète de l'épiderme, la peau est rouge, très-irritable, surtout aux plicatures, où ce travail s'opère plus lentement. Dès que la téte de l'enfant arrive à l'air, il éprouve des mouvements convulsifs aux angles des lèvres et aux ailes du nez, sa bouche s'ouvre, sa poitrine se dilate, l'épiglotte se redresse; la glotte, presque entièrement fermée jusqu'alors, devient et reste béante ; la trachée-artère se déplisse, les poumons augmentent de hauteur (1 centimètre), de largeur (4 centimètres), de capacité (1 pouce 1/2 cube), et de poids; celui-ci est porté de 11 gros 3/4 à 21 gros 1/2, plus par l'afflux sanguin que par le volume d'air inspiré (1). Par la distension du poumon et l'abaissement du diaphragme, le cœur est repoussé de droite à gauche et de haut en bas. Le sang de la veine cave inférieure, au lieu de passer par le trou de Botal dans l'oreillette gauche, se porte, avec celui de la veine cave supérieure, dans le ventricule droit et clans l'artère pulmonaire; le sang projeté dans ce vaisseau n'est plus dérivé par le canal artériel dans l'aorte descendante ; celle-ci enfin cesse cle le verser dans les artères ombilicales. Aussi les organes de transition qui se rattachent à la vie fœtale ne tardent point à se flétrir : vaisseaux omphalo-mésentériques, canal artériel, canal veineux, capsules surrénales. Toutefois ces changements offrent encore une gradation dans leur rapidité ; le trou de Botal ne se ferme pas brusquement, le canal artériel n'est oblitéré que vers le troisième jour par un caillot , en attendant sa transforma tion en un cordon fibreux; les artères pulmonaires n'acquièrent que par degrés leur calibre normal à mesure que les mouvements respiratoires activent, en se répétant, la marche du sang vers les poumons ; ceux-ci subissent donc

(1) Longet, Physiologie, t, III, p. 933.

priver] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 81

une ampliation progressive et s'accoutument par degrés au contact du sang et de l'air, ce qui leur épargne les funestes hypérémies dont les eût menacés la soudaine agression de ces deux agents (1). Le thymus s'atrophie plus tardivement; dans le cours de la deuxième enfance-et jusqu'à la fin de la lactation, il augmente avec les autres organes. L'enfant, dès qu'il respire, a cessé de recevoir pour sa nutrition le tribut maternel des matériaux tout sanguifîés : il faut donc que son système digestif entre en jeu avec une activité proportionnelle aux besoins de l'assimilation. Tous les actes de sa vie organique sont modifiés en raison du mouvement nutritif: et de même que la première inspiration a donné le signal de ee changement à vue dans l'ensemble des phénomènes de la vie végétative, de même le' premier effleurement du sein où la nature lui a préparé le lait éveille ses fonctions de relation : il palpe instinctivement le réceptacle vivant de sa nourriture, il perçoit la température du milieu ambiant. C'est par la peau, c'est par la surface sensitive la plus développée qu'il se met d'abord en communication avec le monde extérieur, comme si la nature avait voulu lui en atténuer les premières impressions en les disséminant sur une grande étendue; comme si le toucher général et confus du tégument externe devait le préparer à des spécialités plus délicates de la même fonction, à la vision, à l'ouïe, à l'odorat, etc.» qui ne sont dans leur mécanisme intime qu'un toucher plus subtil et diversifié suivant la nature des excitants fonctionnels. Le pouvoir calorifique de l'enfant n'est pas celui de l'adulte ; de là un danger, et pour l'hygiène une base d'impérieuses prescriptions. Chez vingt adultes, Edwards a trouvé que la température variait entre 35°, 5 et 37°, moyenne — 36°, 12; chez dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à deuxjours, entre 34° et 35°, 5, moyenne m 34°, 75. H. Roger, dans des recherches plus récentes et plus multipliées (2), où la température a été prise constamment dans le creux axillaire» est arrivé aux résultats suivants :

(1) Des recherches importantes ont été faites dans ces derniers temps sur les différences de la respiration aux différentes époque de la vie; nous mentionnerons plus loin les résultats obtenus par Andral et Gavarret. Bourgery, dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (28 janvier 1843), énonce, entre autres conclusions, les suivantes : La plénitude de la respiration dans les deux sexes appartient à l'âge de trente ans; chez les sujets bien constitués^ le chiffre de la respiration forcée, àcetâge, est dans l'homme de 2Ut-,50à41't.J30, et dans la femme de llU.,10 à 2v^-,20 ; le jeune garçon de quinze ans respire 2 litres, et le vieillard de quatre-vingt ans l'it-,35. Le volume d'air dont un individu a besoin pour une respiration ordinaire augmente graduellement avec l'âge. Les rapports entre les âges de septj quinze* vingt, quatre-vingt ans, sont géométriques et représentés- par les nombres 1$ 2-, 4* 8. L'augmentation progressive ou le besoin d'un plus grand volume d'air n'exprime que la diminution d'énergie de l'hématose pulmonaire, c'est-à-dire que cette faculté décroît de l'enfant au vieillard dans un rapport représenté par les nombres fractionnels inverses des premiers, 1, 1/2, 1/4, 1/8. Voilà des résultats capables de satisfaire les esprits amoureux d'exactitude. Le mémoire de Bourgery en contient plusieurs autres formulés avec la même rigueur jreste aies vérifier.

