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DES SEXES. [HYGIÈNE

encore au flux cataménial, mais qui ont à peine quelque analogie extérieure et superficielle avec cette fonction, considérée seulement comme une spoliation périodique, et dans ses relations avec la vie individuelle. Ainsi, les recherches statiques de Sanctorius ont fait voir que l'homme en santé, soumis à un régime simple et régulier, augmente chaque mois d'une à deux livres ; alors son humeur s'altère, il devient morose ; il éprouve une tendance à la paresse et de la lenteur dans les mouvements. Cet état, dure jusqu'à ce qu'une crise, qui s'opère par la transpiration cutanée ou par les urines, et qui porte sur la nature ou sur la quantité de ces excrétions, le réduise à son premier poids et lui restitue les forces dont il jouissait auparavant. Pendant la puberté et dans l'âge viril, la continence produit chez l'homme des pollutions qui sont une sorte de menstruation masculine ; elles cessent par l'exercice de la faculté génératrice, comme les règles parla grossesse. Enfin les hémorrhoïdes, quoique provoquées surtout par le genre de vie sédentaire, se montrent plus fréquemment chez l'homme que chez la femme ; elles sont la crise pléthorique de l'âge mûr ; chez quelques femmes, elles succèdent aux règles. On les a observées particulièrement chez les sujets efféminés, et, suivant Mojon, chez les eunuques. Toutefois, comme nous le verrons plus tard (Habitudes morbides) , les hémorrhoïdes, tant par leur siège que par la nature de la lésion dont elles sont l'expression symptomatique, constituent toujours une incommodité, souvent une maladie fâcheuse, quoique d'autres organes bénéficient de la perte sanguine qu'elles déterminent avec une périodicité rarement aussi régulière que la menstruation.

Gall insiste aussi sur un dérangement mensuel et critique de la santé de l'homme ; les sujets jeunes et robustes ont besoin de s'observer avec une attention particulière pour le constater en eux ; mais les hommes faiblement constitués ou fatigués par les souffrances, ou doués d'une irritabilité plus grande, ou qui sont arrivés à l'époque de leur déclin, s'aperçoivent de l'altération que subit tous les mois leur santé : leur teint devient terne, leur haleine plus forte, leur digestion plus laborieuse ; quelquefois les urines se troublent ; le malaise est général, inexprimable, et le moral y participe, car les idées se forment et s'enchaînent plus difficilement ; une tendance à la mélancolie, parfois une irascibilité insolite se joint à l'inertie des facultés intellectuelles. Ces modifications persistent quelques jours et disparaissent sans qu'on ait rien tenté pour les combattre.

L'incubation qui succède à la conception est une autre fonction qui appartient à la femme, et lui fait, pendant une période de neuf mois, des conditions spéciales de santé. L'économie entière se ressent de cet état, soit par les sympathies prépondérantes de l'utérus ainsi surexcité, soit par les effets mécaniques de la pression de ce viscère, devenu très-volumineux, sur les organes circonvoisins. L'appareil digestif manifeste des troubles variés, tantôt le défaut absolu de faim, tantôt des appétits bizarres, des nausées, des vomissements, de la salivation. CesJ phénomènes insolites et d'autres se réalisent par l'intermé-

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diaire du cerveau ; on les observe surtout chez les femmes disposées aux maladies nerveuses, délicates, irritables, vivant dans l'oisiveté passionnée des salons; ils sont beaucoup plus rares chez les femmes de forte complexion, accoutumées au travail, établies à la campagne. D'autres accidents d'origine cérébrale, ou dus à une diminution des globules rouges dans le sang (Cazeaux) et peut-être à l'augmentation progressive des globules blancs (Virchow), traversent la période de gestation, tels que des céphalalgies, des vertiges, des tintements d'oreilîe, des malaises, des syncopes, parfois de légers accès de convulsion. On connaît les désirs singuliers, les aberrations du goût qu'éprouvent certaines femmes ; il en est dont la grossesse est marquée par une série non interrompue d'accidents, sans compter les crampes, l'œdème des pieds, les fréquentes sollicitations expultrices de la vessie ou du rectum, et d'autres incommodités produites par la pression de l'utérus sur les nerfs qui se rendent aux organes pelviens; enfin l'obstacle qu'oppose le développement de la matrice au libre abaissement du diaphragme, à l'ampliation de l'estomac, etc., entraîne quelques troubles mécaniques dans les actes de la respiration et de la digestion. La grossesse donne lieu chez beaucoup de femmes à une exubérance de fluides plastiques qui leur vaut une rapide augmentation d'embonpoint ; d'autres, au contraire, semblent s'appauvrir de la direction que prend le sang vers le fœtus et maigrissent, surtout vers le terme de la gestation (1).

