‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 2)Chapitre 8 sur 77 · RHUME DES FOINS · texte numérisé non relu

RHUME DES FOINS

Synonymie : Maladie de Bostoc. — Fièvre, asthme de foin. — Catarrhe, asthme d'été, Gordon. — Rhinobronchite spasmodique, Guéneau de Mussy. — Rhinite hyperesthésique jiôriodique, Sajous.

Définition. — Morell-Mackenzie définit cette curieuse maladie : une affection particulière de la muqueuse., des fosses nasales, des yeux et des voies aériennes, donnant naissance au catarrJie et à l'asthme, et produite à ]3eu près exclusivement sous l'influence du pollen des graminées, ne survenant par conséquent que lorsque ces dernières sont en fleurs. La définition de l'auteur anglais me paraît excellente; car elle a l'avantage de ne pas confondre avec le inhume des foins des troubles nerveux, vaso-moteurs et sécrétoires des voies aériennes, survenant dans d'autres conditions qu'elles et qui la simulent; et elle en précise nettement la cause déterminante, ainsi que les deux formes cliniques qu'elle affecte.

Étiologie et pathogénie. — ha prédisposition individuelle joue dans Fétiologie du rhume de foin un rôle considérable. C'est une affection à peu près exclusivement spéciale à la race blanche, et à laquelle les Anglais et les Américains du Nord, et aussi, mais à un bien moindre degré, les Allemands, les Suisses et les Français payent un tribut beaucoup plus lourd que les individus des autres peuples. Elle atteint rarement les habitants des campagnes; ce sont les citadins et en particulier les gens appartenant aux classes élevées et instruites de la société, qui y sont le plus exposés. La très grande majorité des sujets atteints sont des nerveux ou des neuro-arthritiques héréditaires. Les hommes sont plus sujets à l'affection que les femmes. La maladie débute le plus souvent à Vâge adulte, cependant il n'est pas rare de l'observer chez des enfants. L'hérédité, non seulement du tempérament morbide, mais de l'affection elle-même, est assez souvent constatable : plusieurs individus de la même famille, ou le père et un ou plusieurs enfants, peuvent être atteints à la fois. Chez un assez grand nombre de malades, on constate l'existence de lésions nasales (tuméfaction chronique ou hypertrophie de la muqueuse; déviations ou saillies ostéo-cartilagineuses de la cloison) ; mais elles manquent chez tant d'autres, et leur traitement a une influence si douteuse sur la maladie, qu'on n'est en droit de leur accorder qu'une influence adjuvante, tout au plus.

En Europe, le rhume de foin est une maladie des mois de mai, juin et juillet, époque de la floraison des diverses graminées. Soupçonnée par Elliotson(') en 1851, l'action déterminante du ^o//en de ces plantes a été très rigoureusement démontrée par Blackley (^), de Manchester, en 1873. « Par une série d'expériences bien conduites, dit Morell-Mackenzie (^), et conduites avec un esprit véritable-

(') Elliotson, London med. Gaz., 'I83L

(-) Blackley, Hay-fever, Londres, IST.ï, 2' édition, 1880.

(°) Mokell-Mackenzie, Les maladies du nez, traduction française par Moure et Charazac, Paris, 1884, p. 02 et suivantes. — Consultez aussi sur ce sujet les autres traités généraux des maladies du nez, particuhèrement ceux de Bosworth, New- York, 1889; de Sajous, Philadelphie, 1888, et la revue de O. Besciiorner, Jaliresbericht der Gesells. f. Natwr. und HeUkimde, Dresde, 1886, résumée dans le traité déjà cité de Voltolini.

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ment scientifique, Blackley réussit à démontrer : 1" que les inhalations de pollen produisaient toujours sur sa propre personne les symptômes caractéristi(iues de la fièvre de foin; 2^ que, chez lui et sur deux autres personnes, l'intensité des symptômes était en raison directe de la quantité de pollen en suspension dans l'air; o° enfin, que la chaleur, la lumière, la poussière, les substances odorantes ou l'ozone ne suffisaient pas à déterminer un accès de fièvre de foin. Les expériences de Blackley furent faites avec le pollen de diverses graminées ou céréales et avec celui de plantes appartenant à 35 ordres différents. Il a démontré qu'en Angleterre, à l'époque de la fièvre de foin, 95 pour 100 du pollen en suspension dans l'air appartient à des graminées. Les plantes de cette famille fleurissent généralement entre le commencement du mois de mai et la dernière quinzaine de juillet, et c'est précisément à cette époque que sévit la maladie. Si la saison est humide et froide, la maladie n'apparaît généralement que plus tard, et elle est plus bénigne que si le temps est sec et la végétation luxuriante. » Il en est de même en France.