(2) Henri Roger, De la température chez les enfants. Paris, 1844.

M. lé v y. Hygiène, 6e édii. ï. — 6

82 DES AGES. [hygiène

1° Chez des enfants naissants, dans la première demi-heure de leur existence aérienne :

Température moyenne 36°, 14

— maximum 37°, 75

— minimum 35°, 25

L'enfant qui offrait 37°, 75, examiné dans la première minute après sa naissance, participait sans doute encore à la température de sa mère. 2° Chez trente-trois nouveau-nés de un à sept jours :

Température moyenne 37°,80

— maximum 39°,00

— minimum 36°,00

1° Chez treize enfants de quatre mois à six ans inclusivement :

Température moyenne 37°, 11

— maximum , 37° ,75

— minimum 36°,75

Personne ne conteste plus la conclusion de Gavarret, qui a discuté avec une minutieuse précision tous les faits acquis sur cette question : « Toutes choses égales d'ailleurs, la température des enfants est d'autant plus influencée par celle du milieu ambiant, et leur puissance de calorification est d'autant plus faible qu'on les observe à une époque plus rapprochée de leur naissance (1). »

La première dentition, pas plus que la seconde, ne doit être considérée comme une maladie; elle constitue par elle-même, et par une série coïncidente de phénomènes d'accroissement, une de ces mutations aiguës qui concourent à fonder l'indépendance individuelle de l'être nouveau. Les incisives moyennes de la mâchoire inférieure se montrent en premier lieu, elles sont suivies de celles de la mâchoire supérieure; viennent ensuite les incisives latérales inférieures et les incisives latérales supérieures ; en troisième ordre apparaissent les premières molaires inférieures et supérieures (2); les canines inférieures et

(1) Gavarret, De la chaleur produite par les êtres vivants. Paris, 1855, p. 325.

(2) Trousseau a cherché à établir, par les résultats de ses observations, que les dents sortent par groupes chez les enfants à la mamelle. La premièredentition, dit-il, s'accomplit en cinq temps: premier groupe, deux incisives inférieures; deuxième groupe, quatre incisives supérieures; troisième groupe, quatre premières molaires et deux incisives latérales inférieures ; quatrième groupe, quatre canines ; cinquième groupe, quatre dernières molaires. Ce qui donne, pour le nombre, 2, 4, 6, 4, 4 dents; total, 20. L'époque d'éruption de ces groupes est assez peu certaine ; pourtant, en général. Trousseau croit pouvoir l'établir à peu près de la manière suivante [Journal de médecine, par Fouquier, Trousseau et Beau, février 1843, p. 40) :

1er groupe : Deux incisives médianes inférieures vers l'âge de sept à huit mois. 2e groupe: Quatre incisives supérieures de onze à douze mois. 3e groupe : Quatre premières molaires, deux incisives latérales inférieures, vers l'âge de dix-sept à dix-huit mois.

4e groupe: Quatre canines vers l'âge de deux ans. 5o groupe : Quatre dernières molaires vers l'âge de trente mois.

piuvEiij DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 83

supérieures sortent vers deux ans et demi ; enfin les deuxièmes molaires complètent vers la quatrième année cet appareil transitoire de mastication. L'ordre d'éruption n'est pas constant : les canines sortent quelquefois avant les quatre premières molaires ou après toutes les dents de ce nom ; les incisives latérales peuvent se montrer avant les médianes, etc. Les sensations continuelles de chatouillement, de démangeaison ou de douleur, dont s'accompagne l'éruption des premières dents, déterminent parfois une surexcitation cérébrale qui se traduit par un état fébrile, la chaleur à la tète, l'insomnie, des cris d'impatience, des convulsions. La suractivité vitale des gencives, des glandes salivaires, de toute la bouche, se traduit par la turgescence sanguine de ces parties, par l'accroissement notable des artères qui s'y rendent, par une salivation exagérée. Ces conditions, jointes aux efforts de succion, à une constitution mauvaise et à une mauvaise hygiène, favorisent le développement du muguet, des inflammations buccales à tendance gangreneuse, etc. La première odontogénie est plus critique que la seconde ; l'une s'achève en deux ans, l'autre en seize à vingt ans. Avec les vingt dents de lait coexistent les germes de trentedeux dents permanentes qui les remplaceront plus tard ; les mâchoires alimentent donc simultanément cinquante-deux dents formées ou en germes (1). En même temps que s'achève la première dentition, les muscles masticateurs se renforcent, la mâchoire inférieure se courbe, ses branches se redressent; les glandes salivaires et le pancréas s'accroissent; l'estomac devient plus actif, et les aliments y séjournant plus longtemps, la fréquence du besoin de manger diminue; les valvules conniventes augmentent de nombre et se prononcent; les cryptes mucipares se développent, le tube digestif présente plus de longueur, la bile devient plus épaisse ; les évacuations alvines sont plus jaunes, plus consistantes et plus rares. Même progrès des fonctions de relation : les sens externes sont en activité, le tact se perfectionne; les impressions, plus variées, plus multipliées, sollicitent les facultés cérébrales. Naguère le volume de la tète contrastait avec la petitesse des membres ; le rachis, plus gros supérieurement qu'en bas, n'offrait qu'une seule courbure, et par l'absence des

