TEIGNE TONDANTE A PETITES SPORES
Cette affection, qui constitue la forme la plus fréquente des teignes tondantes à Paris (60 pour 100 d'après Sabouraud), et à Londres (XÛ à 90 pour 100 d'après C.Fox et M. Morris), est inconnue ou presque inconnue dans certaines villes de P^rance, dans le midi et l'est de l'Europe.
Elle est causée par le microsporon Audouini, parasite étudié pour la première fois par Gruby qui avait improprement donné le nom de pelade aux cas dans lesquels il l'a découvert; Bazin, dans des termes peu clairs, avait reconnu l'erreur de Gruby, et attribué ce parasite à la trichophytie. Sabouraud a bien montré que le microsporon diffère des trichophytons par ses caractères botaniques, et que la teigne qu'il provo{[ue a des caractères cliniques particuliers.
La tondante microsporique est caractérisée par des taches arrondies ou ovales, de 5 à 5 centimètres de large, ordinairement couvertes de squames blanches adhérentes, peu nombreuses et d'aspect poudreux ; sur toute son étendue, les poils sont fragiles ou cassés, et cassés non pas au niveau de la peau, mais à 6 ou 7 millimètres au-dessus d'elle; on peut même en trouver de plus longs encore.
Lorsqu'on cherche à arracher les poils qui persistent, on constate tout d'abord qu'ils viennent avec facilité, et, comme ils sont longs et nombreux sur la plaque, il est très habituel d'en arracher simultanément plusieurs formant une sorte de faisceau irrégulier.
Ces poils sont tous complètement entourés, à leur base et sur une longueur de 5 à 5 millimètres, d'une gaine grise très spéciale, d'aspect terne, comme si le cheveu avait été saupoudré de cendre finement pulvérisée.
Cette gaine, d'ailleurs, peut être conslalée sur une étendue de !2à 5 millimètres à la base des poils avant leur arrachement.
Les plaques de tondante microsporique ne se présentent avec leurs caractères nets qu'avant tout traitement; cependant, même sur une plaque traitée, ou reconnaît encore la nature de la maladie à la dimension des plaques, plus considérable que dans les autres tondantes, à leur coloration légèrement grise et surtout à la gaine grise qui entoure les poils arrachés.
L'examen microscopique du poil parasité (et celui-ci est facile à reconnaître à sa gaine, facile à arracher, parce qu'il est long et sensiblement moins fragile que dans la teigne trichophytique) est démonstratif : le parasite ne forme pas des traînées régulières de spores comme dans la trichophytie: il constitue, autour du poil, une enveloppe continue (c'est la gaine constatée macroscopiquement) formée par des spores arrondies, toutes de dimensions égales et petites (2 à 5 jx), nettement limitées, tassées les unes contre les autres et rappelant assez l'aspect des grains du tapioca dans le bouillon. Il est facile de s'assurer que les spores n« pénètrent pas dans le cheveu.
Lorsqu'on examine, après simple éclaircissement de la préparation par la potasse, un cheveu atteint de teigne microsporique, on ne peut y constater la
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présence de mycélium ; pour le distinguer, il faut décortiquer le cheveu, le chauffer lentement et longuement dans la potasse et le colorer avec l'éosine ou mieux avec la thionine phéniquée. Il apparaît alors sous la forme de rubans minces et bifurqués au milieu des cellules corticales du cheveu.
En culture sur agar au moût de bière, le microsporon Audouini donne un disque blanc formé de cercles concentriques alternativement glabres et duveteux.
Les caractères morphologiques qui différencient le microsporon des trichophytons et le font classer dans un genre distinct sont tirés de la disposition de son mycélium et de son mode de reproduction : ils sont d'ordre trop spécialement botanique pour pouvoir être exposés ici. Il suffit, pour l'étude et le diagnostic cliniques, de connaître les caractères grossiers décrits ci-dessus.
La teigne microsporique s'accompagne beaucoup plus rarement que la teigne trichophytique de lésions des parties glabres de la face, qui sont toujours peu considérables.
Elle constitue la forme la plus grave des teignes tondantes, en raison de sa longue durée, qui est en moyenne de dix-huit mois, mais peut atteindre quatre à six ans, sans qu'aucun traitement en vienne à bout; elle guérit spontanément aux environs de la puberté. ,
Elle est encore grave en raison de .sa contagiosité extrême et telle que, dans les écoles, elle peut atteindre en quelques mois tous les enfants en âge de la contracter.
TEIGNE TONDANTE A TRICHOPHYTON ENDOTHRIX, A CULTURES CRATÉRIFORMES
Cette forme de trichophytie, qui paraît propre à l'homme, est, à Paris, la plus fréquente des teignes tondantes, après la tondante microsporique. Cette tondante se caractérise par des taches nombreuses, toutes très petites, dont certaines correspondent à 5 ou 6 cheveux seulement et qui, en raison de leurs petites dimensions, risquent bien plus de passer inaperçues que celles de la tondante microsporique. Ces taches , un peu squameuses au centre, à bords légèrement surélevés et rosés au début, sont recouvertes de petites squames épidermiques et de très fines vésicules, qui disparaissent dans la suite.
Sur ces plaques, on voit persister un certain nombre de cheveux sains, ayant conservé toute leur longueur. Jamais l'épilation ne permet d'enlever, comme dans la teigne microsporique, un faisceau de cheveux fragiles et malades. Les poils malades, difficiles à apercevoir au premier abord et plus difficiles à arracher, sont i-eprésentés par des points noirs, ayant 2 à 5 fois le diamètre d'un cheveu normal; lorsqu'on les extirpe, on constate que ces poils sont incurvés dans l'épiderme, en crochet ou en points d'interrogation, et qu'ils sont très friables .
Lorsqu'on porte sous le microscope un de ces fragments de cheveu (et ce sont seulement ces fragments et non les cheveux ayant conservé leur longueur normale qu'il faut examiner si on veut trouver le parasite), on voit des sporesréfringentes à double contour, de 3 (ji. de large sur 5 à 6 [a de long, disposées en chapelet ou en chaînes; ces chaînes, divisées dichotomiquement, à peine flexueuses, suivent la direction du cheveu ; elles sont situées dans l'intérieur du poil, et si nombreuses, sur certains cheveux, qu'elles les remplissent presque entièrement; le mycélium est résistant lorsqu'on écrase la préparation; les. spores se détachent bien, mais en fragments assez longs.
LES TRICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES.
La culture de ce trichophyton sur agar au moûl de bière est jauue, poudreuse, son centre est ombiliqué et repose sur une saillie régulièrement arrondie en l'orme de fragment de sphère ; à la périphérie, on voit des sillons frangés de même coloration, également poudreux.
La tondante à trichophyton endothrix dure en moyenne dix-huit mois comme la tondante microsporique ; on la voit rarement persister deux et trois ans, comme il arrive pour cette dernière ; cependant elle peut durer aussi fort longtemps. Elle est moins nettement influencée par la puberté que la tondante microsporique, et on peut l'observer encore à vingt et vingt-deux ans, sous la forme de petites taches disséminées.
Pendant toute sa durée, tant qu'il persiste un poil malade, il peut se faire des inoculations nouvelles sur le cuir chevelu.
Il est fréquent d'observer dans celte forme des lésions des parties glabres, désignées par E. Besnier sous le nom de trichophytie accessoire des teigneux, caractérisées par de petites taches roses lenticulaires, arrondies, légèrement saillantes, squameuses à leur centre, occupant la lisière du cuir chevelu, ou quelque point du visage ou des oreilles.
