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DE LA CONSTITUTION

On a confondu souvent le tempérament et la constitution : la distinction de ces deux choses nous paraît capitale; et sans regarder avec Royer-Collard (I) le tempérament comme essentiellement variable, nous admettons ce qu'il dit à l'appui de cette distinction : tout homme est doué, primitivement et originellement, d'une constitution propre, distincte du tempérament proprement dit, et à l'étude de laquelle se rattache essentiellement celle de l'hérédité dans la santé et dans les maladies. La constitution peut être modifiée par le régime, mais non détruite. En un mot, la constitution est le fond de la nature individuelle; le tempérament en est la forme plus ou moins durable. Mais distinguer, ce n'est pas définir. Qu'est-ce donc que la constitution? Elle résume tous les éléments organiques, toutes les différences individuelles que nous venons d'étudier : tempérament, idiosyncrasies, âge, sexe, hérédité, habitude; elle est le produit de ces conditions fondues ensemble dans la même individualité. L'idiosyncrasie exprime îa mesure d'activité et le développement d'un organe, d'un viscère, d'un appareil; le tempérament celle d'un des trois systèmes généraux. La constitution est la formule générale de l'organisation particulière de chaque individu, et dans cette formule entrent le degré de force physique, la régularité plus ou moins parfaite avec laquelle s'accomplissent les fonctions, la somme de résistance aux causes des maladies, la proportion de vitalité, et par conséquent les chances de durée. L'idiosyncrasie compare entre eux les organes; le tempérament, les systèmes généraux; la constitution, les individus. Mais la mesure d'ensemble que fournit la constitution est variable d'une personne à une autre : les constitutions ne peuvent donc être spécifiées, groupées d'après leur essence et leurs propriétés; elles se jugent comme beaucoup d'autres causes, par leur résultat sommaire, qui est force ou faiblesse.

La force n'est point une abstraction, une entité ontologique; elle est la résultante de toutes les actions qui s'exécutent dans l'économie. Comme la force du pouvoir social réside dans le concours de chacun de ses agents et dans l'observation des lois du pays, la force organique est dans la régularité des actes dont se compose chaque fonction, dans l'harmonie des fonctions entre elles; elle est dans la spontanéité, le concert et la stabilité de tous les mouvements par lesquels la vie se manifeste, quand l'organisation obéit aux

(1) Royer-Collard, Mémoires de V Académie nationale de médecine. Paris, 1843, t. X, p. 168.

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lois physiologiques. Quoique la force, produit des intensités fonctionnelles, nous apparaisse comme étant généralement répandue dans l'organisation, on ne doit pas la considérer abstractivement à la manière des vitalistes purs et en faire le principe d'une série de problèmes de dynamique. Ne perdons jamais de vue les conditions matérielles de tout ce qui relève de l'économie ; celle-ci varie dans ses formes et dans ses éléments, soit primordiaux, soit adventices. Quelle influence ces formes, ces éléments divers exercent-ils sur la force humaine? Les matériaux d'une solution complète de cette question n'existent point; mais tels qu'ils se présentent, ils ont leur importance : nous les exposerons brièvement.

§ -S. — l>es rapports de Sa force avec Ses tempéraments .

Tempérament sanguin. — Lecanu, Prévost, Dumas et Denis s'accordent à considérer la quantité des globules comme la mesure de l'énergie vitale. « Ce sont les globules, dit Andra!, qui, par l'élévation ou l'abaissement de leur chiffre, marquent dans le sang la faiblesse ou la force de la constitution (1). » La proportion des globules est très -considérable chez les oiseaux et chez les carnivores ; elle est plus forte chez l'homme que chez la femme, dans le sang d'individus sanguins que dans le sang d'individus lymphatiques du même sexe. L'eau diminue dans le sang en raison de l'augmentation des éléments solides, et réciproquement. Cette diminution de l'eau coïncide avec le développement des forces ; les constitutions débiles ou épuisées présentent au contraire l'eau en plus grande quantité dans leur sang. Remarquons toutefois que des causes passagères, telles que l'alimentation (Raspail), les pertes hémorrhagiques, etc., font varier les proportions des globules, des matériaux organiques solides et de l'eau du sang. Avec ces changements dans l'état du fluide nourricier coïncide sans doute une altération dans la constitution ; mais celle-ci n'est point détruite, et la simple analyse du sang forait porter sur elle, clans un moment donné, une appréciation fausse. Becquerel et Rodier n'ont obtenu aucune différence par l'analyse du sang provenant de deux séries d'individus, les uns très-fortement constitués, les autres également de bonne constitution, mais moins forts. Toutefois les résultats qu'ils ont recueillis dans l'état de maladie les portent à admettre, dans le cas de constitution faible, que les globules et l'albumine diminuent, mais celle-ci dans une proportion trèsinférieure. Les caractères du sang ne sont pas liés nécessairement avec le développement des organes respiratoires et l'activité de l'hématose, deux traits ordinaires du tempérament sanguin : il en sera parlé plus bas [Idiosyncrasie respiratoire).