(1) C'est vers le milieu du deuxième mois de la vie fœtale qu'on aperçoit dans le sillon du bord alvéolaire des deux mâchoires les vingt petits renflements de forme sphéroïdale ou papilles dentaires, qui seront les dents de lait. Vers le troisième mois, la muqueuse leur forme, en se repliant au-dessus d'eux, un sac complet (involution de Goodsir). Avant l'occlusion de la cavité folliculaire, on constate au-dessus de chaque follicule une cavité plus petite, sorte de sac dentaire de réserve destiné à la formation de la dent permanente, et offrant, dès le cinquième mois, les rudiments d'un germe dentaire. Formés aux dépens des sacs dentaires primitifs et par une nouvelle involution de la muqueuse, les sacs dentaires de réserve se dirigent bientôt vers la partie postérieure du bord alvéolaire, et à mesure que s'opère le développement et la sortie des dents provisoires, ils descendent pour occuper enfin un point situé en arrière et au-dessous de celles-ci. (Vo3^. Emile Magitot, Étude sur le développement et la structure des dents humaines, thèse de Paris, 1857, n°287.)

u DES ÂGES. [HYGIENE

apophyses épineuses fournissait un moindre espace à l'insertion des muscles des gouttières vertébrales; le bassin, par son obliquité sur le rachis, faisait proéminer le ventre et dirigeait en avant le poids du corps ; les fémurs ne trouvaient pas dans les cavités cotyloïcles encore cartilagineuses un point d'appui assez solide, etc. En un mot, les conditions nécessaires pour la station et la progression manquaient en totalité ; mais pendant la durée de la période qui nous occupe, la marche rapide de l'accroissement y a pourvu en grande partie : d'essai en essai, l'enfant est parvenu à reproduire les attitudes de ses parents, comme il a fini par répéter leurs sons, leurs syllabes, leurs paroles, leur langage.

Les germes de la deuxième dentition sont, comme ceux de la première, visibles déjà dans le fœtus, représentés par une série de trente-deux follicules membraneux situés dans un rang d'alvéoles qui existent en arrière des alvéoles à dents infantiles. Leur éruption s'opère quand leur couronne est parfaite et que leurs racines sont à peu près formées ; elle est précédée par la chute des dents de lait dont la racine est résorbée en partie ou en totalité. De sept à dix ans paraissent les incisives, puis les bicuspidées, ensuite la canine ; vers onzeà douze ans, la seconde grosse molaire ; la première grosse molaire sort dans le cours de la première dentition, c'est vers vingt ans seulement que se produit la cinquième molaire. Ces dents ne sont qu'ébauchées dans leurs racines au moment de leur apparition et ne les perfectionnent que dans un espace de deux à trois ans. Les arcades dentaires continuent de s'agrandir jusqu'à vingt ans, et la face en reçoit plus de hauteur et de largeur. La révolution physiologique de la deuxième dentition se termine à la puberté, quoique le nouvel appareil dentaire ne se complète que plus tard : elle a une marche moins rapide, moins turbulente; l'accroissement général se modère dans la même proportion, le système nerveux ne manifeste point l'orageuse impressionnabilitéde l'âge précédent. Déjà ses actes se sont régu! arisés, perfectionnés ; les facultés intellectuelles et morales se déploient avec une intensité progressive ; les organes du mouvement ont acquis toute leur souplesse et leur agilité ; la surchage graisseuse du premier âge n'existant plus, les muscles dessinent leurs reliefs, les articulations se sont débourrées, etc. Le système osseux appelle fortement sur lui le mouvement nutritif.