En Amérique, au contraire, le pollen des graminées semble produire des effets moins intenses qu'en Europe. On y observe bien des formes légères de fièvre de foin du mois de mai au mois d'août, mais c'est en août et septembre que la maladie sévit avec la plus grande rigueur. Or à ce moment la floraison des graminées est terminée; mais c'est le moment où fleurit en abondance une plante qui ne se rencontre pas en Europe, Vabsinilie romaine {Amoi'osia artemisiiefolia, Ambrosiacées, Composées). Or le pollen de cette plante est un agent provocateur très actif : un médecin américain, Wyman, atteint de l'affection, et qui pouvait éviter l'accès en se réfugiant dans une région élevée où cette plante ne croissait pas, était invariablement pris d'un accès lorsqu'il en ouvrait un paquet qu'il avait apporté avec lui. Chez le fils de cet observateur, l'expérience réussissait de même constamment.

C'est donc bien le pollen qui détermine le rhume de foin. Le soleil, la poussière peuvent sans doute favoriser ou amener le retour des accidents pendant la saison, mais ils ne suffisent pas à créer la maladie, et lorsqu'ils déterminent des accidents analogues, soit pendant la saison, soit en dehors d'elle, on peut être à peu près sûr qu'il ne s'agit pas de rhume de foin véritable, mais bien d'hyperexcitabilité réflexe nasale banale simulant une affection dont elle est en réalité très différente. Mais comment le pollen agit-il? Possède-t-il, comme le croit Morell-Mackenzie, une action irritante spéciale^ Agit-il, au contraire, parce qu'il apporte avec lui dans les fosses nasales des micro-organismes qui seraient les vrais agents pathogènes? Le professeur Cornil n'est pas éloigné de l'admettre. Déjà en 1869 ('), Helmholtz, qui souffrait depuis longtemps du rhume de foin, avait, au moment des accès, trouvé dans son mucus nasal, mais seulement dans les masses les plus adhérentes de ce mucus, des microorganismes qu'il n'y rencontrait jamais en temps ordinaire. Or, ainsi que je l'ai fait remarquer, la description qu'en donne Helmholtz ressemble beaucoup à celle du BaciUus siibtilis. Il serait à désirer que des recherches sérieuses fusent entreprises dans ce sens. Elles arriveraient peut-être à élucider la question.

Peut-être la conception la plus juste de la fièvre de foin est-elle en somme celle qui consiste à la considérer comme une afl'ection due à la* pénétration

(') Helmholtz, cité [lar Binz, Virehow's Archiu, 1869.

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MALADIES DES FOSSES NASALES

dans le nez de micro-organismes introduits par le pollen des graminées et de quelques autres plantes, micro-organismes qui n'agissent que sur les individus présentant une prédisposition spéciale ('). Mais cette dernière, quelle que soit son importance, ne joue certainement pas un rôle aussi exclusif que l'ont cru certains auteurs. Guéneau de Mussy, en considérant la maladie comme une simple manifestation de la diathèse arthritique (^), se trompait. Daly (°) et beaucoup d'auteurs américains après lui, Hack et plusieurs autres auteurs allemands, ont de même commis une erreur manifeste en considérant les altérations préexistantes de la muqueuse nasale comme la cause principale de la maladie. Les «causes prédisposantes, ainsi qu'on l'a vu, sont multiples et de divers ordres; la cause déterminante est une, et c'est là ce qui donne à la maladie son cachet particulier et lui assigne une autonomie nosographique que les théoriciens n'arriveront pas à lui enlever.

