DU PRURIT
méritent une mention spéciale en raison de leur intensité souvent excessive et de leur caractère particulièrement pénible.
Le prurit peut èlre continu, généralement avec des exacerbations régulières ou irrégulières, ou se produire seulement par paroxysmes survenant à des heures fixes ou sous rinfluent'c <lu contact de l'air.
Causes et valeur séméiologique. — Le prurit peut être la conséquence d'une lésion cutanée appréciable, ou se produire, sous l'influence de causes internes, sans altération préalable apparente du tégument.
Les affections cutanées les plus diverses peuvent s'accompagner de prurit, soit à titre de symptôme constant et essentiel, soit à titre de phénomène accidentel et surajouté, provoqué par une cause externe ou interne.
Les dermatoses produites par des parasites animaux se traduisent par un prurit généralement intense, dont les localisations et les exaspérations sont liées à l'habitat et aux migrations de ces parasites : tels sont le prurit nocturne si caractéristique de la gale, le prurit à localisation dorsale de la phthiriase.
Parmi les dermatoses non parasitaires, les lichens, les eczémas, les xn-ticaires, le strophulus, les prurigos, la dermatite herpétiforme, etc., s'accompagnent de prurit.
D'autres, au contraire, comme le psoriasis, les pityriasis, ne donnent pas lieu naturellement à du prurit, mais des intoxications, en particulier l'intoxication alcoolique, ou un étal névropathique, peuvent s'ajouter à la dermatose et être la cause de sensations prurigineuses superposées à celle-ci.
Le priint survenant sans lésions cutanées apparentes est lié soit à vuie perturbation nerveuse, soit à une intoxication.
Les prurits névropathicpies peuvent être sous la dépendance d'une aflection du système nerveux, plus souvent d'une névrose, l'hystérie ou la neurasthénie. Souvent l'état névropathique des sujets n'intervient que pour exagérer l'intensité du prurit provoqué par une autre cause : ainsi le prurit généralisé survenant au cours de la grossesse tient probablement pour une part au nervosisme propre à cet état et pour une autre part, non la moins importante, aux intoxications relevant des modifications des humeurs et des émonctoires.
Les prurits toxiques relèvent soit d'auto-intoxications, soit d'hétéro-intoxications, que nous étudierons à propos des prurigos toxiques.
Les prurits localisés aux orifices naturels sont produits par des causes locales : leucorrhée ou contact et décomposition de l'urine glycosurique pour le prurit vulvaire, hémorrhoïdes, fissures anales, présence d'oxyures vermiculaires pour le prurit anal.
Traitement. — ■ Le symptôme prurit peut par lui-même nécessiter un traitement local, indépendant de celui de l'atï^èction cutanée et de la cause interne dont il relève.
Les svdîstances antipyrurigineuscs employées en thérapeutique sont nombreuses et peuvent être employées très différemment.
Dans les prurits aigus, il suffit de faire des applications de poudres inertes, principalement de poudre d'amidon, rendues adhérentes par des lotions chaudes avec des liquides antiprurigineux.
Les lotions antiprurigineuses sont pour la plupart à base d'acides végétaux ou d'alcool additionné d'essences : eau blanche, eau de laurier-cerise étendue
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MALADIES CUTANÉES
■d'eau, eau de Cologne étendue de 9/10 d'eau, alcool de menthe étendu de -5/6 d'eau, solution de chloral au l/lOO*^, alcool camphré étendu d'eau, solution phéniquée au 1/200'^, solution de résorcine au 1/1 00^
Lorsqu'il n'y a pas d'érosion épidermique, les pommades à l'oxyde de zinc ■et surtout les pâtes à l'oxyde de zinc (oxyde de zinc et amidon, âà 25 grammes, vaseline 50 grammes) additionnées de 1 à 2 pour 100 de menthol ou d'acide phénique rendent les plus grands services.
Dans les prurits chroniques, sans lésions épidermiques et surtout sans -altérations eczémateuses ou eczématiformes, les applications de gélatine à l'oxyde de zinc donnent d'excellents résultats : aux colles de Pick, de Tenneson et de Unna, je préfère la formule suivante (') que je dois à Milliet : gélatine 150 grammes ; grénétine 100 grammes; gomme arabique 5 grammes: glycérine et eau bouillie ââ 500 grammes ; oxyde de zinc 100 grammes ; phénosalyl 2 grammes. Cette colle donne un enduit qui tient bien sur la peau et peut rester adhérent pendant 5 à 6 jours au moins. Après liquéfaction au bain-marie, elle est apphquée au moyen d'un large pinceau de crin souple, sur la peau préalablement bien lavée ; pour en faciliter la dessiccation et lui donner plus de ■consistance, il est bon, suivant le conseil de Tenneson, de fustiger les surfaces collées avec de l'ouate hydrophile, dont les fragments sont retenus par la colle. L'enduit, très souple, ne gène en rien les mouvements et le prurit est calmé tant que cet enduit reste adhérent.