Mais voici l'époque d'une transformation des plus complètes et des plus rapides ; les organes génitaux viennent d'acquérir le développement nécessaire à l'exercice de leurs fonctions ; tout s'est préparé dans l'économie pour cette révolution; quelques mois ont suffi à la nature, si soigneuse des intérêts de l'espèce, pour imprimer au corps la puissance et la vitalité que réclame l'office de la reproduction. Vers la puberté, la croissance du corps se fait en grande partie sur la colonne vertébrale, et en même temps que cette tige osseuse, point d'appui des efforts musculaires, s'est renforcée, ses cartilages intervertébraux, plus extensibles, facilitent ses mouvements; les différentes pièces du squelette achèvent de se consolider, la plupart de leurs épiphyses se soudent à

privée] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 85

leur partie moyenne. Souvent on observe une élongation rapide du corps; les muscles se contractent avec énergie, la poitrine s'agrandit et s'ombrage de poils; le tempérament sanguin domine, les sécrétions muqueuses sont moins abondantes; le duvet de l'adolescence fait place à la barbe, les cheveux se rembrunissent; le larynx se développe, la glotte s'élargit et s'allonge : de là le timbre plus grave de la voix et par moments des intonations incertaines. En peu de temps, les testicules doublent de volume, le pénis grossit et manifeste une propriété nouvelle, si des pratiques funestes ne l'ont déjà provoquée prématurément, celle d'entrer en érection; le scrotum se ride et brunit, et par une excitation sympathique que nous verrons éclater plus vivement chez la femme, les seins du jeune homme se gonflent et parfois laissent suinter quelques rares gouttelettes d'un fluide lactescent. Mais le phénomène le plus remarquable qui se produit à cette époque chez l'homme, c'est l'apparition des zoospermes dans la liqueur séminale. Ce phénomène est constant (1) et suffirait à lui seul pour caractériser la puberté. On l'observe aussi chez les animaux à l'époque de leur rut ; la présence des zoospermes se lie à chaque retour de leur excitation génitale : « Quand le rut, dit Lallenmnd, est dans toute son énergie, les zoospermes sont tellement entassés dans les canaux sécréteurs

du testicule, qu'ils y occupent plus de place que le liquide ambiant Ainsi

l'acroissement d'activité du testicule a pour résultat essentiel la production des zoospermes. » Le tempérament de la femme se modifie moins profondément aux approches de la puberté, et il conserve en général sa nuance lymphatique; aussi ses formes s'arrondissent au lieu de prononcer leurs saillies musculaires. Le système pileux, qui chez le jeune homme reçoit une impulsion de croissance universelle, ne se développe chez la femme qu'aux aisselles, aux parties génitales et sur le crâne; mais ses glandes mammaires se prononcent, le bassin prend l'ampleur qu'exigera plus tard l'opération naturelle de l'accouchement, les lèvres du pudendum s'allongent, les ovaires doublent aussi de volume comme les testicules et prennent leur forme bosselée; les follicules de de Graaf deviennent plus nombreux, plus gros, plus superficiels, et le liquide qui les emplit contient une plus forte proportion d'albumine (2); l'utérus s'élargit surtout vers son fond, devient un centre de fluxion mensuelle, et réalise par là un acte organique qui caractérise éminemment la période de l'activité sexuelle. Si la sécrétion du sperme n'a point son analogue chez la femme, les cryptes muqueux qui existent dans ses voies génitales subissent aussi une sorte d'orgasme et versent avec abondance les fluides de leur sécrétion, soit dans l'exercice du coït, soit par le seul effet de la stimulation morale. Un dernier trait de ce tableau de la puberté, c'est cette stimulation morale elle-même, source de tant de souffrance et de poésie, de bonheur et de regrets ; c'est ce désir d'autant plus effervescent qu'il est nouveau, et qui, suivant les dispositions céré-

(1) Lallemand, Des pertes séminales involontaires, t. II. 2e partie, p. 442.

(2) A. Raciborski, Traité de la menstruation, ses rapports avec Population, Vhygiène (le la puberté et 4e Vdge critique, Paris, 1868,

