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ÉVOLUTION GÉNÉRALE DES CIRRHOSES HÉPATIQUES

recherches expérimentales el anatomo-pathologïqucs de Charcot et Gombault. Mais ici nous entrons dans la phase toute contemporaine, et nous voyons intervenir un nouveau procédé de recherches, Y expérimenta lion. Voyons quels en ont été les résultats.

La pathologie expérimentale des cirrhoses a pour base l'origine canaliculaire des lésions, et peut ainsi procéder suivant deux modes opératoires.

A. On peut s'attaquer aux vaisseaux s<ni(/uins directement, par ligatures, ou injections irritantes dans la veine porte, comme dans les expériences assez grossières de Solowief en 1872; récemment Bouchard, en injectant directement dans les branches de la veine porte un peu de naphtol en suspension dans l'eau, a obtenu la production d'obstructions vaseulaires, avec périphlébite portale, et sclérose périlobulaire. On peut, au contraire, agir sur eux par voie indirecte, au moyen de l'ingestion répétée de substances toxiques et surtout d'alcool; nous verrons quels résultats ont ainsi obtenus Strauss etBlocq ( l!SX7). Sabourin, Laffitte. Disons, dès maintenant, que l'on ne peut reproduire ainsi que l'ébauche de la cirrhose atrophique; le processus expérimentalement provoqué est tou jours de date trop récente pour aboutir à la lésion adulte el pleinement constituée, telle qu'on l'observe en clinique humaine

(Juant à la ligature de l'artère hépatique ou de l'une de ses branches, elle provoque non pas une réaction scléreuse, mais la nécrobiose rapide des cellules hépatiques (Cohnheim el Litlen).

B. L'expérimentation sur les voies biliaires a donné des résultats plus précis. Dès 1866, Leyden pratiquait chez le chien la ligature du cholédoque, et

observait à la suite la dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques.

H. Mayer, en 1K72, opère sur le chat, et constate, après une survie maximum ■de 12 jours, la dilatation des gros canaux biliaires, l'injection par la Iule des capillaires biliaires intra-lobulaires, l'hvperplasie du lissu conjonctif întra- el extra-lobulaire.

Wiekham Legg (1X7.") obtient des résultats analogues, montre que la ■cirrhose « augmente progressivement, détruisant les autres tissus du foie aussi longtemps (pic la vie de l'animal se prolonge ».

Charcot el Gombault (') s'adressent au cobaye, et pratiquent une série d'examens hislologiques échelonnés jusqu'au 25" jour après la ligature du cholédoque.

Les animaux opérés maigrissent, perdent l'appétit et meurent sans avoir présenté de coloration ictérique des téguments ni des urines.

Les lésions hislologiques portent à la t'ois sur les canaux et espaces portes, les vaisseaux biliaires qui y sont contenus, et les lobules hépatiques adjacents.

Les gros canaux biliaires sont dilatés, et leurs parois sont infiltrées de leucocytes. Le lissu conjonctif qui les engaine dans les canaux portes est également riche en cellules embryonnaires.

Les espaces el fissures interlobulaires sont élargis par néoformalion de tissu conjonctif; ils présentent, de plus, un riche réseau de néocanalicules biliaires, sinueux el anastomosés, qui rayonnent autour des canaux portobiliaires, se dilatent d'abord, puis s'insinuent dans les fentes et pénètrent jusque dans l'intérieur du lobule.

(') Charcot et Gombault.. Noie sur les altérations du foie consécutives à la ligature du canal cholédoque. Arch. dephys., IxTii. p. 272.

{CHAUFFARD

MALADIES DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES

Cette cirrhose biliaire expérimentale échancre ainsi les lobules hépatiques, par une série de prolongements dont on a comparé la forme à celle de têtes de serpent, et en amène peu à peu l'atrophie. En même temps, les cellules hépatiques subissent une destruction progressive, ou se transforment sur place en tissu fibreux.

De plus, on trouve des lésions d'angiocholite et de péri-angiocholite, avec petits abcès biliaires, dus probablement, ajoutent Charcot et Gombault, à la présence de nombreux vibrions dans la bile altérée au-dessus de la ligature.

L'ensemble de ces lésions est très comparable à celles que l'on observe au cours de l'obstruction calculeuse du cholédoque ou de la cirrhose hypertrophique avec ictère.

Comparant ces lésions de la cirrhose biliaire avec celles de la cirrhose atrophique, Charcot et Gombault (') arrivent à résumer leur opposition dans les termes suivants, qui sont devenus classiques : La cirrhose atrophique est une hépatite interstitielle d'origine veineuse par 'phlébite des veines portes interlobulaires et prélobulaires ; elle est à la fois annulaire, multilobulaire et, exlralobulaire. La cirrhose hypertrophique biliaire est insulaire, péri-lobulaire et intra-lobulaire. Nous verrons qu'avec quelques adjonctions de détail cette double formule est restée vraie dans son ensemble.