Dans les prurits localisés, les applications d'emplâtres adhésifs sont souvent utiles ; ils agissent, comme l'enduit de colle, en empêchant le contact de l'air et en supprimant l'action irritante que celui-ci, ainsi que l'ont établi les recherches de Jacquet, exerce sur la peau prurigineuse.
Dans les prurits localisés aux régions orificielles, les lavages avec l'eau bori- •quée, avec la solution de sublimé, avec une solution de chloral chaude, répétés ehaque fois que la région a été souillée, les applications de poudres inertes, maintenues par un linge ou un tampon d'ouate qui assure l'isolement des surfaces opposées, forment la base du traitement.
LES PRURIGOS
Ainsi qu'il a été dit au début de l'étude des affections prurigineuses, le terme •de prurigo a eu une signification variable. Appliqué par Willan à des affections papuleuses accompagnées de prurit, réduit par Hebra à désigner un type •clinique restreint et fermé d'affection prurigineuse, attribué plus tard aux affections caractérisées par une papule spéciale, centrée par une vésicule ou croûtelle sanguine, il doit aujourd'hui être donné avec E. Besnier aux dermatoses caractérisées essentiellement par du prurit, avec des lésions cutanées d'apparence variable mais le plus souvent du type papuleux.
Le groupe dermatologique des prurigos comprend, avec le strophulus et le lichen circonscrit, que nous étudierons dans le chapitre suivant, un certain nombre de types morbides, qu'il faut envisager séparément en prenant pour base de la description le type auquel Hebra réservait le nom de prurigo.
Ces types morbides de prurigo ont des expressions symptomatiques différentes
(') Thibierge. Théi-apeutique des maladies de la peau. Paris, 1895. T. II, p. 228.
LES PRURIGOS.
suivant la réactivité propre de la peau chez les différents sujets : le phénomène prurit, en éveillant le grattage, est Toccasion de traumatismes qui provoquent des réactions cutanées variables, réactions résultant de troubles vaso-moteurs directs ou réflexes, aboutissant à Texsudation séreuse ou à Tinfiltration cellulaire. Les variétés morphologiques et dermatographiques ne peuvent servir à la distinction des différentes formes des prurigos. Nous baserons les divisions des prurigos sur leurs conditions étiologiques, et nous décrirons :
1" Le prurigo de Hebra ;
2" Les prurigos diathésiques de Besnier ;
5" Le prurigo d'hiver de Duhring ;
4" Les prvu'igos toxiques ;
5° Le prurigo sénile.
PRURIGO DE HERRA
Définition. — Hebra réservait le nom de prurigo à une affection spéciale, débutant ordinairement dans les premières années de la vie, persistant pendant presque toute l'existence avec des périodes d'exacerbation, caractérisée par un prurit violent et des lésions cutanées mulliformes parmi lesquelles prédominent des saillies miliaires d'apparence papuleuse.
Nettement individualisée par Hebra, cette affection a été considérée par quelques auteurs comme appartenant au groupe des lichens : E. Vidal lui donnait le nom de lichen polymorphe.
Comme il a été dit plus haut, elle ne constitue pas tout le prurigo, mais seulement un type de cette affection; à ce type, il est juste de donner, avec E. Besnier, le nom de pnirigo de Hebra, qui évite toute confusion.
Description. — L'élément primitif du prurigo de Hebra est une petite saillie, de 1 à 2 millimètres de large, blanche ou rouge, peu apparente, de consistance ferme, perceptible au toucher plutôt qu'à la vue; son sommet présente parfois passagèrement au début vm très léger soulèvement d'apparence vésiculeuse de la largeur d'une pointe d'épingle. Le grattage ne tarde pas à modifier cet élément, son sommet est arraché, une croùtelle jaunâtre ou brunâtre, arrondie, assez adhérente, le remplace; la papule devient moins apparente, s'affaisse tout en s'étalant. A la chute de la croûlelle, il reste une surface rouge moins large que la croùtelle et légèrement déprimée, ou une surface cicatricielle blanche, entourée pendant un certain temps d'une légère auréole brunâtre; celte auréole disparaît à son tour, laissant seulement une cicatrice blanche punctiforme.
Telle est l'évolution normale de la papule, mais elle peut subir des modifications secondaires, transformation en une petite pustulette ou production d'une véritable pustule ecthymateuse ; d'autres l'ois son excoriation donne lieu à une sécrétion séreuse se concrétant en croûte eczématiforme.
Ces éléments peuvent rester isolés et disséminés, en nombre variable et à des périodes ditférentes de leur évolution, sur une surface donnée ; dans l'intervalle des papules, on voit souvent des excoriations de grattage.