Tempérament nerveux. — Dans le langage d'une physiologie naguère florissante, le système musculaire est représenté par la contractilité qui donne

(1) Andral, Essai d'hématologie pathologique, Paris, 1843, p. 183.

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la force matérielle, et le système nerveux par la sensibilité, principe de la force active. La force effective ou totale de chaque individu résulte de la combinaison des deux forces précitées (1), ou plutôt de ces deux éléments de la force. Pour nous, il y a lieu seulement d'examiner quel est le rapport de la force avec la prédominance de développement et d'activité du système nerveux, et ce rapport se déduit de ce que nous avons dit du tempérament nerveux. Une organisation très-excitable comporte peu d'énergie du système musculaire ; dans la limite d'un ordre de choses habituel, elle résiste, elle se maintient en santé ; elle développe même, sous l'aiguillon de circonstances insolites, une puissance de réaction que l'on n'espérait point, et dont la durée se proportionne à celle de l'intérêt qui la met en jeu. Une passion, un revers de fortune, une situation qui prolonge l'émotion de la pitié, suscitent aux femmes nerveuses, mais bien constituées, aux jeunes gens élevés dans les villes, un courage, une patience, une force physique qui manquent à des individus plus robustes. Dans les vicissitudes de la carrière militaire, ce sont les hommes de la campagne, robustes et musclés, qui succombent à la nostalgie, aux privations ; ce sont les citadins, et notamment les Parisiens, grêles et nerveux, qui se soutiennent le mieux. Les constitutions où le système nerveux domine valent donc moins par leur force habituelle que par la force qu'elles savent développer en cas d'urgence. Que si la disproportion entre la vigueur musculaire et l'énergie du système nerveux est exagérée aux dépens de ce dernier, la matière manque en quelque sorte à l'excitation ; les muscles, incités par une innervation excessive, se contractent avec violence ; mais flasques, minces et grêles, ils se refusent à une action soutenue, régulière et constante : il n'y a là que de la faiblesse convulsive, sans résistance efficace aux causes de perturbation. La volonté peut être forte, mais elle n'est point secondée par la puissance musculaire ; elle avorte en contrariétés et en soubresauts : la santé est pour ces individus au prix du ménagement et de l'atténuation des influences extérieures; elle exige un triple rempart de prophylaxie raffinée.

Tempérament lymphatique. — Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit sur la composition du sang chez les lymphatiques. Des organes mous et peu impressionnables, des actions lentes, peu de mouvement et peu de chaleur^ tels sont les signes de cette ingrate variété d'organisation : faiblesse et apathie ; de force, point.

§ £. — »es rapports de la force avec les idiosyncrasies.

Idiosyncrasie génitale. — « Le caractère de la constitution ne peut se déduire du développement d'un ou de plusieurs organes, ni de la manière dont s'accomplissent une ou plusieurs fonctions : témoin ce qui concerne l'appareil génital (2). » Cette proposition, quelque peu absolue dans sa généralité, s'ap-

(1) Hallé et Thillaye, Dictionnaire des sciences méd., t. LUI.

(2) Lallemand, op. cit., t. I, p. 160.

