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Les déchets azotés

On sait que la grande voie d'élimination des déchets azotés de l'organisme est l'urine. L'excrétion azotée par la surface du tube digestif ne représente guère que 2 pour 100 de l'azote total perdu par l'organisme dans un temps donné, et les autres pertes d'azote sont encore plus minimes (^). On ne tiendra donc compte dans ce qui suit que des déchets azotés, éliminés par l'urine.

L'azote total. — Chez OOadultes, choisissant librement leur nourriture, Pflûger, Bleibtrcu et Bohland (^) ont trouvé en moyenne dans l'urine des vingt-quatre heures 14°'\95 d'azote total, ou 0'%227 par kilogramme dé poids vif, ce qui correspond à une consommation de 96^'',467 d'albumine ou de F', 464 par kilogramme de poids vif. Pour les individus jeunes, bien nourris, ne fournissant qu'un travail mécanique médiocre, l'excrétion azotée des vingt-quatre heures fut de 14^^o7 d'azote, indiquant donc la destruction de 92^'"', 7 d'albumine. Enfin chez 25 individus fournissant un travail considérable, l'azote total urinaire s'élève à 16^', 68, soit 0^^249 par kilogramme, ce qui fait, en all)!îmine détruite, 107^'", 6 ou 1^'',608 par kilogramme et par jour.

Je ne crois pas qu'on puisse, en France, adopter pour la moyenne des sujets les nombres que l'on vient de lire. Ils sont probablement un peu trop élevés. J'ai déterminé sur 79 sujets, appartenant à la bourgeoisie de Lille et des environs, où cependant l'habitude des gros repas est générale, une quantité d'azote total de 15^%91 chez les hommes (50 sujets) et de i P'\74 chez les feumies (29 sujets), pour la période des 24 heures, l'alimentation étant librement choisie.

On a dit ailleurs ce que devient l'excrétion azotée dans les cas d'inani-

(*) Yoy. dans V Encyclopédie chimique, Lamrling. Les échanges nutritifs. Paris, 1897, p. 423.

(*) Pflûger et Bohland, Pfluqers Arch., t. XXXVI, p. 1G5. — Bleirtrec et Bohland, Ibid., t. XXXVIII, p. 1. — Le facteur employé par ces auteurs pour transformer les poids d'azote en poids d'albumine est plus éleré que celui dont on se sert habituellement (6,45 au lieu de 6,25).

LES TRANSFORMATIONS CHIMIQUES DES ALIMENTS DANS L'ORGANISME. I i9

tion totale ou tralimentation insuffisante, et avec quelle parciinouie Torganisuie fait appel à ses réserves d'albumine, dans les cas d'inanilion partielle longtemps prolongée (p. 102 et 106).

Ajoutons encore que sous l'influence de causes pathologiques (maladies infectieuses, diabète à sa période ultime, etc.), on peut assister aune véritable fonte de l'albumine des tissus, sans doute sous l'inlluence de toxiques agissant à la manière du phosphore (voy. p. 104). Dans ces cas, à l'azote fourni par la destruction des aliments ou à celui que l'organisme emprunte à ses tissus pour faire face à ses besoins, s'ajoute une quantité variable, souvent très considérable, d'azote provenant de cette fonte pathologique des protoplasmes, et cette azoturie peut être si considérable, que chez des sujets qui ne s'alimentent plus depuis longtemps que d'une façon manifestement insufhsante, on assiste à l'excrétion de quantités d'azote total égales ou supérieures à celles qu'élimine le travailleur largement alimenté.

Ainsi chez une diabétique âgée de soixante-quinze ans et pesant 51 kilogrammes, j'ai observé, pour la période de 24 heures, les excrétions que voici :

Glucose.

Azote totaL

Albumine détruite.

gr.

gr.

gr.

Décembre 1894.. .

Mai 1895

Avril 1896. . . .

Durant l'année 1895 l'état était resté satisfaisant. En avril 1896 la situation s'étant aggravée — la malade mourut quelques semaines plus tard — on fit une nouvelle analyse qui révéla l'excrétion de 17 grammes d'azote, soit donc une destruction de 106 grammes d'albumine, c'est-àdire plus de 2 grammes d'albumine par kilogramme et par jour, bien qu'à ce moment l'alimentation de la malade fût très médiocre.