Dans les cas intenses, les éléments s'agglomèrent et le prurigo de Hebra est constitué par des placards plus ou moins étendus, de consistance ferme, généralement symétriques, présentant souvent une certaine ressemblance avec ceux
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MALADIES CUTANÉES
de reozéma; à leur niveau, on distingue des éléments d'aspects divers, résultant tous, comme le démontre un examen attentif, des transformations subies par les éléments papuleux; à leur sommet on voit parfois un très léger soulèvemenl vésiculeux passager.
Quelles que soient d'ailleurs la disposition des éléments et leur confluence, la peau sur laquelle ils reposent offre des lésions plus ou moins intenses, résultat des poussées antérieures dont elle a été le siège. Elle est épaissie, indurée, se plisse difficilement; ses sillons sont plus accusés qu'à l'état normal; sa surface est rugueuse et donne à la main une sensation de rudesse; la friction en détache une légère desquamation farineuse ; on y voit de nombreuses cicatricules blanchâtres, souvent entourées d'une zone de pigmentation plus ou moins accusée qui, dans les cas d'ancienne date, forme comme un granité blanchâtre; en outre, les poils follets ont entièrement disparu.
D'une façon générale, les lésions sont disséminées sur tout le corps ; néanmoins elles présentent certains sièges de prédilection qui, sans leur être aussi exclusifs que l'ont pensé Hebra et Kaposi, n'en sont pas moins très caractéristiques. Aux membres, elles occupent principalement le côté de l'extension et elles prédominent sur la partie antérieure des cuisses, des genoux et surtout des jambes, se prolongeant avec une moindre intensité sur le dos des pieds, mais respectent i^elativement la face postérieure des cuisses et presque toujours les creux poplités ; aux membres supérieurs, la partie postéro-externe de l'avantbras est la plus atteinte, tandis que la main et les doigts sont presque toujours respectés. A la face, les joues et le front sont ordinairement atteints, mais presque toujours à un degré modéré.
Pour peu que les lésions aient acquis une certaine intensité et eu quelque durée, les ganglions lymphatiques correspondants se tuméfient, forment desmasses parfois volumineuses, véritables bubons du prurigo, visibles à distance, qui ont pour siège de prédilection les régions inguinales et axillaires ; il est remarquable que ces adénopathies, malgré le nombre des portes d'entrée que le grattage ouvre avix micro-organismes de tous ordres, restent à l'état d'indvu'ation sans tendre à la suppuration.
Il est peu d'affections où le prurit puisse atteindre un aussi haut degré d'intensité et de continuité que dans le prurigo de Hebra : le nombre des excoriations de grattage que l'on rencontre à la surface des régions malades en est la preuve et jusqu'à un certain point la mesure. Le prurit est surtout accusé au moment où les malades viennent de se déshabiller.
Au point de vue de l'intensité des lésions cutanées et du prurit qui les accompagne, on peut distinguer deux formes du prurigo : le prurigo mitis et le prurigoferox.
Marche. — Le prurigo de Hebra débute ordinairement dans l'enfance, leplus souvent même dans la première enfance ; il peut cependant ne se manifester que plus tard, dans la jeunesse.
Les premières atteintes n'offrent pas l'aspect caractéristique des poussées ultérieures et se masquent sous les dehors de l'urticaire : aussi des poussées de papules ortiées survenant chez un enfant de moins de 5 ans, sans l'intervention d'un parasite ou d'un écart de régime, et surtout lorsqu'elles se répètent, doivent-elles imposer des craintes sérieuses au point de vue de l'apparition ultérieure du prurigo de Hebra.
LES PRURIGOS.
Une fois constituée, c'est-à-dire vers Fùge de 2 ou 3 ans le plus ordinairement, la maladie présente une marche spéciale : des périodes d'accalmie, dans lescfuelles les lésions d'irritation chronique des téguments persistent seules avec quelques sensations peu marquées de prurit, sont entrecoupées par des poussées éruptives et prurigineuses plus ou moins intenses. C'est surtout en hiver et au printemps que se produisent ces exacerbations, tandis que la chaleur de l'été les calme plutôt : telle est du moins la notation annuelle formulée par Hebra ; mais il n'est pas rare de voir des cas de prurigo, répondant à la description de Hebra sous le rapport de l'aspect et de la localisation des lésions, de l'âge de début, se traduire par des poussées annuellement estivales ou automnales.
Lorsque les premières poussées n'ont eu qu'une intensité modérée, la maladie conserve toujours des caractères de bénignité relative, tandis que les cas initialement sévères restent tels pendant toute leur durée.
Pronostic. — Povu' Hebra et Kaposi, l'affection est essentiellement incurable et persiste pendant toute l'existence. E. Besnier, par contre, a vu des sujets qui, à l'âge adulte, cessaient d'être tourmentés par les poussées du prurigo de Hebra dont ils avaient été atteints dans leur jeune âge. Ehlers('), par des statistiques étendues, a confirmé l'opinion de Besnier. .