86 DES AGES. [hygiène

braies, revêt des nuances, des expressions si différentes, depuis la vague rêverie jusqu'aux aspirations brûlantes de l'amour enthousiaste, depuis la pâleur d'une concentration difficile jusqu'aux explosions d'une fougue désordonnée. Nous avons reconnu le rôle de l'encéphale dans la production de ces phénomènes moraux qui dramatisent la vie intime de la jeunesse; mais ils prouvent aussi l'influence des organes génitaux sur le cerveau et le rapport qui lie à leur développement celui de l'économie entière. Les effets déterminés par la castration en fournissent la contre-preuve : chez les individus destitués des attributs de la virilité, l'ensemble de la constitution porte un cachet féminin; leur système pileux ne se prononce ni au thorax ni au visage, leur voix sonne d'un timbre enfantin, comme celle des femmes ; comme les animaux châtrés, ils engraissent en peu de temps ; la virilité morale leur fait défaut non moins que celle du corps; ils ont les vices des natures faibles et désarmées, ils sont faux, hypocrites ; leur vengeance est sinueuse, leur esprit fertile en tromperies. Ne disons pas que l'absence ou l'atrophie des testicules détermine cet ensemble d'effets, que leur présence et leur intègre évolution produisent un ensemble de résultats contraires ; mais déclarons qu'il existe entre ces faits une corrélation, une connexion étroite et constante. La puberté influe énergiquement sur la marche des maladies. Grâce à l'acuité des phénomènes d'évolution qu'elle engendre, beaucoup de maladies de l'enfance qui, malgré leur curabilité, ont été vainement combattues jusqu'alors, disparaissent comme par enchantement; stationnaires longtemps, elles redeviennent actives et tendent à se résoudre. En revanche, les affections chroniques du premier âge, et qui sont devenues incurables, empruntent de la puberté une force nouvelle, et s'enfoncent pour ainsi dire plus profondément dans l'organisme : « Si quo gênera morborum in infantem inciderunt ac neque pnbertate, neque primis coitibus, neque in feminaprimis menstruis finitarent, fere longa sunt : sœpius tamen his morbi puériles qui diutius manserunt terminantur (1). » Une fois la crise delà puberté terminée, les maladies ne sont plus gouvernées dans leur développement et dans leur durée que par le genre de lésion et l'état constitutionnel des sujets ; que si elles se sont maintenues à travers les mutations organiques cle la puberté, elles font partie de la constitution et souvent ajoutent une fonction de plus à celles de l'économie. Ainsi telle sécrétion morbide, qui n'a point disparu dans le tourbillon d'une crise d'âge, subsiste pour le reste de la vie et ne saurait plus même être supprimée sans danger. Les individus scromleux, les rachitiques, sont des variétés de l'espèce humaine en possession d'une santé relative, résultat de l'équilibration des fonctions avec les conditions spéciales de leur constitution.

L'âge cle déclin, ou la virilité décroissante, est, comme la deuxième dentition, une crise d'âge moins aiguë que les autres; il prépare la révolution plus rapide de la décadence sénile, comme la deuxième dentition conduit par de-

(1) Celsus, De re medica. Parisiis, 1773 (edit. Valart), lib. II, cap. r, p. 45.

privée] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES 87

grès à l'explosion de la puberté. Les systèmes digestif, respiratoire et circulatoire perdent de leur activité, parce que les besoins de la nutrition sont moindres; la pléthore veineuse s'établit de plus en plus; les phénomènes congestionnels qu'elle suscite prédominent vers l'abdomen . Les indicesde la déchéance organique s'étendent à l'encéphale et à ses dépendances : la peau se plisse et se dessèche ; les appareils des sens ont moins de délicatesse dans leur structure, leur portion de matière nerveuse se durcit; l'atrophie commençante du cerveau se révèle par un abaissement de la puissance intellectuelle, la pensée est moins rapide, la mémoire moins fidèle, la parole moins abondante, les veilles plus difficiles ; au courage, à l'esprit d'entreprise et d'indépendance succèdent le calcul et la pusillanimité. Les attitudes sont analogues à l'état de l'axe cérébro-spinal ; les muscles cèdent, fléchissent ; l'allure altière et droite de l'âge mûr n'existe plus; déjà le corps tend vers le sol. Toutefois ces changements surviennent dans une gradation si modérée, que l'illusion de la stabilité est longtemps possible; mais la réduction de la puissance génitale vient enfin la détruire : entre quarante-six et soixante ans, durée de l'âge de retour, l'homme voit diminuer cette faculté, la femme perd la sienne. Avec la fécondité s'en vont les attributs extérieurs du sexe; les seins se dessèchent, ou si l'embonpoint se conserve, il est flasque et mou; les ovaires s'atrophient, l'utérus se rapetisse : il semble que le foyer de la vie morale s'épuise en même temps que la puissance génératrice, et peu de femmes gardent encore au delà de cette abdication physique l'animation passionnée qui déverse un charme si doux sur leur commerce.

