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Fllaria sangninis hominis

(D'après Lewis.)

HÉMATOzoAmE DE Laveran. — Jusqu'aux travaux de M. Laveran (') on inclinait à penser que Vinipaludisme était lié à l'infection de l'organisme par un parasite végétal. Cet observateur a renversé cette hypothèse et établi le rôle d'un parasite animal, qui est analogue à certains parasitaires de la grenouille, du lézard, de la tortue, du geai, de la corneille, de la chouette, etc., et qui, comme ces êtres, doit être rangé en histoire naturelle dans la classe des sporozoaires à côté des coccidies.

L'hématozoaire de Laveran se montre dans le sang des paludéens sous 4 formes principales qui prennent les désignations de corps sphériques, de flagella, de corps en croissant, de corps segmentés ou en rosace.

Les corps sphériques ont de 1 à 8 p. de diamètre; ils sont formés d'une substance transparente contenant le plus souvent des grains pigmentaires noirs régulièrement ou irrégulièrement disposés. La substance hyaline des corps sphériques est douée de mouvements amiboïdes et les grains pigmentaires sont

(') Selon Guiléras, la filaire pourrait être constatée non seulement chez les individus vivant ou ayant vécu sous les tropiques, mais encore chez des individus n'ayant pas quitté certaines contrées du Nord.

('^) D'après P. Manson, la maladie désignée sous le nom de Sommeil des nègres serait également engendrée par la filaire.

(^) Laveran, Du paludisine et de son hématozoaire. Paris, 1891.

lA. GILBERT.^

MALADIES DU SANG

souvent animés d'un mouvement très vif. Tantôt ces corps sont libres dans le plasma sanguin et tantôt accolés aux hématies (fig. 6).

Les flagella sont fins, transparents, d'une longueur de 21 à 28 [j.. Quelquesuns sont libres; la plupart sont insérés par une de leurs extrémités sur un corps sphérique. Certains corps sphériques en possèdent deux, trois ou quatre. Lorsqu'un corps sphérique présente plusieurs flagella, ceux-ci s'attachent sur le même point ou se disposent d'une façon symétrique. L'extrémité libre des flagella offre habituellement un petit renflement piriforme; quelquefois aussi d'autres renflements existent dans la continuité des flagella. Libres, les flagella se déplacent avec rapidité; attachés, ils impriment au corps sphérique duquel

ils émanent des mouvements plus ou moins étendus, cinglant et chassant les hématies qui viennent à leur contact (fig. 6).

Les corps en croissant sont des éléments cylindriques incurvés et effilés à leurs extrémités, souvent réunies par une ligne très fine. Ils sont composés par une substance translucide, renfermant vers la partie moyenne des grains de pigment noir. Leur longueur est de 8 à 9 ji. et leur largeur de 2 |j. environ. Ces corps sont toujours libres, dépourvus de flagella, inertes et chargés de pigment immobile (fig. 6).

Les corps segmentés ou en rosace sont sphériques, pigmentés au centre et régulièrement segmentés. D'après Golgi, cette forme aurait une grande importance, car elle représenterait le principal mode de multiplication du parasitaire.

Si l'étude histologique permet de fixer minutieusement les aspects divers de l'hématozoaire du paludisme, on ignore à peu près complètement le mécanisme de ses modifications successives, et l'on ne sait rien de l'état où il se trouve dans la nature, en dehors de l'organisme humain.

Les formes jeunes semblent représentées par les corps sphériques de petite taille qu'on rencontre surtout dans les fièvres récentes ; les coi'ps en croissant appartiennent principalement à la cachexie paludéenne.

L'image microscopique la plus frappante est fournie par les flagella; mais ceux-ci manquent, ou du moins échappent à l'observation, dans le plus grand nombre des cas. D'ailleurs, les divers aspects du parasite sont également pathognomoniques.

Lorsque le paludisme se manifeste par des accès fébriles intermittents, si l'on veut rechercher l'hématozoaire de Laveran, il faut choisir, pour l'examen du sang, les instants qui précèdent l'accès, ou le début de l'accès lui-même. Les cas dans lesquels les malades n'ont pas encore pris de quinine sont les plus favorables.

Fro. 6. — Hématozoaire du paludisme.

(D'après M. Laveran.) Dans celte figure, on voit successivement une hématie à laquelle sont accolés deux corps sphériques, une hématie à laquelle est accolé un corps sphérique plus volumineux, deux corps sphériques lihres plus volumineux encore, un corps sphérique pourvu de trois flagella, un flagellum libre, deux corps en croissant, et enlin trois corps en rosace, dont l'un est segmenté et désagrégé.