Il n'en est pas moins vrai que, par ses retours périodiques, le prurigo de Hebra constitue une maladie sérieuse, qui influe grandement sur la santé générale et sur le moral des sujets. Dans les formes graves, il n'est pas rare que les malades restent petits, comme atrophiés, pendant toute leur existence ; mais on peut se demander si cet état d'infantilisme n'est pas le résultat des causes de dégénérescence qui tiennent la maladie sous leur dépendance.
Étiologie. — Les sujets atteints de prurigo de Hebra sont souvent des enfants pauvres mal nourris, mal soignés, faibles ; mais parfois aussi des enfants élevés dans les meilleures conditions possibles. L'alimentation défectueuse invoquée par Kaposi et surtout par Combv et la misère à laquelle Augagneur attache une grande importance ne sont pas suffisantes pour expliquer à elles seules le développement de cette affection.
Il faut en rechercher la cause dans un trouble de nutrition, sorte de dégénérescence d'origine héréditaire comme le prouve parfois le développement simultané de plusieurs cas de cette affection dans une même famille.
Les parents des malades offrent d'ailleurs souvent des tares constitutionnelles diverses; beaucoup sont atteints de dermatoses variées.
Les malades eux-mêmes sont assez souvent atteints d'alTections diverses relevant de causes à la fois dyscrasiques et névropathiques, telles que l'asthme.
La fréquence du prurigo de Hebra est très variable suivant les pays. Il est très fréquent en Autriche, moins fréquent en France et surtout en Angleterre ; on ne l'ol^serve presque jamais en Amérique : J. White(^), qui confirme cette dernière assertion et fait observer qu'elle contraste avec la fréquence du prurit aux Etats-Unis où il est pour ainsi dire une maladie nationale, attribue la rareté
(') En. EiiLERS, Rcclicrchcs clini([ues sur le prui-igo de Hebra. Nordiskl iiiedi.i-iuskt Arkio, -JSJ2, rr 2i.
(^j J. Whiti:, Prurigo. Juuvn. of rulaneous and genito-urinanj diseaties. 1897, p. 2.
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MALADIES CUTANÉES
du prurigo de Hebra en Angleterre et en Amérique aux soins de propreté dont les Anglais et les Américains sont coutumiers.
Diagnostic. — La longue durée et les recrudescences presque régulières de la maladie en facilitent singulièrement le diagnoctic et ne permettent pas de la confondre, chez l'adulte, avec ïeczéma et avec les diverses affeclions prurigineuses, parasitaires ou non. Chez Tentant, l'embarras peut être plus grand, surtout lors des premières poussées.
Le siège des lésions du côté de l'extension des membres, l'atteinte de la face. L'absence de larges pustules et de sillons, l'intégrité des régions (espaces interdigitaux, seins, régions pré-axillaires, verge) où siègent de préférence les lésions acariennes, la non-contagiosité de la maladie, permettent d'éliminer la gale.
La confusion est possible et facile, du moins passagèrement, avec le strophuh(S \ mais cette affection se produit à l'occasion de troubles digestifs, souvent à l'occasion de l'éruption des dents, ses éléments évoluent plus rapidement, sont plus nettement érythémateux, 'plus larges, plus saillants, ont une vésicule centrale ; il ne faut cependant pas oublier que le prui'igo de Hebra le plus typique peut débuter par des éléments urticariens très analogues, sinon identiques, à ceux du strophulus et que c'est seulement à une période plus avancée que les lésions perdent l'apparence urticarienne pour prendre leur aspect caractéristique. Il sera donc toujours prudent de rester sur la réserve dans les cas de strophulus qui tendent à se prolonger, et ne sont pas nettement liés à des troubles digestifs.
Anatomie pathologique. — Les lésions histologiques du prurigo de Hebra ne répondent, comme l'ont fait voir les recherches de Leloir et Tavernier, Taylor et van Gieson, à la définition d'aucun autre élément dermatologique : ce sont des lésions spéciales constituées par le développement, dans l'intérieur du corps muqueux de Malpighi, de cavités kystique's renfermant un liquide clair; elles seraient, d'après Taylor et van Gieson, la conséquence d'une dégénérescence des cellules épidermiques, consécutive elle-même à une inflammation chronique du derme.
Outre les altérations épidermiques, on trouve en effet de l'œdème et de l'infiltration chronique dans le derme avec prédominance des lésions autour des vaisseaux.
On n'a jusqu'à présent pas rencontré d'altération des nerfs périphériques.
Traitement. — La lésion locale du prurigo de Hebra et le prurit qui l'accompagne cèdent assez facilement sous l'influence de traitements locaux divers. Les applications de corps gras, en première ligne l'huile de foie de morue simple ou additionnée de menthol, sous la forme d'emplâtres ou d'onctions viennent rapidement à bout de la plupart des poussées. Les onctions à l'huile de foie de morue sont l'épétées chaque nuit et pendant le jour on enveloppe les surfaces malades de toile de caoutchouc fine ou de compi'esses enduites de pommade à l'oxyde de zinc, ou même de compresses sèches.
