‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 5)Chapitre 34 sur 155 · ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA DOCTRINE DES CIRRHOSES HÉPATIQUES · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION GÉNÉRALE DE LA DOCTRINE DES CIRRHOSES HÉPATIQUES

Dans le foie, comme dans nos autres viscères, il existe un certain rapport physiologique entre les proportions relatives du parenchyme glandulaire et du tissu conjonctif de soutènement. On dit qu'il y a Cirrhose, quand ce rapport normal est modifié par la prolifération du stroma conjonctif suivant un certain type anatomiqite et physiologique.

Cette définition implique qu'il peut y avoir hyperplasie conjonctive sans qu'il y ait cirrhose. Et, en effet, trois conditions sont nécessaires pour caractériser une cirrhose du foie.

a) Il faut que la prolifération interstitielle soit généralisée à tout l'organe ; une réaction conjonctive locale, autour d'un kyste, d'un calcul, d'une tumeur ou d'un corps étranger, ne constitue pas une cirrhose. Celle-ci est une maladie lotius hepatis, prédominante parfois en telle ou telle région de l'organe, mais toujours diffuse.

b) Le tissu conjonctif proliféré doit" être arrivé à Vêlai adulte; le stade embryonnaire et diapédétique est dépassé, et l'on trouve un tissu connectif fibroïde ou franchement fibreux, très riche en fibres élastiques, et parfois rétractile comme un véritable tissu de cicatrice.

r) Dans toute cirrhose, l'élément glandulaire ou épithélial finit toujours par subir une atteinte plus ou moins tardive, et profonde, et sa participalion au processus constitue l'un des principaux facteurs de gravité de la lésion, soit que la cellule noble subisse une régression qui la ramène à un état indifférent et non spécialisé, soit qu'elle participe directement à la néo-formation conjonctive, ou qu'elle s'atrophie mécaniquement, ou qu'elle succombe à une série de dégénérescences variées.

Suivant les proportions relatives de ces divers processus, suivant leur mode

[CHAUFFARD

IGG

MALADIES DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES

d'évolution, on décrit isolément plusieurs types de cirrhoses hépatiques, hasés à la fois sur l'étiologie, sur l'histologie pathologique, sur la pathologie expérimentale et la clinique.

Mais on ne peut aborder cette étude des cirrhoses -du foie sans voir comment s'est peu à peu' formée et transformée la doctrine moderne. Elle a déjà derrière elle un long passé de recherches et de progrès successifs.

Et cependant l'histoire des cirrhoses du foie est toute moderne, puisqu'elle ne commence guère qu'avec le siècle.

La médecine grecque et romaine avait cependant déjà reconnu l'action nocive pour le foie des boissons alcooliques prises en excès, et de nombreux textes nous ont apporté la preuve de cette croyance traditionnelle (').

Les médecins de la Renaissance avaient conservé l'écho de ces notions, et Eernel (1579), parlant de l'action du vin pris en excès sur le foie, se sert même de l'expression « in scirrhum deduxit », désignant ainsi un état spécial du foie des buveurs.

Vésale constate l'atrophie fréquente du foie alcoolique (A. Françon), et Morgagni, dans sa 58e lettre {De l'hydropisié), décrit même^ l'état granuleux de l'organe et l'obstruction par compression des petits vaisseaux intrahépa tiques.

Mais ce n'étaient que des indications bien sommaires, éparses et inutilisées.

Baillie (1805) signale l'hydropisié qui accompagne parfois l'induration hépatique. Bichat, dans son enseignement oral, décrit assez bien la lésion, mais sans en indiquer les causes ni les symptômes.

Le premier grand progrès est réalisé en 1819 par Laënnec (2), mais d'une façon tout incidente, et à propos d'un malade atteint, dit-il, « de pleurésie hémorragique du côté gauche, avec ascite, et maladie organique du foie ».

Le foie, « réduit au tiers de son volume ordinaire, se trouvait, pour ainsi dire, caché dans la région qu'il occupe; sa surface externe, légèrement mamelonnée et ridée, offrait une teinte grise jaunâtre; incisé, il paraissait entièrement composé d'une multitude de petits grains de forme ronde ou ovoïde, dont la grosseur variait depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'un grain de chènevis. Ces grains, faciles à séparer les uns des autres, ne laissaient entre eux presque aucun intervalle dans lequel on pût distinguer encore quelque reste du tissu propre du foie; leur couleur était fauve ou d'un jaune roux, tirant par endroits sur le verdâtre; leur tissu assez humide, opaque, était flasque au toucher plutôt que mou, et, en pressant les grains entre les doigts, on n'en écrasait qu'une petite partie : le reste offrait au tact la sensation d'un morceau de cuir mou ».

Et, en note, Laënnec ajoute : « Cette espèce de production est encore de celles que l'on confond sous le nom de squirrhe. Je crois devoir la désigner sous le nom de cirrhose, à cause de sa couleur. Son développement dans le foie est une des causes les plus communes de l'ascite ; et a cela de particulier qu'à mesure que les cirrhoses se développent, le tissu du foie est absorbé;

(') Voir, pour la bibliographie ancienne, l'article Foie de Rendu du Diction, encyclop. des se. méd.; — la thèse de A. Françon. Étude sur les hépatites chroniques alcooliques et leur nirabilité, Lyon, 1888.

(2) Laexnec. Traité de l'ausc. médiate. Édit. de la Fac, p. 595 et 596.

Page 1