FOLLICULITES DE LA BARBE
Les folliculites de la barbe peuvent revêtir l'aspect de folliculites simples ou celui du sycosis, avec inflammation périfolliculaire.
LES FOLLICULITES.
Les folliculites simples de la barbe se traduisent par le développement de pustules de la dimension d'une tète d'épingle, en moyenne, plates ou acuminées, centrées par un poil. Ces pustules peuvent être entourées d'une zone rouge, congestive, légèrement saillante; au bout de quelques jours, la pustule se l'ompt, son contenu se concrète en une croûte jaunâtre qui se détache rapidement, mais il persiste généralement pendant un temps variable une tache rouge et une desquamation plus ou moins prononcée; ces lésions persistantes peuvent revêtir l'aspect de l'eczéma. La folliculite simple de la barbe peut être suivie de la chute des poils et laisser une alopécie définitive.
Les folliculites simples de la barbe revêtent des aspects très variés : elles peuvent être le résultat d'une infection pyogénique banale, évoluer rapidement, sous forme d'éléments isolés, disséminés dans les régions diverses de la barbe ; elles peuvent, au contraire, tout en restant isolées, affecter une marche lente, rappelant celle de l'eczéma, et occuper principalement les parties de la barbe correspondant au maxillaire inférieur. D'autres' fois, elles se réunissent en plus ou moins grand nombre pour former des plaques d'étendue variable.
Les folliculites simples peuvent aussi n'être que la première phase du sycosis; celui-ci en diffère par l'intensité de l'inflammation périfolliculaire. Il se traduit par la présence de nodosités de volume variable, ordinairement de la dimension d'une petite lentille, saillantes, de coloration rouge, centrées par une pustule généralement peu persistante et à laquelle succède une croûte jaune ou brunâtre, ultérieurement une perforation plus ou moins profonde. Ces nodosités sont généralement isolées sur des surfaces d'étendue variable; il est très rare de les voir se réunir en placards d'aspect mamelonné comme ceux de la folliculite trichophytique. Les poils des follicules atteints de sycosis tombent définitivement. Le sycosis occupe généralement une grande étendue de la barbe et ne se limite presque jamais à un seul côté. La durée du sycosis est toujours très longue.
Une forme de folliculite mérite une mention particulière : c'est la folliculite sons-nasale ou mieux sous-narinaire. Très souvent comprise dans la descrij)tion de l'eczéma, sous le nom d'eczéma sous-nasal récidivant, "elle est constituée par des pustules péripilaires, évoluant isolément ou par groupes peu nombreux, ayant pour siège exclusif la portion de la moustache qui est sous-jacente aux narines; lorsque ces pustules existent depuis un certain temps, il n'est pas rare de les voir reposer sur une base saillante, rouge, légèrement infiltrée, qui forme une sorte de placard arrondi ou allongé situé sous une narine ou sous chacune des narines. Cette affection, essentiellement récidivante, est liée à l'existence de sécrétions nasales chargées de microbes pyogènes : que ces sécrétions soient symptomatiques d'une lésion ulcéreuse des fosses nasales ou d'un coryza chronique avec hypertrophie des cornets, ou qu'elles ne puissent être mises sur le compte d'aucune lésion nasale, il est certain que leur reproduction est suivie d'une façon presque immanquable de la réapparition des folliculites sous-narinaires; aussi voit-on celles-ci plus fréquemment en hiver, en raison de la plus grande abondance des sécrétions nasales à cette saison.
Étiologie. — Les folliculites de la barbe sont produites par la présence d'agents pyogènes. Ces agents pyogènes semblent varier suivant les cas. Unna et Tommasoli ont décrit comme des formes cliniques spéciales le sycosis coccogénique et bacillogénique.
MALADIES CUTANÉES
Les folliculites succèdent parfois à l'eczéma de la barbe, mais souvent elles se développent sans lésion antérieure du tégument.
Des pansements malpropres, l'existence en d'autres points du corps de lésions pyogéniques, peuvent être l'occasion de leur développement.
Diagnostic. — Le siège des pustules au pourtour d'un poil permet de reconnaître facilement l'existence des folliculites.
Les eczémas, quelle que soit leur forme, ne se caractérisent jamais par des pustules ou du moins leurs lésions locales n'ont jamais d'emblée le type pustuleux.
Les syphilides tuberculeuses diffèrent du sycosis par la consistance ferme de leurs éléments, par l'absence de suppuration à leur centre, par leur disposition circinée.
La foUiculite t^icJiophy tique, à laquelle Bazin donnait le nom de sycosis parasitaire, diffère des formes sycôsiques de la foUiculite non trichophytique par son début plus rapide, l'unilatéralité de ses lésions généralement réunies en placards à la périphérie desquels on peut trouver des poils follets cassés et entourés d'une gaine renfermant des spores trichophytiques.
Traitement. — Le traitement des folliculites de la barbe, même les plus simples et les plus bénignes en apparence, est presque toujours très laborieux.
La première mesure à prendre est de couper très court aux ciseaux ou mieux encore d'épiler les poils correspondant aux follicules malades, mais l'usage du rasoir doit être proscrit.
Les pansements avec des solutions antiseptiques peuvent suffire, dans les formes simples, à amener la guérison ; mais, dans la foUiculite récidivante sousnasale et surtout dans les formes sycôsiques, il faut recourir, après nettoyage des surfaces au moyen de pansements antiseptiques, à une médication plus active, dont les pommades au turbith, aux goudrons, à l'huile de cade et à l'ichthyol sont les agents les plus dignes de confiance.