SÉMIOLOGIE DU SANG.

On aura recours à la simple préparation de san^ frais qui a, sur les préparations sèches colorées, Tavanlage de laisser aux flafjfella leur mobilité.

Grâce aux mouvements que ces éléments impriment aux hématies, on pourra, dans certains cas, malgré leur extrême transparence, reconnaître leur présence ; mais, le plus souvent, les corps sphériqucs seuls, que la privation de noyaux distingue radicalement des leucocytes mélaniicrcs, seront aisément décelés par l'observateur.

Tandis que M. Lavcran a toujours soutenu et admet encore l'unité du paludisme, la grande majorité des auteurs italiens soutiennent la multiplicité d'infections différentes. Il existerait pour eux un rapport constant entre la forme parasitaire et le type fébrile et chaque accès serait en corrélation avec le cycle évolutif d'une génération de parasites (Golgi et Canales, Grossi et Feletti, Bignami, Machiafava et Celli).

Parasites microbiens. — Un grand nombre d'espèces microbiennes ont été rencontrées dans le sang périphérique ou dans le sang des viscères; il faut citer notamment le spirille d'Obermeier, la bactéridie charbonneuse, le bacille de Koch, le bacille de la morve, le bacille d'Eberth, le coli-bacille, le pneumocoque, le streptocoque et les staphylocoques, le cocco-bacille de la peste, le gonocoque, le microbe du rhumatisme articulaire aigu.

Spirilles d'Obermeier. — On sait, depuis les recherches d'Obermeier ('), que la fièvre récurrente est engendrée par un spirille, présentant de 10 à 20 spires d'égal rayon (fig. 7). Sa longueur est de 10 à 40 sa minceur est remarquable, particulièrement aux extrémités qui se terminent en s'effilant; son diamètre ne dépasse pas le quart ou le tiers de celui du bacille-virgule. Cet organisme est doué de mouvements rapides autour de son axe longitudinal et possède parfois aussi des mouvements de latéralité. Il conserve sa mobilité pendant plusieurs jours dans le sérum sanguin ou dans une solution saline, mais la perd dans la glycérine.

Sacharoff avait exprimé l'idée que les spirilles d'Obermeier étaient une émanation de corps proto- 7 spiiiiies d oijcrmeicr

plasmiques amiboïdes, à la façon des flagella du (D'après nue préparai ion due à

, ,. , Ti 11 . 1 1. • .■ l'obliscancedeM.Melchnikoff.)

paludisme devenus libres; d ou la désignation àliématozoon de la fièvre récurrente par lui

proposée; mais il a récemment reconnu l'inexactitude de ses observations.

Les spirilles apparaissent immédiatement avant les accès et disparaissent peu de temps avant la crise ou défervescencc. Dans les intervalles apyrétiques qui séparent les accès ou rechutes ils font défaut dans le sang; on y trouve de petits corps réfringents remarqués par Sarnow et considérés par von Jaksch comme les spores des spirilles.

Deux opinions sont émises sur le mode de disparition des spirilles du sang.

D'après l'une, ils seraient tués dans le sang par la température élevée qu'ils

(') Obermeier, Vorlvomnien feinsler, eine Eigenijcwegung zeigender Fadcn ins Blulc on Recurens-Kranken. Cenlralbl. f. med. Winsens., 1872, Bd. II, S. 145.

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MALADIES DU SANG

ont provoquée, laissant des spores qui mettraient huit jours à se transformer en spirilles. Alors se produirait un nouvel accès fébrile amenant la mort des micro-oi'ganismes adultes, mais pouvant encore permettre la survie des spores.

D'après une seconde opinion émise par Ponfick, pendant Fapyrexie les spirilles se trouveraient dans la rate. Cette supposition a été vérifiée par M. Metchnikoff en 1887 et de nouveau récemment par Soudakewitch('). Profitant de la découverte de Carter et de Koch sur la réceptivité des singes vis-à-vis de la fièvre récurrente, ces bactériologues ont pu, en inoculant un certain nombre d'animaux et en les sacrifiant à diverses phases de la maladie, constater qu'on n'observe pas de phagocytose ni de destruction des spirilles dans le sang; qu'avant la crise les spirilles qui sont parfaitement vivants se rassemblent tous dans la rate et y sont englobés par les microphages ou leucocytes à noyaux lobés, alors que ni le foie, ni les reins, ni les ganglions lymphatiques, ni la moelle des os ne contiennent de spirilles. Si dans diverses maladies infectieuses les éléments de la rate prennent une part importante dans la lutte que l'organisme soutient contre les microbes, si même dans certaines, comme la fièvre typhoïde, le rôle principal appartient à la rate, dans la fièvre récurrente la rate serait le terrain exclusif de la lutte.

