BACTÉRIOLOGIE DES DYSPEPSIES
milieu acido, tandis que les microbes qui se trouvent dans l'estomac normal n'agissent qu'en milieu alcalin ; ils possèdent une puissance d'alcalinisation remarquable. Si on les cultive dans un milieu acidifié avec de l'acide chlorhydrique, ils neutralisent progressivement, puis alcalinisent ce milieu et peuvent renouveler leur action plusieurs fois de suite lorsqu'on acidifie de nouveau le milieu devenu alcalin ; ils peuvent ainsi détruire une acidité correspondant à 0,25 p. 100 d' IICL libre (Lesage). Ainsi, à côté de la fermentation normale, existe cbez les hyperpeptiques une digestion microbienne des albuminoïdes. Lesage pense que la production alcaline de ces microbes peut exciter l'estomac à provoquer sans cesse, pour réagir contre elle, la sécrétion d'un suc gastrique acide.
Il y a des exceptions à la richesse microbienne des hyperpeptiques et des hyperchlorhydriques ; dans quelques cas accentués et anciens, Lesage a eu le même résultat que chez des hypopeptiques.
Les fermentations stomacales ont pour agents les ferments introduits avec les aliments : ferments lactiques dans le lait, levure de la panification avec une certaine quantité d'acide acétique dans le pain frais, levure alcoolique des boissons fermentées produisant de l'acide acétique, et ferment acétique des aliments aigres ou vinaigrés.
A l'état normal ces fermentations sont restreintes. Elles augmentent d'intensité dans toute dilatation de l'estomac, et quand le chimisme stomal est altéré, surtout dans l'hypopepsie, quand l'acidité est faible et qu'il n'y a point d'acide chlorhydrique libre. 11 y a quelquefois dans ce cas des microbes chromogènes communiquant aux vomissements la couleur de la bile.
Les fermentations commencées dans l'estomac augmentent avec d'autant plus d'intensité dans l'intestin que le milieu est alcalin et malgré l'action antiseptique attribuée à la bile, qui d'ailleurs, suivant Boas, cesse de l'être chez les anachlorhydriques. Les fermentations intestinales donnent naissance aux acides acétique, lactique, butyrique, valérique, etc., à des produits ammoniacaux, à la leucine, à la tyrosine, à l'indol, au phénol, au scatol, à l'acide carbonique, à l'hydrogène, à l'azote, à l'hydrogène sulfuré.
On a admis encore qu'il se forme dans l'estomac et l'intestin des dyspeptiques des peptones et des albumines toxiques, et, si Brieger a été mal fondé à attribuer une peptotoxine à la digestion normale des albuminoïdes, ainsi que l'a prouvé Salkowsky, à l'état pathologique il en peut être ainsi.
Parmi les corps énumérés, la plupart peuvent exercer sur l'organisme une action nuisible à dose suffisante. Si l'acide lactique, existant normalement dans l'estomac et pouvant être ingéré à hautes doses comme médicament, n'occasionne jamais d'effet nuisible (Hayem), l'acide acétique, l'acide butyrique et les corps voisins, certains éthcrs composés qui peuvent se former chez quelques dyspeptiques, des substances putrides qui se développent dans d'autres cas, surtout chez les cancéreux, sont autant
SÉMIOLOGIE GÉNÉRALE DU TUBE DIGESTIF
de poisons qui légitiment la théorie d'après laquelle Tauto-intoxication joue le rôle capital dans les troubles généraux des dyspepsies.
La bactériologie montre que dans les fèces normales du nourrisson existe en grande abondance le bacterium coli commune non virulent, en quantité moins forte le hacillus mesentericm vulgatus, le bacillus lacticus, quelques microcoques liquéfiants et non liquéfiants, le streptocoque à gros grains, le bacillus fluor escens lîquefaciens et le bacillus fluoi^escens putidus non liquéfiant coloré au Gram, parfois enfin le bacillus fluorescens non liquéfiant ne prenant pas le Gram (Thiercelin et Lesage). Mais la plupart des espèces végètent dans l'intestin en saprophytes. Dans les fèces des nourrissons atteints d'infection gastro-intestinale aiguë on voit prédominer le plus souvent le bacterium coli, devenu virulent, puis le bacille-filament qui se rapproche du groupe tyrothrix et quelquefois le l)acille pyocyanique. Quant au bacille chromogène vert décrit par Lesage (Aixh. de 7néd., 1886), il paraît appartenir au groupe du bacterium coli dont il formerait une variété, ou une race, capable de puiser dans la constitution chimique de l'intestin de l'enfant, du lait ou de certaines eaux, la propriété de produire du pigment vert.
D'ailleurs l'infection intestinale peut être provoquée par d'autres espèces microbiennes. W. Rooker a isolé dans les selles diarrhéiques des nourrissons 19 espèces qui donnent naissance à des substances toxiques en décomposant l'albumine.
En outre, les streptocoques et staphylocoques peuvent se cultiver dans le tube digestif et y produire l'infection aiguë primitive ou créer des infections secondaires ou une vraie septicémie (^).