TEiaXE TONDANTE PELADOÏDE, PRODUITE PAR LE TRICHOPHYTON ENDOTHRIX, A CULTURE ACUMINÉE
Cette forme de tondante, désignée par Saboiu'aud sous le nom de tondante peladoïde, en raison d'une analogie un peu éloignée avec les plaques de pelade, est, à Paris, un peu moins fréquente que la précédente; à elles deux, elles constituent les 2/") des cas de tondante trichophytique.
Elle est caractérisée par une plaque généralement unique, atteignant très rapidement 5 à 7 centimètres de diamètre, jamais tout à fait ronde, le plus sauvent à contours irréguliers, et poussant des prolongements sur les parties adjacentes. Plus rarement, il existe un grand nomijre de plaques de petites dimensions. A la surface, on voit par places quelques cheveux ayant conservé leur longueur normale. Tous les cheveux malades sont cassés au ras delà peau, représentés par des points noirs très nombreux, rappelant les comédons acnéiques; ces points sont inclus dans l'épiderme , incurvés dans l'épaisseur même de la couche cornée.
Il est fréquent de voir des inoculations secondaires sur la peau glabre.
Cette forme de teigne s'observe surtout chez l'enfant, mais peut se rencontrer également chez l'adolescent. Sabouraud l'a même vue chez des sujets de dix-sept et de vingt-deux ans.
Le cheveu malade (et ici encore, comme pour la forme précédente, il est difficile à extraire de la peau) .est toujours réduit à l'état de fragment très petit. microscope, on constate que le parasite est contenu dans le poil lui-même et formé de spores arrondies, volumineuses, de 5 à 7 [a de largeur, de dimensions \\n peu inégales, à doubles contours, disposées en files irrégulières et moniliformes ; ces spores n'adhèrent pas les unes aux autres, de sorte ({ue la pression sur la plaque les dissocie et les fait flotter une à une dans la prc'paration (trichophyton à mycélium fragile).
Sur gélose au moût de bière, la culture de ce trichophyton forme un monticule saillant d'un gris foncé avec des incisurcs radiées au nombre de 5 à 10, qui pai'tagent le monticule en secteurs; le centre du monticule est d'un gris TiurrÉ DE MÉDECINE, 2" édiL — IIL 4
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un peu brun ; sa base est couverte d'une poudre grisâtre qui forme autour de lui une aréole ; sa périphérie est rayonnée, et les prolongements des rayons au delà du monticule sont recouverts de la même poudre brune.
Cette forme de tondante est d'origine humaine. Sa durée est un peu moindre que celle de la forme précédente.
TEIGNES TONDANTES D'ORIGINE ANIMALE, A TRICITOPHYTON ECTOTHRIX
Les teignes tondantes d'origine animale sont rares et relèvent d'espèces trichophytiques différentes, qui ne se prêtent pas à une description d'ensemble. D'autre part, leur rareté ne justifierait pas une étude particulière de chacune d'elles.
D'une façon générale, on peut dire que ces teignes tondantes sont caractérisées, outre des altérations pilaires variables et généralement accompagnées du développement d'une gaine autour des poils, par la présence de lésions suppuratives, telles qu'une foUiculite à petits éléments plus ou moins nombreux ou des croûtes d'apparence impétigineuse.
Nous verrons plus loin qu'une folliculite intense caractérise une forme particulière de trichophytie d'origine animale, à laquelle le nom de tondante ne convient plus, à cause même de l'intensité de la réaction inflammatoire.
Les teignes tondantes d'origine animale s'accompagnent de lésions circinées, ordinairement suppuratives à un degré plus ou moins accusé, des parties glabres.
Le poil, dans ces diverses tondantes, présente des filaments mycéliens situés à sa surface (trichophyton ectothrix).
Les parasites qui les causent ont pu être identifiés dans certains cas aux trichophytons du cheval, du chat, etc.
Elles sont toutes remarquables par la rapidité de leur guérison, qui se fait en deux ou trois mois, et contraste avec la longue durée des trichophyties d'origine humaine.
Diagnostic général des teignes tondantes. — Les teignes tondantes risquent d'être méconnues plus encore que d'être confondues avec d'autres affections du cuir chevelu. Tout d'abord certaines d'entre elles ont des caractères peu frappants qui les font bien souvent passer inaperçues. Une autre raison risque de les faire méconnaître, c'est que, si on ne choisit pas avec discernement les poils à examiner, on peut ne pas constater la présence du parasite; il est indispensable en effet, et nous y avons déjà insisté, de savoir où doit se trouver le parasite avant de le rechercher.
La pelade se distingue des teignes tondantes par l'aspect uni et lisse de ses plaques dépourvues de poils et de fragments de poils ; cependant, dans certains cas désignés sous le nom de pelade pseudo-tondante, où de nombreux cheveux fragiles se sont rompus près du niveau- de la peau, le diagnostic peut devenir embarrassant, si on ne cherche avec attention les autres caractères du poil. Le poil peladique n'est pas augmenté de volume comme le poil trichophytique ; s'il est fragile, il peut être facilement extrait en entier de la peau et ne se laisse pas écraser par la pince, son extrémité est atrophiée, il n'est jamais entouré d'une gaine comme le poil parasité par le microsporon ; enfin l'examen microscopique ne permet pas de reconnaître la présence de spores soit à sa surface soit dans son épaisseur. Le diagnostic de la pelade peut souvent être présumé
LES TRICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES.
en tenant compte de l'âge des malades, car la pelade à cheveux fragiles se développe encore à un âge où la tondante ne s'observe plus.
Les eczémas du cuir chevelu se distinguent de la tondante par leur ditl'usion plus considérable et par l'absence de zones tonsurées, circinées, par l'absence de poils cassés; si, dans l'eczéma, certains cheveux ont une fausse gaine incomplète, cette ^gaine est plus molle et plus brillante que dans les teignes tondantes et les cheveux qui en sont entourés ont conservé toute leur longueur.
La séhort'hée du cuir chevelu donne lieu parfois à des plaques grises, arrondies, légèrement squameuses; mais on ne voit à leur surface aucun cheveu cassé ou entouré d'une gaine grise et terne, les squames qui les recouvrent sont fines et moins adhérentes que dans les diverses tondantes.
Le psoriasis peut donner lieu à des plaques arrondies, nettement délimitées, mais les squames sont plus épaisses que dans les tondantes, il n'y a pas de cheveux cassés ; il existe d'ailleurs, presque toujours, en même temps que les lésions du cuir chevelu, des plaques psoriasicpies caractéristiques aux lieux d'élection, particulièrement aux coudes et aux genoux.
Le favifs donne lieu à des godets caractéristiques ou , lorsque ceux-ci sont tombés, à des plaques cicatricielles et alopéciques irrégulières, au niveau desquelles on trouve quelques cheveux généralement gros et secs , ternes, d'aspect spécial et ayant conservé toute leur longueur. Dans la forme pityriasique du favus, où les godets sont à peine apparents, les squames sont plus épaisses que dans les tondantes et l'alTection a toujours une durée beaucoup plus longue que celle des tondantes.
Traitement. — Un grand nombre de traitements ont été proposés contre la teigne tondante, la plupart vantés trop prématurément, avant une observation assez étendue et assez minutieuse.
La prétention de presque tous les traitements de la teigne tondante a été d'agir comme parasiticides, et de détruire in situ le champignon pathogène. Une semblable prétention semble irréalisable ; la parasite est situé, soit dans le cheveu lui-même où il est protégé par l'enveloppe de celui-ci, soit à la surface du cheveu, mais à l'intérieur du follicule dont la paroi est directement appliquée contre lui, si étroitement appliquée que les parasiticides les plus pénétrants ne peuvent y parvenir. En réalité, comme l'a fait observer E. Besnier('), les parasiticides agissent plus souvent en (jualité d'irritants ou d'agents d'exfoliation et d'expulsion du cheveu.
