IL -H. THOINOT
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TYPHUS EXANTIIÉMATIOUE.
ï" Période de début, qui va de l'apparition des premiers symptômes à l'éniplion. U incubation n'étant marquée par aucun phénomène morbide ne raérilc aucune description.
2" Période post-éruptive ou d'état;
> La terminaison du typhus, crise favorable ou mort.
•V' La convalescence.
(1) Le début du typhus est généralement brusque, ce qui constitue une diliV"rence marquée avec la fièvre typhoïde. Du moment où le malade ressent le mal de tête, les douleurs dans les membres et la rachialgie, la perte d'appétit et de sommeil, il est pris et ne tardera pas à s'aliter.
(2) L'éruption marque la transition entre la première et la deuxième période. On peut donc dire qu'à la fin de la première semaine le malade entre dans la seconde période. Cette période est vraiment le stade typhoïde, marqué par tout le cortège symptomaliquc que nous avons étudié et qu'il est bien inutile d'énumérer à nouveau.
(5) Du 12'^ au \¥ jour le typhus se juge, et le malade ou bien entre en conrulescence par une crise favorable ou meurt.
11 meurt avec la température élevée que nous avons indiquée; il meurt dans le coma prolongé, ou dans l'asphyxie d'origine pulmonaire, ou dans l'asystolio d'origine cardiaque. Le coUapsus algide, dans certains cas fatals, précède parfois de deux ou trois jours le moment du décès : la température se relève ensuite brusquement annonçant la terminaison mortelle.
Si le malade doit guérir, il se produit une crise favorable des plus nettes et sur laquelle ont insisté tous les auteurs qui ont écrit sur le typhus.
« Il y a peu de maladies aiguës, dit Murchison, où l'on voit un aussi rapide passage des symptômes les plus défavorables aux symptômes de bon augure. » L'appétit, le sommeil reviennent brusquement, et un mieux-ètre étonnant se produit en quelques heures. « On a quitté la veille au soir, dit d'une façon très expressive le D"" Stewart, le malade avec les yeux vitreux, les traits hagards, délirant et marmottant à voix basse des mots incohérents; il était dans la stupeur, presque dans le coma; il tremblait, avec des soubresauts de tendon, de la carphologie, des intermittences du pouls : tout semblait indiquer dans ce cortège de symptômes formidables une fin prochaine; et le matin on le trouve l'œil éveillé, l'air intelligent, le pouls lent et ferme, demandant à manger, etc. »
La maladie se juge donc brusquement; elle se juge par une crise, qui comporte dans ses manifestations principales le retour du sommeil, quelquefois la diarrhée et une abondante décharge urinaire. Mais il faut insister sur ce point que le thermomètre n'accuse jamais une chute correspondante au bien-être si marqué du malade. Du jour où l'état général s'amende ainsi, la température baisse, mais graduellement.
(i) La convalescence est rapide en général. La langue se nettoie bientôt, le sommeil et l'appétit reviennent, mais il faut compter 3 ou 4 semaines avant le retour entier et absolu à l'état normal. La convalescence n'est pas exempte de dangers; elle est la période par excellence des infections secondaires, dont la gravité ressort de la description ci-dessus.
La durée totale d'évolution du typhus peut être fixée assez facilement : le typhus régulier est une maladie presque cyclique. Les cas de typhus non compliqués durent en moyenne 15 ou I i jours, rarement ils dépassent 20 jours.
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Dans 500 cas non compliqués, dit Murohison, la durée moyenne lïil 1,", io jours. Les relevés de Wunderlich concordent avec les recherches de Tauleur anglais. La température, dit Wunderlich, tombe ordinairement du I5«au 17'^ jour, plus rarement du 12^ au lo'', plus rarement encore à une époque plus précoce.
La durée moyenne de JOO cas terminés par la mort a été, dit Murchison, J jours.
