‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 5)Chapitre 6 sur 131 · INCUBATION ET ÉTAT LATENT · texte numérisé non relu

INCUBATION ET ÉTAT LATENT

tion par la voie de pénétration des microbes. L'expérimentation montre les différences de résnltats snivant qu'une injection bactérienne est faite dans tel tissu ou tel organe. L'exemple de la rage est encore plus probant en ce qui concerne les variations de la durée de la période d'incubation en rapport avec la voie de pénétration du virus : « Le microbe rabique cheminant le long des nerfs, si la morsure siège aux pieds, des mois pourront se passer avant son arrivée dans les centres encéphaliques. Si la morsure siège à la tète, quelques jours sépareront l'instant de l'inoculation de celui des accidents confirmés. Si l'on ensemence directement les centres nerveux à travers l'orifice du trépan, on réduit au minimum la durée de la période » (Legroux).

Quoi qu'il en soit, la clinique montre cette fixité relative de la période d'incubation des infections. C'est ainsi que la variole a une incubation de sept à quatorze jours, la varicelle de quinze jours, la scarlatine de deux à sept jours, la rougeole de huit à onze jours, le typhus exanthématique de dix jours, les oreillons de quinze à vingt jours, le choléra de quelques heures à trois jours, la rage de trois à huit semaines, la blennorragie de trois à cinq jours, la syphilis de trois à quatre semaines, l'ophtalmie purulente de cinq à douze heures.

En somme, toutes les infections ont une période d'incubation et il n'est pas jusqu'à l'ictère infectieux où cette période d'incubation n'ait pu être notée, comme je l'ai indiqué à propos de l'ictère infectieux épidémique (*).

Mais dans un très grand nondjre de cas la durée de l'incubation échappe à l'observation : la tuberculose en est un exemple.

Au point de vue clinique la période d'incubation se traduit par une absence complète de manifestations symptomatiques. Cependant il paraît probable que cette absence de symptômes n'est le plus ordinairement que de l'inobservation.

Prodromes. — Cette période d'incubation n'est pas toujours complètement silencieuse au point de vue symptomatique, et vers sa fin quelques signes précurseurs de la maladie se manifestent : ce sont les prodromes. C'est l'état désigné autrefois par Brown sous le nom d'opportunité morbide et par Double sous le nom d'imminence morbide. Ces prodromes consistent surtout en un vague malaise, une lassitude facile, l'inaptitude au travail, un certain degré d'inappétence, une légère altération des traits. Ces prodromes ne se rencontrent guère dans les fièvres éruptives qui débutent d'emblée par la période d'invasion, mais ils sont communs dans la fièvre typhoïde qui, pendant quelques jours, peut ne se traduire que par la prostration, l'inappétence et l'atonie digestive.

Cette période d'incubation, générale dans les infections, s'explique, avec Massart etBordet, par la lutte qui s'établit entre les microbes et les phagt)cytes, la maladie ne devenant apparente que lorsque les microbes sont

(*) Revue de médecine^ 1889.

ÉVOLUTION DES MALADIES

devenus assez nombreux pour manifester leur présence par des trouljles locaux ou généraux. « Une bactérie virulente, dit M. Bouchard (^), est introduite par effraction dans nos tissus, ou Fun de ces microbes pathogènes qui habitent nos cavités, trompant à la faveur d'une perturbation nerveuse, la surveillance des cellules lymphatiques, passe dans nos humeurs; la maladie na pas encore commencé pour cela. » Plus tard « le végétal pullule et sécrète, et la masse de ses produits de sécrétion est proportionnelle à son nombre et aussi à Tintensité de sa vie. Ces poisons peuvent faire des détériorations locales par altération chimique du tissu envahi. Ils sont aussi absorbés et provoquent des accidents pyrétiques, nerveux et dystrophiques qui varient suivant la nature des produits absorbés, c'est-à-dire suivant l'espèce du microbe qui les sécrète. Ces phénomènes locaux et généraux de l'infection apparaissent à l'instant précis où le nombre des microbes fait que la masse des produits bactériens n'est plus une quantité négligeable (^) ».

L'incubation est donc produite dans les infections par la lutte entre les phagocytes et les microbes, elle ne cesse que lorsque les microbes se sont multipliés suffisamment pour donner naissance à une quantité appréciable des produits solubles.

État latent. — Dans les maladies non infectieuses, un temps appréciable peut s'écouler entre l'action de la cause morbide et les premiers symptômes de la maladie. Cet état correspond à ce que l'ancienne médecine désignait sous le nom d'état latent. Dans les intoxications, à moins (pi'il ne s'agisse de caustiques déterminant par leur passage des phénomènes immédiats, ou que le toxique ne pénètre directement dans le sang, connue les gaz absorbés par la respiration, il s'écoule un temps appréciable entre la pénétration du toxique et les accidents qu'il détermine, car le poison n'agit que s'il est mélangé au sang ; il faut donc un temps pour l'absorption, l'intoxication est alors à l'état latent. Dans les intoxications aiguës, cet état latent est tellement court, qu'il vaut à peine d'être mentionné. Mais si la dose de toxique est faible et longtemps continuée, la maladie ne résulte que des passages répétés dans le sang, et l'intoxication reste longtemps dans l'état latent. Etat latent pendant lequel le poison, qui est d'abord un poison du sang, arrive à altérer ensuite les cellules des organes, et ce n'est que lorsque ces cellules d'organes importants sont fortement lésées, que la maladie se manifeste. Cette période d'état latent est surtout intéressante dans les intoxications chroniques; elle est extrêmement variable comme durée et est dépendante le plus ordinairement des influences individuelles. Les phénomènes du saturnisme chronique se manifestent chez un professionnel après quelques semaines d'atelier et chez un autre après plusieurs années. Pour l'alcoolisme, cette longueur de la période a pu être notée. « Quelques individus, en raison

(*) BouciLVRD, Les microbes pathogènes, 1892. (^) Bouchard, Loco citato.

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