Dans les formes intenses, le traitement qui donne les meilleurs résultats est l'application de colles médicamenteuses à la gélatine (Voir page 186) que l'on peut, sans crainte d'accidents, étendre, s'il est nécessaire, sur la totalité de la
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surface cutanée. Mais ce topique, parfait lorsqu'il n'y a pas d'excoriations, et qui calme alors rapidement les démangeaisons, en provoque au contraire de très violentes quand il y a des excoriations suintantes du type eczémateux. Dans ce dernier cas, il est nécessaire, avant de recourir aux badigeonnages de colle, de guérir les lésions accessoires de la peau au moyen d'enveloppements liumides avec des compresses trempées dans une solution boriquée faible ou dans de l'infusion de camomille, etc. (Voir le traitement des eczémas, p. 244.)
Le traitement externe a le premier rôle au cours des poussées, que les médicaments internes sont incapables de calmer ; mais il n'est qu'un palliatif donnant des résultats passagers et n'empêche pas les récidives.
Les médicaments nervins peuvent atténuer les symptômes fonctionnels du prurigo de Hebra, mais sont de beaucoup inférieurs au traitement externe et ne peuvent non plus arrêter la marche générale de la maladie.
Le traitement tonique et reconstituant (et ici encore en première ligne l'huile de foie de morue, puis les amers, l'arsenic), est presque toujours indiqué par l'état général des sujets atteints de prurigo de Hebra. Il peut avoir une action sur la maladie, sur ses reprises annuelles. Les traitements thermaux (Uriage, Luchon, et surtout La Bourboule) sont d'une efficacité nette ; ils ont certainement, dans nombre de cas, un effet très réel sur le prurigo de Hebra et peuvent enrayer plus ou moins complètement sa marche exacerbante.
PRURIGOS DIATHÈSIQUES
Définition. — E. Besnier(') a proposé le nom de prurigos diathésiques pour désigner des affections caractérisées par un prurit plus ou moins étendu et d'intensité variable, et par des lésions cutanées multiformes, reproduisant l'aspect des différentes variétés d'eczéma ou rappelant celui des lichens, affections se rapprochant du prurigo de Hebra par la multiplicité de leurs récidives, mais en différant par l'irrégularité de ces récidives, une topographie moins systématique, des lésions plus multiformes et leur début à un âge très variable.
Les prurigos diathésiques correspondent en partie aux névrodermites diffuses de Brocq(^).
Description. — La lésion primitive des prurigos diathésiques est très variable. Tantôt c'est une papule rouge, peu étendue, saillante, acuminée ou non, qui est surmontée, dès son début ou peu après son début, d'une petite vésicule; après la rupture de cette vésicule il reste une excoriation, qui se recouvre d'une croûtelle brunâtre comme dans les autres variétés de prurigo, ou d'une croûte jaunâtre, analogue à celle des eczémas, ou bien encore se dessèche et est remplacée par une squame. Ces éléments peuvent être isolés et disséminés ou se réunir en placards d'étendue variable, de foi'me irrégulière et à contours souvent mal déterminés, qui ont une grande analogie avec des placards d'eczéma.
Mais avec les lésions eczématiformes coïncident des lésions papuleuses, de coloration plus claire que celles du lichen de Wilson, de forme arrondie ou
(') E. Besnier. Premières notes et observations préliminaires pour servir d'introduction à l'étude des prurigos diathésiques. Annales de Dermatologie, 1892, p. 634.
(^) L. Brocq. Nouvelles noies cliniques sur les lichénifications et les névrodermites. Annales de Dermatologie, 1806, p. 779 et 924.
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irrégulière, à surface brillanle, saillante ou aplatie, mais n'olîrant pas Tombilicatioh des papules du lichen de Wilson ; ces papules ont également une consistance moins ferme que dans cette dernière affection.
Dans l'intervalle des papules, il n'est pas rare de voir les plis épidermiques s'exagéi'er et l'épiderme offrir un aspect légèrement brillant, comme dans les lichens. Fréquemment aussi on voit des excoriations linéaires dues au grattage.
Souvent aux altérations précédentes s'ajoutent des éléments urticariens d'abondance et de dimensions variables.
Les lésions des prurigos diathésiques sont en somme polymorphes, avec prédominance des lésions d'apparence eczémateuse.
Disséminées ou réunies en placards irréguliers, elles occupent des portions variables du tégument, parfois des segments étendus d'un membre. Elles peuvent siéger sur les différentes régions du corps, de préférence sur le tronc et sur les membres, mais sans avoir sur ceux-ci la prédilection si accusée du prurigo de Hebra pour le côté de l'extension. Très souvent elles sont symétriquement disposées.