De ces données on peut conclure ceci : la 1"= période ou période pré-éruptive dure de i à 0 jours; la 2'' période ou période pjost-éruptive dure de 7 à 10 jours; la crise a lieu du l.j''. au 1 7'^^ jour: la mort vers le 1 jour.
lY. Des rechutes du typhus. — Les vraies rechutes sont rares dans le typhus. « Je n'ai jamais, dit Murchison, vu un cas où, après complète convalescence, le retour de la fièvre ail coïncidé avec un retour d'éruption ou ait eu lieu sans l'existence de quelque complication. »
Slewart et Jenner parlaient le même avis. Barallier <lit avoir constaté 10 rechutes sur 1 302 cas. Nous en avons constaté une indubilahle à Tudy avec retour d'éruption,
V. Formes cliniques du typhus. — On a déciil pour le typhus comme pour la fièvre typhoïde de nombreuses variétés cliniques. Nous les énumérerons seulement pour la plupart, car elles emportent avec elles leur définition même. On a décrit :
le tijphus iiifktiuiiKdoire; le ttjphus ataxiqur; le lijphus adynarnique;
le lijpima ataxo-adynu nùquc.^onw ordinaire du typhus; le lyplnis sidérant, (\m lue en quelques jours, en (|uei(pies heures même (Jacquot) ;
le typhus bénin, qui, n'était l'éruplion, pourrait passer pour une l'('']iricule quelconque.
Nous noterons à titre de phénomène curieux ce qu'on pourrait appeler le typJiUs ambulatoire grave. Maintes fois on a vu, en 189."», des vagabonds promener sur les routes un typhus grave, et ne s'arrêter pour euli-er à rhùpital que (pielques heures avant la mort.
Jacquot a décrit chez les gens qui approchent les typhiques ce (pi'il appelle « la typhisation à petites doses » caractérisée par : malaise, fièvre légère, perte d'appétit, diarrhée., fatigue, mal de tète, sommeil mauvais, (dmubiJa tion inlelleetuelle. Cet état ne préserve pas du typhus vrai.
Il convient enfin de mentionner le typhus hémorragique, avec éruption pétéchiale d'emblée, et hémorragies diverses, forme rai-e el grave.
VL Diagnostic. — Le diagnostic si important du typhus se -pose surtout chez nous avec la rougeole et la fièvre typhoïde.
Le typhus et la rougeole ont l'éruption commune, mais com])ien dilïérenle est la marche des deux éruptions!
Le typhus et la fièvre typhoïde ont de commun la continuité de la fièvre et rétat typhoïde ou typirique, c'est-à-dire cet état de dépression, de stupeur avec phénomènes nerveux divers qui est au premier rang des symplômes de la période d'état dans l'une et l'autre affection.
[L. H. THOINOT.J
TYPHUS EXANTHÉMATIOUE.
II suffit d ailleurs de se reporter à notre description, et de lire les descriptions de la fièvre typhoïde d'autre part pour voir que typhus et fièvre typhoïde n'ont qu'un masque extérieur qui leur soit commun : le début brusque, la marche rapide du typhus, sa crise, son tracé thermométrique, son éruption, la constipation qui est de règle absolue jointe à l'absence ordinaire du météorisme et du gargouillement abdominal, tout différencie le typhus de la fièvre typhoïde.
La pratique de la séro-réaction de Widal ne devra dans aucun cas être négligée : elle fournira l'élément d'un diagnostic irréfutable.
La confusion eût-elle été faite pendant la vie, faute d'une observation assez prolongée, l'examen cadavérique lèverait bien facilement les doutes.
Le typhus et la fièvre typhoïde sont deux maladies radicalement différentes, et d'essence absolument distincte. Le parallèle et la séparation de l'une el l'autre entité pathologique sont aussi faciles au point de vue étiologique qu'au point de vue symptomatique et anatomique. Fonction du bacille d'Eberth, la fièvre typhoïde n'a qu'une contagion directe assez limitée : elle relève surtout de l'infection par l'eau. Fonction d'un parasite seulement soupçonné, le typhus exanlhématique relève surtout de la contagion directe : la contagion par l'eau nous y semble inconnue.