Les tondantes guérissant toutes sans laisser d'alopécie consécutive, il importe de ne pas déterminer d'alopécie thérapeutique, et pour cette raison nombre des agents préconisés contre les tondantes doivent être proscrits.
Les recherches récentes si remarquables sur la parasitologie des tondantes n'ont en rien modifié leur thérapeutique qui reste, comme il y a dix ans, représentée en première ligne par l'épilation et par les applications de substances susceptibles d'exfolier l'épiderme et d'entraîner, avec l'épiderme exfolié, les parasites qu'il peut recéler, et qui peuvent être l'origine de réinoculations. A ces moyens il convient de joindre des lavages répétés du cuir chevelu, toujours dans le but d'empêcher les réinoculations.
(') E. Besnier, Considoiations sur les affeclions parasitaires et leur traitement. Acad. de médecine, 8 janvier 18Si.
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En conséquence, dans i ouïes les formes de teigne tondante, la première prescription doit être l'épilation de toutes les plaques et d'une bordure de 1 centimètre environ autour de la périphérie de toutes les plaques, cette bordure servant de zone de protection aux parties saines.
Après l'épilation, badigeonnages, répétés une ou deux fois par semaine, de teinture d'iode pure ou de solution d'iode'au 50(K dans de l'eau iodurée.
Le badigeonnage à l'iode de toute la tèle avant l'épilation est à la fois un moyen prophylactique très utile et un moyen de reconnaître plus facilement les taches multiples d'inoculation, qui échapperaient à l'examen et qui prennent, sous l'action de l'iode, une coloration brune plus apparente.
L'enfant sera en outre soumis à des .lavages quotidiens de tout le cuir chevelu avec de l'eau chaude et du savon mou de potasse, ou mieux avec un savon au goudron, ou à des frictions avec un liquide alcoolique.
Pendant toute la durée de la maladie, les cheveux seront tenus absolument ras ; l'épilation sera renouvelée sur les plaques tant qu'il y restera un cheveu malade ; elle pourra se réduire à un cercle de plus en plus étroit à mesure que les cheveux malades deviendront plus rares.
Prophylaxie des teignes tondantes. — La prophylaxie des teignes tondantes soulève, en raison de leur extension considérable dans les grands centres urbains, de très réelles difficultés, et les essais jusqu'ici tentés pour en empêcher l'accroissement sont très imparfaits. Elle supposerait l'isolement absolu ou relatif, et la mise en traitement d'un trop grand nombre d'enfants en âge scolaire.
Elle doit avoir pour base la surveillance attentive du cuir chevelu des enfants de toutes les écoles, l'isolement de ceux qui en sont atteints, isolement dans l'école, s'il y est praticable, et absolu, hors de l'école dans le cas contraire et leur traitement réellement exécuté avec soin.
La prophylaxie des teignes tondantes comprend aussi, dans toutes les agglomérations d'enfants, la coupe des cheveux avec des instruments et par des mains aseptiques, la séparation complète des objets de toilette et de coiffure de chaque enfant et surtout l'interdiction d'entrer dans ce groupement ou d'y rentrer après absence ou maladie sans avoir subi une inspection médicale constatant l'intégrité absolue du cuir chevelu et du tégument externe en général.
Dans les familles, la prophylaxie comprend la séparation des enfants atteints de teigne tondante, l'obligation pour ceux-ci de tenir la tête constamment couverte d'un bonnet susceptible de désinfection, d'avoir ses coiffures et objets de toilette soigneusement isolés de ceux des autres enfants.
Un autre point très important dans la prophylaxie des teignes tondantes est l'obligation imposée à tous les enfants qui en sont atteints de justifier de la guérison complète de leur affection avant d'obtenir la libre pratique à l'école. Ce point capital demande, de la part du médecin qui soigne un teigneux, une attention toute spéciale : il n'est possible d'accorder un certificat de guérison à un enfant qu'après examen attentif de son cuir chevelu répété à plusieurs reprises, à 15 jours au moins d'intervalle, et constatation à chaque examen de l'absence de tout poil suspect : un seul poil cassé, examiné au microscope s'il y a doute, et reconnu infecté, doit faire reprendre le traitement avec rigueur et suspendre la déliATance du certificat de guérison.
LES TRICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES.
TRJCHOPHYTIE SUPPURÉE FOLLICULAIRE, D'ORIGINE ÉQUINE
Cette forme de trichophytie mérite une mention toute spéciale, en raison de sa fréquence relative, de la multiplicité de ses sièges de prédilection, de l'uniformité que présentent ses lésions dans leurs différents sièges, enfin de son origine animale nettement déterminée (').
Elle peut occuper soit le cuir chevelu, où elle a été décrite sous le nom de kerton Cehi, soit la barbe, où elle est appelée sycosis parasUaire, soit les parties glabres, où elle détermine des lésions qui étaient connues sous le nom de fôUkulUcx ai/uiinées en plaça nl>^{'') avant d'avoir été rapportées à leur origine trichophylique (").
Le kerion Celsi s'observe surtout chez l'enfant; cependant il peut débuter à un âge plus avancé que les diverses teignes tondantes, A^oire se développer chez l'adulte.
Il est conslitué par un placard de dimensions variables, généralement de la largeur d'une pièce de 5 francs, de forme arrondie ou allongée, de coloration rouge souvent vineuse; ce placard, surélevé au-dessus des téguments et à bords nettement arrêtés, a l'aspect d'un macaron appliqué sur le cuir chevelu. Sa surface, tantôt régulière, tantôt largement mamelonnée, est parsemée de petites pustules blanchâtres, plus ou moins acuminées, ou de petits orifices irréguliers, à fond grisâtre, résultant de l'ouverture des pustules; ces orifices laissent sourdre vni pus jaunâtre plus ou moins consistant, ou sont oblitérés i>ar une croûte jaunâtre plus ou moins épaisse. Les cheveux sont pour la plupart tombés; ceux qui persistent s'arrachent avec la plus grande facilité et viennent entiers à la traction.
Souvent, en même temps qiu^ le placard principal, on trouve sur le cuir chevelu soit des saillies rouges plus limitées, ayant l'aspect de furoncles, qui représentent le début du placard de kérion, soit des suppurations superficielles ou de petites plaques trichophytiques légèrement squameuses, d'apparence pityriasique, qui constituent des lésions avortées.
Le kérion, malgré son apparence de gravité et l'intensité de ses lésions, guérit assez facilement, dans l'espace de 2 à 5 mois. Mais, contrairement aux teignes tondantes, il laisse à sa suite des cicatrices; sur ces cicatrices un certain nombre de poils, dont les follicules ont été détruits par la suppuration, font défaut.
Le sycosis trichophytique de la barbe est caractérisé comme le kérion par des lésions saillantes, de coloration rouge ou violacée, sur lesquelles on voit des
(') SAnouRAun, Elude sur les l.ricliopliylios h diMMiiilo prol'ondo, spccialcmcnl dp la follicidilf agniinéo chez l'iioininp cl à son oriiiinc animalp. Aniiides de t'Inslilut l'usleiir. I8i)5, p. 490; — E. BoniN, Les teignes loiidaiilcs du cluMal et leurs inoculations humaines. Thèse de Paris 1895-18%.
(*) J. Pallikr, Des périfolliculites suppurées agniinées en plaques. Thèse de Paris 1889.
{') Ma.iocoui a décrit une l'orme de lésion trichopln li<pu^ caractérisée par le développement de nodosités ou de jilaqucs de coloi-ation l ouge ou violacée, disséminées ou disposées en chapelets; cette lésion diffère du kérion i)ai- ce fait ([u'elle ne suppure jamais quoiqu'elle tende à se ramollir. Sa structure est celle des gianulomcs et elle n'a |)as de relations avec les follicules pilaires. Les caractères biologiques parliculiei-s et l'origine de ce Irichophv ton ne sont pas déterminés. Voira ce sujet G. I^ini, Granuloma trichophyticum Majocchi, ricerchc c osservazioni cliniche. Giornale ilaliano délie nialaltie veneree el délia pelle, 1897, p. 710.
