PLAN. M
Nous avons énoncé les mérites de la distribution adoptée par Londe ; en voici les inconvénients : 1° Il confond l'hygiène publique et privée, et la première est sacrifiée dans ce mélange. 2° Il morcelle l'étude des modificateurs qui agissent sur plusieurs organes, de telle sorte que l'on est réduit à chercher dans autant de chapitres distincts l'action de l'air sur les poumons, celle qu'il exerce sur la peau, etc. 3° Dans cette considération isolée de chaque organe au point de vue hygiénique, on oublie l'organisme; les idées générales, les études d'ensemble font défaut, et cependant l'hygiéniste doit fixer incessamment son regard sur la totalité de l'organisme ; il doit se guider, non d'après les exigences particulières des organes, mais suivant l'état général de l'économie. Quel est d'ailleurs le modificateur qui n'influe sur l'ensemble tout en agissant particulièrement sur un point déterminé? Londe a fractionné non-seulement l'examen du sujet de l'hygiène, mais encore celui des modificateurs. Les professions se perdent dans l'examen individuel des organes, et cependant une revue concise des professions doit avoir sa place dans un livre d'hygiène, car la collection des ouvriers de chaque métier forme une grande individualité qui veut être étudiée à part ; à chaque classe de travailleurs leur atmosphère, leur régime, leurs mœurs, leurs maladies, leur moyenne de vie, espèce de fatalité que stipule avec eux la société qui emploie leurs forces. C'est ainsi que l'on découvre un sens hygiénique dans le fait social des corporations des arts et métiers, fait que la tendance unitaire du mouvement civilisateur a aboli chez nous, mais qui a si longtemps dominé l'organisation hiérarchique de la société, qu'il y faut bien supposer une valeur à la fois morale et physique.
Au demeurant, l'ordre fonctionnel, excellent pour l'étude de la physiologie, convient moins à celle de l'hygiène; la méthode de décomposition, applicable avec rigueur aux sciences exactes, doit s'employer avec réserve dans les sciences fondées sur l'observation. En médecine, l'analyse poussée trop loin devient une mutilation.
Les grandes coupes que Rostan a établies sous les dénominations de climatologie, bromatologie, etc., ne sont qu'une reproduction de vieilles divisions de la matière hygiénique en circumfusa, ingesta, etc. Un auteur plus récent, Motard, propose de « réunir en un seul groupe toutes les affinités naturelles en embrassant sous un même point de vue l'ensemble des causes et des phénomènes du même genre qui agissent sur l'homme en général, d'après l'ordre et la nature des besoins qu'il éprouve (1). » Il traite successivement des influences qui se rapportent : 1° à la nécessité d'exister quelque part et d'avoir des habitations (circumfusa) ; 2° à la nécessité de s'alimenter (ingesta) ; 3° à celle de s'occuper des soins corporels (sécréta et excréta) ; 4° à la nécessité de travail (acta) ; 5° il termine par les précautions à opposer aux maladies spécifiques. Les dénominations latines que nous avons ajoutées entre paren-
(1) Motard. Traité d'hygiène générale.
thèses à chacun des groupes admis par Motard nous dispensent d'insister sur l'identité de son plan avec celui de l'ancienne école ; nous l'adoptons à notre tour, mais sans omettre le point de départ qui est l'individualité (Hygiène privée) ou la collectivité humaine (Hygiène publique.)
L'hygiène, comme la médecine pratique, nous présente constamment l'organisme en conflit avec les agents extérieurs. De ces derniers, les uns agissent spécialement sur tel ou tel organe ou appareil d'organes, laissant aux sympathies fonctionnelles le soin de généraliser leur effet; les autres excercent d'emblée leur influence sur l'économie tout entière; enfin les organes se modifient mutuellement ou par les résultats de leurs fonctions, ou par l'intermède de l'action nerveuse. De là, pour l'hygiéniste, trois séries de données : 1° les données intrinsèques, fournies par l'organisme et qui individualisent, si nous pouvons ainsi dire, l'action des modificateurs hygiéniques : tels sont les tempéraments, les idiosyncrasies, les conditions d'hérédité, etc. ; 2° les données extrinsèques, lesquelles ne sont autres que les modificateurs eux-mêmes ; 3° enfin, l'exercice des organes de la locomotion et de l'innervation réagit diversement, non-seulement sur ces organes eux-mêmes, mais encore sur l'économie entière ; toutefois le mode et l'énergie de ces deux grandes fonctions sont constamment en rapport, d'une part avec les conditions d'organisation primitive de chaque individu, d'autre part avec l'influence qu'il reçoit de l'air, des lieux, des eaux, des aliments, etc.
Pour suivre une marche rationnelle, l'hygiéniste doit se placer d'abord dans 1\ rganisme pour en explorer les différences individuelles, primitives ou acquises : ce sera déterminer le terrain de ses recherches ; ensuite il passera en revue la série des agents qui ont prise sur l'organisme, et il terminera par l'examen hygiénique des deux fonctions qui résument, par leur mode et leur degré d'activité, tous les éléments intrinsèques et extrinsèques précédemment étudiés. C'est cette marche que Hallé a suivie en adoptant les trois grandes divisions exprimées par le sujet, la, matière et les règles de l'hygiènes, nous croyons utile seulement de fondre ensemble la matière et les règles de l'hygiène, c'est à-dire l'analyse des effet produits par les modificateurs et les applications qui s'en déduisent : nous éviterons ainsi des répétitions, et le précepte servira de conclusion pratique à l'observation des faits qui y conduisent. La classification latine permet de parcourir avec ordre et précision la totalité des influences qui maintiennent ou compromettent la santé ; et après avoir exposé succinctement les différences individuelles qui font varier le résultat des modificateurs hygiéniques, nous examinerons ceux-ci dans leurs conditions propres, dans leurs effets sur l'organisme, dans leur administration hygiénique. Même ordre dans l'exposition de l'hygiène publique, qui, n'étant que l'extension d'une même science, d'un même art, s'accommode des mêmes divisions.