Nous ne faisons que mentionner la parturition, fonction du genre des excrétions, et qui n'est pas plus une maladie que la dentition : elle appartient à la santé de la femme, quoiqu'elle la compromette passagèrement. A part les accidents consécutifs aux circonstances de l'accouchement (hémorrhagies, phlegmasies, etc.), notons le rôle immense du cerveau dans cette opération naturelle ; il commande les efforts, les contractions musculaires si énergiques, si répétées, pour l'expulsion du fœtus ; les douleurs déterminées par le travail dont la durée est souvent si longue, sont une autre cause d'épuisement ou d'irritation cérébrale : de là les syncopes, les convulsions qui surviennent quelquefois pendant l'accouchement, sans compter celles qui se lient à une altération du sang (éclampsie albuminurique) ; de là aussi la prostration musculaire et l'accablement moral qui succède à la délivrance ; alors l'encéphale, qui asubi en peu de temps l'alternative d'une excitation violente et du collapsus, est sous le coup d'une grave imminence morbide, et pour ainsi dire prêt à faire explosion. Ici, comme pour la gestation, signaler l'origine des déviations physiologiques et la filiation des accidents, c'est indiquer au lecteur l'hygiène qu'exigent ces deux états.

(1) Andral et Gavarret ont recherché l'influence qu'exerce la grossesse sur l'exhalation de l'acide carbonique à travers les voies respiratoires. Hors de cet état et bien menstruées, lesfemmes consomment en une heure 6ëT,4 de carbone; quatre femmes parvenues à différentes époques de la gestation ont fourni, par respiration d'une heure, une moyenne de 8 grammes de carbone, c'est-à-dire qu'elles ont respiré comme les femmes arrivées à l'époque de leur retour.

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L'allaitement complète l'office complexe de la reproduction. Dès les premiers temps de la conception, le gonflement des mamelles prépare cette fonction ; le sein de la mère devient au nouveau-né ce que sa matrice était au fœtus; elle l'alimentait directement par son sang, maintenant elle lui verse son sang élaboré sous forme de lait. La lactation place l'organisme dans des conditions spéciales de santé, comme elle est susceptible de se modifier elle-même sous l'influence des causes externes ou organiques. Dérivation de la substance plastique vers les seins, elle a pour effet de diminuer les autres sécrétions ; et si le besoin d'alimentation n'est pas augmenté et satisfait, l'amaigrissement, suite de la déperdition laiteuse, peut aller jusqu'à ce tabès connu sous le nom de phthisie des nourrices.

Tels sont les actes dévolus à la femme et qui constituent les conditions différentielles de sa sexualité quant aux organes mêmes de la reproduction.

§ 8. — Fonctions plastiques.