Dans un autre cas, chez un homme de quarante-cinq ans, pesant 100 kilogrammes (taille 1°", 70) atteint de néphrite interstitielle (1 gramme d'albumine par jour), on a trouvé :

Azote total. Albumine détruite.

Mai 1899 28,0 175 gr.

Juin 1899 28,0 175 —

Juillet 1899 14,0 87 —

Août 1899 14,8 92 —

Le malade ne s'alimentait que médiocrement. Il mangeait très peu de viande et ne consommait guère que des éléments végétaux.

Dans les deux cas, l'azote fourni par les aliments était certainement insuffisant pour couvrir l'excrétion urinaire, et le complément a été fourni évidemment par l'organisme. Cette constatation ne suffit pas à elle seule pour qu'on puisse affirmer qu'il y a eu azoturie, c'est-à-dire fonte

[E. LAMBLING.l

NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA NUTRITION A L'ÉTAT NORMAL

pathologique des protoplasmes par atteinte toxique. En efïet, il suffit qii la ration ait été insiiflisante — ce qui arrive souvent chez les diahétiques à larges pertes de sucre — pour que l'organisme soit obligé de la compléter par un prélèvement sur ses réserves d'albumine et de graisse. Mais on a vu précédemment combien, dans ces conditions, l'organisme est ménager de ses réserves azotées (voy. p. 106). Même lorsque l'inanition est totale, l'économie ramène au bout de quelques jours ses dépenses d'azote à un minimum aussi réduit qu'il est possible. Ainsi au dixième jour déjeune, Cetti empruntait à ses tissus 61 grammes d'albumine, soit donc pour un poids d'environ 50 kilogrammes, 1^'',2 d'albumine par kilogramme de poids vif et par jour (voy. p. 105). Or, la malade diabétique citée plus haut ne faisait que des pertes de sucre minimes et s'alimentait encore, quoique médiocrement. Elle n'en détruisait pas moins, peu avant sa mort, jusqu'à 2 grammes d'albumine par kilogramme et par jour. Dans le cas de l'albuminurique, la dépense quotidienne a été de 1^',75 par kilogrannne, et comme le rapport de la taille au poids montre qu'il y avait un certain degré d'obésité, la perte par kilogramme, défalcation faite des surcharges adipeuses, a été en réalité plus forte encore, si bien que pour les deux cas, une fonte toxique des protoplasmes cellulaires est inhniment probable.

Il serait utile de multiplier les observations de ce genre, en y ajoutant, chaque fois qu'on le pourra, la garantie d'une analyse de la ration.

La répartition de l'az^ote entre les divers déchets urinaires est la suivante : Sur 100 parties d'azote contenu dans l'urine, on en trouve, dans le cas d'une alimentation mixte :

Dans l'urée S 4 à 87 pour 100.

— l'ammoniaque , . '2 à 5 —

— l'acide urique 1 à 5 —

— les matières extractives azotées . . 7 à 10 —

Ces nombres varient dans des limites assez étendues, lorsqu'on passe à l'alimentation végétale ou animale (Gumlich).

Régime mixte. Ilégimc animal. Régime végétal.

Urée 85,1 (de 82,9 à 87,5) 86,8 (de 79,2 à 88,2) 80,5 (de 76,9 à 83,4)

Ammoniaque. . 4,59 (de 5,8 à 5,8) 4,84 (de 5,5 à 5,6) 4,29 (de 5,4 à 8,6) Autres matériaux

azotés. . . . 10,56 (de 8,0 à 11,9) 8,59 (de 7,5 à 17,2) 15,7 (de 10,5 à 17,6)

Ils présentent aussi des différences caractéristiques pour les jeunes eni'ants. Ainsi Sjoqvist, dans des conditions qui donnent une grande sécurité à l'analyse, a trouvé chez des nouveau-nés avant (A), pendant (B) et après (G) la période des infarctus rénaux, en centièmes de l'azote total :

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