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pustules et des orifices remplis de pus ou des croûtes; mais leur surface est irrégulière, mamelonnée, rappelant vaguement la surface de déchirement d'une figue (ff'jxoç, figue); leur contour est également irrégulier; leur consistance est ferme. Ces lésions, d'étendue variable, occupent généralement la région des maxillaires, plus rarement le menton et les joues; chez certains sujets, la barbe est envahie dans presque toute son étendue. Les poils qui persistent à leur surface sont entourés d'une pustvile et s'arrachent avec la plus grande facilité.
Les ganglions sous-maxillaires sont le siège d'adénopathies plus ou moins prononcées.
Il y a des démangeaisons, des sensations de cuisson très pénibles.
Le sycosis mal traité persiste pendant un temps très long, un traitement convenable en vient rapidement à bout, mais il reste toujours à sa suite une alopécie incomplète dé la barbe.
Le sycosis trichophy tique n'est pas la seule forme de trichophylie qu'on puisse observer à la barbe : on y voit encore, entre autres formes, une trichophytie à forme de dermite humide disséminée, en placards, avec nombreux abcès folliculaires, due à une autre espèce trichophytique, également d'origine équine, dont les cultures sont jaunes, craquelées et vermiculaires, — et une trichophytie sèche, dans laquelle la peau présente un aspect granité et dans laquelle les poils atteints sont gros, cassés, entourés d'une gaine parasitaire en forme d'étui pseudo-épidermique; cette dernière forme de trichophytie do la barbe est due à un trichophyton eclothrix à mycélium fragile donnant, sur moût de bière gélosé, une culture duveteuse d'un rose tendre.
D'autre part, le sycosis trichophytique peut être simulé par des alfections suppuratives de la barbe due à des infections microbiennes (sycosis streptococcique, etc.) et qui ont pour caractères de donner lieu à des pustules plus petites, de ne pas compromettre autant l'adhérence du poil, et de ne pas renfermer de tricophyton. (Voir plus loin l'examen microscopique des poils dans la trichophytie équine.)
Il peut encore être confondu avec certaines formes d'eczéma et surtout avec la foUiculite sous-nasale récidivante (considérée par certains auteurs comme un eczéma) qui occupe toujours la moustache, succède à un écoulement nasal séreux ou purulent et se traduit par une plaque généralement arrondie, recouverte de pustules péripilaires, mais sans induration profonde, et qui n'a aucune tendance à déborder la région sous-nasale.
La f olliculite agminée trichophytique peut occuper les diverses régions glabres du corps; on l'observe principalement sur les membres. Elle est caractérisée par un placard saillant en forme de macaron, comme le kérion, ou par une saillie acuminée ressemblant à un furoncle; sa surface, rouge foncé, est parsemée de pustules ou d'orifices donnant issue à du pus ou de croûtes jaunâtres et rappelle 13arfois l'aspect d'une écumoire. L'évolution de cette lésion comme celle du kérion et du sycosis est rapide. Les lésions sont quelquefois multiples, le plus souvent unicjues.
Quel que soit le siège qu'elle occupe, la trichophytie équine attaque le poil, ou plutôt siège au pourtour du poil et détermine une suppuration folliculaire et une inflammation périfoUiculaire.
Pour constater le parasite, il ne faut pas le rechercher dans le pus des foUiculites ouvertes où il est détruit par les microbes pyogènes d'infection secondaire.
LES TRICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES.
mais dans le pus des abcès non encore ouverts, ou mieux encore à la surface des poils malades. Cet examen ne doit pas porter sur les poils plongés dans le pus, mais sur les poils ternes, le plus souvent cassés, entourés d une gaine grisâtre et terne, visible à Toeil nu, que l'on rencontre, à un examen attentif, à la périphérie des lésions.
Sur ces poils, on trouve le parasite sous la forme de fdamenls mycéliens, occupant à la fois le poil lui-même et la gaine qui l'entoure; ces fdaments .«ont formés de chapelets de spores arrondies, de dimensions très irrégulières, et variant sur un même poil de 2 à 0
La culture de ce trichophyton sur moût de bière est blanche; à son centre, elle présente une petite élevure, couverte d'un fin duvet et entourée d'une large auréole poudreuse, absolument blanche, dont la périphérie est entourée de rayons plâtreux, blancs, tandis que dans la profondeur de l'agar on voit d'autres rayons grisâtres, fins et nombreux. Cette variété de trichophyton est douée de propriétés pyogènes, comme le prouve sa présence à l'état de cuKure pure dans des pustvdes non encore ouver!,es. Son exislence a pu être constatée chez le cheval (Sabouraud, Bodin).
L'origine équine de celle trichophytie est d'ailleurs bien nelle en clinique : on l'observe, dans ses diverses localisations, chez des sujets exerçant des prol'essions qui les mettent en rapport avec des chevaux : cochers, palefreniers, maréchaux ferrants, bourreliers, ou ayant eu des contacts accidentels avec des chevaux malades; le plus S()u\ent les |)ai'ents des enfants atteints de kérion Ceisi exercent une des professions |)r(''céd(Mnnient énoncées, ou habiteni dans des maisons voisines d'érui'ies occupées par des chevaux malades. Cependant la transmission peut se l'aire de Thomme malade à riionime sain.
Traitement. — Ces diverses localisations de la trichophytie équine sont toutes justiciables du même traitement qui consiste, pour la l)ar])e et le cuir chevelu, dans l'épilation des parties malades et d'une bordure autour des parties malades; dans l'application de pansements émollienls cl h'gèrcmcnt antiseptiques (cataplasmes de fécule de j)omme de terre bori([ués, c()nq)resses d'eau boriquée, etc.) tant que dui'cnt les phénomènes inllammatoires ; lorsque ceux-ci ont disparu, on fait des badigeonnages de teinture d'iode répétés deux fois par semaine ou des apj)lications de vaseline iodée au 50'^ jusqu'à guérison conqilète.
TIUCHOPIIYTIE CII^CINliE DliS PARTIES GLABRES
Toutes les parties glabres peuvent être le siège de lésions dues à de nombreuses espèces de trichophylons ; mais les lieux d'élection de ces lésions sont la région doi-sale de la main, du poignet et de l'avant-bras, le cou, la face, en particulier au niveau du menton et dans la i-égion du maxillaire inféi'ieur. On les observe encore assez fréquemment au niveau de la 7'' vertèbre cervicale, et, chez l'homme, dans la région inguinale.
Ces lésions des parties glabres sont particulièrement fré([uenles chez l'enfant, chez lequel elles accomi)agnent très souvent ou [)récèdent les teignes tondantes; mais, conlrairementaux localisations des trichophylons sur le cuir chevelu, elles peuvent se rencontrer à tout âge, voire même chez les vieillards.
La trichophytie des parties glabres est presque toujours produite par des
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trichophytons d'origine animale; le nombre des trichophytons qui peuvent les causer est très considérable, presque illimité, car une étude suivie de ces afîections fait constamment trouver des espèces nouvelles.
En présence de la variété si considérable des agents pathogènes, il nous est impossible de donner une description détaillée de chacune des trichophyties avec les caractères biologiques du trichophyton correspondant. Nous nous bornerons à décrire les caractères généraux des trichophyties cutanées.