1° Digestion. — Les mâchoires, plus arquées chez l'homme, sont un peu comprimées et paraboliques dans la femme; la branche montante du maxillaire inférieur est chez elle plus étroite, plus oblique, moins élevée, et présente moins de surface d'insertion aux muscles masticateurs. La femme conserve ses dents de lait plus fréquemment que l'homme ; sa seconde dentition est plus tardive ; ses dents sont plus petites, et souvent les dernières molaires lui font défaut ; sa bouche est plus petite, la cavité en est moins étendue en hauteur et en largeur; l'estomac a chez elle moins de capacité, moins d'épaisseur, l'intestin moins de force musculaire, le foie moins de volume, la sécrétion biliaire moins d'activité; mais son canal intestinal est pourvu d'un plus grand nombre de vaisseaux lymphatiques, le mésentère qui les soutient est plus large. Enfin, une différence digne d'attention, c'est que, chez la femme, l'estomac est plus allongé et l'intestin plus long que chez l'homme qui se rapproche davantage des animaux carnivores par cette différence, ainsi que par la force relative de ses dents canines ; aussi se porte-t-il de préférence vers la nourriture animale, tandis que la femme, docile à ses instincts, puise volontiers ses aliments dans le règne végétal, et ce qui la sollicite le plus parmi les substances d'origine animale, c'est le lait, sorte de nourriture intermédiaire entre celles que fournissent les deux règnes. Les femmes endurent mieux la faim, parce que leur capacité digestive est moindre et leur absorption plus active ; on est étonné de la modique ration qui suffit à leurs besoins : il est d'observation que dans les hôpitaux et les prisons, leur consommation alimentaire est inférieure d'un cinquième à celle des hommes. On les voit, soit par la force de la volonté, soit par l'effet d'une perturbation du système nerveux, supporter une abstinence de plusieurs semaines, ou si elles la simulent, la quantité de nourriture qu'elles ingèrent est si minime, qu'elle ne suffirait point à sustenter la vie d'un homme pendant le même laps de temps. J'ai vu une jeune fille

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traitée longtemps par Larrey père, et qui, affectée depuis plusieurs années de lypémanie liée à un dérangement menstruel, s'imposait fréquemment une abstinence absolue de huit à dix jours ; nulle prière, nul effort ne pouvait la décider à rompre son jeûne : immobile sur son lit, elle repoussait les aliments présentés par sa mère, et opposait aux tentatives d'ingestion forcée le rempart de ses dents convulsivement serrées. Appelé près d'elle au huitième jour d'une de ces abstinences opiniâtres, j'ai été surpris de la force, du calme et de la régularité que son pouls conservait, et que n'aurait certainement pas offert le pouls d'un homme placé dans les mêmes conditions. Les nombreux exemples de polyphagie qui sont connus appartiennent tous au sexe masculin. La faiblesse musculaire du canal alimentaire rend la femme plus sujette aux constipations et aux maladies qui se rattachent à cette cause : l'énergie plus grande de son absorption donne plus de sécheresse aux produits excrémentitiels de sa digestion. L'homme, dont l'appareil digestif a plus de force musculaire, appète les excitants, les épices, les liqueurs spiritueuses, afin de restituer à sa fibre la vigueur épuisée par les fatigues et les travaux. La femme ressent moins le besoin de ces stimulations ; elle ne saurait les prodiguer à ses organes sans dégénérer de son sexe, sans encourir la dégradation physique et morale ; une nourriture plus légère lui convient, et, comme elle la digère vile, son cerveau ne subit point le despotisme brutal du système digestif ; il n'est point opprimé par l'énorme labeur des digestions du gourmand : le régime, tel qu'il est sollicité par ses instincts, tel qu'il est indiqué par les conditions de sa structure, contribue puissamment à lui conserver la délicatesse de ses sens et l'aisance naturelle de son esprit.

2° Respiration et circulation. — La cavité thoracique de la femme ne présente pas les mêmes dimensions que chez l'homme ; comme le sternum est plus court et que le diaphragme chez elle s'attache antérieurement au cartilage de la sixième côte (de la septième chez l'homme), il s'ensuit qu'elle a moins de hauteur verticale ; le diamètre transversal est aussi diminué, parce que les côtes sont plus courtes et plus tordues sur elles-mêmes. La saillie plus grande de la colonne vertébrale dans la cavité thoracique diminue le diamètre antéropostérieur ; plus voussure en arrière sur les côtés du rachis, plus aplati en avant, le plan de la poitrine égale celui du bassin, tandis que chez l'homme il déborde le plan pelvien. On conclut déjà de cette conformation thoracique que les poumons de la femme sont plus petits; il en est de même de la trachéeartère, du larynx, des fosses nasales. Les côtes inférieures étant plus courtes chez la femme, ses hypochondres, formés presque exclusivement par les parties tendineuses des muscles, sont plus mous, plus élastiques ; l'épigastre est plus élevé à cause de la brièveté du sternum. Suivant Autenrieth, cité par Burdach, les côtes supérieures qui se portent horizontalement au sternum concourent spécialement à l'inspiration, et les côtes dont l'extrémité antérieure remonte vers le sternum, aux mouvements d'expiration. Chez l'homme c'est la septième côte, chez la femme la sixième, qui commence à rejoindre le ster-