Symptomatologie. — Le rhume de foin se présente sous deux formes cliniques différentes : la forme oculo-nasale ou catarrhale, et la forme dyspnéique ou asthmatique. Le plus souvent, mais non toujours, la dernière succède à la première au bout de quelques années. Elle peut encore s'y associer, et cela, peu après le début ou dès le début, ou se montrer seule d'emblée. L'intensité des symptômes varie beaucoup suivant les individus ; chez le même sujet, elle peut varier aussi beaucoup suivant les années. Elle suit parfois à cet égard une marche croissante : faible d'abord, elle peut devenir beaucoup plus marquée dans la suite, et atteindre un maximum qu'elle conserve très longtemps.

1" Forme catarrhale. — Dans cette forme, l'accès débute brusquement par une sensation extrêmement pénible de démangeaison, soit à l'angle interne de l'œil, soit dans le nez, ou à la fois sur la conjonctive et la pituitaire. Puis la muqueuse du nez se tuméfie au plus haut degré, et bientôt éclatent des accès d'éternûments répétés, parfois très violents, et une rhinorrée séreuse abondante avec larmoiement. On peut voir les picotements acquérir une intensité qui les rend très douloureux. Les douleurs névralgiques orbitaires, ou cervico-occipilales, ne sont pas rares. Dans certains cas, les paupières deviennent œdémateuses. Quelques malades ont de l'urticaire au moment où ils s'exposent à l'action de l'air chargé de pollen. Chez beaucoup d'habitants de Paris, qui viennent à la ville pour leurs occupations une partie de la semaine et séjournent à la campagne le reste du temps, l'accès débute en chemin de fer, après le départ, au moment où le train vient de dépasser les faubourgs et traverse les premiers champs cultivés. L'accès dure un temps très variable, de quelques heures à plusieurs jours, après avoir souvent présenté des variations successives d'intensité des symptômes parfois assez accusées pour constituer de véritables intermittences. Les sécrétions nasales, séreuses d'abord, deviennent vite muqueuses, et enfln muco-purulentes. La disparition de l accès est le plus souvent rapide. Quelques sujets ont de la bronchite. Il est rare qu'il y ait de la fièvre; et, s'il y en a, elle est légère dans la très grande majorité des cas. La fin de l'accès peut être marquée par des phénomènes d'ordre critique : urines abondantes et chargées par exemple (Leflaive).

{'■) RuAULT, Archives de laryngologie, 1880, n" 2.

(^) GuÉNEAÛ DE Mussy, Clinique médicale, t. II. — Vo yez aussi Leflain e. Thèse de doctorat, Paris, 1887.

(') Daly, Neœ-York med. Journal, 1883. — Hack, loc. cit. — Voyez aussi Natieb, Tlicse de doctorat, Paris, 1889, Indic. biblioyr.

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2" Forme asthmatique. — Dans la forme asthmatique, les accès ne diffèrent pas de ceux de l'asthme bronchique vulgaire; mais ils surviennent souvent dans la journée. Leur durée est très A^ariable; ils peuvent disparaître en quelques heures, ou durer plusieurs jours, en présentant des rémissions plus ou moins marquées. Morell-Mackenzie insiste sur la rareté des lésions broncho-pulmonaires consécutives. Cependant j'ai observé plusieurs sujets qui, dès leurs premiers accès de rhume de foin, à forme purement catarrhale, pi'enaient de la bronchite, et bientôt des accès d'asthme. Or, pendant toute la saison, les accès d'asthme étaient intermittents mais les signes de bronchite persistaient. En pareil cas il semble difficile d'admettre que les sujets puissent être atteints ainsi de bronchite ti'ois mois par an, sans qu'à un moment donné ne s'installent des lésions broncho-pulmonaires permanentes.

Pronostic. — Le rhume de foin est une affection bénigne, mais d'une ténacité extrême. Une fois qu'un sujet en a été atteint une première fois, il est à peu de chose près certain de voir re[>araître les mêmes accidents les années suivantes, et rien ne permet de prévoir, pour chaque cas particulier, si l'affection disparaîtra au bout de quelques années, ou durera jusqu'à l'âge mùr ou même la vieillesse.

Diagnostic. — Les symptômes dvi rhume de foin sont assez caractéristiques pour que le diagnostic en soit bien facile : l'époque de l'année où l'affection débute, la constatation des conditions où les accès apparaissent, ne laissent guère place au doute. Mais il faut se garder de confondre avec le rhume de foin les accidents analogues, survenant à d'autres époques de l'année, sous l'influence de la poussière ou de certaines poussières, de certaines odeurs, parfois même sous des influences psychiques (coryza des roses à la vue d'une rose artificielle, accès de coryza survenant à la suite d'excitation sexuelle, etc.), phénomènes dont l'étude se confond avec celle des névroses nasales, et que nous ne pouvons que signaler ici.