Pour rechercher les spirilles, on peut s'adresser à la préparation du sang frais qui permet de reconnaître la mobilité de ces organismes ou à la préparation de sang sec coloré avec une solution alcaline de fuchsine. D'ordinaire une simple gouttelette de sang contient un nombre considérable de spirilles. Lorsqu'ils sont rares, il convient de recourir à la méthode indiquée par Gunther(^) : faire agir pendant 10 secondes une solution d'acide acétique à 5 pour 100 sur une préparation de sang sec fixé par la chaleur, dessécher, neutraliser en exposant la lamelle aux vapeurs de l'ammoniaque, colorer au moyen de la solution de violet de gentiane et d'aniline d'Ehrlich, laver à l'eau, sécher, éclaircir, monter dans le baume au xylol. Les hématies dont l'hémoglobine a été dissoute ne se colorent pas et les spirilles se distinguent plus aisément. Leur mise en évidence est caractéristique de la fièvre récurrente.

Bactéridie charbonneuse. — L'évolution du charbon comprend deux phases distinctes : la première est marquée par l'apparition d'un accident local, la pustule maligne; la seconde par l'addition à cet accident de phénomènes généraux. A la première phase le charbon est curable, à la seconde il est inévitablement mortel.

Le diagnostic du charbon peut être établi d'une façon certaine à la première période, par l'examen bactériologique du liquide pustuleux. L'étude du sang permet de reconnaître si l'infection est devenue générale, et si par conséquent la maladie est entrée dans la phase inéluctablement fatale.

La culture du sang et son inoculation sont à cet égard très précieuses, car elles fournissent des résultats posiufs, même alors que l'infection sanguine est à son minimum. Mais malgré que certains animaux, tels que la souris, soient sensibles à l'inoculation bactéridienne au point qu'elles succombent en moins de vingt-quatre heures, le sang rempli de germes, l'inoculation comme la culture a

(') SouDAKEWiTCH, Rcclierches sur la fièvre récurrente. Annales de i Institut Pasteur, 1891, p. 545.

(-) GuNTHER, Fortschritte d. Med., J885, Bd. III, S. 755.

SEMIOLOGIE DU SANG.

le désavantage de ne pas pouvoir donner à une question, qui se pose d'une façon pressante, une solution immédiate.

Depuis Pollender('), Brauell, Davaine(^), on sait que le simple examen microscopique du sang est capable de remplir ce desideratum dans la majorité des cas. Il sera bon de recourir successivement à la préparation desangfrais,qui montre la bactéridie dans son immobilité, et à la préparation sèche simplement colorée avec une solution aqueuse de fuchsine, lavée dans l'eau et montée dans la glycérine, qui laisse apercevoir les parasites plus aisément.

Ceux-ci offrent la forme de bâtonnets rectilignes de 5 à 20 p. de long (fig. 8), qui, à un grossissement de 600 à 700 diamètres, se montrent fragmentés en articles courts de 1,5 à 2 p. de longueur sur 1 p. à li',5 de largeur, placés bout à bout, comme les anneaux d'un taenia. Les extrémités de chaque article sont légèrement renflées et donnent à l'ensemble des bâtonnets l'aspect de bambous. Des espaces clairs, la plupart de forme lenticulaire, existent au niveau des interstices des articles-, ils résultent de ce que ceux-ci sont creusés à leurs extrémités. Enfin une capsule enveloppe les bâtonnets dans toute leur étendue (Gratia). Jamais les bactéridies ne prennent dans le sang les formes filamenteuses qu'elles revêtent dans les milieux de culture; elles n'y produisent également pas de spores et s'y multiplient uniquement par scissiparité.

Fig. 8. — Bactéridie charbonneuse. (Prcpai-alioii faite non avec du sang liumain, mais avec du sang de cobaye mort 56 heures après l'inoculation. )

Bacilles de la. tuberculose et de la morve. — Pour la recherche des bacilles de la tuberculose dans le sang, on s'adressera soit au procédé classique d'Ehrlich, soit aux méthodes plus rapides d'Herman ou de Ziehl.

C'est seulement, on le conçoit, au cours de la tuberculose granulique aiguë, pour laquelle on a d'ailleurs proposé la désignation de bacillémie, que Meisels('), Rûtimayer et d'autres observateurs ont relevé dans des préparations de sang la présence des bacilles de Koch. Ils sont peu nombreux, et leur découverte nécessite une grande patience ; mais elle est pathognomonique.