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plique rigoureusement à l'idiosyncrasie génitale. Les différences de développement et d'activité de l'appareil sexuel ne présentent pas un rapport constant avec la prédominance d'un des éléments qui entrent dans la composition de tous les organes, ni avec la hauteur de la taille, ni avec le volume du système musculaire. Dans une constitution délicate, quelle que soit sa forme ou son tempérament, peut se rencontrer une grande puissance des organes génitaux ; ils ne déploient parfois qu'une activité médiocre chez tel individu sanguin et robuste. La puissance virile se manifeste de la manière la plus inégale chez des individus du même âge, du même tempérament, de même stature, etc. Cependant les insignes de la virilité ne font pas défaut aux complexions vigoureuses ; l'homme bien constitué qui a franchi la vingtième année, a des organes génitaux bien formés; la condition inverse accuse un organisme arrêté ou retardé dans son développement.

Idiosyncrasie digestive. — C'est une vulgaire façon d'apprécier la force des individus sur l'énergie de leur appétit, sur la quantité de substance alimentaire qu'ils ingèrent, sur l'activité de leur digestion, etc. Il est inutile d'insister sur le défaut de relation entre la prédominance fonctionnelle du système digestif et la force constitutionnelle ; les gros mangeurs résistent peu aux influences extérieures ; s'ils tombent malades, ils s'affaiblissent rapidement, et pour peu qu'on les soumette au régime antiphlogistique, la prostration est imminente.

Idiosyncrasie thoracique. — Il faut considérer ici trois choses, quoiqu'elles ne soient point subordonnées l'une à l'autre d'une manière constante: l'amplitude de la poitrine, l'énergie de l'hématose mesurée par l'exhalation de l'acide carbonique, et la capacité pulmonaire.

1° Un certain développement de la poitrine, c'est-à-dire des diamètres de la cage osseuse et du revêtement musculaire, entre dans les conditions d'une bonne constitution ; mais des énonciations exactes ne pourraient être que hasardées. Balfour a mesuré la circonférence thoracique sur 1500 recrues; il a obtenu pour moyenne = 32 pouces et demi (anglais) ; l'échelle de variation se trouve comprise entre 28 et 37 pouces. Ces recrues représentent une élite de population : la moyenne, fournie par leur mensuration thoracique, pourrait donc être proposée pour l'un des éléments nécessaires à la force constitutionnelle. Un médecin anglais, Marshall, voudrait éloigner des cadres de l'armée, c'est-à-dire reléguer parmi les constitutions débiles, les individus dont la poitrine ne donne pas 30 à 31 pouces anglais de circonférence, c'est-à-dire au moins 78^ millimètres. Corbin a trouvé en moyenne, pour la circonférence thoracique de l'adulte, 30 pouces 6 lignes. Vincent (1) admet, pour une moyenne générale de taille exprimée par lm,66, que la circonférence thoracique se représente, en moyenne, par 0m,89, et dépasse, par conséquent, de 6 centimètres, la demi-hauteur de la stature. Il semblerait plus important,

(1) Vincent, Mémoires de mèd. et de chir. milit., t. VI? 1861, p. 287,

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d'après les recherches de 0 irtz, d'apprécier comparativement la circonférence inférieure du thorax (au niveau de l'appendice xiphoïde) et la supérieure (sous les aisselles); la première l'emporte en moyenne de 7 centimètres chez l'homme, de 5 chez la femme et de 2 seulement chez les enfants des deux sexes entre trois et douze ans; le rapport devient inverse sous l'influence de la phthisie, Au premier et deuxième degré de cette maladie, la circonférence inférieure dépassait en moyenne la supérieure de 2 centimètres chez 75 hommes; au troisième degré, la différence moyenne s'élevait à 0,041; chez 50 femmes à divers degrés de la phthisie, elle était de 0,02. On se demande si ces changements ne sont point dus à l'amaigrissement des parties molles, qui auraient pour effet de rapprocher le thorax de sa forme squelettique. L'axe vertical du thorax est un élément essentiel de sa conformation. La hauteur de la paroi postérieure, qui de la septième vertèbre cervicale s'étend à la limite inférieure du bruit respiratoire, suit la proportion exacte de l'accroissement de la taille. Les moyennes suivantes sont dues à Rilliet et Barthez :