Les lésions des prurigos diathésiques s'accompagnent toujours de prurit et d'un prurit parfois violent ou plus exactement sont précédées de prurit et se montrent consécutivement aux grattages qu'il provoque. Ce prurit peut être continu, ou se montrer sous forme de crises ou d'exacerbations survenant d'une façon irrégulière, à heures très variables. Les crises de prurit entraînent une exagération des lésions cutanées, des transformations dans leur aspect extérieur, leur extension en surface ou leur apparition sur des régions précédemment indemnes.
Aussi l'affection présente-t-elle une marche paroxystique très irrégulière, en rapport avec l'irrégularité du prurit.
Ces paroxysmes sont entrecoupés par des périodes de rémission plus ou moins complète, parfois absolue. C'est ainsi que les prurigos diathésiques, comme le prurigo de Hebra, sont constitués par une série d'attaques, d'intensité variable ; mais, au lieu d'être à répétitions périodiques et annuelles, ces retours sont extrêmement irréguliers et peuvent se produire en toute saison, et à des saisons variables d'une année à l'autre. La marche de la maladie s'étend sur un nombre d'années variable.
Étiologie. — Les prurigos diathésiques peuvent se développer à tout âge, et en cela ils s'éloignent du schéma classique du prurigo de Hebra.
Ils s'observent plus souvent chez la femme que chez l'homme.
Ce sont essentiellement des attributs du nervosisme : les sujets qui en sont atteints sont, par hérédité ou par le fait de surmenage intellectuel ou moral, des névropathes , plus particulièrement des neurasthéniques ; parfois ils sont atteints de névroses plus différenciées, telle que le goitre exophthalmique, la paralysie agitante. Leurs premiers accès se produisent souvent à l'occasion d'émotions morales prolongées, de fatigues intellectuelles, de préoccupations d'argent ou d'avenir.
Souvent, exagérant les effets du nervosisme, coexistent des troubles gastrointestinaux, provoqués, eux aussi, par la névropathie, ou bien des altérations rénales.
Nature. — Les prurigos diathésiques sont en réalité des troubles névropa-
LES PRURIGOS.
thiques de la peau, se traduisant par du pi'urit ; rirritalion que provoque le grattage détermine des i^éactions vasomotrices, congestions ou irritations, aboutissant à la production de lésions variées, réalisant l'eczématisation ou la lichénisation des téguments, suivant un processus qui a déjà été signalé à propos du prurit.
Diagnostic. — Les prurigos diathésiques sont le plus ordinairement confondus avec les eczémas, groupe complexe d'où E. Besnier les a séparés. Ils en diffèrent par la multiformité des lésions, par leur apparition à la suite et a l'occasion du prurit, par leur modification et leur extension sous l'influence du prurit, par la multiplicité de leurs sièges. Pour la plupart des dermatologistes allemands, ils rentrent d'ailleurs dans la description de l'eczéma : Unna les désigne sous le nom d'eczema pruriginosum.
Traitement. — Le traitement interne est de première importance dans les prurigos diathésiques : il consiste dans l'emploi des calmants et des toniques du système nerveux, la valériane, la belladone, les glycéro-phosphates, l'arsenic, le fer à petites doses.
Les douches tièdes, à titre de sédatif du système nerveux, et malgré l'état du tégument, rendent les plus grands services ; parfois l'électricité statique sera utile.
Les malades atteints de prurigos diathésiques doivent être mis dans les conditions les plus favorables au repos et au calme de leur système nerveux : éloignement des affaires, séjour à la campagne ou dans les altitudes, voyages, etc. Les traitements thermaux d'Uriage, Luchon, La Bourboule, Royat, etc., suivant les indications tirées de leur état général, leur sont souvent très profitables.
Leur régime alimentaire doit être réglé de façon à éviter tous les aliments qui provoquent des intoxications et peuvent devenir une cause d'irritation pour la peau.
Le traitement local varie suivant la forme des lésions cutanées et se confond en grande partie avec celui des eczémas : enveloppements humides dans les formes suintantes et crotiteuses, pommade à l'oxyde de zinc après la chute des crot^ites et dans les formes sèches. On ajoutera à l'oxyde de zinc des substances antiprurigineuses, menthol, acide phénique, etc. Lorsqu'il n'y a ni suintement ni excoriations, les applications de colle à l'oxyde de zinc calment d'une façon très remarquable le prurit et amènent par suite la disparition des lésions cutanées.
PRURIGO D'HIVER DE DUHRIKG
Duhring(') a décrit sous le nom de prurit d'hiver une affection prurigineuse très fréquente en Amérique, mais qui s'observe également en Europe et qui est caractérisée par son développement au moment des premiers froids, sa persistance pendant tout l'hiver et jusqu'au printemps, par des accès qui surviennent surtout le soir au moment du coucher et le matin au réveil, et par sa
(') DuiiRiNG, PruHlusliiemalis, an undescribed form of prurilus. Ptdladelphin médical Times, 10 janvipi- 1874. — Dubreuilh,Du prurigo liivernal. Joiirn. de méd. de Bordeaux,?, &i 15 février 1891 (Bibliogr.).