Traitement. — En dehors de la saison de la fièvre de foin, le médecin doit s'astreindre à traiter les lésions nasales, s'il en existe. Sans lui donner le droit d'espérer que ces interventions locales empêcheront le retour de l'affection à l'époque habituelle, cette pratique lui permet de compter sur une diminution d'intensité des symptômes dans un certain nombre de cas. Mais il devra procéder avec une prudence toute particulière lorsqu'il aura à pratiquer des opéralions rhino-chirurgicales, car la plupart des malades de ce genre présentent à leur suite des réactions excessives, dont l'un des plus grands inconvénients, mais non le seul, peut être de les amener à interrompre un traitement dont l'exécution radicale leur eût le plus souvent été d'une réelle utilité. S'il n'existe pas de lésions intra-nasales bien accusées, on doit laisser le malade tranquille, et surtout se garder soigneusement de le soumettre à des cautérisations ignées ou autres, et en général à des interventions violentes, toujours inutiles et souvent nuisibles.

La médication hydro-thermale rend des services incontestables à bon nombre de malades. Les eaux arsenicales, et particulièrement le Mont-Dorc et la Bourboule, paraissent être en pareil cas beaucoup plus efficaces c[ue les eaux sulfureuses.

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Lorsque la saison du rhume de foin est arrivée, et qu'il n'est pas possible de soustraire le malade à ses atteintes en l'astreignant à un séjour en mer, ou dans la montagne, suivant les cas, on n'arrivera que rarement au même résultat par les divers moyens prophylactiques mécaniques qui ont été proposés à cet effet. L'emploi des lunettes en verre fumé avec grilles et armatures en taffetas, des respirateurs ouatés par le filtrage de l'air respiré, des tampons de ouate intranasaux, etc., n'atteint pas toujours le but cherché, et impose au malade des ennuis auxquels il ne se soumet pas volontiers. Un certain nombre des malades que j'ai soignés pendant les trois dernières années se sont bien trouvés de l'emploi des pulvérisations intra-nasales d'huile de vaseline, faites avant le départ de la ville : ces pulvérisations, bien faites et assez largement, ou encore remplacées par l'introduction dans le nez de vaseline blanche ordinaire suivie de la mise en place de petits tampons ouatés à l'entrée des narines, protègent la muqueuse et empêchent quelquefois l'accès. Trois de mes malades réussissent à éviter celui-ci en prenant, quelques heures avant de s'exposer aux causes qui le font apparaître d'ordinaire, de 1 à 5 grammes d'antipyrine à l'intérieur; mais le résultat n'est pas constant chez eux, et beaucoup d'autres individus ne retirent de cette médication que les résultats médiocres, insignifiants, ou tout à fait nuls.

L'antipyrine et le sulfate de quinine sont utiles à beaucoup de malades, lorsqu'ils prennent ces médicaments à doses agissantes, peu après le début de l'accès. Elles diminuent souvent sa durée, dans certains cas elles mettent le sujet à l'abri de la trachéo-bronchite, dans d'autres elles atténuent les accidents dyspnéiques. Les symptômes de la forme oculo-nasale sont le plus souvent notablement atténués, et quelquefois arrêtés, par des pulvérisations intra-nasales de cocaïne (solution à 2 pour 100), ou des insufflations d'une poudre renfermant le même médicament dans une proportion plus élevée (chlorhydrate de cocaïne de 1 à 2; sucre en poudre 4 à 6). On doit insuffler cette poudre en très petite quantité, ou recommander de ne pulvériser que très peu de liquide, afin d'éviter toute chance d'intoxication. De plus, on doit se rappeler que l'emploi prolongé de la cocaïne n'est pas exempt d'inconvénients : certains sujets la supportent mal et, sous son influence, sont atteints d'insomnies rebelles, d'excitation nerveuse, d'anorexie et de troubles dyspeptiques, etc. En pareil cas, on devra résolument renoncer à cette médication, que ses résultats purement palliatifs n'autorisent pas à utiliser au détriment de la santé générale.

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