Autant l'élan de la plasticité est remarquable dans l'âge inaugural de la vie, autant la décadence s'opère avec promptitude dans la période de sénilité : triste et dernière révolution qui ne laissera après elle que des ruines. Il faudrait énumérer tous les organes pour montrer sur chacun d'eux l'empreinte de la destruction; les dents et les poils tombent, l'état squameux de la peau et la roideur des articulations nuisent à l'exercice du toucher ; les nerfs des sens s'atrophient, l'œil s'aplatit, le cristallin prend de l'opacité, l'iris et la choroïde pâlissent; le crâne, dont les sutures sont effacées, semble formé d'un seul os, comme le bassin; le système osseux est imprégné de sels calcaires, et ses cavités se sont agrandies, double circonstance qui favorise les fractures; les cartilages de prolongement des côtes, les fibro-cartilages intervertébraux, les symphyses du bassin, s'ossifient, ainsi que les articulations des os du carpe, du tarse, le larynx, les cartilages de la trachée-artère et des bronches, les plèvres; la rigidité et la décoloration des muscles , l'ossification fréquente de leurs tendons, la siccité des coulisses où ceux-ci ne glissent plus, rendent les mouvements lents, chancelants, impossibles même. Les organes de la génération s'atrophient dans les deux sexes parfois au point de n'être plus reconnaissables, etc. L'atrophie sénile frappe tous les organes glanduleux, glandes salivaires, ganglions mésentériques, follicules intestinaux; lesplisde lamembrane muqueuse du tube digestif deviennent plus courts et moins nombreux; le foie

p8 DES AGES. [hygiène

se condense et durcit; les poumons sont moins expansibles, emphysémateux, parsemés cle dépôts charbonneux et comme infiltrés de matière noire ; leur surface aérienne a moins d'étendue, la respiration plus de fréquence et moins d'amplitude; la cage thoracique s'affaisse et se rétrécit. La circulation s'affaiblit et se ralentit; les vaisseaux capillaires se dilatent, les veines sont plus ap~ parentes, les varices se multiplient; les parois des artères, roides et cassantes, sont fréquemment ossifiées. La température d'après Edward^ varie chez les sexagénaires entre 35° et 36°; chez les octogénaires, entre 34° et 35°. H. Roger a trouvé chez sept vieillards compris entre soixante-douze et quatre-vingtquinze ans, 36°, 23 en moyenne, 37° pour maximum et 35°, 50 pour minimum. Ces résultats ne s'accordent pas avec ceux de Despretz, qui a fixé la température humaine pour l'âge de dix-huit ans, à 36°, 99; pour celui de trente ans, à 37°, 14 pour l'âge de soixante-huit ans, à 37°, 13. Gavarret (loc. cit.) s'est servi des recherches de J. Davy pour concilier ces divergences. Dans le Westmoreland, chez des vieillards bien portants, âgés de quatre-vingt-sept à quatre-vingt-quinze ans, assis au coin de leur feu et dans un air maintenu entre 11°, 1 et 15°, 5 la température prise neuf fois a oscillé entre 36° et 37°, 5, moyenne = 36°, 7. La température delachambre s'étant abaissée progressivement de 15°, 5 à 12°, 8 et 6°,7, le thermomètre qui, placé sous la langue d'un vieillard de quatre-vingt-huit ans, marquait 37°, 5, est descendu à 36°, 6 et à 35°, 5. À Ceylan, un centenaire observé par J. Davy, hors de son habitation et avec un vêtement très-léger, accusait une sensation de froid par une température atmosphérique cle 22°, 8; le thermomètre ne marquait que 35° sous la langue et 33°, 7 sous son aisselle. Si donc les vieillards, placés dans de bonnes conditions de santé et de température ambiante, maintiennent celle de leurs corps presque au même niveau que l'adulte, ils se refroidissent rapidement dès que la température extérieure s'abaisse ou que leurs vêtements sont insuffisants : tant il est vrai que le cercle de la vie va se rétrécissant de jour en jour autour d'eux; les sources immédiates où le corps puise le sang, et le sang ses propriétés se tarissent graduellement. Telle est la cachexie sénile.

La mort est le terme de cette série de détériorations qui, préparées dans la période d'état, commencées pendantl'âge de retour, aggravées parla vieillesse, se précipitent vers la décrépitude et impriment aux dernières années le caractère d'une révolution d'âge, signalée surtout par la prédominance de sels terreux dans le sang et par l'atrophie générale des organes. Tandis que les liens consensuels des organes se relâchent, et que la solitude se fait pour ainsi dire autour cle quelques viscères, derniers réceptacles d'une vitalité défaillante, la solitude s'opère au dehors autour du vieillard , et la presque interruption de ses rapports avec le monde ambiant le réduit à l'existence végétative. Celle-oi s'épuise à son tour; nulle excitation ne vient plus l'entretenir. Plus de besoins, plus d'instincts; les excrétions s'accomplissent à l'insu et contre la volonté du vieillard, et si la raison jette encore par intervalles quelques lueurs, elle ne fait

privée] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 89

que lui donner la conscience de sa destruction. Cependant il y a des organisations privilégiées même contre la mort ; des centenaires ont conservé l'usage de leurs facultés sensoriales et intellectuelles jusqu'au dernier jour ; un court sommeil, une syncope, un léger accès de fièvre erratique a couvert la transition de vie à trépas. Moins heureux, la plupart des hommes qui épuisent la longévité de leur constitution meurent par degrés, envahis de la circonférence au centre; et quand la dernière expiration, simple effet du retour élastique des parois thoraciques sur elles-mêmes, les laisse dans 1 éternelle immobilité, depuis longtemps ils ont cessé tout échange avec le monde extérieur : l'action cérébrale alimentait encore un reste d'hématose, mais elle ne suffisait plus aux actes de relation.

