‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 19 sur 131 · H. — RECHERCHE DE L'ÉTAT HISTOLOGIQUE DU SANG · texte numérisé non relu

H. — RECHERCHE DE L'ÉTAT HISTOLOGIQUE DU SANG

La connaissance de l'état histologique du sang repose sur trois modes d'investigation : la préparation et la coloration du sang sec; la préparation du sang frais; la dilution du sang et la numération des éléments figurés.

(*) ScDMALTZ, Congrès de me lecine interne de Wicsbadcn, avril 1891.

Préparation et coloration de sang sec. — Pour faire une préparation (le sang sec, on recueille une goutte de sang sur une lame de verre; on l'étalé au moyen d'un agitateur, puis on la dessèche en animant la lame d'un mouvement de va-et-vient brusque et rapide.

Cette préparation aplatit les globules blancs et laisse aux hématies et aux hématoblastes leurs caractères anatomiques (fig. 1). Elle est très favorable

Fig. 1. — Préparation de sang- sec normal. (Cette ligure montre un grand nombre d'hématies, un leucocyte et deux hématoblastes. Comme dans toutes les préparations de sang sec, le leucocyte roulé par l'agitateur qui a servi à étaler la gouttelette de sang est élargi et d'un diamètre exagéré.)

à l'étude des modifications de couleur, de forme, de dimensions que subissent les globules rouges dans un grand nombre de conditions, notamment dans les anémies. Lorsque l'on veut y étudier les hématoblastes, il convient d'examiner le point de la lame où la goutte de sang a été déposée (fig. 2), car, moins volumineux et plus visqueux que les hématies et les leucocytes, ils sont entraînés moins loin que ceux-ci par la baguette de verre pendant la préparation (iïayem)(*).

Le sang, étalé en couche mince et desséché, se prête parfaitement à l'application des diverses méthodes de coloration.

La plupart des réactifs colorants usités en histologie altèrent les globules sanguins et dissolvent riiémoglobine.

L'eau iodo-iodurée toutefois fait exception; employée en solution de coloration brune assez intense, elle teint toutes les parties qui renferment de l'hémoglobine en acajou foncé. Elle permet ainsi, avec sûreté, de

{^) G. Hayem, Du sang et de ses altérations anatomiques, Paris, 1889

SÉMIOLOGIE DU SANG.

découvrir les hématies niicléées charriées par le sang dans certains cas pathologiques. — Lorsqu'on voudra faire agir sur le sang les autres réactifs, il sera nécessaire de rendre les globules inaltérables, en d'autres termes, de fixer les préparations.

Les vapeurs de l'acide osmique remplissent bien ce but; mais il importe de savoir qu'elles s'opposent à l'action ultérieure d'un grand nombre de substances colorantes.

Il sera donc préférable de recourir à. la chaleur, en plaçant, selon le

Fig. 2. — Préparation de sang sec normal, examinée dans le point de la lame où la goutte de sang a été déposée (comparer cette figure à la précédente). (Ce dessin montre un grand nombre d'hématoblastes, quelques hématies et deux leucocytes.)

conseil d'Ehrlich, les préparations pendant une heure à l'étuve sèche à 120-150 degrés.

A l'état normal les hématies se colorent sous l'action des substances acides telles que l'acide picrique et l'éosine; les noyaux des leucocytes se colorent, comme les microbes, sous l'influence des substances basiques, telles que le violet de méthyle et la safranine et leurs granulations protoplasmiques sous l'action des réactifs neutres. Pour mettre en évidence la propriété neutrophile de ces granulations, il convient, les préparations ayant été fixées par la chaleur, de les soumettre à l'action d'un bain colorant obtenu en plaçant en présence des substances acides et des substances basiques (Ehrlich). On peut, par exemple, employer la formule suivante :

Solution aqueuse saturée de fuchsine acide 5 volumes.

Agitez en ajoutant :

Solution concentrée de bleu de méthyle (basique) 1 volume.

Eau distillée 5

Laisser reposer pendant quelques jours et filtrer.

Sous laction de ce réactif, les hématies prennent une teinte rouge et les granulations leucocytiques une coloration violette.

On ne rencontre que rarement dans le sang normal des leucocytes dont les granulations prennent les couleurs acides, telles quel'éosine, et basiques, c'est-à-dire des leucocytes éosinophiles et basophiles. Il n'en est pas d(; même, ainsi que nous le verrons, à l'état pathologique.

hi versement, nous verrons les hématies normalement éosinophiles, pour nous servir, en ce qui les concerne, des qualificatifs appliqués aux leucocytes, devenir partiellement ou en totalité basophiles. Le procédé qui permet le mieux d'apprécier les changements apportés dans leurs réactions colorantes est celui de la double coloration soit par l'éosine hématoxylique, soit par l'orangé et le bleu de méthylène : les parties altérées du protoplasma globulaire se colorent en bleu, alors que les parties saines prennent une teinte rouge brique si l'éosine hématoxylique a été employée, ou jaune orangé si l'on a eu recours à l'autre réactif (Maragliano et Castellino) (*).

Préparation de sang frais. — Cette préparation doit être faite à l'aide d'une cellule spéciale dite cellule à rigole (Hayem) qui se compose d'une lame épaisse et plane sur laquelle est isolé par une rigole circulaire un petit disque de 5 millimètres de diamètre environ. Une gouttelette de sang est déposée au centre du disque, puis recouverte d'une lamelle parfaitement unie qui l'étalé en une nappe d'épaisseur uniforme. On a eu soin, préalablement, d'enduire le bord externe de la rigole d'une mince couche de vaseline sur laquelle s'applique exactement le contour de la lamelle. La préparation se trouve ainsi à l'abri de l'air.

Quand l'opération est bien réussie, les hématies prennent la disposition de piles de monnaie et se réunissent de diverses manières en formant des îlots d'une étendue plus ou moins considérable. Ces îlots laissent entre eux des espaces libres plasmatiques, qui, dans le sang normal, communiquent les uns avec les autres de manière à simuler une mer. Dans cette mer se trouvent les globules blancs, quelques rares globules rouges, et les hématoblastes isolés ou groupés en amas. Au moment où le sang se coagule, on voit partir des hématoblastes quelques traînées filamenteuses qui vont se perdre en s'effdant à une courte distance ; de plus, on trouve en divers endroits des fdaments fibrillaires épars ou formant par places un treillis très fm, de telle sorte que, dans le sang normal étalé en couche mince, le réseau fdamenteux qui se forme au moment de la coagulation reste presque totalement invisible (fig. 3).

La préparation du sang humide permet de reconnaître si la fibrine est augmentée et la proportion dans laquelle elle est accrue, à l'épaisseur et au nombre des fibrilles qui composent le réticulum.

(*) Mara(îliano et Castellino, Sullc modificazioni degenerative dei globuli rossi. Coraunioazione f. a. R. Academ. de Genov., 16 aprile 1890. La Ri forma medica, 6 maggio 1890, p. 620.

Page 1