A la description de Charcot et Gombault, Chambard(2) ajoute un détail intéressant : c'est qu'après la ligature du cholédoque il existe, dans la zone moyenne des lobules, des foyers triangulaires où les cellules hépatiques sont claires et comme vitreuses, sans noyau colorable et présentant tous les caractères de la nécrose dite de coagulation.

Telle était, vers 1877, la systématisation admise'pour les cirrhoses du foie. Elle contenait une grande part de vérité, mais le cadre était trop étroit, et une série d'autres formes de sclérose hépatique ont conquis depuis leur droit à l'existence.

C'est ainsi que Hutinel, et presque simultanément Sabourin, observaient en 1881 la cirrhose hypertrophique graisseuse des tuberculeux alcooliques; que Kelsch et Kiener étudiaient l'hépatite et la cirrhose paludéenne; que Hanot et Chauffard, en 1885, étudiaient la cirrhose hypertrophique pigmenlaire du diabète sucré; que Hanot et Lauth, tout récemment, faisaient de même pour la cirrhose tuberculeuse du foie.

D'autre part, les types cliniques des grandes formes de cirrhose ne sont pas tellement immuables qu'ils ne puissent, dans une certaine mesure, se combiner, et Dieulafoy (3) créait pour ces cas intermédiaires la dénomination de cirrhoses mixtes.

Dans ces dernières années, sous l'influence de l'extension chaque jour plus grande prise en pathologie expérimentale par les doctrines de la chimiotaxie, de la phagocytose, et des actions toxiniques, notre conception générale descirrhoses s'est transformée. J'ai montré que, là où nous n'étions habitués à considérer que des lésions et des états pathologiques, il fallait voir un processus de défense organique, une manière de résister du foie, « un indice qui trahit la

(*) Charcot et Gombault. Contribution à l'étude anatomique des différentes formes de la cirrhose du foie. Arch. de ph'js , 1876, p. 455. (3) Chambard. Arch. de phys., 1877, p. 718.

(3) Dieulafoy. Manuel de path. int., t. II. p. 189; et E. Guiter. Des cirrhoses mixtes. Thèse de Paris, 1881.

ÉTIOLOGIE ET CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES CIRRHOSES.

médiocre intensité d'action de l'agent irritant, en même temps que la défense de l'organe devant l'agression; si bien que la cirrhose semble, jusqu'à un certain point, une réaction protectrice, au moins à son début, une sauvegarde de l'intégrité cellulaire du foie. Mais cette lésion scléreuse devient à son tour perturbatrice et pathogène, tient sous sa dépendance une série de symptômes, constitue enfin une maladie hépatique autonome, ayant son évolution, ses complications, sa gravité personnelle (') ».

De nombreux exemples, empruntés à la pathologie humaine ou expérimentale, permettent de dire que la réaction dégénérative ou scléreuse du foie « est toujours affaire de nocivité, de doses et de durée, du type fort ou faible de l'agression organique subie (r) ». Le même poison peut ainsi, suivant son déterminisme d'action, provoquer toute une gamme de réactions très variées.

La chimiotaxie, positive ou négative, est la première expression de ce complexus réactionnel.

C'est par hyperleucocytose locale que se fait l'afflux diapédétique des leucocytes qui vont, de connivence avec les cellules hépatiques, jouer le rôle de phagocytes, intervenir dans la lutte contre les microbes, toxines ou poisons (A. Chauffard). Ceux-ci sont apportés par des canaux vecteurs, biliaires ou sanguins, et ainsi s'explique la systématisation péricanaliculaire des cirrhoses au début.

D'après Achard et Lœper(3), dans ces réactions scléreuses des organes, il existe toujours une réaction mononucléaire locale très abondante, à laquelle s'ajoute la prolifération des éléments conjonctifs et souvent des mastzellen.

Nous comprenons donc maintenant quelle est la signification de ces infiltralions embryonnaires, de ces traînées ou nappes diapédétiques, toujours signalées au début ou au cours des cirrhoses, et qui ne sont que la figuration histologique d'une chimiotaxie positive, d'une barrière protectrice opposée à l'action nocive du poison pathogène.

Ainsi s'est complété peu à peu ce chapitre si vaste «le la pathologie hépatique, et chaque nouveau progrès nous a amené à une compréhension plus large des lésions, et surtout de la pathogénie.

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