FOLLICULITES DË PILANTES DU CUIR CHEVELU
Les folliculites dépilantes du cuir chevelu sont la cause de certaines alopécies dont la description a été donnée dans ces dernières années sous les noms d'acné décalvante, d'acné dépilante du cuir chevelu, de pseudo-pelades, d'alopécie cicatricielle innominée, etc.
Description clinique. — La foUiculite décalvante se traduit à son début par une plaque rouge, non saillante, de forme généralement arrondie, mesurant 2 à 3 millimètres de diamètre et située autour d'un poil ; puis, précédée par une pustulette très éphémère et qui passe souvent inaperçue, se développe à la base du poil une croûtelle sèche, peu épaisse, très adhérente. La rougevu* et la croûlelle persistent pendant un temps assez long, puis la rougeur s'efface ; le poil, souvent augmenté d'épaisseur, sec, entouré d'un gaine vitreuse à sa partie profonde, ayant perdu son adhérence, tombe pour ne plus se reproduire; l'orifice folliculaire lui-même disparaît sans laisser de traces et la peau prend un aspect cicatriciel, s'amincit, devient blanche et comme éburnée.
Ces lésions peuvent évoluer isolément autour de poils disséminés irrégulière-
LES FOLLICULITES.
ment sur le cuir chevelu; le plus souvent, elles se réunissent en plaques d'étendue variable, de configuration très irrégulière, de sorte qu'elles forment des surfaces alopéciques, cicatricielles, à la périphérie desquelles on trouve encore, disposés irrégulièrement, des poils durs et épais, entourés d'une croùtelle ou d'une étroite bordure rouge ou des croùtelles adhérentes correspondant à des follicules déjà déshabités.
L'évolution lente des folliculites dépilantes donne à l'affection dans son ensemble une durée • très longue. L'intensité de la réaction inflammatoire, variable suivant les follicules et aux différentes périodes de la maladie, donne aux lésions des apparences très diverses; dans certains cas, elle est si peu apparente que la lésion a perdu son caractère inflammatoire et paraît constituée uniquement par la dépilation.
Les folliculites dépilantes peuvent occuper les différents points du cuir chevelu; on les observe surtout au voisinage du sommet de la tète. L'affection évolue lentement et dure plusieurs années.
Des lésions analogues peuvent s'observer dans la barbe.
Étiologie. — Les causes des folliculites dépilantes du cuir chevelu sont complètement inconnues.
Leur origine parasitaire est rendue vraisemblable par la marche extensive des lésions. Cependant, Ducrey et Stanziale (') n'ont trouvé aucun parasite dans ses lésions, sauf le staphylocoque qu'ils n'ont rencontré que dans les folliculites contenant du pus.
Cette affection se montre ordinairement chez les adultes, le plus souvent entre 50 et 40 ans; elle est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez r homme.
Anatomie pathologique. — Duci'ey et Stanziale ont constaté dans ces folliculites des lésions inflammatoires débutant dans l'épaisseur du chorion pour s'étendre aux tissus périfoUiculaires et aux glandes annexées aux poils; à la phase régressive, l'infiltration est résorbée, il y a atrophie scléreuse du tissu conjonctif du derme avec destruction complète des follicules pilaires et des glandes. Ducrey et Stanziale comparent, au point de vue anatomique, ce processus à celui de l'acné chéloïdienne, dont il difl'ère en ce qu'il est suivi d'atrophie du derme au lieu d'aboutir à la formation d'une chéloïde.
Diagnostic. — Le caractère manifestement cicatriciel des plaques alopéciques différencie les folliculites décalvantes de la pelade, alors même que l'inflammation périfolliculaire est absente ou peu apparente. En outre, les plaques de pelade sont plus régulières que celles des folliculites décalvantes.
La confusion est beaucoup plus facile à faire avec les formes frustes de favus, ainsi que l'a fait observer surtout Dubreuilh: les cicatrices de favus sont très analogues à celles de la folliculite décalvante, et la découverte du parasite dans les petites squames péripilaircs peut être très difficile. Le plus important des éléments du diagnostic est la très longue durée du favus et son début dans le jeune âge.
(') Ducrey et Stanziale, Contributo clinico, anatomo-patologico e batteriologico allo studio di alcune affezioni délie regioni pelosi (volto e cuoio capelluto) con esito in alrofia. Giornale ilaUano délie malatlie veneree e délia pelle, 1892, p. 230.
IGEORGES THIBIERGE I
MADADIES CUTANÉES.
Le lupus érythémaieiix peut également simuler les follicules décalvantes, et d'autant plus qu'il s'agit également d'une affection à lésions folliculaires. Cependant, dans le lupus érythémateux, la rougeur est plus persistante, elle se voit encore à la partie centrale des plaques longtemps après que celles-ci sont devenues complètement alopéciques; sur leur périphérie on voit une bordure généralement régulière et large de squames sèches, plus adhérentes que les croûtes des folliculites: enfin, il existe presque toujours des plaques de lupus érythémateux sur le visage ou sur les mains en même temps qu'au cuir chevelu.
Traitement. — La marche des foUiculites décalvantes peut, dans un certain nombre de cas, être arrêtée par le traitement suivant : épilation de tous les poils qui sont situés au voisinage immédiat des follicules enflammés, lavages avec des solutions antiseptiques, en particulier avec une solution de sublimé, applications de pommades au soufre, au turbith ou à l'ichthyol. Les phénomènes inflammatoires peuvent être calmés par les préparations d'oxyde de zinc (pommades ou mieux emplâtres).