De 3 ans 1/2 à 5 ans Taille 0,88 De 6 à 10 ans — 1,11

Paroi antérieure. . . 0,12 0,13 — postérieure. . 0,13 0,21 Circonférence 0,55 0,60

Sur 236 adultes, Laveran (1) a trouvé en moyenne :

Taille 1,68

Paroi antérieure... 0,16

— postérieure.. 0,29 Circonférence 0,80

Les hommes forts ont donné : Taille 1,673

Paroi antérieure... 17

— postérieure. . 30 Circonférence 83

Et les faibles Taille 1,626

Paroi antérieure... 16

— postérieure. . 29 Circonférence 77

Woillez (2) assigne à la conformation parfaite de la poitrine les caractères suivants. Le diamètre transverse paraît plus étendu à l'œil que l'antérieur; la région sternaire est creusée d'un sillon plus ou moins prononcé, plus marqué dans la région inférieure, souvent nul supérieurement, quelquefois même remplacé par une légère saillie. La colonne vertébrale n'offre aucune incurvation antérieure ou latérale, et le sillon vertébral, médiocrement convexe de haut en bas, est plus ou moins profond ; les régions latérales antérieures ou

(1) Laveran, Gazette médicale, 1845, p. 82.

(2) Woillez, Recherches pratiques sur l'inspection et la mensuration de la poitrine, etc.

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postérieures, exactement symétriques dans toutes leurs parties, sont semblables dans leur forme; enfin, les surfaces latérales exïernes de la poitrine paraissent à égale distance de la ligue médiane, ainsi que les mamelons, qui sont situés à une même hauteur, au niveau de la quatrième côte ou du quatrième espace intercostal. Mais il est très-rare, suivant Woillez, de rencontrer cet ensemble de conditions; sur 197 sujets qu'il a examinés et dont les moins âgés avaient quinze ans au moins, 61 seulement, ou environ le cinquième, le présentaient d'une manière évidente ; c'est de quinze à trente ans, c'est-à-dire parmi les plus jeunes des sujets soumis à son observation, que se trouvaient le plus grand nombre de poitrines bien conformées; ce qui témoigne de l'influence fâcheuse que l'âge exerce sur la conformation thoracique. Woillez, comme Corbin, insiste sur les rapports de l'étendue circulaire des deux portions latérales dans l'état physiologique, et leurs recherches sur ce point les ont conduits à un résultat intéressant. Sur 133 sujets mensurés par le premier, il y avait :

Étendue plus grande du côté droit chez 97, proportion 0,72 ^

Égale étendue des deux côtés 27 — 0,20fj

Côté gauche prédominant ... 9 — 0,06 \^

Total.. .. 133

Dans ce nombre sont compris cinq gauchers, dont trois ont offert une différence de capacité de 1 à 2 centimètres en faveur du côté gauche; ies deux autres avaient les deux côtés égaux; le tableau ci -dessus contient donc la preuve directe et indirecte de la prédominance du côté droit chez les droitiers. Ainsi donc le côté droit peut l'emporter de 2 à 3 centimètres sur le côté gauche sans qu'il y ait état pathologique; tout au contraire cette inégalité sera un indice de bonne conformation de la poitrine ; l'égalité des deux côtés devra fixer l'attention du médecin. L'ignorance de ces faits, dont la connaissance est due à Corbin et à Woillez, frappe jusqu'à un certain point de nullité les données fournies par des mensurations générales du thorax, sans indications des différences des deux moitiés latérales; sur des thorax déformés par le rachitisme, Rilliet et Barthez ont constaté par la mensuration une prédominance assez constante pour le côté droit, et plus prononcée au sommet qu'à la base. Toutefois, et bien que nous rendions justice à l'intérêt de semblables recherches, il nous paraît impossible de fixer une mesure absolue de la poitrine; Se résultat de la mensuration thoracique doit surtout être considéré d'après la hauteur de la taille, d'après la longueur et le volume des membres, etc. La conformation des Alsaciens du Bas-Rhin est en général remarquable par la largeur de la poitrine; mais ils ont ies membres longs et grêles; la phthisie tuberculeuse les moissonne. Au reste, les expériences spirométriquesde HutcMnson, de Wintrich (1), de Simon (2), ont démontré que la

(1) Wintrich in Virchow, Handbuch der Pathologie und Thérapie, t. V, p. 98.

