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Emission normale des vovelles nasales

caisse de résonance ; aussi désigne-t-on encore ces voyelles sous le nom de voyelles buccales. Mais il existe des voyelles composées ou diphtongues, dites encore voyelles nasales, an, en, in, on, un, qui diffèrent des pré-

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eédentes par leur timbre plein et un peu sourd : or, pour acquérir ces qualités, le son doit résonner non seulement clans la Ijouclie, mais encore dans les cavités nasales rendues perméables par l'abaissement du voile du palais (voy. fig. 75). Ajoutons que deux consonnes, m et n, peuvent, en ce qui concerne leur mode de production, être assimilées aux voyelles nasales : elles doivent à cette particularité leur dénomination de consonnes nasales ou demi-voyelles.

On peut démontrer expérimentalement la réalité de ce mécanisme. Si l'on place un miroir au-devant des narines, pendant l'émission des voyelles ou des consonnes nasales, il s'y forme une tache de buée, ce qui n'a pas lieu pendant la prononciation des autres lettres (^); l'air passe donc par le nez dans le premier cas et non dans le second. C'est le voile du palais qui, en s'abaissant ou en s'élevant plus ou moins, règle le passage de Fair dans les fosses nasales. En inspectant la gorge, en pratiquant la rhinoscopie postérieure ("), ou même la rhinoscopie antérieure chez des individus dont les fosses nasales présentent une largeur anomale résultant d'une conformation naturelle ou de destructions pathologiques, en introduisant dans le nez une sonde dont l'extrémité profonde repose sur la face supérieure du voile pendant que son extrémité libre traduit extérieurement tous les mouvements de celui-ci, on peut se convaincre que le voile reste abaissé et immobile pendant l'émission des voyelles nasales, tandis qu'il s'élève plus ou moins pendant l'émission des voyelles buccales ; l'élévation minima correspond à Va et l'élévation maxima à Vu et â Vi; dans la prononciation de ces dernières lettres, l'admission de l'air dans les fosses nasales peut être considérée comme nulle.

Rôle pathologique des fosses nasales dans la phonation (^) . — Les observations cliniques concordent de tous points avec les données physiologiques ; elles nous apprennent que tout changement apporté dans les conditions normales de résonance des cavités nasales est suivi de troubles de la phonation; l'occlusion du naso-pharynx et du nez est nécessaire à l'émission des voyelles pures, de même que le passage de l'air à travers les fosses nasales est indispensable à la bonne prononciation des voyelles composées. Ces troubles mécaniques ont été réunis par Kussmaul (*), sous le nom de rhinolalie. Ils représentent les dyslalies nasales proprement dites, celles qui relèvent directement des conditions anomales de perméabilité du nez. A côté d'eux, on peut observer des vices de prononciation de moindre importance, qui ne sont

(^) GzERjiAK, Ueber das Verhalten des weichcn Gaumens bci liervorbringen der reincn Vocale. Wiener Sitzungsber., Bd. XXIV, 1857.

{-) PiENiAZEK, Die Ursachen und Bedeutung der naselnden Sprachc. \Viene7- med. Blàtter, 1878, n°« 25 et 24.

(^) LicHTWiTz, Des troubles de la voix articulée dans les affections du voile du palais, de la cavité naso-pliaryngienne et des fosses nasales. Revue mens, de laryngologie, 1886, 1 et 2. — PauGÉ, Sur le rôle normal et pathologique des fosses nasales dans la phonation. Ann. des maladies de l'oreille, etc., 1894, n° 5.

(''■) Kûssii.vuL, Les troubles de la parole, traduction de Rucff. Paris, 1884.

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qu'une conséquence indirecte du trouble apporté dans les fonctions respiratoires des fosses nasales : telles sont les dyslalies labiale, dentale, etc.

1" Dyslalie nasale ou rhinolalie. — Selon qu'elle résulte d'une exagération ou d'une insuffisance de la perméabilité nasale, elle constitue la rhinolalie ouverte ou la rhinolalie fermée.

