‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 40 sur 161 · I. — Electricité · texte numérisé non relu

I. — Electricité

Fusinieri a dit que tout rayonnement se fait au moyen du transport des molécules des corps, et Peltier, s'em parant de cette idée, a bien établi que les phénomènes électriques ne se manifestent jamais sans matière, et que là où il y a un phénomène électrique, il y a un corps pondérable (1). Les dénominations de fluide résineux ou négatif, et de fluide vitré ou positif, ne signifient que les degrés différents d'un même état à partir d'un point d'équilibre privé de manifestation électrique. L'état résineux représente le phénomène réel, et l'état vitré l'absence ou la diminution de ce phénomène. Les électromètres n'indiquent donc que les différences d'un même état, non des états

(1) Peltier, Recherches sur la cause des phénomènes électriques de l'atmosphère, etc. Annales de chimie et de physique, avril 1842, t. IV, p. 407).

privée] ATMOSPHÈRE. — ÉLECTRICITÉ. 263

contraires ni des quantités absolues. Est-ce la terre qui possède la cause des phénomènes qu'on a qualifiés, il y a plus d'un siècle, d'électricité résineuse? Eu est-elle le foyer? L'espace céleste, dit Peltior, n'étant point un corps matériel, n'a point la puissance de la coercer; aussi n'est-il point dans le même état d'électricité résineuse, et c'est cet état résineux en moins que l'on a nommé vitré. A ce résultat de la théorie s'ajoute l'expérience qui démontre que l'électricité disséminée dans l'air sec est toujours vitrée. La terre et l'atmosphère se comportent ainsi comme deux corps en présence dont les tensions électriques diffèrent par leur signe ou du moins par leur intensité. Mais aujourd'hui on considère l'espace comme rempli; la terre ne nous apparaît plus comme isolée dans son enveloppe atmosphérique, qui est à la vérité un des meilleurs isolants, mais qui ne va pas jusqu'à lui conserver une charge électrique au milieu des espaces planétaires. Avec William Thomson (1), la conductibilité électrique, au lieu de constituer une puissance de la matière, n'est plus à nos yeux que l'expression d'une non-résistance, et nous savons que, de même que l'air très -raréfié par la machine pneumatique oppose une trèsfaible résistance au passage de l'électricité et lui devient un corps conducteur plutôt qu'un corps isolant; ainsi, à de grandes hauteurs, l'aimosphère, même par des temps sereins, ne conserve plus une charge électrique égale à celle de ses couches inférieures. Thomson admet qu'il y a toujours et essentiellement dans les parties supérieures des régions atmosphériques une distribution d'éleciriciié produite par des décharges disruptives intérieures dues à la grande raréfaction de l'air : « Cette couche électrique doit constituer à peu près le complément électro-polaire de toute l'électricité qui existe à la surface de la terre et dans les couches inférieures de l'atmosphère \ en d'autres termes, la quantité totale d'électricité reconnue comme excédant de l'électricité positive . sur l'électricité négative, ou de celle-ci sur celle-là, est à peu près nulle pour une grande portion de l'atmosphère et pour la portion de la surface terrestre qui se trouve au-dessous d'elle (2). »

Les recherches qui ont pour objet la mesure de l'électricité atmosphérique doivent être faites par un temps serein, clans un air exempt d'humidité, assez loin des arbres et des habitations. On constate alors que plus on s'élève dans l'atmosphère, plus l'électricité libre croît en intensité. Gay-Lussac et Tiot, dans leur ascension aérostatique, ont trouvé qu'un fil métallique de 50 mètres de longueur, attaché à leur nacelle et tendu par une boule de cuivre, était électrisé résineusement; ce qui indiquait dans les couches supérieures de l'atmosphère une charge d'éleciricité vitrée plus forte que dans les couches inférieures. Les expériences de Becquerel et Breschet tendent à démontrer que la couche atmosphérique qui touche le sol ne contient pas d'éleciricité dans l'é-

(1) W. Thomson, De Vélectricité atmosphérique, discours à l'Institution royale de Londres, traduit par FelLz, A nnales de phijsique et de chimie, 1866, 2e série, t. VII, p. 161.

(2) Ibidem.

DES MODIFICATEURS

CIRCUMFUSA. [HYGlÉNË

paisseur de 1 à 2 mètres ; elles ont en même temps confirmé l'accumulation de l'électricité vitrée dans les couches supérieures. Les appareils qu'ils ont employés ne donnent aucun résultat dans les lieux bas et abrités, dans les cours des maisons, dans les rues des villes, dans les vallées étroites. Sous l'influence de l'électricité positive de l'air, le sol est toujours électrisé négativement à sa surface avec tous les corps qui s'y trouvent et sur tous ses points en saillie, particulièrement sur les flancs et les sommets des montagnes.

L'électricité atmosphérique, faible au lever du soleil, augmente jusqu'à six ou sept heures du matin en été, huit ou neuf heures au printemps et en automne, dix heures ou midi en hiver. Après s'être élevée à ce maximum, elle baisse, rapidement d'abord, lentement ensuite, jusqu'à deux heures environ avant le coucher du soleil, époque de son minimum. Le soleil s'approchant de l'horizon, l'électricité croît de nouveau et atteint un second maximum deux heures après le coucher de cet astre, pour décroître encore jusqu'au lendemain. Les oscillations diurnes de l'électricité atmosphérique sont donc parallèles à celles de la température ambiante. D'après Kaemtz, elle n'offre sur les montagnes qu'un maximum, le matin, et qu'un minimum, le soir. L'influence des saisons est évidente : l'électricité positive des temps sereins est bien plus intense en hiver qu'en été. C'est en hiver que l'électricité de l'air se maintient au maximum. Le tableau suivant résume les variations moyennes de l'électricité mensuelle pendant quatre ans (Turley, de Worcester) :

Janvier 605

Février 378

Mars, 200

Avril 141

Mai 84

Juin 47

Degrés.

Juillet 40

Août 78

Septembre 82

Octobre 188

Novembre. 282

Décembre 669

Indépendamment des fluctuations périodiques que présente l'électricité de l'atmosphère, elle est susceptible de variations accidentelles qui dépendent de la température, de l'humidité de l'air, de la force et de la direction des vents ; aussi n'est-elle pas la même sous toutes les latitudes. Ses variations se prononcent plus dans» les contrées tropicales que dans la zone tempérée où on les observe particulièrement en été ; elles deviennent d'autant plus rares que l'on s'éloigne davantage de l'équateur. Il en est de même pour les variations périodiques. L'électricité décroît elle-même de l'équateur aux pôles; elle ne se manifeste guère au delà du 68e degré fie latitude nord, et il paraît que, passé le 65e, on n'observe presque plus d'éclairs; déjà rares en Scandinavie, comparativement à la France et à l'Allemagne, -les orages vont diminuant de plus en plus vers le nord, où la quantité de vapeurs qui remplit l'atmosphère devient plus petite : pendant un séjour de six ans en Groenland par 70° de latitude, Gisecke n'a entendu qu'une fois le tonnerre (1). Dans cette atmo-

(1) Kaemtz; Cours complet de météorologie, traduit par Ch. Martins. Paris^ 1843,

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