(2) Simon, Canstatt's Jahresberichte, 1848, t. I, p. 130.

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circonférence de la poitrine n'est pas en rapport constant avec la capacité respiratoire vitale. Voici plusieurs séries de faits empruntés à Hutchinson (avec réduction en mesures françaises) :

Nombre des cas observés. Circonf. thorac. vitale en décilitres.

lre expérience. 11 hommes. 0m,875 38,5

2e expérience. 11 — lm,075 38,0

3e expérience. 14 — 0m,765 33,5

14 — lm,025 35,5

L'épaisseur variable des muscles pectoraux chez l'homme, et de la couche ' adipeuse sous-cutanée chez la femme, explique le défaut de rapport entre la circonférence thoracique et la capacité respiratoire vitale. Le degré de saillie des épaules et des .omoplates, le volume des mamelles, le rétrécissement de la base du thorax par l'effet du corset et des autres constrictions, sont autant de conditions qui fausseront souvent les données de la mensuration.

2° L'énergie de l'hématose se mesure par la quantité d'acide carbonique que le poumon exhale dans un temps donné; cette quantité varie en raison de l'âge, du sexe et de la constitution ; nous ne nous occuperons ici que du rapport de l'hématose avec la constitution. Les faits suivants, dus aux recherches d'Andral et Gavarret (1), mettent en évidence l'influence des constitutions individuelles sur l'exhalation de l'acide carbonique, et ils indiquent jusqu'à quel point elles peuvent contre-balancer, sans l'anéantir, l'influence des âges et des sexes; disons toutefois que, pour ces expérimentateurs, la force de constitution est surtout représentée par le développement du système musculaire. Ainsi comprise, elle exerce une influence notable sur la quantité d'acide carbonique qui s'échappe par les voies respiratoires ; mais les lois fondées sur l'âge et le sexe, et que nous mentionnerons plus bas, n'en sont pas violées, de telle sorte que l'enfant le plus robuste n'exhale jamais autant d'acide carbonique que l'adulte; la femme la plus fortement constituée, si surtout elle est réglée, ne parvient jamais à exhaler autant d'acide carbonique que l'homme le plus débile du même âge. Une exception se présente néanmoins, à savoir : un vieillard très-vigoureux peut arriver à brûler autant de carbone qu'on en brûle dans un âge moins avancé. Le maximum d'exhalation d'acide carbonique a été fourni à Andral et Gavarret par un jeune homme de vingt-six ans, d'une structure athlétique, qui, dans deux expériences successives, a brûlé chaque fois 13gr,l de carbone. Un homme de soixante ans qui, à son âge, conservait une constitution au moins aussi forte que le précédent, brûlait encore 13gr,6 de carbone; un autre, de soixante-trois ans, constitué comme les deux précédents, brûlait 12gr,Zi de carbone; enfin, chez un vieillard qui, dans sa jeunesse, avait été d'une force peu commune et qui conservait encore, à l'âge de

(1) Andral et Gavarret, Comptes rendus de V Académie des sciences } n° 3, 16 janvier 1843, t. XVI, p. 117.

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quatre-vingt-douze ans, une remarquable énergie, la combustion de carbone s'élevait encore à près de 9 grammes (8gr,8) par heure, quantité présentée d'autre part, dans quatre expériences successives, par un homme qui n'avait cependant que quarante-cinq ans, mais qui, à l'inverse des précédents, avait un système musculaire très-grêle, quoiqu'il fût en bonne santé.

Le degré et la stabilité de la température traduisent le degré de perfection de l'hématose; dans l'enfance et dans la vieillesse, c'est-à-dire à l'âge où la respiration s'établit et à l'âge où elle se rétrécit de plus en plus, l'homme résiste le moins aux causes extérieures de refroidissement.