TKAITK DE MÉDECINE, 2' édit. — III. - 13
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localisation habituelle aux membres, où elle occupe particulièrement la face antérieure de la cuisse et la face externe de la jambe.
Le prurit s'accompagne souvent de la production de papules disséminées, de coloration blanche ou rose très pâle, parfois d'altérations eczématiformes en placards ou disséminées sur l'étendue des régions prurigineuses.
L'affection récidive régulièrement chaque année et est d'autant plus intense que l'hiver est plus rigoureux.
On l'observe surtout chez des adultes, particulièrement après 40 ans et chez des sujets arthritico-nerveux.
- Le port de vêtements trop rudes et irritants au contact de la peau semble avoir autant de part à sa production que le froid extérieur.
Le traitement consiste dans la suppression du contact de la peau avec les vêtements trop durs, dans l'emploi de poudres inertes et de pommades à l'oxyde de zinc. Il convient également de s'adresser à l'état général des sujets, au moyen des alcalins, des nervins, etc.
PRURIGOS TOXIQUES
Les intoxications les plus diverses peuvent donner lieu à des prurigos.
Ces intoxications peuvent être d'origine externe, médicamenteuse ou alimentaire, ou d'origine interne (auto-intoxications).
Les intoxications alimentaires qui déterminent le prurigo sont l'alcoolisme, le caféisme et le théisme, sur lesquels Brocq a particulièrement insisté et qui exagèrent des prurigos de cause interne plutôt encore qu'elles ne les provoquent.
Parmi les intoxications médicamenteuses , il faut signaler spécialement celles que provoquent la morphine et la cocaïne, dans lesquelles le prurit atteint une grande intensité; dans le cocaïnisme il revêt une forme parasitophobique très spéciale, les maladès s'imaginant que leur prurit est produit par des animaux errant sous leur peau.
Les prurigos auto-toxiques sont sous la dépendance du diabète, des troubles du fonctionnement du foie ou des reins et de la leucémie.
Le prurigo diabétique occupe les membres, principalement le côté de la flexion, quelquefois le dos et la paume des mains, donne lieu à des éruptions urticariennes, ou à des papules blanches, disséminées ou groupées, plus rarement à des lésions d'apparence eczémateuse.
Le prurigo d'origine hépatique est lié soit à l'ictère catarrhal, soit à l'obstruction calculeuse des voies biliaires, soit aux diverses cirrhoses. Il accompagne généralement l'ictère, mais peut le précéder ou ne se développer que longtemps après son début, ce qui permet de supposer qu'il est dû à la présence dans le sang non des matièi'es colorantes de la bile, mais d'autres parties constituantes de celle-ci, probablement les acides biliaires. Le prurigo hépatique se traduit par un prurit souvent intense, surtout dans l'obstruction calculeuse des voies bihaires ; ce prurit est généralisé avec prédominance aux membres ; il y a en outre des papules centrées par une croûte brune (papules de prurigo) et des excoriations de grattage souvent étendues. Il est tout à fait exceptionnel, ainsi que l'a fait remarquer E. Besnier, de voir se développer des pustules d'ecthyma.
Le prurigo d'origine rénale peut s'observerdans toutes les lésions qui entravent la sécrétion rénale et produisent la rétention des produits toxiques de l'assimila-
LES PRURIGOS.
tion; c'est surtout dans la néphrite interstitielle qu'on le rencontre et même dans des périodes peu avancées de celle-ci. Le prurit, d'intensité variable, généralisé ou plus rarement localisé aux jambes, peut donner lieu à des papules de prurigo, quelquefois à des lésions secondaires eczématil'ormes disséminées.
Le prurigo leucémique, qui paraît aussi un prurigo auto-toxique, accompagne surtout la foi^me ganglionnaire de la leucocythémie ; il se traduit par un prurit intense et par le développement de papules blanches ou à peine rosées, disséminées, larges de près de 1 centimètre, acuminées, surmontées d'une croûtelle sanguine brunâtre, et, dans les cas assez rares de leucémie où il se développe, persiste généralement jusqu'à la terminaison de la maladie.
Le traitement interne des prurigos toxiques se confond avec celui des affections causales et de leurs autres complications : il consiste, en outre, dans l'emploi des diurétiques afin d'activer l'élimination des substances toxiques.
Quant au traitement externe, il comporte surtout l'emploi des lotions antiprurigineuses, de la pâte de zinc mentholée ou phéniquée; dans les cas intenses, on peut i^ecourir aux applications de colles, comme dans les autres prurigos.
PRURIGO SÈNILH
On voit assez souvent se développer, après l'âge de 60 ans, un prurigo, auquel on a donné le nom de sénile.
Description. — Le prurigo sénile s'établit en général d'une façon lente, débutant par un prurit étendu, dont l'intensité augmente peu à peu jusqu'à devenir intolérable; ce prurit présente des exacerbations très violentes, surtout le soir ou lorsque les malades se découvrent. Il entrave souvent le sommeil, mais rarement d'une façon complète.
