‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 23 sur 221 · FIÈVRES FONCTIONNELLES · texte numérisé non relu

FIÈVRES FONCTIONNELLES

Fièvre musculaire. — Nous avons vu que la contraction musculaire est une source importante et active de chaleur à l'état normal. Aussi lui a-t-on attribué une grande importance dans certaines fièvres.

C'est par la contraction musculaire permanente qu'on a expliqué la température élevée de l'homme ou de l'animal en état de tétanos, température qui atteint parfois 45 a 44 degrés (Leyden, Billrotli, Wunderlich) et inversement, c'est par l'inertie musculaire générale que l'on a interprété l'hyperthermie des animaux curarisés (Rôhrig et Zûntz, Biegel). On a voulu voir dans ces faits une application de la doctrine de l'équivalence des forces (Béclard, Bert, Gavarret) et l'on a dit : une excitation cause dans le muscle une modification chimique, d'où résulte une production de chaleur; s'il se produit un travail mécanique, si le muscle se contracte, la chaleur n'apparaît pas; si, au contraire, la contraction ne se fait pas, la chaleur devient manifeste (l) ; c'est ainsi qu'on a distingué les contractions dynamiques des contractions statiques et les convulsions cloniques des convulsions toniques. L'élévation de température dans le tétanos et l'état de mal épileptique où le tonus domine, l'apyrexie dans la chorée où les contractions sont essentiellement cloniques semblent confirmer cette théorie; mais il faut tenir compte dans ces faits d'autres éléments sur lesquels nous reviendrons, savoir la toxi-infection dans le tétanos, l'excitation des centres nerveux dans l'état de mal. Expérimentalement, les convulsions toniques obtenues par la faradisation, la strychnine et la fève de Calabar (Charcot et Bouchard) ne donnent qu'une minime élévation de température qu'on peut attribuer à d'autres causes.

Un fait, cependant, est certain; c'est l'élévation de température dans la contraction musculaire quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle soit prolongée

(l) Sous l'influence do ces idées, on a prétendu que l'ascension d'une montagne devait produire une moindre élévation de température que la descente parce que, dans ce dernier cas, l'effort consiste surtout dans une contraction de résistance. Liebermeister et Hoffmann ont fait justice de ces affirmations.

PATHOGÉNIE DE LA FIÈVRE

(Liebermeister, Bouchard) (1). Beaumont l'avait constatée chez le Canadien atteint de fistule stomacale, Réaumur chez les insectes, Matteucci et Helmoltz chez les grenouilles.

Un exercice physique violent, pendant une heure (course à pied, course en vélocipède) peut élever la température de l'homme jusqu'à 59°, 2 (Obernier, Fovel, Bouchard) ; mais cette hyperthermie est fugace, et ne dure pas plus d'une heure chez un sujet normal, car la compensation se fait vite. S'il était besoin de prouver que la calorifîcation est accrue, il suffirait de noter que la respiration et la circulation s'accélèrent, que la peau est rouge et la sudation excessive; c'est dire qu'il y a dépense de calorique au maximum et que l'élévation de température serait évidente si ces moyens de réfrigération n'étaient suractivés (Bouchard). Voici d'après M. Bouchard les modifications de la température provoquées par le réveil et par un exercice musculaire pendant une période de vingtquatre heures.

1 heure après le réveil, restant au lit

Le lendemain.

Exercice musculaire actif de 27 minutes :

8 minutes après la fin de Vexercice

Le sujet se couche, mais ne dort pas :

1 heure 8 minutes après la fin de V exercice .

37 vl

Se lève à 9 heures du soir :

Se couche dans la nuit :

Après 5 heures 15 minutes de sommeil . . .

Comme on le voit, chez un sujet bien portant, avec un exercice musculaire modéré, la température s'élève peu, parce que les moyens de régulation sont suffisants. Dans l'exemple produit par M. Bouchard, la sudation apparaît quand la température rectale arrive à 57°, 6, quelle que soit la température de l'air extérieur. Il est évident que cette température limite qui provoque la sudation, varie pour chaque sujet.

(*) Mosso refuse aux muscles une action prédominante dans la production de chaleur; d'après lin l'élévation de température qui se produit dans la contraction musculaire est un fait concomitant et non nécessaire ; en effet, elle ne serait pas proportionnelle au travail accompli et elle augmenterait encore après l'arrêt de la contraction. Aussi ramènc-t-il la fièvre musculaire à une fièvre nerveuse; pour lui, l'hyperthcrmie qu'on observe dans le strychnisme résulte, non pas des contractions tétaniques, mais de l'excitation nerveuse plus grande, comme le prouve l'hyperthermie qui se produit encore quand on empêche les contractions par la curarisation de l'animal.

[L. GUINON.~]

D'après Jiirgensen, chez un homme sain, après un travail pénible de une heure quarante-cinq, la température s'élève à 58°, 7 ; si le travail continue, elle reste stationnaire, parce que la compensation est établie ; si le travail cesse, elle atteint la normale au bout de quarante minutes.