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du ni en décrivant une courbe ; il s'ensuit que chez elle le champ de l'inspiration est plus limité que chez l'homme. Cette circonstance et celles qui précèdent font comprendre pourquoi la femme possède une respiration plus faible, consomme une moindre quantité d'oxygène atmosphérique (1). La femme inspire principalement par l'action des muscles intercostaux, pectoraux, etc.; aussi sa poitrine se dilate-t-elle plus dans le sens horizontal : de là l'alternative plus marquée d'élévation et d'abaissement des seins. On trouve dans ces faits une des raisons de la tolérance plus grande de la femme pour la vie sédentaire, pour l'air enfermé des salons, des salles de spectacle. Mais ils n'empêchent point que l'hématose ne soit chez elle très-productive : circonstance qui, jointe à la vitesse augmentée de sa respiration, nous explique sa disposition aux hémorrhagies et la facilité avec laquelle elle répare ces pertes.

Lecanu a constaté que le sang de la femme est plus riche d'albumine et d'eau, moins riche en principes solides. Calculée en millièmes, la proportion est à peu près la suivante :

Sang de l'homme. Sang de la femme.

Fibrine 28 25

Cruor 140 129

Albumine 91 96

Fer 9 8

Eau 732 742

« Il est donc vrai de dire, fait observer Forget (2), comme on le répétait empiriquement, que la constitution de la femme est, en général, plus molle, plus humide que celle de l'homme (3). »

Le système vasculaire de la femme est plus faible et plus mobile, le pouls plus fréquent, moins résistant, variable et prompt à s'accélérer; on a remarqué que le pouls des eunuques est aussi moins fort et plus petit que le pouls viril.

(1) Beau et Maissiat (Arch. génér. de méd., 3e série, t. XV, p. 399), qui ont adopté trois modes respiratoires, les types abdominal, costo-inférieur et costo-supérieur, attribuent ce dernier à la femme : dans ce type, la plus grande étendue des mouvements s'opère sur les côtes supérieures, et surtout sur la première, qui sont portées en haut et en avant. Bérard {Cours de physiol., t. III, p. 258) le fait consister en un mouvement ascensionnel de la totalité du thorax, la clavicule, le sternum et la première côte se soulevant ; cette action se propage, mais en s'affaiblissant de haut en bas, et s'accompagne d'un mouvement de rotation très-marqué dans les côtes qui suivent la première.

(2) Forget, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XIV, p. 477, article Sang.

(3) Becquerel et Rodier ont trouvé pour 1000 grammes de sang chez la femme saine :

Moyenne. Maximum. Minimum.

Eau 791 813 773

Globules 127,2 137,5 113

Albumine 70,5 75,5 65

Fibrine 2,2 2,5 1,8

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Ces particularités fonctionnelles dérivent des conditions anatomiques : le cœur de la femme est moins volumineux que celui de l'homme, ses artères ont des parois moins denses, moins fermes, les lymphatiques et les veines prédominent sur l'élément artériel.

3° Sécrétions et excrétions. — Les décompositions et les sécrétions excrémentitielles sont plus actives chez l'homme, il a des selles plus fréquentes et plus copieuses, il rejette plus de mucosités par la bouche et par le nez ; il verse plus d'urine que la femme; celle-ci est moins sujette aux affections des voies urinaires, mais elle produit plus de graisse, provision d'aliment respiratoire qu'elle emmagasine dans son tissu cellulaire comme pour suppléer à l'insuffisance de sa nourriture. L'activité de la sécrétion graisseuse selie-t-elle à la prédominance du carbone dans le sang ? La respiration plus faible des femmes autorise cette induction.

La peau, cette enveloppe qui délimite la sphère de l'individualité, protège moins la femme et semble l'ouvrir au monde extérieur; elle est blanche, lisse, fine et transparente, moins pénétrée de sang artériel, mais ondulée déveines; la transpiration cutanée n'a point l'odeur fragrante de celle de l'homme adulte ; la production pileuse n'apparaît chez elle que sur la tête, au pubis et sous les aisselles. Chez l'homme, au contraire, elle s'étend des tempes au menton, des aisselles à la poitrine, du pubis à l'ombilic et au périnée. La barbe est le précurseur et comme une garantie de la puissance génératrice ; elle manque chez les hommes efféminés, les gynandres, les eunuques; aussi l'homme a-t-il toujours tiré vanité de cet insigne caractéristique de son sexe :

Du côté de la barbe est la toute-puissance. (Molière.)

