TERRAINS DE TRANSITION
Ce groupe est caractérisé par la 1 grande abondance' des cryptogames vasculaires, et par l'absence presque complète des plan-<; tes dicotylédones ; les animaux vertébrés n'y sont représentés que pari quelques emprein-l tes de poissons. 1
Terrains j granitiques. j
Système du nord de l'Angleterre. — Direction S. 5° E. à N. 5° 0.
/ Grès, schistes avec couches de houille 1 Terrain ) et de fer carbonaté.
houiller. j Calcaire carbonifère, ou calcaire bleu, \ avec couches de houille.
Système des ballons (Vosges) et des collines du bocage de la JKTormandie. — » Direction i E. 15° S. à 0. 15° N.
1 Terrain ( VieUX grès rouge des An£lais (svs~
1 , , ... J tème devonien).
Ide transitions ... .. . . ' L, ,
j Anthracite de la Sarthe et des envi-
/ \ rons d Angers.
\ / Calcaire des environs de Brest^ cal-
1 Terrain 1 caire de Dudley.
Ide transition < Schistes (ardoises d'Angers).
1 moyen. j Grès quarlzite, Caradoc sandstone des
f l Anglais (système silurien).
Système du "Westmoreland et du Hundsruck.
— Direction E. 25° N. à 0. 25° S. !
Terrain ^
î Calcaire comoacte esauiilftux
de transition Schiste argileux (système cambrien).
V inférieur, v v J '
Granit formant la base principale de la croûte du globe.
On a intercalé dans ce tableau les noms de chaque système de montagnes qui s'est soulevé à l'époque correspondante, et a mis fin à la formation qui l'a précédé. C'est ce système qui a imposé à chaque formation la direction qu'elle présente. Un exemple suffira pour donner la clef de ce tableau. Entre les formations crétacées et les terrains tertiaires, on a écrit : Système de la chaîne des Pyrénées et de celle des Apennins, direction E. 18° S. à O. 18° N. Il résulte de ce que nous avons dit ci-dessus, que Je soulèvement de la chaîne des Pyrénées a eu lieu après le dépôt des formations crétacées et avant le dépôt des terrains tertiaires. En effet, ces derniers terrains s'étendent en couches horizontales au pied des Pyrénées, tandis que les formations crétacées qui y existent ont été fortement redressées sur leurs pentes. En outre, la direction de ces redressements, précisément la même que la direction générale de cette chaîne de montagnes, est orientée de l'E. 18° S. à l'O. 18° N.
privée] DU SOL. — STRUCTURE ET COMPOSITION DU SOL. 441
C'est un fait remarquable que l'affinité des végétaux pour les divers terrains; quoique les animaux et l'homme aient des relations moins intimes et moins stables avec le sol, la nature de sa composition ne peut manquer d'agir en quelque chose sur leurs manifestations vitales. Les terrains détritiques et diluviens nourrissent dans leur tourbe fangeuse une végétation particulière, dans laquelle on remarque les Salix, Ledum, Scirpus, Eriophorum, Acra, Tamarix, etc. Un fond crayeux se décèle par les résédas, les giroflées, les campanules, les scabiées, etc. Suivant l'observation de de Candolle, les terres argileuses sont, après les rochers, celles qui se montrent les plus réfractaires à la végétation; leur compacité s'oppose à l'action de l'oxygène atmosphérique; le sable est également contraire aux plantes par sa mobilité et la sécheresse qu'il acquiert sous un ciel ardent : telle est en grande partie la structure du delta d'Afrique, mélange d'argile et de sable que dessèchent un soleil implacable et les vents du désert. Sur les dunes formées par les alluvions sablonneuses, végètent les Carex, les Lijmus, le Triglochin, etc. Les terrains pierreux se couvrent de Sedum, d'Asclepias, de cymbalaires, de clinopodes, etc.
C'est l'humus, constitué par un détritus de matières organiques et minérales, et en partie assimilables, qui sert à la nutrition des végétaux; sous celte couche existent les éléments minéralogiques du sol provenant de la décomposition des roches : certains sols se sont formés aux dépens des roches ignées, du granit, du micaschiste, de la siénite, etc.; d'autres l'ont été aux dépens des terrains de sédiment. Les roches primitives, en se décomposant sous l'atteinte des actions météoriques, fournissent des galets, du sable, de l'argile, etc. L'eau qui s'infiltre dans les fissures de ces roches se dilate en se congelant, et finit par rupturer violemment les masses, dont les débris, entraînés par les cours d'eau, produisent sur leurs bords et à leurs embouchures, des atterrissements dont s'empare la végétation. L'intervention des agents météoriques suffit pour décomposer le feldspath, le mica, l'amphibole, le protoxyde de fer, principes constituants de ces roches ; les deux premières de ces substances, devenues terreuses, friables, se convertissent en une espèce d'argile appelée kaolin; l'amphibole et le pyroxène subissent une altération analogue par la suroxydation du fer; moins dures, les masses calcaires cèdent plus facilement aux actions mécaniques et se dissolvent dans les eaux chargées d'acide carbonique. La ségrégation et la décomposition de ces matières fournissent des dépôts de cailloux, de sable et d'argile où se montrent d'abord des plantes qui vivent plus de l'atmosphère que du sol, cactus, mimosas, lichens, mousses, fougères, etc. L'accumulation de leur détritus annuel crée un terrain chargé d'acide humique propre à la culture. Les terrains de cette origine ont pour principes constituants, outre les matières organiques, de la silice, de l'alumine, de la chaux, de la magnésie, de la potasse et de la soude, des oxydes de fer et de manganèse, de l'eau, etc. (i). Les terres de culture sont assez meubles
(1) Roussingault, Économie rurale considérée dans ses rapports avec la chimie , la physique, la météorologie, t. I.