Ces lésions ont pour premier el pour plus important caractère de présenter ime forme arrondie, et de s'étendre toujours excentriquement, avec une rapidité qui est variable suivant les espèces trichophytiques, mais est toujours assez considérable : en quelques jours, une plaque trichophytique a atteint la dimension d'une pièce de 2 francs ou de 5 francs et elle continue son évolution, appréciable facilement d'un jour à l'autre.
Les inoculations trichophytiques pouvant se faire, soit primitivement, soit ultérieurement, en des points multiples et rapprochés du tégument, des lésions voisines peuvent se réunir, constituant ain.si des placards de forme irrégulière à contours polycycliques.
La trichophytie cutanée débute généralement par une tache rosée, disparaissant par la pression, sur laquelle se fait souvent une légère desquamation centrale. Par la suite, les caractères varient suivant l'espèce trichophytique en cause. Arrivée à sa période de plein développement, la lésion trichophytique est arrondie et constituée soit par une plaque rouge, à bords nettement aCcusés, très légèrement saillante au-dessus des parties voisines, soit par une plaque rouge bordée par un léger soulèvement épidermique constituant ou non de minimes vésicules peu apparentes, ou par une mince collerette de squames blanches, pityriasiques, relativement assez adhérentes. D'autres fois les vésicules sont plus nettes, rappellent l'aspect des vésicules d'herpès (d'où le nom d'herpès circiné donné à cette affection par les anciens auteurs); elles sont petites, acuminées ou aplaties, généralement peu résistantes; parfois elles suppurent et se transforment en pustules petites, acuminées, se rompant rapidement pour laisser à leur place une petite croûtelle peu adhérente. Plus rarement, le soulèvement épidermique devient plus considérable, constitue une véritable phlyctène disposée en couronne autour de la plaque trichophytique ou même occupant toute son étendue.
Dans la plupart des trichophyties cutanées, les lésions ne présentent le caractère vésiculeux qu'à la périphérie; le centre est simplement rouge ou légèrement squameux, parfois parsemé de quelques rares vésicules avortées. Sur certaines, on voit, à l'intérieur du cercle vésiculeux ou surélevé, un ou plusieurs cercles concentriques, également rouges et saillants ou vésiculeux, formant ainsi une cocarde plus ou moins nette.
Dans quelques formes, cependant, les lésions toujours régulièrement arrondies et à progression centrifuge sont constituées, non seulement à leur périphérie, mais sur toute leur étendue, par des vésicules persistantes, très analogues à celles de la dyshidrose.
Les diverses formes cliniques de la trichophytie circinée correspondent chacune-à des espèces trichophytiques différentes, presque toutes d'origine animale (cheval, chien, chat, bœuf, poule, etc.); nous avons cependant, à propos des teignes tondantes, signalé les trichophyties cutanées d'origine humaine qui sont toujours associées à des lésions du cuir chevelu, occupent surtout le
LES TRICHOPHYTIES ET LES TEIGNES TONDANTES.
visage, sont très superficielles et généralement peu étendues. Avec les espèces trichophytiques varient aussi la marche et la gravité de leurs lésions cutanées.
L'identification aux espèces botaniques correspondantes et la détermination de l'habitat ordinaire du parasite sont faites pour quelques-unes de ces formes, présumées pour quelques autres, inconnues pour un plus grand nombre ; l'exposé de ces recherches incomplètes encore nous entraînerait trop loin.
Quelle que soit leur forme clinique, les trichophyties cutanées atteignent, en même temps que l'épiderme, les poils follets des régions occupées par elles : ces poils se cassent plus ou moins près de la surface cutanée, sont souvent entourés d'une gaine parasitaire; c'est à leur niveau, bien plus encore que dans les squames épidermiques où ils se dissimulent plus facilement, qu'on doit rechercher les éléments parasitaires suivant la méthode générale indiquée plus haut : ils se traduisent par dés rangées linéaires de spores réfringentes de forme arrondie ou ovalaire, de dimensions variables, disposées obliquement par rapport à l'axe du poil et se divisant dichotomiquement.
Les cultures des trichopliytons développés sur la peau oll'rent des caractères trop variables pour pouvoir être exposées ici.
Trichophyties exotiques des parties glabres. — On observe dans les îles du Pacifique une alTection qui a été décrite sous les noms d'herpès desquamant, de teigne imbriquée (Patrick Manson), de tokelau('), du nom d'une des îles où on la rencontre et qui présente un ensemble clinique très différent des teignes européennes.
Elle est conslitnéc par des cercles concentriques au nombre de trois, quatre ou cinq pour chacune des lésions élémentaires, cercles fermés de squames épidermiques blanches ou grisâtres adhérentes par leur bord externe, soulevées sur leur bord interne, et enlourés d'une abondante destjuamalion épidermique. Les squames contrastent avec la coloration brune de la peau des sujets qui sont atteints de cette affection. Les cercles concentriques s'étendent excen- Iriquement, se confondent par leurs bords et forment des figures irrégulières et bizarres qui recouvrent de grandes étendues de la surface cutanée.
L'affection, à marche chronique, peut occuper et arrive en quelques années à occuper la totalité de la surface cutanée, à l'exception de la tète et de la face palmaire de la main.
La teigne imbriquée est due à un trichophyton à grosses spores occupant les couches superficielles de l'épiderme et dont les caractères microscopiques ne diffèrent pas de ceux que l'on observe en Europe (Sabouraud), mais dont la culture n'a pu encore être faite.
Sabouraud a rencontré chez un sujet revenant du Soudan une trichophytie dont les lésions respectaient l'épiderme et se caractérisaient, par des placards arrondis et saillants de coloration rouge très accusée, isolés et agminés; cette lésion était produite par un trichophyton à grosses spores donnant des cultures <i'aspect spécial.
Peut-être, dans la pathologie exotique, existe-t-il d'autres afïections produites par des trichophytons (^).
(') BoNNAi-Y. Le liikc.hm et son panisUe. Pai'is, 1X9.".
(-) On (Jccrit sous lo nom de caralcs des alïecLions desquamalives de fépiderme avec modilicalions de la pigmentation cutanée, caractérisées par la présence de plaques tantôt noires, tantôt bleuâtres ou rouges et occui)anL de préférence les i)arlies découvertes, mais
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MALADIES CUTANÉES
Diagnostic. — La l'orme régulièrement arrondie des lésions, leur extension rapide, leur siège sur les parties découvertes, et, au besoin, la recherche du parasite permettent de reconnaître facilement la trichophytie circinée.
h'érythème marginé a bien une disposition circulaire et une évolution rapide, mais ses éléments sont plutôt érythémateux que squameux: ils sont plus nombreux dans une même région et n'atteignent pas des dimensions aussi considérables que ceux de la trichophytie.
Le psoriasis produit des squames plus blanches, plus épaisses, plus adhérentes; la surface de ses éléments est plus uniforme, leur extension moins rapide et leur nombre plus considérable en même temps qu'ils sont disséminés sur des surfaces plus étendues et en des régions de prédilection, telles que les coudes, les genoux, les fesses, qui sont rarement occupées par la trichophytie circinée.
h'ecsénia donne souvent lieu à des plaques rouges et squameuses à contour circulaire ; mais ce contour est moins régulièrement arrondi, le centre ne présente pas de tendance à la guérison, les squames sont plus larges et souvent mélangées aux sécrétions des vésicules eczémateuses ; le prurit est plus prononcé, la durée plus longue et l'extension toujours beaucoup moins rapide.
Le pityriasis rosé, que Kaposi fait rentrer à tort dans la trichophytie cutanée, se caractérise par le développement dç plaques nombreuses, de dimensions variées, mais généralement peu considérables, n'ayant pas la rapide extension centrifuge de celles de la trichophytie cutanée, disséminées d'abord sur la partie supérieure du thorax et s'élendant ensuite de haut en bas sur le tronc et les membres; ces plaqvies, de forme arrondie ou le plus souvent ovalaire, ont un contour érythémateux légèrement saillant et souvent bordé en dedans par des squames minces ; sur les parties centrales de la plaque, l'épiderme présente un aspect plissé très particulier que l'on ne rencontre pas dans la trichophytie.