A. Rhinolalie ouverte. — Lorsque, pour une raison ou pour une autre, le rliino-pharynx et le nez restent perméables au courant d'air d'expiration, pendant la prononciation des voyelles buccales (voy. fîg. 76), celles-ci prennent un timbre nasal; tous les sons sont nasonnés, a devient an, 0 se transforme en on. parole devient panronle-, ces sons restent de plus indistincts, puisqu'une partie de l'air expiré s'échappe par le nez. Cette fuite nasale force le malade à renouveler plus souvent sa provision d'air, c'est-à-dire à s'interrompre pour reprendre haleine dans le cours de la conversation.

La rhinolalie ouverte reconnaît pour cause, tantôt une lésion, tantôt un trouble fonctionnel du voile du palais (division congénitale, paralysie,

1" mode.

Fig. 76. — Emission pathologique Fig. 77. — Emission pathologique des voyelles nasales des voyelles buccales. .(Rhinolalie fermée.)

(Rhinolalie ouverte.)

perforation, cicatrices, tumeurs, insuffisance vélo-palatine) (^), tantôt une solution de continuité du plancher des fosses nasales (perforation de la voûte palatine).

B. Rhinolalie fermée. — Les conséquences de l'obstruction nasale sur la phonation varient selon que l'obstacle siège en arrière, dans le cavum et les parties profondes du nez, ou bien dans les parties antérieures des fosses nasales.

a. Dans le premier cas, le nez ne remplit plus ou ne remplit qu'imparfaitement son rôle de cavité de résonance (fig. 77, l'''" mode).

Les sons .trouvant la voie nasale fermée sortent par la bouche et ont

(^) M. Lekmoyez, L'insuffisance vélo-palatine. Ann. des mal. de l'oreille, etc., mars 1892.

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tous le timbre buccal : le malade ne peut plus émettre les voyelles nasales. Contrairement à ce qui se passait tout à Theure cm devient a, on se change o; les consonnes nasales ou résonnantes se transforment en explosives : c'est ainsi que m qui se ])rononce normalement les lèvres fermées se change en b dont le mode d'articulation est voisin, mais se prononce les lèvres écartées; de même n se change en d, maman àeyieni baba, année devient addée, non est remplacé par do. La résonance des nasales étant diminuée ou supprimée, la voix est sourde, étouffée; elle manque d'éclat et de timbre et mérite de tous points la dénomination de voix morte dont s'est servi Meyer pour la caractériser. Ce trouble doit être distingué du nasillement avec lequel on le confond souvent, bien qu'il représente un phénomène inverse de ce dernier : dans ces cas, en effet, le malade loin de parler du nez, comme on le dit communément, ne parle en réalité que de la bouche. Aussi cette variété de rhinolalie serait-elle mieux dénommée stomatolalie (Rangé).

Les adhérences du voile du palais à la paroi postérieure du pharynx, les tumeurs du naso-pharynx et surtout les végétations adénoïdes, les polypes fd^ro-muqueux, les queues de cornets hypertrophiées, sont les causes les plus communes de ce trouble de la parole.

b. Lorsque l'obstacle siège upiquement dans la partie antérieure des fosses nasales (atrésie congénitale ou acquise des narines, hématome en bissac de la cloison, etc.) , l'air expiré trouve un accès dans le rhino-pharynx et les parties postérieures des fosses nasales (fig. 77, 2*^ mode) qui remplissent encore leurs fonctions de résonnateurs, mais d'une façon anomale : la résonance, se faisant en effet dans un espace clos, peut alors être accrue, en particulier pour les lettres m et n. C'est alors qu'il se produit un véritable nasillement. On peut vérifier ce fait sur soi-même en obturant ses narines pendant qu'on parle : c'est le procédé qu'on emploie pour imiter la voix de polichinelle, laquelle est une voie essentiellement nasillarde.

A côté de ces modifications résultant d'un défaut ou d'un excès de résonance nasale, il en est un autre moins perceptible, mais qui est peut-être plus pénible pour le malade : tandis que, dans le langage normal, nous avons la faculté de laisser écouler un peu d'air par le nez entre les mots, la chose est impossible quand le nez est obstrué : il en résulte des arrêts, des interruptions plus ou moins fréquentes au cours de la conversation, dus à la nécessité où se trouve le malade de laisser échapper de temps en temps par la bouche, comme par une soupape, l'air non employé cà l'émission de la parole. C'est un trouble analogue à celui que nous avons signalé dans la rhinolalie ouverte, mais qui relève d'un mécanisme absolument inverse.