Moïse a prescrit aux Hébreux la conservation de la barbe; les Turcs se rasent la tête et ne touchent point à leur barbe; avoirla barbe coupée était, chez les anciens Germains, un mortel affront ; les jeunes Romains faisaient de leur première barbe une offrande à Jupiter Capitolin. Quand le Corse a juré la mort d'un ennemi, il laisse croître sa barbe, sombre enseigne de la vendetta dont il porte au cœur l'inexorable souci. — La femme s'éloigne-t-elle du type de sa sexualité par le progrès de l'âge ou par le fait d'une aberration plastique, elle voit se développer son système pileux; mais les poils qui viennent à garnir sa lèvre supérieure et d'autres régions sont plus rares, plus lisses et plus souples que ceux de l'homme.

En somme, la prépondérance de la plasticité est manifeste dans la femme; la nutrition et la conservation de son individu n'exigent ni autant de substance ni autant de stimulation que celles de l'homme ; les phases de l'organisme sont plus rapides ; l'accroissement et la décroissance ont une vitesse plus grande ; sa puberté devance celle du garçon, sa fécondité s'éteint avant celle de l'homme; la génération qui «est à l'espèce ce que la nutrition est à l'individu (1) », et

(1) Lallemand, Des pertes séminales, etc. Paris, 1841, t. II, p. 550.

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dont l'exercice est à lui seul la preuve d'une plasticité exubérante; la génération qui, suivant la belle expression de Lallemand, est une extension de la nutrition, prédomine chez la femme.

§ 3. — Fonctions de relation.

1° Mouvements. — Le système osso-musculaire est moins développé que chez l'homme. Le tissu musculaire est plus pâle et plus mou ; les fibres en sont grêles et faibles. Les muscles, moins denses et recouverts du tissu cellulaire et graisseux, ne prononcent point leurs saillies comme chez l'homme. Les tissus tendineux, moins serrés, contiennent plus de tissu cellulaire ; les cartilages sont plus minces et plus flexibles; les os, moins compactes, plus lisses, ont leurs éminences ou leurs enfoncements moins marqués ; la femme a moins de masse osseuse et, à poids égal de la totalité du corps, son squelette pèse moins que celui de l'homme; la tige du rachis est plus longue, à cause de l'épaisseur plus grande des vertèbres et des cartilages interposés. Nous avons déjà fait remarquer l'ampleur de son bassin et le volume des muscles qui s'y insèrent ; vu l'écartement des cavités cotyloïdes et la direction moins oblique des cols des fémurs, les têtes de ces os laissent entre elles un plus grand espace, les deux grands trochanters sont plus distants l'un de l'autre, les genoux plus tournés en dedans. La femme a les membres inférieurs plus courts que l'homme et le point qui partage la hauteur de son corps en deux moitiés égales correspond entre le bassin et l'ombilic, tandis qu'il se trouve chez l'homme au-dessous de la symphyse pubienne. Burdachfait observer naïvement que, par la situation respective de leurs cavités cotyloïdes, la femme et l'homme sont entraînés dans leurs chutes, l'une en arrière et sur le dos, l'autre en avant et sur la face. Quant aux membres thoraciques, des clavicules plus courtes et plus arquées, des omoplates plus petites et serrées contre le tronc, des bras plus courts et plus arrondis, des mains petites et potelées, des doigts effilés, annoncent que la femme est appelée à exécuter des mouvements plus aisés, plus gracieux, plus délicats ; la facilité des mouvements compense, pour les membres inférieurs, le manque d'assurance dans la démarche, cette sorte de ballotement qui provient de l'obliquité des cuisses et de l'amplitude du bassin. Comment ne reconnaîtrait-on pas, à cet ensemble de traits, que les travaux mécaniques et pénibles, exigeant beaucoup de force musculaire, répugnent à l'organisation de la femme et sont une atteinte à sa santé !