La mort sénile ou naturelle, c'est l'épuisement de la virtualité organique. Chaque constitution puise dans son essence primordiale une force de durée ; la longévité varie comme la santé, suivant les organisations individuelles : organisation, santé, longévité, sont les trois termes d'une proposition de la nature, et se traduisent logiquement par le sujet, le moyen et le but. C'est l'homme, c'est la société qui déplace les termes, qui contrarie la divine proposition; la mort accidentelle, soit qu'elle résulte violemment de l'action des causes extérieures, soit qu'elle termine le cours fatal des maladies, est une \iolation des lois de la nature. La mission de l'hygiène, d'accord avec la morale et la religion, est d'assurer à tout homme le bénéfice de son organisation, sa mesure primordiale de longévité ; elle lutte contre les influences matérielles qui tendent à la réduire ; la religion et la morale combattent les influences d'un autre genre, mais tout aussi funestes à la conservation de Findiviclu et de l'espèce.

Combien différentes nous apparaissent maintenant les conditions anatomiques et physiologiques de chaque âge, et combien les prescriptions de l'hygiène doivent varier en proportion ! Pour l'hygiène et pour la médecine pratique, quelles ressources à la fois et quels écueils dans ces mutations, tantôt aiguës, tantôt graduées, qui constituent les révolutions d'âge ! Chacune d'elles peut fournir la matière d'un code spécial de préservation, chaque âge a défrayé des volumes ; circonscrit dans une limite étroite, nous n'avons pu qu'ébaucher les caractères saillants de chaque période de la vie, de chaque phase importante de l'organisme, et nous en déduirons ultérieurement des règles particulières de direction hygiénique, en traitant des divers modificateurs et de leur action, nous bornant ici à quelques indications spéciales qui n'auraient pas trouvé leur place ailleurs.

L'hygiène de l'enfant commence dans le sein de sa mère. On ne peut nier aujourd'hui qu'à côté des anomalies de développement qui dépendent d'une influence tout à fait inconnue de la génération sur l'embryon, il en estd'auires qui résultent de l'action des modificateurs sur la mère postérieurement à la conception : Geoffroy Saint-Hilaire a fait voir que, dans le plus grand nombre des cas, cette action se traduit par des déviations céphaliques. Parmi les causes qui agissent sur l'enfant par l'intermédiaire de la mère et qui déterminent les

90 DES AGE v. [hygiène

déviations congénitales, il faut mentionner en première ligne les coups, les chutes , les violences extérieures qui portent principalement sur l'abdomen . Les expériences de Depaul ont démontré l'influence du régime débilitant et des saignées sur le développement du fœtus pendant la vie intra-utérine ; la diminution des aliments, quand la femme s'y soumet rigoureusement, est très-puissante pour restreindre la nutrition cle l'embryon et réduire ses proportions (1). La pléthore chez les femmes enceintes détermine de fortes contractions de l'utérus qui pressent le fœtus et impriment aux membres ou au tronc des directions vicieuses. On s'accorde aussi à considérer les émotions morales soudaines ou trop énergiques, trop prolongées, comme une cause perturbatrice cle l'évolution régulière du fœtus. Quant aux envies des femmes et à leurs relations avec les nœvi mater ni, l'observation n'a point confirmé, à cet égard, l'opinion populaire, et il n'y a lieu de tenir compte de ces appétences que si elles sont sincères et sans danger. Les plus sûres garanties de ce que l'on peut appeler l'hygiène fœtale résident clans la moralité et l'intelligence de la femme. Si elle a conscience de sa responsabilité envers l'être qu'elle porte dans son sein, envers la famille et la société, elle exercera sur elle-même, sur ses habitudes, sur ses passions, une surveillance que nulle autre ne peut suppléer; elle évitera tous les ébranlements physiques et moraux; riche, elle saura renoncer au monde, aux plaisirs bruyants, à la gène des toilettes et des parades; pauvre, elle opposera une calme résignation aux impressions tristes, aux chagrins, aux inquiétudes qui ont une influence particulièrement détériorante sur le produit cle la conception. Point d'eflbrts violents qui puissent amener d'avortement; point de constrictions ni de pressions sur l'abdomen ; la danse, la natation, i'équitation, la vectation dans des voitures mal suspendues ou sur des chemins mal entretenus, sont également contre-indiquées. Un exercice modéré, l'habitation cle la campagne, un appartement spacieux, sec et bien exposé, un air fréquemment renouvelé, le libre accès de la lumière dont nous dirons plus loin (Circwnfusa) les effets plastiques ; une nourriture substantielle et mesurée qui prévienne deux états également nuisibles, la pléthore et l'hydrémie; des repas peu copieux et plus répétés quand le développement de l'utérus restreint la capacité des organes digestifs, etc. (Voy. 2e section, chap. n, § 3; chap. m, § 2; chap. iv, § 3, etc.)

