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DU SOL. — ÉTAT DE LA SURFACE DU SOL

La rareté ou l'absence des forets augmente la chaleur et la sécheresse de l'atmosphère; la sécheresse réduit l'étendue des nappes d'eau évaporantes, appauvrit la végétation du gazon et réagit secondairement sur la température du climat. On observe ces effets réunis sur la bande do terres presque entièrement arides qui borde le bassin de la Méditerranée, là du moins où l'industrie agricole ne les a point corrigés par l'irrigation. Quand le sol des forets est marécageux, l'abri des arbres intercepte Ions les rayons solaires; ces marais gèlent profondément et forment ainsi de petits glaciers qui résistent longtemps à l'action de la chaleur rayonnante.

Les défrichements peuvent-ils opérer des mutations sensibles dans le climat d'une contrée? La climatologie historique a résolu cette question : « Quod autem ejusdem terme elima qwoque mutari posëit, non erit qui duhitd, diuinnodo ipsam nostram hodiernam Germaniam cum veteri, populares nostros cum majoribus nostris conférât. Tempus erat ubi alce, nuuc ultimi septentrionis tantum accola, Rheni littora oberrabat, ubi ipsum hoc flumen frequerUissimo gelu coibat, ita ut Galli sacra ipsi facerent ne vicinis proavis nostris dorswn prœberet; ubi vastissimœ sylvœ totam fere tegebant pa~ triam, nec nul lus vitium procentus erat (l). » Les Gaules, comme la Germanie, jadis couvertes de bois, avaient un climat plus rigoureux, d'après Diodore de Sicile, César, Pomponius Mêla, etc. ; du temps d'Ovide, l'Euxin restait quelquefois gelé pendant deux ans. Pline le jeune ne pouvait élever des oliviers et des myrtes dans sa campagne en Toscane, où maintenant ces plantes croissent eu pleine terre ; la Pensylvanie doit l'amélioration de sa température aux défrichements et à l'encaissement de ses rivières. Ailleurs, le déboisement a produit des effets différents : le département de l'Ardèche, où il n'existe plus aujourd'hui un seul bois considérable, a éprouvé depuis trente ans une perturbation climatérique, dont les gelées tardives, autrefois inconnues dans ce pays, sont l'un des effets les plus funestes (Bosson). La dénudation de plusieurs crêtes des Vosges permet aux vents de souffler sans obstacle sur la plaine et dans les vallées, où ils occasionnent de la pluie ou de la neige, et ramènent souvent l'hiver aux approches du printemps (Puymaigre). Notre ami Charles Boersch (2) a démontré que le déboisement considérable de l'Alsace a eu pour résultat d'imprimer aux saisons de fréquentes irrégularités, de rendre la vallée du Rhin plus accessible au vent du nord, qui y est humide et glacial, d'agrandir, en un mot, l'échelle des variations thermométriques. Dès 1806, Héricart de Thury signale avec force les effets désastreux du déboisement dans les Hautes-Alpes, tels que torrents furieux, terrains enlevés ou engravés, chute de roches, etc.

Boussingault attribue à la disparition de nombreuses forêts l'abaissement graduel de lacs situés sur les plateaux de la Nouvelle-Grenade, à une hauteur

(1) Blumenbach, De generis humani varietate nativa.

(2) Boersch, Essai sur la mortalité à Strasbourg, thèse. Strasbourg, 1836.

de 2000 à 3000 mètres, où la température moyenne est de ik à 16 degrés centigrades; de telle sorte que des terrains submergés il y a trente ans sont aujourd'hui livrés à la culture. Desbassyns de Richemont mentionne, dans l'île de l'Ascension, une source située au bas d'une montagne tarie par l'effet du défrichement, et dont les eaux ont reparu par le reboisement de la montagne. Les lacs de Bienne, de Morat et de Neuchâtel se sont abaissés à la suite de défrichements. Les montagnes dépouillées donnent lieu à des courants plus .vifs, plus froids. Au sommet de deux montagnes, dont l'une est boisée et l'autre dégarnie, la température diffère souvent de 8 à 10 degrés; les neiges qui tombent pendant l'hiver s'amassent plus facilement, et séjournent plus longtemps sur les cimes dénudées; celles-ci communiquent leur froidure aux couches d'air qui roulent sur elles, tandis que les crêtes couronnées de forêts amortissent les vents et en brisent le cours. Sans l'attraction des forêts, celle des sommets ne suffit point pour retenir les nuages que le vent porte ailleurs, jusqu'à ce qu'ils rencontrent des obstacles propres à les arrêter et à les résoudre en pluie ; en outre, le sol, en butte à l'irradiation solaire, se dessèche à une grande profondeur. Pour ces causes, on voit tarir graduellement les réservoirs intérieurs qui alimentaient les sources et qui entretenaient les rivières à un niveau constant. Que si les nuages condensés par les vents éclatent en torrents de pluie, ces eaux, n'étant plus retenues et ne pouvant plus s'infiltrer dans un sol dénudé, entraînent les restes de sa couche végétale et charrient jusqu'au lit des rivières un mélange de limon organique, de sables et de graviers qui étouffent le gazon des prairies et produisent l'atterrissement. Dans quelques localités défendues autrefois par des forêts contre l'effet frigorifique de certains vents, la destruction de ces abris naturels a compromis des cultures avantageuses. Plusieurs départements de la France ont dû renoncer à la culture de l'olivier, du maïs et de la vigne (1). Déboiser une montagne, dit avec raison Gavarret, c'est appauvrir l'humanité (2) et perdre une quantité considérable de force, car le bois que nous brûlons dans nos foyers ne nous rend en réalité que la chaleur empruntée au soleil par la forêt; les houilles, les tourbes dont l'industrie alimente ses fourneaux, lui restituent la chaleur solaire fixée, emmagasinée, sous forme d'énergie potentielle, par les vastes forêts qui couvraient le globe dans les temps antérieurs. Au contraire, planter d'arbres une grande étendue de sol jusqu'alors improductive, comme on l'a fait dans les landes de Gascogne et comme on le fait aujourd'hui en Sologne, c'est nonseulement assainir un climat local, mais augmenter la richesse sociale et créer une source de force pour l'avenir.

(1) Voyez dans Becquerel père, Des climats et de l'influence des sols boisés et non boisés (Paris., 1853, p. 517), les extraits des documents administratifs qui constatent, dans divers départements et à différentes époques, les effets funestes du déboisement.

(2) Gavarret, Moniteur, 31 mars 1868.

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