2° Innervation. — Les appareils des sens ont des proportions restreintes chez la femme ; son œil, plus petit, est moins enfoncé dans l'orbite et n'est point surmonté de sourcils aussi épais ; l'oreille externe est plus oblongue, plus mince; son conduit auditif étant plus cylindrique qu'en forme d'entonnoir, le son frappe plus directement la membrane du tympan et ne se disperse point sur les parois osseuses, ce qui permet à la femme de discerner plus habilement que l'homme le ton ou le timbre d'un son même léger, produit à

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peu de distance. Le nez de la femme est en général plus court, plus resserré ; sa langue, moins volumineuse, est plus mobile ; ses doigts sont déliés, et leur agilité, jointe à la mollesse de sa main potelée, lui procure une dextérité singulière pour le tact. Les sens de la femme semblent donc façonnés pour un régime d'impressions douces et délicates ; leur structure, leur rapport avec les objets extérieurs, contre-indiquent toute violence, tout excès dans le plaisir comme dans la douleur; ils se comportent comme des réactifs d'un ordre plus subtil ; ils analysent jusqu'aux nuances des impressions ; la délicatesse de son tact, la sagacité de son oreille, la justesse de son œil, ne lui assurent pas seulement l'excellence dans les arts d'imitation, mais encore elles préparent, dirigent et rectifient son jugement ; la finesse et le piquant des observations qu'elle émet sur le détail des hommes et des choses tiennent en grande partie au jeu exquis et tempéré de ses organes de perception.

On ne peut refuser à la femme une masse nerveuse spinale plus considérable, car son canal vertébral a plus d'ampleur et les trous intervertébraux pour le passage des nerfs sont plus grands ; en est-il de même du cerveau ? Les recherches récentes de Parchappe établissent que le volume de la tête est notablement plus petit chez la femme que chez l'homme, non-seulement en somme, mais aussi suivant toutes les dimensions; il a comparé le poids de l'encéphale chez 9U individus des deux sexes, et il l'a trouvé en moyenne sensiblement plus considérable chez l'homme. La différence de stature ne peut être opposée à ce résultat, car dans les deux sexes l'encéphale est plus pesant en raison de la taille; si donc il existe un rapport entre la puissance intellectuelle et la masse du cerveau, ce rapport ne s'étend pas à la sensibilité, puisque celle-ci domine chez la femme avec un moindre développement de l'encéphale, suivant Parchappe. Sœmmering est arrivé à d'autres conclusions : il a fait voir que le rapport de la cavité crânienne à la face augmentant d'échelon en échelon dans la série animale (Cuvier), la femme se trouve dans un rapport supérieur à l'homme, comme celui-ci l'emporte sur les animaux : la face de la femme est, en effet, plus courte et plus petite, elle offre moins de saillies osseuses ; ses sinus frontaux et maxillaires sont moins étendus. En s'appuyant sur les recherches de Sœmmering, on reconnaît que la tête et le cerveau, plus petits chez la femme que chez l'homme, ont cependant plus de volume et de poids en proportion du reste du corps. La Vénus de Médicis fournit, pour la hauteur relative du corps et de la tête, le rapport suivant ; : 1 : 750; l'Apollon du Belvédère : : 1 : 8. Sœmmerring et Autenrieth se sont assurés que les os du crâne sont plus pesants chez l'homme que chez la femme, et Ackermann, cité par Burdach, a constaté que le cerveau de la femme est plus pesant proportionnellement au reste du corps. Nous croyons que de nouvelles investigations sont nécessaires pour fixer ce point intéressant de saine phrénologie. Un fait mieux établi, c'est la vascularité plus grande du cerveau de l'homme; celui de la femme reçoit des vaisseaux de moindre calibre, ainsi que le prouve l'étroitesse relative des trous crâniens qui leur livrent passage : faut-il en conclure

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que les femmes ont moins à redouter pour leur encéphale l'effet direct ou sympathique des irritations, et que ce viscère est plus indépendant chez elles des modifications pathologiques du système sanguin ? Les faits répondent diversement : d'une part, Pareil t-Duchâtelet et Martinet ont trouvé l'encéphalite plus rare chez les femmes que chez les hommes (1 : h) ; d'autre part, tous les relevés statistiques démontrent chez elles la fréquence relative des aliénations mentales.