Les accidents à prévenir pendant l'accouchement sont du ressort de l'obstétrique. Il faut se tenir en garde contre les hémorrhagies qui succèdent à la chute du cordon ombilical. Celui-ci se flétrit du premier au troisième jour, se dessèche du sommet à la base, et se sépare du quatrième au sixième jour. La plaie se cicatrice du sixième ou douzième jour. Les hémorrhagies surviennent du septième au treizième jour après la naissance. Le cordon coupé et lié, et la respiration bien établie, on lave l'enfant couvert de sang et d'un enduit céru-

(1) Voyez le mémoire de Depaul. De T'influence de la saignée et cVun régime débilitant sur le développement de V enfant pendant la vie intra-utérine. Bulletin de tliérapcuiiqtie, juillet et août 1849, t. XXXVII.

privée] DES CHANGEMENTS QUI CARACTÉRISENT LES AGES. 91

mineux dans un bain à 32 degrés environ ; quelquefois cette ablution est précédée d'une onction faite avec de l'huile d'olive, du beurre, du cérat ou préférablement avec un jaune d'oeuf ; on dispose ensuite l'appareil pour maintenir le cordon, et l'on habille l'enfant (voy. chap. iv, Vêtement suivant l'âge). Pour sa toilette comme pour son couchage, ni trop ni trop peu de chaleur : il ne résisterait pas au froid ; un excès de chaleur l'agiterait jusqu'à la fièvre. Point de maillot; des bandes larges et des couches modérément serrées à l'aide de cordons et non d'épingles; pour la tète, un béguin de toile recouvert d'un ou deux autres de coton ou de flanelle; une chemisette, une brassière d'étoffe de laine, un fichu pour le cou. Pour les parties inférieures, trois pièces : la première de toile, les deux autres de laine épaisse, rattachées par des liens à la brassière; ces langes doivent être assez long pour flotter librement quand la température est douce, et pour se replier et se fixer aux autres pièces de l'habillement quand la saison est froide ; on peut ajouter, en hiver, de petites chaussures de laine tricotée aux pieds. Pour préserver cet appareil vestimentaire de la souillure des excréments, on dispose en plein, sous les fesses de l'enfant, une serviette dont deux angles sont ramenés en ceinture autour du tronc et noués en avant, et dont l'angle inférieur passe entre les jambes pour se fixer aux deux autres sur l'abdomen. L'enfant ne sera jamais couché dans le lit de sa mère ou de la nourrice ; autant que possible, on le placera dans une chambre distincte, vaste, bien aérée, d'une température constante jour et nuit, et assez élevée pendant les huit premiers jours (19 à 20 degrés, Cazeaux). Pas d'alcôve, pas de rideaux; dans le berceau, laplume et la laine seront remplacées par de petits paillassons remplis de paille d'avoine ou de zostère qu'on remplace facilement ou que l'on fait sécher, lorsqu'ils ont été salis. Pendant le sommeil, on couvre un peu plus l'enfant sans le surcharger. L'usage de le bercer n'a d'autre inconvénient que d'exposer aux chutes et de créer une habitude tyrannique ; mieux vaut y renoncer. Que l'enfant s'endorme dans son berceau, non sur les genoux de la mère ou de la nourrice; sinon il arrivera à exiger, par ses cris, à chaque réveil, le même maniement, et bientôt il ne dormira plus que sur les genoux, dans des attitudes vicieuses et pénibles. Vers l'âge de trois à quatre mois, on fait quelques modifications dans sa toilette; une petite jupe de laine, des bas et des chaussons remplacent les langes inférieurs. Deux ablutions par jour, rapides, générales, d'une à deux minutes, avec de l'eau tiède pendant les quinze premiers jours de la vie (voy. Bains chauds, Ie section, chap. m), puis avec l'eau froide de 10 à 15 degrés centigrades environ ; on n'arrive à ces lotions froides que par des transitions graduées; on les fait avec rapidité, on essuie avec un linge doux et l'on frictionne un peu la peau pour amener une réaction qui réchaufiè. Encore faut-il s'en abstenir chez les enfants faibles, et, pour cet âge, la règle est le lavage à l'eau tiède. En hiver, l'enfant ne doit pas être porté à l'air extérieur avant le quinzième jour. On doit donc désirer que les exigences de la loi civile et de l'Eglise s'adoucissent en faveur des nouveau-nés soumis à la condition immédiate du

Page 1