3° La capacité respiratoire vitale est une donnée que nous avons fait valoir pour l'hygiène, dès la publication des travaux du docteur Hutchinson (1); dans la deuxième édition de ce traité, nous écrivions à ce sujet : Les résultats de l'expérimentateur anglais, confirmés et continués par de nouvelles séries de faits analogues, conduiraient à déterminer, d'une manière certaine, la quantité d'air expiré à chaque époque de la vie, pour une taille et un poids donnés; l'hygiène y puiserait, comme la médecine pratique, de précieuses indications pour la mesure de la force des individus et la prophylaxie de leur mode d'imminence morbide. Depuis lors, l'instrument inventé par Hutchinson a été adopté comme moyen de diagnostic par les médecins anglais "Walsh, Pereira, Green, Davies. En 1848, le spiromètre est employé dans les cliniques allemandes, par Simon et Vogel à Giessen, par Stellwag, Hœser et Albers à Vienne. En 1851, mon ami le professeur Schutzenberger l'expérimente à Strasbourg, et, en 1854, Wintrich, professeur à Erlangen, qui l'a modifié heureusement, fait connaître les importants résultats de ses expérimentations continuées pendant plusieurs années (2). La respiration, au point de vue seulement de ses phénomènes mécaniques, présente à considérer : 1° une quantité d'air qui reste confiné dans les poumons pendant la vie et après la mort, et que les expirations les plus énergiques n'en sauraient expulser : c'est un résidu d'air; 2° une quantité d'air qui reste dans les poumons pendant les expirations ordinaires, jusqu'à ce qu'il en soit éliminé par une expiration forcée : c'est l'air de réserve; 3° l'air respiratoire proprement dit, ou l'air qui circule dans la respiration normale, à l'état de repos ; 4° l'air qui pénètre, mais rarement, dans les poumons par une inspiration forcée, et n'y séjourne qu'un court espace de temps. La capacité respiratoire absolue comprend les quatre catégories d'air; la capacité respiratoire vitale, les trois dernières seulement, et se mesure donc par le volume d'air introduit dans la poitrine à partir de l'expiration la plus profonde jusqu'à l'inspiration la plus complète. Nous voudrions substituer, à cette expression un peu vague, celle de pouvoir respirateur,

(1) Hutchinson, Medico- chirurgical Transactions, 1846, t. XXIX, p. 138, etArch. génér. de mëd., février 1847, p. 240, et la 2e édition de ce Traité, t. I, p. 240 et euiv.

(2) L. E. Hecht, Essai sur le spiromètre, thèse de Strasbourg, 1855, n° 337. M, LËvy. Hy»iène, 5e édit. I. i 13

•194 DE LA CONSTITUTION. [hygiène

L'emploi du spiromètre n'exige, pour les sujets en expérimentation, qu'une seule condition, c'est qu'ils puissent exécuter une inspiration aussi parfaite que possible, suivie d'une expiration non moins complète. 1° On les placera debout. Hutchinson a constaté sur lui-même que sa capacité respiratoire vitale est :

Décilitres.

Dans la station verticale. . » t 42,6

Dans la station assise 41,8

Dans le décubitus dorsal 37,7

Dans le décubitus abdominal 36,0

2° lis auront soin de renverser légèrement la tête en arrière, de dilater bouche et narines, d'effacer les épaules, d'écarter un peu les bras du tronc et d'inspirer lentement, méthodiquement. 3° Ils seront à jeun et reposés; après trois ou quatre expirations à titre d'essai, il faut en faire exécuter trois autres à cinq minutes d'intervalle ; en divisant par 3 la somme des chiffres obtenus, on obtient ainsi la mesure réelle de la capacité pulmonaire.

Les résultats spirométriques varient suivant l'âge, le sexe et le poids du corps ; nous les indiquerons plus loin. Bornons-nous à rappeler ici qu'ils ne sont pas modifiés par la circonférence thoracique, mais qu'ils peuvent servir à l'évaluation de la force de constitution. Non-seulement ce rapport sera démontré par les elfels spirométriques de l'âge, du sexe, de la taille, mais il trouve une confirmation indirecte dans les données que le même instrument fournit au diagnostic des diverses affections, et particulièrement delà phthisie pulmonaire. Les recherches de Hutchinson établissent la marche décroissante du pouvoir respirateur chez les tuberculeux; dans la première période, il diminue d'un tiers ; dans la seconde, de deux tiers. Hecht a dressé, avec les nombreuses expériences de Wintrich (1), le tableau suivant, qui fait ressortir les diminutions de la capacité respiratoire vitale dans divers genres de maladies :

Diminution

Genres de maladies. de la capacité resp. vitale.

