CHAPITRE III
MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE CUTANÉE
La température de la peau, à Yétat normal, varie, surtout pour les parties découvertes du corps, avec la température extérieure. L'influence de la chaleur et du froid sur les oscillations de la température cutanée est bien connue. Cependant ces oscillations ne sont pas uniquement soumises à la température extérieure; elles subissent l'action régulatrice du système nerveux, qui intervient pour maintenir l'équilibre de la température générale.
Il y a. également à l'état normal, des différences de température suivant les régions de la surface cutanée.
La température moyenne de la peau, la température périphérique, oscille (Mitre 32 cl 37 degrés. D une manière générale, elle s'abaisse à mesure qu'on s'approche des extrémités; il n'est pas rare de constater sur la plante des pieds une température inférieure de 5 à 6 degrés :i celle du creux axillaire.
Dans le creux axillaire, en effet, et dans les autres parties closes, comme le pli interfessier, la température (h1 la peau se rapproche beaucoup de la température centrale.
Les modifications pathologiques de la température cutanée sont beau-
(') Voy. ci-dessus, p. 177.
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coup plus importantes à connaître. Elles peuvent être généralisées à toute la surface du corps ou localisées à certaines régions et, dans les deux cas, il peut y avoir, suivant la cause, augmentation ou abaissement de la température.
L 'augmentation généralisée de la température de la peau est le propre de toutes les fièvres.
On observe une augmentation persistante et continue de la température cutanée dans toutes les pyrexies infectieuses : dans les fièvres éruptives, dans la fièvre typhoïde, dans la tuberculose aiguë, dans les affections septicé iniques, dans le rhumatisme articulaire aigu, dans les affections aiguës des voies respiratoires, dans le tétanos, etc.
La fièvre de surmenage, qui est le résultat d'une auto-intoxication, donne également lieu à une élévation de température de la peau.
Certaines intoxications, comme Y intoxication par le curare, à cause de leur action sur les centres thermiques, s'accompagnent aussi d'une augmentation de la température cutanée.
D'autre part, on peut observer des augmentations temporaires et intermittentes de la température cutanée dans toutes les infections chroniques, dont le type est la tuberculose, dans le paludisme, dans les névroses, etc. Ces hyperthermies temporaires peuvent être provoquées, en dehors de la cause pathologique générale, par des causes accessoires et momentanées, telles que le mouvement, la fatigue, le travail de la digestion, les quintes de toux, les émotions, etc.
L'abaissement généralisé de la température cutanée est produit par toutes les causes de collapsus.
La température de la peau s'abaisse à la suite de toutes les hémorragies abondantes, externes ou internes, dans Yalgidité de la fièvre pernicieuse, dans le choléra, dans les empoisonnements , à la suite du choc opératoire, dans Y asphyxie.
La peau se refroidit également dans les cachexies, quelle que soit leur origine, à cause de l'abaissement de la vitalité générale. Elle se refroidit dans la cyanose qui résulte de Yasystolie, à la phase ultime des maladies du cœur, et dans h maladie bleue. Dans ces dernières affections, l'abaissement de la température cutanée est le résultat du défaut d'oxydation du sang.
Enfin, la température de la peau s'abaisse dans Y agonie; le refroidissement commence par les extrémités et s'étend graduellement à toute la surface du corps; il est le prélude de la mort.
Les modifications thermiques de la peau, localisées à certaines régions, peuvent être, suivant les cas, comme les modifications généralisées, soit des augmentations, soit des abaissements de la température.
V augmentation localisée de la température cutanée peut être sous la dépendance d'une cause générale ou d'une cause locale.
L'élévation thermique localisée, par cause générale, peut être de nature infectieuse, comme la rougeur de la pommette qu on observe dans
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•a pneumonie. Cette rougeur est accompagnée de chaleur de la peau; elle est due à un trouble vaso-moteur et comparable à l'hyperémie do l'oreille du lapin, dans la célèbre expérience de Claude Bernard.
Une simple perturbation dynamique du système nerveux peu! donner lieu à nue hyperthermie localisée; c'est ainsi que, dans les névroses et particulièrement dans l'hystérie, on constate souvent une chaleur excessive des mains.
Le plus souvent, l'augmentation thermique localisée de la peau reconnaît une cause locale.
Les principales causes d'hyperthermie localisée de la peau sont : les phlegmasies cutanées, les hyperëmies passives de certaines régions, les inflammations viscérales sous-jacentes.
Les phlegmasies cutanées, quels que soient leur nature et leur siège anatomique, s'accompagnent toujours d'une élévation de la température locale. Sur les parties atteintes de lymphangite, d'abcès, de furoncles, d'anthrax, aussi bien que d'eczéma ou de toute dermatose inflammatoire aiguë, la peau est plus chaude que sur les régions voisines.
Dans les hyperémies passives localisées, la température de la peau peut s'élever également. Une conslriction opérée à la racine d'un membre augmente la température au-dessous du lien constricteur; c'est ce qu'on observe sur les jambes serrées par des jarretières. Lu pression continue produit le même résultat; c'est ainsi que la peau de la région sacrée devient plus chaude à la suite du décubitus dorsal prolongé.
Enfin, Michel Peter, dans ses recherches sur les températures locales, a bien montré que toute phlegmasie viscérale s'accompagnait d'une élévation de la température de la peau qui recouvre l'organe affecté. Cette hyperthermie locale est surtout manifeste dans les inflammations thoraciques et particulièrement dans la tuberculose pulmonaire. L'élévation de la température locale était même considérée par Peter comme un bon signe du début de la tuberculose.
L'abaissement localisé de la température cutanée peut reconnaître également des causes générales ou des causes locales.
Parmi les hypothermies cutanées localisées de cause générale, je signalerai surtout : le refroidissement des extrémités chez les cardiaques en asystolie; rabaissement de la température locale qui caractérise le doigt mort, chez les brightiques et les artério- scié ceux-, le refroidissement localisé de la peau dans Yœdème bleu des hystériques.
L hypothermie cutanée localisée peut être aussi produite par une cause purement locale, bien (pie celle-ci soit également sous la dépendance d'un état pathologique général.
Les principales causes de ces hypothermies locales sont le spasme des vaisseaux et Y obi itération vasculaire.
Le refroidissement de la peau, dans Y asphyxie locale des extrémités de M. Raynaud, est dû à un spasme vasculaire; de même l'abaissement de la température cutanée qu'on constate sur les doigts atteints de scléro-
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dactylie ou sur les régions diverses affectées de troubles trophiques d'origine nerveuse.
D'autre part, l'oblitération artérielle, par artérite ou par thrombose, est la cause de l'hypothermie de la peau qu'on observe dans la gangrène sénile et dans toutes les artérites oblitérantes suivies de sphacèle, par exemple dans Y artérite typhique.