Traitement. — Quelle que soient leur forme, leur durée, leur étendue, les trichophyties cutanées sont toujours faciles à guérir, dans un temps très court. Il suffit de faire à leur surface des badigeonnages de teinture d'iode qu'on répétera 2 ou 5 fois à 4 jours d'intervalle pour voir disparaître complètement et ne plus reparaître les lésions trichophytiques du tégument glabre. Sur le visage, on peut, au moyen d'un badigeonnage avec une solution de potasse au 20"= ou au 40', faire disparaître la coloration de l'iode ; mais il faut avoir soin de laver rapidement et très largement à l'eau pure, pour empêcher l'action caustique de la potasse qui risquerait de déterminer des eschares superficielles.
On aura soin d'examiner très attentivement et à plusieurs reprises pendant plusieurs semaines le cuir chevelu des enfants atteints de trichophytie des parties glabres, celle-ci étant souvent la compagne ou l'avant-coureur d'une teigne tondante.
TRICHOPHYTIE UNGUÉALE
Les ongles sont parfois envahis par les trichophytons, chez des sujets présentant ou ayant présenté antérieurement une quelconque des localisations précé-
poLivant siéger sur toutes les régions du corps. Ces afiections, de durée extrêmement longue, sont propres à l'Amérique équinoxiale. Montoya a montré {Annales de derinntoloffte, 1897, p. 404 et 1898, p. 675) qu elles étaient dues à des espèces parasitaires se rapprochant beaucoup des aspergillus.
FAVUS.
dentés de ces parasiles. Celte lésion, assez rare, étudiée par C. Pellizzari, Dubreuilh, Lespinasse('), est caractérisée par l'épaississement de l'ongle, qui est strié longitudinalement et transversalement, ou parsemé de points jaunes ou bruns; il se courbe, son extrémité libre se relève ou s'infléchit vers la pulpe, sa surface devient irrégulière ; sur une coupe, il est formé de deux couches, l'une superficielle, cornée et compacte, l'autre friable, fibreuse, ayant l'aspect de la moelle de jonc, molle et se dissociant facilement; le voisinage de la lunule est respecté, au moins pendant un certain temps. La trichophytie unguéale est toujours de longue durée.
Ces lésions doivent être recherchées avec soin, car elles peuvent être la cause de la dissémination de la trichophytie par le sujet qui en est porteur ou de ses récidives chez celui-ci dans des régions diverses.
La trichophytie unguéale est produite par les trichophytons d'origine animale. Son étude mycologique est encore très incomplète.
La constatation dans les lames unguéales du parasite, dont les éléments sont toujours plus irréguliers que dans les squames épidermiques, permet seule de reconnaître exactement la nature des lésions dans les cas de trichophytie primitivement unguéale, car celle-ci ne présente aucun caractère clinique qui la distingue absolument du favus et surtout de l'eczéma et du psoriasis des ongles.
Le traitement consiste dans le grattage de l'ongle, son décapage par macération dans un doigtier de caoutcliouc, et l'application des parasiticides, en particulier de la solution iodo-iodurce de Lugol.
FAVUS
On donne le nom de favus (de favus, rayon de miel) aux lésions déterminées par un champignon découvert par Schonlein (1859) et appelé achoi'ion Srhœnk'iaii.
Ce champignon habite ordinairement le cuir chevelu, où il amène la chute des cheveux qu'il infillre en nu''nie temps qu'il envahit l'épiderme : rafï'ection est désignée sous le nom de teigne faveuse ou de favus du cuir chevelu.
Il peut également se développer sur les régions glabres, y produisant autour des poils des altérations analogues à celles qu'il cause au cuir chevelu (favus cutané ou favus des parties glabres). Il peut encore, mais beaucoup plus rarement, végéter dans le tissu unguéal. Enfin, dans un cas observé par Kaposi et Kundrat et resté unique, le favus de la peau s'accompagnait de lésions des muqueuses des voies digeslives (œsophage, estomac, intestin), dues à la présence du même parasite.
Description du parasite. — Le champignon du favus est constitué par des spores et par des tubes que l'on met en évidence au moyen des diverses matières colorantes employées en technique microscopique et, en particulier, de l'éosine et du violet de méthylaniline. après dégi'aissage à l'éthcr et action de la potasse;
(') Lesimnasse, Élude sur les oiiychoinycoscs li-iclioi)li\ li([ue el faviciue. Thèse de Bordeaux 1889-1890. — AiiNozAN et W. DuniiEuiLU, De la Uichophylic des mains el des ongles. ArrhiucH rliniqucs de Bm-dgauj:, jan\ier 1892.
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MALADIES CUTANÉES
mais Texamen du poil parasité ou de la matière favique peut être fait, extemporanément, pour le diagnostic clinique, après simple action de la potasse, comme pour les trichophytons (voir page
Les spores, de forme arrondie ou irrégulière dans les godets faviques, sont aplaties par pression réciproque dans les cheveux faviques et offrent alors une forme quadrilatère. Elles mesurent de 3 à 7 pi. de diamètre, sont disposées en chaînes ramifiées et sont formées d'un épispore cellulosique, d'un protoplasma assez abondant et d'un noyau beaucoup plus petit que celui du microsporon furfur et souvent caché par le protoplasma.
Les tubes du mycélium sont ténus, simples, noueux, cloisonnés ou articulés et ramifiés; certains d'entre eux renfermerit des spores, d'autres en sont dépourvus; à l'examen microscopique du cheveu, l'acharion se distingue des trichophytons par les caractères suivants : les spores n'ont pas de double contour; leur forme est généralement quadrangulaire tandis que dans les trichophytons elle est arrondie; les filaments, tout en ayant la même direction générale que le cheveu, ne sont jamais rectilignes, mais flexueux et ondulés; leur largeur varie considérablement, non seulement dans les différents points du même cheveu, mais encore sur différents points d'un même filament; ces filaments se divisent fréquemment, ceux qui ne sont pas sporulés en 2 filaments secondaires, ceux qui sont formés de spores en 5 ou 4 filaments, ce que l'on n'observe jamais pour les trichophytons.
Dans les godets, les éléments du champignon sont agglutinés par une substance amorphe, connue en botanique sous le nom de glaire ou de gangue amorphe.
Le mode de pénétration du parasite dans le poil a été diversement interprété. Pour Kaposi, les éléments du champignon développés à la surface épidermique suivent la gaine de la racine du poil jusqu'à la base du follicule, pénètrent dans le bulbe, puis, affectant un trajet rétrograde, remontent dans le poil lui-même, qu'ils envahissent de bas en haut, tandis que dans d'autres points du trajet du poil ces éléments arrivent latéralement dans le poil, à travers les gaines de la racine. Unna, n'ayant jamais trouvé de filaments parasitaires dans le bulbe pileux, rejette la théorie « du détour i> imaginée par Kaposi. Pour Balzer, la pénétration se fait tantôt directement, tantôt par la voie détournée.
Quoi qu'il en soit du mode d'envahissement du poil, il résulte clairement des recherches de Lebert, Robin, Gudden, Kaposi, revisées et complétées par Balzer, que le champignon a pour siège initial l'épiderme dans lequel il végète ; par le fait de sa végétation dans l'infundibulum pilaire, se développe la lésion que l'on désigne sous le nom de godet, puis le poil est envahi ; plus tard, les gaines externe et interne du cheveu sont franchies, le parasite pénètre dans le derme, l'enflamme et, par suite de la destruction des papilles pilaires, les poils tombent, laissant à leur suite une alopécie cicatricielle et définitive.