3° Expressions. — La femme a la voix plus faible que l'homme, parce que ses voies aériennes présentant moins d'étendue, elle n'en peut expulser une aussi grande quantité d'air à la fois ; elle a en même temps la voix plus aiguë, parce que la trachée-artère étant plus courte, le larynx et la glotte plus étroits, elle en fait vibrer les parois avec plus de rapidité. La flexibilité que possède la voix des femmes et qui leur permet de se jouer de toutes les difficultés du chant, tient à ce que les muscles sont plus longs et les ligaments moins roides. Au reste, l'âme doit sonner dans la voix; pour être belle, il faut qu'elle s'échappe suave et caressante de la poitrine des femmes, forte et mâle de celle des hommes. La voix est une des expressions qui se nuancent le plus de l'état moral des individus; elle est, suivant la bouche qui l'émet, une vibration mécanique ou celle du cœur.

La prédominance du système, nerveux sur le système musculaire permet à la femme de régler avec plus d'art toutes ses attitudes et de les rendre constamment expressives ; des muscles très- développés, très-énergiques, tendent sans cessent à se contracter, même automatiquement, ou dépassent dans leurs mouvements la mesure de l'incitation cérébrale : c'est ce qui arrive à l'homme, toujours porté aux mouvements violents et désordonnés, brusque dans ses gestes, puissant par les muscles, mais inégal dans l'exercice de cette puissance. Avec moins de volume musculaire et plus de sensibilité, la femme se meut pour ainsi dire dans une sphère mieux calculée, proportionne plus habilement ses efforts, varie plus gracieusement ses poses; la danse lui est naturelle. Plus flexible, plus vibratile, sa langue participe à la mobilité de ses muscles en général. Cette condition expliquerait-elle sa tendance à la loquacité? Elle explique au moins le jeu de sa versatile physionomie, qui lui fait sa supériorité dans l'art de la mimique. Maîtresse de ses contractions musculaires parla puissance de son système nerveux, elle sait revêtir tous les masques de la passion, dissimuler profondément les émotions qui l'agitent; avec peu d'instruction et d'étude, elle s'empare des rôles du théâtre et les traduit avec autant d'animation que de vérité : succès si laborieux pour l'homme et qu'elle doit à l'ardeur de son imagination et de ses sympathies.

§ 4. — Forme générale, différences «l'ensemble.

Dans leur forme générale, les deux sexes tendent à la conformité, à l'unité; quand, chez l'un d'eux, tel organe sexuel est situé à l'extérieur, on rencontre

privée] forme générale, différence d'ensemble. in

au même endroit, chez l'autre, « une partie analogue, mais qui n'a pas la même fonction, qui n'a pas même, à ce qu'il parait, de fonction essentielle, qui végète comme image inutile de l'organe appartenant au sexe contraire (1). » On peut envisager sous ce point de vue les mamelles et. le raphé chez l'homme, le clitoris et les grandes lèvres chez la femme ; c'est par ces organes, quand ils viennent à se développer outre mesure, que les sexes s'obscurcissent en quelque sorte en se confondant, et donnent naissance à l'hermaphrodisme. Il est évident que toutes les différences qui séparent l'homme delà femme se résolvent dans le fait de la propagation de l'espèce ; mais, si tranchées qu'elles paraissent, elles se correspondent harmonieusement : d'une part, la précision dans les formes, la force dans ses mouvements, l'intelligence pour manifestation dominante de l'activité psychique; d'autre part, la mollesse dans les contours, la grâce et l'agrément dans les attitudes, Je sentiment pour expression de la vie morale.

