MALADIES LATENTES
Il n'est pas possible d'étudier l'évolution des maladies qui ne se manifestent par aucun symptôme. Le hasard des autopsies montre souvent l'existence de volumineuses tumeurs cérébrales, de cancers viscéraux quelquefois anciens, d'épanchements pleurétiques abondants qui ne se sont jamais manifestés cliniquement et dont, par suite, l'évolution n'a pu être analysée ; on dit alors que ces maladies ont eu une évolution latente. Les observations de maladies latentes sont nombreuses et la plupart en
ÉVOLUTION DES MALADIES
sont pas contestables. Cependant, on ne pent s'empêcher de reconnaît i-e que beaucoup de maladies n'ont mérité ce nom de latentes que grâce à la négligence d'un malade et à l'inattention d'un médecin.
Que de tumeurs cérébrales ont dû se traduire par un léger degré d'amblyopie et pour lesquelles l'examen ophtalmoscopiqne eut conduit au diagnostic. Que de lésions du foie, autrefois latentes, rentrent aujourd'hui dans le cadre des maladies ayant une histoire clinique grâce à la recherche de la glycosurie alimentaire et des pigments modifiés de la bile. Que d'épanchements pleurétiques terminés par la mort subite et pouvant, par suite, donner lieu à une information criminelle, comme j'en ai rapporté un exemple au Congrès de médecine de Nancy, qui auraient pu avoir une histoire clinique, si le sujet ([ui en était porteur avait prêté quelque attention au léger degré d'anhélation que la maladie devait sûrement détei miner ! Que de dilatations et d'anévrysmes de l'aorte eussent pu être diagnostiqués grâce à plus d'observation de la part des malades !
Dans les maladies latentes, l'absence des phénomènes cliniques sera la règle jusqu'au moment de la mort, de sorte qu'il n'y aura en aucune façon évolution clinique, il y aura seulement évolution anatomique. Et cette évolution anatomique pourra durer des mois et des années. On ne peut pas dire que, dans ces cas, il y a maladie : il y a simplement lésion, et la lésion n'est pas toujours corrélative de la maladie. Les preuves en abondent : une volumineuse tumeur cérébrale constitue une découverte d'autopsie, et l'hystérie avec ses manifestations bruyantes et variées n'a point d'anatomie pathologique.
Ces faits de maladies latentes coinporteraient une explication ; elle ne semble pas, à l'heure actuelle, devoir être autre que celle que donnait Ilecht dans l'article Maladie du Dictionnaire encyclopédique, quand cet auteur invoquait l'adaptation de l'organisme à des lésions se produisant lentement et se développant sur des organes pairs ou dont le fonctionnement parfait n'est pas indispensable à la vie de l'organisme. « Toutes ces maladies, dit Hecht, ont pour caractère commun d'affecter pour la plupart ou bien des organes dont la vie propre n'est pas absolument indispensable à la vie de l'organisme, ou diminue notablement après un certain âge (utérus), ou bien des organes pairs (cerveau, poumons, reins, etc.) poui* lesquels le défaut d'activité de l'un peut être efficacement remplacé par une activité supplémentaire de l'autre ; enfin et surtout, toutes les maladies se ressemblent par la lenteur de leur évolution. Il en résulte que les organes qui en sont le siège ont le temps de s'adapter aux modifications organiques qui les constituent, absolument comme l'économie tout entière peut s'adapter sans inconvénient et sans secousses aux changements du milieu ambiant externe, pourvu que ceux-ci se produisent d'une façon lente et progressive. Gela est si vrai, qu'à côté de tumeurs intra-crâniennes relativement énormes, d'épanchements pleurétiques très abondants et cependant latents, on voit les lésions identiques, minimes quant à leur volume ou à leur quantité, se révéler par des symptômes très accentués :