Liebmann a insisté sur l'apparition commune des bacilles de Koch dans le sang des phtisiques soumis à l'action de la tuberculine, et de cette constatation l'on a fait une arme nouvelle contre l'usage de ce remède ; mais les affirmations de cet auteur n'ont pas généralement été confirmées.

Selon von Jaksch, le bacille de la morve povu'rait être également rencontré dans des préparations de sang. Si l'on avait l'occasion de rechercher ce microorganisme, l'on devrait traiter les préparations de sang sec par le procédé de Loeffler.

(') PoLLE.N'DER, Cusper's Viertcljahressch. /'. gerilliche ii. offenlliche Mcd., 8, 103, 1853. {-) Davaine, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 37, 220, 1863. (=) Meisels, Wiener mcd. Woch., 34, 1149, 1187, 1884.

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MALADIES DU SANG

Bacille d'Eberth et colibacille. — • Le bacille d'Eberth a été vainement cherché clans le sang du doigt ainsi que dans le sang veineux des lypldques par divers microbiologistes. Le sang des taches rosées, par contre, a fourni à Newhaus 9 résultats positifs sur 15 cas examinés et la ponction de la rate, plus favorable encore, a permis à Maragliano, à Lucatello, à MM. Chantemesse et Widal d'y recueillir le bacille d'Eberth dans tous les cas.

Le colibacille a été pour la première fois rencontré dans le sang d'un individu afTecté de choléra nostras par Girode et moi('). Nous l'avions obtenu par la ponction du poumon; depuis, il a été retiré du sang du foie par Hanot dans un cas d'ictère grave et du sang périphérique dans diverses infections, notamment dans Vinfection icrinaire (Sittmann et Barlow).

Pneumocoque, streptocoque, staphylocoques. — Dans la pneumonie, le sang périphérique ne charrie qu'exceptionnellement le pneumocoque, si ce n'est aux approches de la mort. Le sang du foie n'est pas moins souvent stérile, et, dans le cours de l'année 1896 avec mon interne Grenet("'^), j'ai pu y chercher l'organisme de Talamon, chez 14 malades dont 6 ont succombé, sans l'y rencontrer une seule fois. La pneumococcémie peut d'ailleurs se produire en Jehors de la pneumonie.

De même que le pneumocoque chez les pneumoniques, le streptocoque chez les érysipélateux ne fait irruption dans le sang qu'à l'agonie, La streptococcémie , toutefois, est beaucoup plus commune que la pneumococcémie : outre qu'elle peut compliquer les angines à strcptocoqties {YrnenkGl), la scarlatine (M. Raskin), outre que scion Petruschky et Jakowski, contrairement à l'opinion de Straus, elle est fréquente chez les tuberculeux dont elle expliquerait la fièvre hectique, elle est encore et surtout la raison première de la majorité des cas d'infection purulente cldrurgicale (Arloing et Chantre) et d'uifection puerpérale (Doléris, Widal).

La staphylococcérnie peut accompagner le furoncle, Y anthrax, V ostéomyélite et comme la streptococcémie, à laquelle elle s'associe quelquefois, elle peut découler de Vinfection d'une plaie chirurgicale ou de la plaie utérine réalisée par l'accouchement.

D'après Sittmann (^), la constatation de staphylocoques dans le sang comporterait un pronostic moins sombre que celle du pneumocoque et du streptocoque, la pneumococcémie et la streptococcémie pouvant d'ailleurs elles-mêmes se terminer par la guérison.

Gonocoque. — Les cas de septicémie gonococcique dans la blennorragie sont extrêmement rares. Il n'en existe que cinq à six observations dans la littérature. Il est d'ailleurs exceptionnel qu'on puisse déceler le gonocoque dans le sang, même en pratiquant de larges ensemencements.

Microbe du rhumatisme articulaire aigu. — Récemment M. Achalme a décrit dans le sang des malades atteints de rJiumatisme articulaire aigu un gros bacille

(') A. GiLDERT et J. Girode, Contribution à l'étude clinique et bactériologique du choléra nostras. Bull. Soc. méd. des hûp., 6 février 1891. (-) Voir thèse de Grenet. Le foie pneumonique. Paris, 1899.

1^) Sittmann, La bactériologie du sang dans les septicémies. Dcutscl.e Arch. fur klin. Med. Bd. LUI, S. 322, -1894.

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anaérobie. Retrouvé par M. Thiroloix et divers auteurs, il semble se rencontrer assez souvent au cours de l'affection. MM. Triboulet et Coyon ont rencontré d'autres parasites dans le sang et la question est encore actuellement à l'étude.

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