Cette réaction inflammatoire provoquée par le parasite, sous la forme chronique, est propre à l'achorion; elle ne s'observe jamais avec ces caractères et cette constance dans les autres dermatophyties.
Comme pour les trichophytons, les caractères des cultures varient considérablement suivant la composition du milieu de culture ; les substances qui facilitent le développement de l'achorion sont les matières albuminoïdes, tandis que les trichophytons se développent mieux sur les milieux renfermant des hydro-
FAVUS.
carbures. Le milieu qui convienl le mieux à l'étude de l'achorion et à la diflerencialion de ses variétés est un milieu acide, renfermant 5 pour 100 de peplone (E. Bodin). Ce milieu a l'avantage de ne pas favoriser le développement des champignons qui sont associés à l'achorion : ces champignons commensaux, comme ceux qui accompagnent les trichophytons, semblent n'avoir aucune importance pathogène, quoiqu'ils existent dans presque tous les cas de favus.
L'achorion peut être cultivé sur la plupart des milieux employés pour la culture des bactéries et des champignons.
Quincke, ayant constaté des différences d'aspect dans les cultures de champignons provenant de sujets différents, a admis(') que le favus pouvait être produit par trois espèces différentes de champignons qu'il distingue par les notations a, p, y; des recherches ultérieures l'ont amené à ne plus admettre que deux espèces, l'une, a, ayant le plus souvent pour siège les régions glabres et déterminant le favus herpétique, l'autre se développant dans le cuir chevelu et donnant lieu au favus vulgaire.
Les recherches de Quincke ont paru plus ou moins complètement confirmées parcelles d'Elsenberg, puis de Kral; mais bientôt de nouvelles rechutes de Kral, de Pick(*), de Mibelli, de Jadassohn, de Marianelli ('•) ont ramené l'achorion à une seule espèce; Unna, Frank et Neebe en décrivirent au contraire jusqu'à 9 espèces dilTérentes, semblant provenir de pays différents. Dubreuilh et Sabrazès(*) ramenèrent encore à une seule espèce l'achorion du favus humain, tout en décrivant chez le chien un champignon donnant lieu à des lésions faviques, YOospora canina susceptible d'être inoculé à l'homme, et chez la poule un autre champignon différent.
E. Bodin (^■) a constaté l'existence de 5 champignons faviques, variétés d'une même espèce botanique, se traduisant toutes par des lésions cliniques identiques et ne se différenciant que par les caractères de leurs cultures.
La variété la plus fréquente répond aux descriptions de Kral et donne sur agar peptonisé une culture d'un gris blanchâtre, d'apparence sèche, saillante à son centre, de surface irrégulière rappelant assez bien les circonvolutions cérébrales; une autre variété, assez fréquente, donne une culture gris brunâtre, d'aspect humide, formant une membrane plus ou moins étalée avec de petites irrégularités et une élevure centrale. D'autres variétés rappellent plus exactement la forme en godet des lésions cutanées. Toutes colorent plus ou moins fortement le milieu de culture.
Étiologie. — Quel que soit son siège, le favus débute presque toujours dans l'enfance, pour persister jusqu'à un âge plus ou moins avancé.
Ses localisations, soit initiales, soit secondaires, sont souvent favorisées, comme l'ont fait remarquer Kôbner et Gailleton, par toute excoriation ou lésion cutanée antérieure ouvrant une porte d'entrée à travers le tégument.
La cause réelle, unique et suffisante, du favus est la transmission directe (épidémies familiales) ou indirecte (par les vêtements d'un favique, parles coiffeurs, par exemple) de l'achorion à un sujet sain par un sujet antérieurement atteint
(') Quincke, Ueber Favus. Monaath. /'. prakl, Dermalol., 1887, p. 981.
(*) PiCK u. Kral, UntersucluiMc;cn uber Favus. Ergdnznngshefle zuin Arcit. f. Dcrutat., -1891, p. 57.
(5) Maiuanelli, Achorion Scliopiileiiiii, morfologin. Ijioloffia. clinica, Pise, 1892.
('*) Sacrazès, Sur le favus fie l'Iiomnie, île la poule et du chien. Thèse de Donieaiir. iX'Xi.
('■') E. Bodin, Sni' la plufalilé du lavus. AihkiIcs de Dcniuitulugie, novembre 189i, [t. l'2'iO.
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de la même maladie. La transmission peut se faire de l'homme à l'homme (plus de la moitié des cas, d'après E. Bodin) ou de l'animal à l'homme, certains animaux étant parfois atteints de favus; ceux qui sont le plus souvent à incriminer sont les souris, les chiens, surtout les ratiers, les chats, rarement les poules.
Il faut remarquer que la contagion du favus s'exerce avec une certaine difficulté : on voit souvent dans une famille, un favus durer pendant plusieurs années sans que les autres membres de la famille soient atteints : l'absence de soins et la malpropreté semblent favoriser la contagion.
La maladie à achorion s'observe surtout à la campagne, les cas de favus observés à Paris et dans les grandes villes provenant le plus souvent des villages avoisinants; cependant à Paris, E. Bodin a trouvé 1/5 de cas autochtones. En outre, elle est plus fréquente dans certains pays que dans d'autres. En Europe, elle est surtout répandue en France et en Hollande. En France même, elle a certaines régions de prédilection : les départements du Nord, du Pas-de-Calais, de la Seine-Inférieure, des Côtes-du-Nord, du Finistère, de l'Aveyron, du Tarn, de l'Hérault, des Landes, des Basses-Pyrénées, et s'observe plus rarement dans les départements du Ce'ntre et de l'Est (') (J. Bergeron, H. Feulard).
FAVUS Dù CUIR CHEVELU
Le favus du cuir chevelu débute au pourtour d'un cheveu par une tache rouge bientôt suivie du développement d'une petite tache blanc jaunâtre, ayant l'aspect d'une pustule ; cette tache s'étend progressivement et lentement par sa périphérie, son bord est saillant, tandis que sa partie centrale est déprimée; cette dépression, qui résulte de l'adhérence de la couche épidermique à la cuticule du poil et accessoirement du mode de développement du parasite, car elle s'observe parfois sur les cultures expérimentales, a valu à l'élément favique le nom très exact de godet. Les godets peuvent avoir des dimensions variées : tantôt punctiformes, tantôt plus larges, atteignant ou dépassant la largeur d'une lentille, d'une pièce de 20 centimes.
A la période d'état, les godets peuvent rester entiers, ou se rompre et se désagréger en fragments plâtreux ou poussiéreux.
Les godets peuvent être isolés les uns des autres et conserver leur forme arrondie caractéristique {faims urcéolairé), ou se réunir pour former de larges plaques à contours festonnés et saillants, limitant comme une zone de fortifications une surface plus déprimée et irrégulière, ou recouvrir d'une véritable carapace une plus ou moins grande étendue du cuir chevelu {favus sciitiforme).
Quelle que soit leur configuration, les lésions faviques ont une coloration caractéristique, blanc jaunâtre ou jaune soufre; par une traction suffisamment forte, on parvient à les détacher en fragments volumineux, friables, et on voit alors le derme rouge, humide, légèrement déprimé.
Le cuir chevelu atteint de favus exhale une odeur spéciale, que présentent également les cultures d'achorion, odeur comparable à celle de la souris, très distincte de celle des surfaces eczémateuses ou impétigineuses suintantes et de la suppuration, et qui peut, dans certains cas, être utilisée pour le diagnostic.
(') H. Feulard, Teignes et teigneux. Thèse de Paris 1885. — II. Feulard. Le favus et la pelade en France (1887-1892). Annales de Dermatologie. 1892, p. 1118.