A la naissance, l'inspection directe des parties génitales fait seule reconnaître le sexe de l'enfant : nul autre caractère ne distingue encore le jeune garçon de la jeune fille ; même indécision des traits du visage, même conformation •des membres et du tronc, même mollesse des tissus, même son de voix, mêmes attitudes. Cette ambiguïté se maintient quelque temps ; mais, à mesure que les sens s'érigent et transmettent au cerveau des impressions plus variées, à mesure que les perceptions qui en résultent acquièrent plus de précision et de netteté, des nuances se décèlent aux yeux de l'observateur. Stimulé par les mêmes objets, le système nerveux de la jeune fille ne tarde point à réagir autrement que celui du garçon. C'est vers trois, quatre ou cinq ans, quand l'organisation n'est point retardataire, que le mode de sensibilité propre à chaque sexe se révèle: dans le garçon impulsif et brusque; dans la jeune fille, plus délicat et moins agissant. Observez-les dans leurs rapports mutuels ; dès lors ils manifestent la diversité de leur organisation cérébrale par la diversité de leurs sensations, de leurs goûts, de leurs jeux, de leurs naïves inclinations, de leurs allures : d'un côté, plus de pétulance et d'agitation, une audace agressive, la tendance à la domination, un penchant marqué à la violence et au combat ; d'un autre côté, la douceur et la timidité, une volonté plus suppliante qu'impérieuse, la soumission et la finesse; ce que l'un exige, l'autre le sollicite; où l'un s'irrite et s'emporte, l'autre pleure et caresse. Déjà on reconnaît qu'au garçon sont échues l'initiative et la force, à la jeune fille la mansuétude et la passivité; la pensée n'est certainement pas le monopole de l'homme, mais le sentiment est surtout l'apanage de la femme ; sa vie est de sentir et de réfléchir ses sensations dans le silence de la rêverie; celle de l'homme est d'agir, et telle est l'énergie de sa destination que l'exécution devance souvent la pensée. L'époque de la nubilité prononce davantage les différences de l'action nerveuse, et par conséquent du caractère moral dans les deux sexes. Elles vont se renforçant et se consolidant dans le cours de l'adolescence; elles s'ex-

(1) Burdach, Physiologie, loc. cit.

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pliquent en grande partie par la loi d'antagonisme entre le système nerveux et le système musculaire, entre deux modes d'activité de la fibre vivante, la sensibilité et la contractilité ; la première prédominante chez la femme, la seconde chez l'homme : loi de pondération organique et vitale, qui explique non-seulement les aberrations du tempérament sous l'influence de l'esprit et des passions de l'âme, mais encore la mesure dans laquelle se développent les organes dans les deux sexes. L'accroissement du système musculaire n'est point enrayé chez l'homme par un excès de susceptibilité nerveuse. Les matériaux que les viscères fournissent à son assimilation semblent plus élaborés; leur sanguification est plus complète ; le système artériel tend à prédominer en lui, et dessine mieux ses extrémités capillaires dans les tissus, le système osseux se consolide plus tôt. L'homme doit à ces conditions élémentaires de sa constitution la résistance et la densité de ses tissus, la coloration plus foncée de la peau, la vigueur et le volume de ses connexions articulaires, ia décision de ses mouvements, etc. Le muscle l'emporte en lui sur le nerf, l'action sur le sentiment, la puissance sur la délicatesse. — La femme conserve et stabilise en elle deux caractères organiques de l'enfance, la surabondance des fluides plastiques et* l'excessive impressionnabilité du système nerveux. A la première de ces conditions elle doit la rondeur de ses formes et l'agrément de ses traits; à la seconde, sa précocité morale et sexuelle : sa puberté exige moins de frais, si l'on peut ainsi dire, puisque l'organisme n'a pas besoin, pour l'exercice des fonctions génératrices , du même degré de perfection universelle que chez l'homme.

Au demeurant, les différences que présentent les deux sexes peuvent être ramenées aux suivantes : 1° celles qui émanent de l'organisation de l'encé^ phale et de ses dépendances; 2° celles qui proviennent de la structure des organes génitaux et des actes importants dont ils sont chargés ou qui se rattachent à leur fonction ; 3° celles qui sont dues à l'empire des habitudes, à l'éducation physique et morale : elles ne nous occuperont point ici. Les deux sexes se rapprochent d'autant plus que les causes précitées ont moins d'activité; c'est ce qui arrive aux deux périodes extrêmes de la vie, alors que le système nerveux offre dans l'un et l'autre sexe une égale mollesse ou une égale dureté, l'appareil génital un même degré d'imperfection ou d'atrophie, et que les facultés psychiques dorment encore du même sommeil ou s'affaissent sous le poids d'une décrépitude inévitable pour tous deux.

privée]

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