A une époque où l'observation clinique était la base de toute classification et ne s'aidait que de vagues notions anatomiques, la confusion — qui nous paraît si difficile aujourd'hui — s'est faite dans presque tous les esprits : cette époque est le début du xix"^ siècle qui méconnut les traditions des grands médecins du xvni" qui avaient su se garder d'identifier la fièvre nerveuse lente (typhoïde) et la fièvre maligne putride (typhus). En 1857 encore, l'Académie de médecine, mettant au concours Videntité ou la non-identité du typhus et de la fièvre typhoïde, couronnait le mémoire de G. de Claubry, uniciste à outrance. Mais, les travaux de Perry, de Londres (1856), Gerhardt, de Philadelphie (1857), Lombard, de Genève (1856), Valleix, Rochoux (1849), Barlow (1840), Stewart (1840) établissaient coup sur coup l'autonomie de l'une et l'autre affection. Louis dans son traité classique. Grisolle dans sa Pathologie, adoptaient la doctrine dvialiste qu'établissaient définitivement les travaux de Jenner (1849-1851) et des historiens du typhus sévissant accidentellement en France : Forget, Godelier, etc., etc.
La confusion avec la fièvre récurrente [typhus récurrent, relapsing fever) n'est pas possible dans nos pays où cette maladie est inconnue. Il n'en est pas de même là où les de-ux affections coexistent, et précisément les foyers du typhus exanthématique sont en partie ceux de la fièvre récurrente : Russie, Pologne, Allemagne du Nord, Grande-Bretagne et surtout l'Irlande, son foyer de prédilection.
La fièvre récurrente est une maladie contagieuse, sévissant surtout sous forme épiclémique, et de préférence en temps de disette et de famine, d'où son nom anglais « fièvre de famine ».
La fièvre récurrente débute brusquement par fièvre et frissons ; le jMuls est rapide, plein et bondissant; la langue reste humide, rarement elle se sèche; ïépigastre est sensible ; les vomissements et Victère sont fréquents ; le foie et la rate sont augmentés de volume ; il y a de la constipation ; la peau est chaude et sèche, Vurine foncée en couleur. La rachialgie, les douleurs dans les membres, Vinquiétude, Yagitation, Yinsomnie et parfois un délire aigu complètent le tableau. Il est à noter qu'il ne se fait pas dans la fièvre récurrente d'éruption caractéristique.
Tout à coup, vers le 5'= ou le 1" jour, tous ces symptômes disparaissent, en
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même temps que s'établit une large transpiration. Celte brus(|ue cessation est suivie d'un intervalle apyrctique pendant lequel le sujet peut se lever et vaquer à ses afîaires. Puis, au 14'' jour environ, rechi/te brusque qui reproduit le tableau de la première atteinte. Cette rechute est courte : tout cesse vers le 3'= jour. Il y a parfois deux et trois rechutes.
La mortalité est faible et môme (>xceptionnelle : la mort survient en syncope, ou dans le coma. L'autopsie ne montre aucune lésion spécifique, mais seulement à l'ordinaire une hypertrophie hépatique et splénique (Murchison).
La fièvre récurrente est causée par le spirochète auquel Obermaïer, qui le découvrit en 1875, a donné son nom.
On voit combien typhus exanthématique et fièvre récurrente diffèrent l'un de l'autre et par les symptômes et par la nature intime. Un examen du sang au cours de l'accès, en montrant les .spirochètes, si nombreux alors, lèverait vile les doutes (').
Pronostic et mortalité. — Le typhus est d'une façon générale une affection grave.
Le relevé suivant du London Fever Ilospital en 25 ans donne les chifTres suivants :