Chez le chien, qui ne possède pas la fonction sudorale, ce régulateur si puissant, la température s'élève facilement après un exercice violent à 41 degrés. De niême, c'est cà l'insuffisance des moyens de régulation (la respiration se faisant dans un air surchauffé) qu'il faut attribuer l 'hyperthermie provoquée par la marche et qui constitue le coup de chaleur.

Donc l'exercice musculaire excessif élève la température; mais il n'y a

Ascension ] Ascension modérée j 10 a 13 minutes ] durée variable i

sueur repos.

Fig. 2. — Marche schématique de la fièvre musculaire.

vraiment fièvre que lorsque celle-ci se prolonge et provoque des troubles appréciables; c'est ce qui se produit quand les moyens de déperdition calorique sont affaiblis, comme nous venons de le dire, ou bien quand l'état de débilité du système nerveux (convalescence d'une maladie grave, neurasthénie, fatigue excessive) ne lui permet plus de refréner la calorification; dans ce cas, la température s'élève plus haut et persiste plus longtemps.

M. Bouchard classe dans la fièvre musculaire certains accès que l'on observe chez les accouchées, non pas la fièvre qui accompagnerait quelquefois la montée de lait, mais celle qui suit immédiatement l'expulsion du placenta ; elle se voit surtout chez les primipares, c'est-àdire chez celles qui ont fait le plus d'efforts et subi le plus de fatigue Dans ces cas, Glockner a vu la température monter à 58 et 40 degrés dans 211 cas sur 1100 accouchements. C'est la fièvre du travail de l'accouchement telle que l'enseigne M. Pinard.

Elle est essentiellement transitoire, sans frisson, sans grand malaise; aussi importe-t-il de ne pas la confondre avec la fièvre d'infection qui apparaît au moment même du travail et qui se continue ensuite (Vinay).

La compensation dans la fièvre musculaire se fait, comme pour les autres fièvres, par des oscillations successives et d'autant plus prolongées que le sujet est moins résistant (Jiirgensen, Bouchard). Le sommeil, par le fait de l'inaction musculaire et psychique, abaisse un peu la température; le seul fait de se réveiller, avec le minimum de mouvement, élève la température rectale de 0°,1 à 0°,2.

Parallèlement à la température, l'exercice musculaire exagère les

PATHOGÉNIE DE LA FIÈVRE

oxydations; on le démontre par l'accroissement de la~ consommation d'oxygène et de l'excrétion d'acide carbonique. M. Bouchard le prouve indirectement par l'étude de la toxicité urinaire. Celle-ci varie, comme on le sait, suivant les périodes de la journée ; pendant le travail au grand air, elle diminue de 50 pour 100; par conséquent, il y a augmentation des combustions.

Le sommeil, au contraire, ralentit la combustion et élève la toxicité urinaire, comme il abaisse la température; ce qu'on peut traduire par le

schéma suivant (Bouchard) (fîg. 5)

Oxydations

Temper rect ç.

Toxicité urinaire

lOh 3h 6h 2K

soir matin rnatin soir

Fig. 3. — Schéma des oscillations diverses.

Fièvre de digestion. — Nous avons vu que la digestion active la nutrition, et par conséquent la calorification ; après le repas, la respiration et la circulation s'accélèrent, la sudation s'observe fréquemment. Si, chez le sujet normal, la température ne s'élève pas, cela tient à la vigilance du système nerveux qui met en jeu les appareils de déperdition et maintient ainsi l'équilibre.

Mais, comme pour la fièvre musculaire, il est des cas où l'excès de calorification devient apparent; chez un malade qui entre en convalescence de fièvre typhoïde, un repas trop abondant, un aliment difficile h digérer élèvent la température et donnent un véritable accès de fièvre ; cela se voit aussi chez certains neurasthéniques et dans certaines dyspepsies; dans ce cas, après les repas, le malade est rouge, vultueux, sa peau est chaude ; son pouls est à 1 00 ou même 140 pulsations, il a envie de dormir, sa salive est épaisse, il transpire, il a soif. M. Bouchard a vu la température monter à 59 degrés. On croit souvent avoir affaire à une fièvre intermittente, mais la quinine est inefficace; il suffit, pour en avoir raison, de diminuer la quantité d'aliments, de donner de la strychnine, de l'acide chlorliydrique, etc.

Gomment peut-on expliquer cette lièvre? S'agit-il d'une auto-intoxication qui troublerait le centre modérateur? M." Bouchard croit qu'elle résulte simplement de l'effort sécrétoire des glandes et de l'effort digestif qui exige des synergies considérables comme les sécrétions salivaire, hépatique, pancréatique, intestinale. A ce titre, elle rentre bien dans les fièvres fonctionnelles.

La fièvre de lait, telle que la concevaient les anciens, pourrait rentrer

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