Les malades atteints de prurigo sénile se grattent le plus souvent avec fureur et leurs ongles portent les traces de ce grattage qui les a polis et rendus brillants.
Malgré l'intensité des grattages, les téguments sont rarement le siège d'altérations considérables ; les lésions de grattage, excoriations arrondies et punctiformes ou linéaires, sont exceptionnelles ; raree aussi les papules et les lésions eczématiformes que l'on observe dans nombre d'autres prurigos. Cependant, en observant attentivement la peau, on voit souvent en quelque région du corps, principalement à la région lombaire, des plaques au niveau desquelles l'épiderme a un aspect brillant, avec légère exagération de ses plis et épaississement dermique appréciable lorsque l'on cherche à faire un pli à la peau ; ces plaques sont souvent assez étendues; sur les membres et sur le reste du tronc, l'épiderme est souvent aussi brillant, presque nacré, sur des surfaces plus ou moins considérables.
Étiologie. — ■ Le prurigo sénile est attribué par la plupart des classiques à l'altération sénile de la peau, à l'atrophie des nerfs et des papilles cutanées ; cette opinion n'a jamais reçu de démonstration. Il est bien plus vraisemblable que le prurigo sénile est la conséquence d'auto-intoxications résultant d'altérations viscérales, en particulier de l'insuffisance rénale : les vieillards qui en sont atteints présentent toujours des troubles marqués de la sécrétion urinaire.
Il faut ajouter, et cela explique souvent l'intensité de leurs plaintes, qu'ils ont pour la plupart des tendances névropathiques accusées.
IGEORGES THIBIERGE.\
Diagnostic. — Le prurigo sénile peut être confondu avec la plUhiriase; dans cette affection, les lésions de grattage, toujours accentuées, occupent spécialement les régions sus et interscapulaires où elles affectent la forme d'excoriations linéaires caractéristiques, et il n'est pas rare d'observer des lésions pustuleuses. Il convient cependant de remarquer que la phthiriase peut accompagner le prurigo sénile, parfois même provoquer son explosion, de sorte qu'on le voit persister après la disparition des parasites.
Traitement. — Quelle que soit la thérapeutique employée, on parvient rarement à calmer et jamais pour ainsi dire à faire cesser le prurigo sénile.
On aura recours cependant aux calmants du système nerveux, aux diurétiques, et principalement au régime lacté; on supprimera tous les aliments susceptibles d'exagérer les phénomènes d'auto-intoxication.
Localement, les applications de pâtes mentholées, de gélatines à l'oxyde de zinc provoquent, mieux que les lotions, un calme passager, mais leur effet s'épuise rapidement. On peut essayer l'électrisation faradique à laquelle on a attribué quelques succès.
LES LICHENS
Le nom de lichen avait été donné par les anciens dermatologistes à toute une série d'affections papuleuses, et généralement prurigineuses, constituant un groupe hétéroclite, dont le seul caractère général était l'infiltration plus ou moins prononcée du tégument.
Hebra, lorsqu'il révolutionna la terminologie dermatologique, modifia profondément la doctrine du lichen et réserva cette dénomination aux affections qui se traduisent pendant toute leur durée par des papules, non précédées d'une autre lésion élémentaire. Il réduisit le groupe des lichens à deux affections, le lichen ruber, dont la conception s'est singulièrement modifiée depuis, et le lichen scrofulosorum, que nous avons décrit au chapitre de la tuberculose, et qui ne répond même pas au postulatum de sa définition du lichen.
Cette réaction excessive n'a pas prévalu.
Actuellement, le lichen ruber de Hebra a été en partie absorbé par le pityriasis rubra pilaire de Devergie-Besnier, qui a été reconnu répondre au lichen acuminatus de Hebra ; il ne reste de ce lichen ruber, — en dehors de faits très discutables et sujets à revision, dans lesquels une affection papuleuse s'accompagnait de troubles graves suivis de mort — que l'affection dont Erasmus Wilson a donné la description sous le nom de lichen planus et que, avec quelques dermatologistes, nous décrivons sous le nom moins exclusif de lichen de Wilson.
Par contre, on a rattaché de nouveau au lichen une affection qui, sous l'empire des idées exclusives de Hebra, avait été classée dans les eczémas, le lichen simplex des anciens auteurs ou lichen circonscrit.
Ajoutons, pour fixer les idées du lecteur, que le prurigo de Hebra a été décrit par Vidal sous le nom de lichen polymorphe chronique, le strophulus sous le nom de lichen simplex aigu, que la xérodermie pilaire était désignée par les anciens auteurs sous le nom de lichen pilaire ; que les eczémas chroniques accompagnés d'infiltration dermique persistante et un certain nombre de
LES LICHENS
dermites professionnelles également accompagnées d'infiltralion persistanle étaient appelés couramment lichen par les dermatologistes de la première moitié du siècle.