Tuberculisation pulmonaire à ses différents degrés .. 8 à 85 p. 100»

Emphysème pulmonaire (dans l'intervalle des accès dys-

pnéiques) 20 à 70

Catarrhe pulmonaire , . . . . 10 à 20

Dégénérescences diverses du poumon, œdème, épanchements

liquides ou gazeux dans les plèvres 10 à 80

Affections abdominales : tympanite, ascite, tumeurs, etc. . , . . 8 à 50

ldiosyncrasie musculaire. - — Ce qui précède prouve qu'il existe une liaison entre l'énergie de l'hématose et la vigueur musculaire ; mais celle-ci ne détermine pas à elle seule la constitution et n'en mesure pas la force. En représentant la constitution parle développement du système musculaire, Andral et

(1) Wintrich in Yirchow, Handh. der Pathologie, Erlangen, t. V, p. 104, Krankheite?i der Respirationsorgane,

privée] RAPPORTS DE LA FORGE AVEC L'AGE ET LE SEXE. 195

Gavarret ne lui ont pas donné la signification qu'elle a en hygiène : ils ont pris le mot force dans son acception triviale, qui le rend synonyme de puissance musculaire ; celle-ci n'est point la force d'ensemble qui résulte de la constitution; elle est partielle, relative à un système, à une fonction; elle ne fait pas à l'homme son degré de résistance vitale. Gela est si vrai, que les hommes d'une complexion athlétique ne se font point remarquer par la stabilité et la régularité de la santé. L'exubérance du système musculaire exclut le plus souvent une sensibilité vive et étendue ; elle produit ces constitutions massives dont le nord de l'Europe nous offre tant d'exemples et dont on a dit que, pour les émouvoir, il faut les écorcher ; elles possèdent une valeur d'inertie, elles opposent aux influences extérieures une résistance passive, laquelle vaincue, elles s'affaissent et croulent. Les médecins qui pratiquent dans les hôpitaux de l'armée ont appris à ne pas compter sur ces organisations charnues qui supportent presque sans douleur la torture des scarifications et des révulsifs les plus aigus de la peau. Nous ajouterons, avec Vincent {loc. cit.), que la force musculaire n'en est pas moins une qualité du premier ordre pour l'homme de guerre, comme pour toutes les classes d'ouvriers, et l'emploi opportun du dynamomètre de Régnier révélera au médecin l'une des données fondamentales de la constitution individuelle.

§ :i. — l&es rapports «le la force avec râge et le sexe.

En esquissant les phénomènes de l'évolution organique, nous avons marqué les phases de la constitution; il nous reste à déterminer : 1 0 la force musculaire de l'homme aux différents âges; 2° l'influence de l'âge sur l'énergie de l'hématose et sur la capacité vitale de la poitrine. Ges deux éléments de la force constitutionnelle sont connexes et doivent être étudiés ensemble.

1° Force musculaire. — Quetelet (\) a recherché, par des expériences faites avec le dynamomètre de Régnier, le moins imparfait des instruments de ce genre, comment se développe avec l'âge l'intensité de la force que l'homme peut déployer, soit avec les mains, soit avec les reins, sans l'assujettir à un travail journalier qui se compose d'éléments plus complexes. Le nombre des individus qu'il a observés a été de dix au moins; ils appartenaient généralement à la classe aisée, et les individus au-dessous de vingt-cinq ans, parmi les garçons, ont été généralement pris dans les collèges et à l'école de médecine de Bruxelles ; les hlles ont été prises aussi dans les écoles et à l'hospice des orphelines; il a eu soin de prendre la moyenne de plusieurs observations successives. Les résultats varient légèrement entre eux.

(1) Quetelet Recherches sur l'homme et le développement de ses facultés? ou Essai de physique sociale. Paris, 1835, 2 vol. in-8, figures.

i96 DE LÀ CONSTITUTION. [hygiène

Observation de la force rénale estimée au moyen du dynamomètre.

AGES

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