FAVUS.
Les poils, qui, au début, occupent le centre des godets faviques, subissent les effets de la pénétration du parasite dans le derme et dans la papille pileuse; ils deviennent secs, se décolorent, prennent un aspect terne et poussiéreux; cet aspect du poil est important pour le diagnostic de certaines formes de favus, dans lesquelles les lésions épidermiques sont peu développées. Les poils persistent longtemps à la surface des lésions faviques; ils sont seulement atrophiés, mais non cassés comme dans les trichophyties ; ils finissent cependant par tomber, les bulbes pileux étant envahis par la foUiculite d'origine favique. Losrque les lésions occupent une certaine étendue et ont duré un certain temps après l'avulsion ou la disparition des masses faviques, le cuir chevelu est glabre et d'apparence cicatricielle ; néanmoins, même sur les cicatrices, on trouve presque toujours, disséminés en nombre variable et isolés les uns des autres, quelques cheveux secs, poussiéreux.
Le favus peut occuper toutes les régions du cuir chevelu, dépendant il débute le plus souvent par le sommet de la tète, plus particulièrement au voisinage de la bordure du cuir chevelu ; mais il reste presque constamment, le long du front et des tempes, une étroite bande de cheveux entièrement respectés par la maladie, jusque dans ses périodes avancées. Cette intégrité de la bordure même, avec disparition des cheveux en zones plus ou moins irrégulières et aspect cicatriciel du cuir chevelu, est un des caractères diagnostiques les plus importants de l'alopécie post-favique.
Des infections secondaires peuvent se produire au niveau des lésions favi- (jues, déterminer des suppurations dermiques à type d'impétigo, des adénites cervicales parfois suppurées. Dans quelques cas, ces infections secondaires ont été suivies de phénomènes généraux graves.
La durée du favus du cuir chevelu est extrêmement longue et est par elle-même un élément de diagnostic : repullulant fatalement tant qu'il n'est pas soumis à un traitement efficace et tant qu'il reste sur les surfaces atteintes des cheveux susceptibles de devenir le centre de godets nouveaux, il persiste ainsi pendant des années.
A côté de la forme vulgaire du favus, il convient de décrire des variétés anormales (Besnier, Dubreuilh, Bodin, Alardo), dont le diagnostic est particulièrement embarrassant. Parmi elles ('), on doit distinguer :
1" Une variété pityriasique, dans laquelle le cuir chevelu est recouvert de squames blanches ou grisâtres, ressemblant à certaines variétés de séborrhée sèche, assez adhérentes, se détachant en larges écailles dans l'épaisseur ou à la face profonde desquelles on parvient à découvrir des taches jaune soufre, punctiformes, rudiments de godet;
'2° Une variété impétigineuse, dans laquelle les lésions faviques sont recouvertes de croûtes simulant l'impétigo et certains eczémas;
5" Une variété alopécique, dans laquelle on voit des plaques glabres, cicatricielles d'aspect, entourées d'une étroite zone de folliculitcs, se traduisant par une tache rouge péripilaire recouverte d'une mince squame adhérente ou d'une petite croûLelle, dans laquelle on parvient à découvrir des éléments d'achorion.
Pronostic. — En raison de sa longue durée, de ses rechutes et de l'alopécie définitive qui en est l'aboutissant fatal, le favus du cuir chevelu constitue la plus
{') Alardo, Contribution à l'élude des formes atypiques du favus. Thèse de PnriK, 1895- 1890. ' /
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grave des affections désignées sous le nom de teigne et n'est comparable, sous ce rapport, ni à la trichophytie, ni à la pelade. L'aspect repoussant de ses lésions, l'impossibilité de dissimuler efficacement les cicatrices qui lui succèdent, ont fait comprendre parmi les causes de réforme ou d'exemption du service militaire le favus et l'alopécie post-favique : c'est là, ainsi que l'a fait remarquer Feulard, une des causes les plus efficaces de la persistance et de la propagation de la maladie, certains parents se gardant bien de traiter leurs enfants atteints de favus ou même cherchant à leur faire contracter la maladie dans le but de les empêcher d'entrer dans l'armée.
Diagnostic. — Le diagnostic du favus du cuir chevelu est facile, dans les cas où il se traduit par la présence des godets faviques : l'odeur dégagée par les malades et, si l'on éprouve quelque doute, l'examen microscopique des cheveux et des débris de godets permettent de le reconnaître sans cause d'erreur.
Mais, lorsque les godets manquent ou sont très peu apparents, on peut éprouver des difficultés sérieuses à reconnaître la nature de la maladie : sa longue durée, la présence de poils décolorés, d'aspect terne et poussiéreux peuvent alors mettre sur la voie de ce diagnostic et, une fois que l'idée en est éveillée, on le confirmera en recherchant la présence de godets minuscules, de cicatrices plus ou moins apparentes et en pratiquant l'examen microscopique des cheveux.
La trichophytie et là pelade, bien que partageant avec le favus la dénomination commune de teignes, ne peuvent guère être confondues avec celui-ci, tant leurs lésions sont différentes et s'écartent de l'aspect des godets et des cicatrices faviques.
Ueczénta, Yimpétigo du cuir chevelu, lu phthiriase ne peuvent guère non plus prêter à la confusion : leur durée moins longue, l'absence de godets et de cicatrices permettent facilement d'éliminer le favus; il faudra cependant, dans certains cas, chez des sujets mal tenus, ne pas oublier que le favus peut se dissimuler sous les apparences d'un eczéma ou coexister avec la phlhiriase et qu'un examen attentif du cuir chevelu, après que les cheveux ont été coupés et la tête nettoyée, est parfois indispensable pour découvrir des lésions faviques peu étendues; dans ces cas, la longue durée de la maladie, l'aspect terne et décoloré que les cheveux présentent en certains points et qui contraste avec l'apparence normale des cheveux du voisinage, l'odeur de souris peuvent faire soupçonner un favus dont on constate la présence après que le cuir chevelu est débarrassé des cheveux et des lésions de toutes sortes qui le masquaient.
Certaines folliculites peuvent simuler le favus : l'alopécie qui leur succède peut être de tous points semblable à celle produite par le favus, et les pustules qui les caractérisent peuvent être prises pour des lésions faviques au début. L'examen microscopique des cheveux et des débris épidermiques permet seul parfois ce diagnostic différentiel souvent très ambigu, et encore l'examen doit-il être répété avec persévérance, car il est souvent difficile de découvrir un poil parasité.
Traitement. — Il est facile, au moyen de savonnages et de lavages ou de cataplasmes, de déterger les surfaces atteintes de favus et de les débarrasser des godets.
Ce traitement préparatoire doit être suivi de l'épilation de tous les cheveux
FAVUS.
malades et d'une zone de cheveux autour des régions atteintes, laquelle permet seule d'avulser les parasites d'une façon complète et d'empêcher leur repullulation. Plus que dans aucune autre affection parasitaire, l'épilation est assez souvent suivie dans le favus de folliculites miliaires qu'il est nécessaire de traiter par des applications émollientes. L'épilation doit être répétée dès que les cheveux repoussent sur les parties épilées. On y joindra l'emploi de la pommade au turbith au 40'^, des badigeonnages à la teinture d'iode, des savonnages répétés pour nettoyer la lète, et des lotions avec une solution alcoolique de salol, ou avec la liqueur de van Swieten. Ce traitement devra être continué avec persévérance tant qu'il restera des traces d'inflammation folliculaire et des poils malades.
Les enfants atteints de favus doivent être isolés des autres enfants pendant toute la durée de leur maladie, jusqu'à ce que la guérison absolue ait été constatée et confirmée par des examens répétés à plusieurs reprises de quinzaine en quinzaine.