442 DES MODIFICATEURS. -~ CIRCUMFUSA. [hygiène
pour que l'eau s'y infiltre sans y séjourner, pour que l'air y circule sans les dessécher, pour que les racines puissent s'y plonger et s'y ramifier : cette qualité dépend des proportions de sabie et d'argile. Les phosphates et les sels terreux sont nécessaires pour la production de la fibrine et de la caséine végétales : on a doublé en Angleterre la fertilité des champs destinés à certaines cultures (froment) en y semant des débris d'ossements, ou des engrais phosphatés minéraux.
Les terres arables et susceptibles de produire une végétation peuvent se diviser comme il suit :
/ Sols d'argile pure.
1° Sols argileux ) Argilo-ferragineux.
1 Argilo-calcaire.
( Argilo-sableux.
f Sable pur.
[ Sablo-argileux.
2° Sols sableux. . < Quartzeux> graveleux et granitiques.
j Volcaniques.
[ Sablo-argilo-ferrugineux.
V Sablo -humifères (terre de bruyère).
( Calcaires.
3° Sols calcaires . . \ £raJeUX'
i Tufteux.
\ Marneux.
4° Sols magnésiens.
Tourbeux
5° Sols humifères . .
) Marécageux,
Dans le sol on distingue deux parties, l'une active, contenant du terreau et perméable aux influences atmosphériques; l'autre inerte, sans terreau, non modifiée par l'action de l'atmosphère, et qui échappe à celle du labour. Le sous sol sur lequel repose la terre végétale agit particulièrement sur la végétation par son degré de perméabilité. Dans les montagnes, le sous-sol présente souvent la même constitution minérale que le sol; dans les plaines et sur les plateaux étendus, cette analogie de composition n'est plus aussi constante. C'est à la faveur des différences et même des oppositions de propriétés entre les couches superposées et le sous-sol, que celui-ci peut agir utilement sur celles-là par l'adjonction de quelques éléments : des labours profonds, exécutés avec prudence (1), augmentent à ses dépens l'épaisseur des couches arables, à moins que celles-ci ne recouvrent des roches d'une grande cohésion, comme le granit, le porphyre, le micaschiste.
On appelle terres fortes celles qui sont tenaces, peu perméables, lentes à sécher, c'est-à-dire les terres où l'argile domine : un sol est dit argileux quand il contient 40 pour 100 de sable. Les terres légères contiennent beaucoup de sable; la végétation s'y développe rapidement; l'engrais leur profite moins parce qu'il s'y dissout et s'y dissipe facilement par les eaux pluviales; ces terres se dessèchent vite. A 75 de sable sur 100 parties de terre, celle-ci est encore
(1) Boussingault, op. cit.} 2e édition, 1651, t. I.
privée] DU SOL. — CONFIGURATION DU SOL. 443
propre à la culture de l'avoine : quand la proportion de sable monte à 90 pour 1 00, la sécheresse lui ôle toute cohésion, et dans nos climats il devient très -difficile de l'utiliser. La science agricole a réussi toutefois à fixer un sol mouvant en le couvrant de plantations productives. Des forêts de pins et de genêts couvrent aujourd'hui, dans le bassin d'Arcachon, les dunes formées aux dépens des sables rejetés par l'Océan. Les sables mouvants, siliceux ou calcaires qui couvrent de grandes étendues dans l'intérieur des continents, peuvent eux-mêmes être rendus à la culture au moyen d'irrigations, et au milieu des déserts arides, comme dans le Sahara algérien, quelques filets d'eau, qui jaillissent du sol, suffisent pour créer ces oasis où la végétation se développe avec force, et qui nourrissent des tribus entières.
Au demeurant, le règne végétal d'une contrée est déterminé par la composition du sol arable et par les conditions climatériques; la première dépend 1° de la nature géologique et minéralogiquc du sous-sol, désagrégé à la longue par les agents atmosphériques; 2° de la disposition topographique des lieux qui permet l'action plus ou moins complète de ces agents et la rend plus ou moins permanente ; 3° du degré d'intensité de ces agents dont l'ensemble constitue le climat proprement dit. Celui-ci est à son tour influencé : 1° par la latitude et l'altitude ; 2° par la direction des vents régnants; 3° par le voisinage des mers et des montagnes, les premières uniformisant la température par l'effet de la mobilité même de leurs éléments, les dernières provoquait des condensations fréquentes de vapeur dans les vents marins qui viennent frapper leurs massifs refroidissants.
Ainsi, constitution géologique, topographie, conditions climatériques mêlent leurs influences et déterminent, parleurs résultantes, la physionomie naturelle d'une contrée sur laquelle il n'est guère donné à l'homme d'agir que par le dessèchement des marais (voy. Marais), l'assèchement du sol (Drainage), le déboisement ou le reboisement et le colmatage.