I. — EXCORIATIONS ET ULCÉRATIONS
Les excoriations ou exulcérations sont des ulcérations superficielles qui ne dépassent pas les limites de l'épidémie et n'atteignent pas le derme. Elles ne laissent pas de cicatrice.
Ces excoriations succèdent particulièrement aux vésicules, aux bulles et aux pustules psydraciées de l'impétigo. Leur guérison est marquée parla production d'une croûtelle ou (Tune simple squame, après la chute desquelles on n'observe aucune trace persistante.
[1 peut y avoir des exulcérations primitives, dont le type le plus fréquent est la plaque muqueuse syphilitique.
Les plaques muqueuses siègent le plus souvent sur les muqueuses, principalement sur la muqueuse de la bouche, de la langue et de l'isthme du gosier, niais elles peuvent occuper la peau des lèvres, la peau du gland ou de la vulve et la peau de l'anus. Ce sont des exulcérations grisâtres, opalines, arrondies, un peu cuisantes, qui ne déterminent de véritables douleurs que dans les cas où elles sont multiples et continentes. Elles appartiennent surtout à la période secondaire de la syphilis et coexistent avec la roséole; mais elles peuvent être très tardives et, en réalité, on est en droit de dire, comme l'enseignait Hillairet, que la plaque muqueusi est un accident de toutes les périodes de la syphilis.
Les ulcérations sont pins profondes que les excoriations; elles ne sont pas seulement épidermiques ; elles atteignent le derme, plus ou moins profondément, et même parfois le tissu cellulaire sous-cutané. Elles s< terminent par la production d'une cicatrice persistante.
L'ulcération est ordinairement une lésion secondaire; il y a cependant des ulcérations qu'on peut qualifier àe primitives, parce qu'elles constituent la période d'état de la maladie, bien qu'en réalité elles succèdent le plus souvent à des lésions érythémateuses, vésiculeuses ou pustuleuses.
[E GAUCHER
SÉMIOLOGIE DE LA PEAU
Les principales ulcérations primitives sont : l'ulcère variqueux, l'ulcère des pays chauds, le chancre syphilitique, le chancre mou et l'ulcération tuberculeuse primitive .
L 'ulcère variqueux siège à la partie inférieure des jambes; il succède souvent à des lésions eczémateuses; dans d'autres cas, il est provoqué par un traumatisme; mais, dans tous les cas, il est produit et entretenu par les varices et par les troubles de nutrition cutanée, qui résultent de la gêne dans la circulation veineuse. 11 est plus ou moins étendu, arrondi ou irrégulier. Ses bords sont taillés à pic, quelquefois indurés et calleux. Il a une marche très lente et peu de tendance à la guérison. Quand il se cicatrise, il laisse à sa place une cicatrice pigmentée.
L'ulcère des pays chauds, qu'on observe en Asie, en Afrique et en Amérique, particulièrement au ïonkin et en Annam (*), au Gabon (2), à la Guadeloupe, siège sur les membres, principalement aux jambes. 11 a une tendance envahissante, mais une évolution torpide et se cicatrise très difficilement dans les pays où il a pris naissance, plus facilement quand les malades changent de climat. Il ressemble beaucoup aux ulcérations syphilitiques et sa cicatrice est pigmentée comme celle des syphilides.
Le chancre syphilitique de la peau est une ulcération surélevée, lisse, peu suintante, d'une coloration rouge sombre, généralement indolore, accompagnée d'engorgement lymphatique polyganglionnaire et suivie à bref délai de l'apparition de la roséole spécifique.
Le chancre mou est une ulcération plus profonde, à bords décollés et irréguliers, couverte de pus, à tendance envahissante, accompagnée d'une adénopathie suppurée et douloureuse. Il est généralement multiple sur le même sujet et auto-inoculable, tandis que le chancre syphilitique est le plus souvent unique.
L'ulcération tuberculeuse primitive de la peau résulte de L auto-inoculation directe du bacille tuberculeux par les déjections ou par l'expectoration des phtisiques. On l'observe près des orifices naturels, autour de l'anus et sur les lèvres, plus souvent sur la langue. Elle est due à la fonte caséeuse de granulations tuberculeuses, groupées les unes à côté des • autres et qui, avant leur ramollissement, ont l'aspect de grains jaunes tout à fait caractéristiques. L'ulcération tuberculeuse s'accroit graduellement par la production de nouvelles granulations autour de la lésion principale et par le ramollissement successif de ces granulations nouvelles. Elle peut ainsi acquérir d'assez grandes dimensions et n'a aucune tendance à la cicatrisation.
Les ulcérations secondaires succèdent à des pustules phlysaciées, à des tubercules ramollis, souvent à des gommes, que nous avons considérées comme une variété de tubercules, parfois à des tumeurs.
Elles ont peu de caractères propres par elles-mêmes. Dans la variole,
(1) Gaucher et Touvexaïnt, Ulcères annamites. Soc. <!.■ dermat., janvier 1<S!)(5.
(2) Gau cher, Ulcère gabonais. Soc. de dormàt., nov. 18DX. — Gaucher cl Bernard, Soc. de dermat., mars 1901.
cependant, leur irrégularité, leur multiplicité, leur prédominance à la Face constituent des éléments importants du diagnostic rétrospectif de l'éruption.
Les aulics ulcérations n'ont rien de pathognomonique dans leur aspect, cl leur nature ne peul être déterminée que par la connaissance de la lésion antécédente.
Cependant, il y a certaines maladies dans lesquelles les ulcérations possèdent des caractères particuliers, dépendant uniquement de la nature de la maladie et quelle qu'ait été la forme de la lésion élémentaire primitive. Ces maladies sont la tuberculose, la syphilis, la lèpre, le cancer cl le mycosis foilgoïde.
Les ulcérations tuberculeuses (anciennement scrofuleuses), qu'elles succèdentà des gommes ou à des tubercules lupiques, sont irrégulières, h bords décollés et amincis; leur surface est d'une coloration livide», lie de vin et couverte de fongosités. Elles laissent, à leur suite, des cicatrices violacées, irrégulières, bridées et rétractées, à tendance kéloïdienne.
Les ulcérations syphilitiques sont bien différentes; elles sont plus régulières (pie les précédentes; elles ont des bords taillés à pic ou en évidoir; leur surface est sanieuse. fcdlcs ont une tendance à s'accroître rapidement et à devenir phagédéniques . Elles laissent après elles une cicatrice lisse, plate, régulière, déprimée, pigmentée, dont la coloration s efface peu à peu du centre vers la circonférence.
Les ulcérai ions de In lèpre sont blafardes, saignantes, irborcuses, sans tendance à la cicatrisation, insensibles connue toutes les manifestations lépreuses.
Les ulcérations du cancer sont particulièrement douloureuses; leur surface est couverte de bourgeons charnus mollasses, qui saignent très facilement. Leurs bords sont irréguliers, saillants et indurés.
Les ulcérations qui succèdent à l'ouverture des tubercules ou des tumeurs du mycosis fongoïde sont parfois très profondes et très étendues: elles sont blafardes cl sanieuses; leurs bords sont décollés et irréguliers; elles ont peu de tendance à se cicatriser.