C. Rhinolalies ouvertes et fermées combinées. — Les troubles phonatoires qui caractérisent la rhinolalie ouverte et la rhinolalie fermée peuvent se réaliser simultanément chez le même malade. Il en résulte des troubles mixtes assez difficiles à analyser.

Cette association s'observe lorsque les cavités nasales étant plus ou moins obstruées et les sons nasaux manquant par conséquent de réso-

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nance, le voile du palais, gcné dans son fonctionnement, ne se relève qu'incomplètement pendant l'émission des sons buccaux : ceux-ci perdent leur timbre clair pour prendre un caractère légèrement nasillard. Or cette insuffisance du voile se trouve assez souvent liée à l'imperméabilité nasale. Elle peut relever de l'un des deux mécanismes suivants : ou bien le mouvement d'élévation de l'organe est géné par la cause même de l'obstruction (tumeurs du pharynx nasal) ou bien l'insuffisance vélo-palatine résulte de la résistance élastique opposée par l'air, qui, ne pouvant s'échapper librement des fosses nasales obstruées, se trouve comprimé dans le naso-pharynx du fait même de l'ascension du voile : celui-ci, fatigué bientôt de lutter contre cette résistance, finit par céder devant elle et ne se relève plus qu'à demi; les sons buccaux ne sont alors pas mieux émis que les sons nasaux.

2° Dyslalie labiale, dentale, etc. — La respiration buccale causée par l'obstruction du nez est l'origine de dyslalies diverses et que l'on nomme labiale, dentale, linguale, palatine, selon qu'elles sont produites par des altérations des muscles des lèvres ou de la langue, par des malformations dentaires ou palatines, consécutives à ce mode vicieux de respiration (^). Elles sont caractérisées par la prononciation défectueuse, indistincte, de certaines lettres en particulier de consonnes à la prononciation desquelles les organes en question prennent une part prépondérante. Ainsi, lorsque les lèvres ne peuvent plus se rapprocher pour prononcer b et p, ces lettres sont prononcées comme v; dans les mêmes conditions ou, qui exige que les lèvres soient portées en avant, se confond avec o, etc.

§ IL — tTROUBLES FONCTIONNELS

Le lien qui unit ces troubles aux lésions nasales ou rétro-nasales est mal connu; en tout cas, il parait être complexe (troubles intellectuels, diminution de l'audition, etc.). 11 n'en est pas moins vrai qu'ils coexistent souvent avec elles.

r Dyslalies littérales. — Ce sont le lambdacisme, le sigmatisme, le gammacisme, le rhotacisme, caractérisés respectivement par la difficulté ou l'impossibilité de prononcer les lettres /, s, g, r, le malade substituant au son normal de ces consonnes un bruit sourd et confus. Ces vices de prononciation résultent d'une mauvaise éducation ou d'un défaut d'exercice des organes musculaires (langue, lèvre, voile du palais) qui président à la phonation; bien que normalement constitués, ceux-ci ne prennent pas la position physiologique nécessaire à la formation des sons. Ainsi dans le sigmatisme nasal (^), l'anomalie consiste à laisser échapper l'air

(1) Zarniko, Die Krankheiten der Nase. Berlin, 1894.

{-) Raphaël Goëx, Du sigmatisme et de ses variétés. Revue internat, de rhinologie, etc., janvier 1896, n° 1.

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par le nez au lieu de le faire passer par la bouche au moment où l'on a l'intention de prononcer Ys et où la langue se trouve dans la position propre à cette consonne.

2° Dyslalie syllabaire. — Il n'est pas jusqu'au bégaiement qui ne soit parfois lié à des troubles de la respiration nasale. Certains bégaiements invétérés ne deviennent accessibles au traitement orthophonique qu'après guérison de l'obstruction nasale.

Par quel mécanisme cette dernière influe-t-elle sur le trouble de la parole? Bloch (^) a soutenu que, dans un certain nombre de cas tout au moins, l'influence de l'imperméabilité nasale pouvait être directe : il a édifié une théorie à l'appui de son opinion. Mais il semble que, dans la majorité des cas, l'obstruclion nasale ne joue que le rôle de cause prédisposante : il faut alors incriminer la lenteur du développement intellectuel, la difficulté de fixer l'attention h une époque de la vie où les enfants apprennent précisément à parler, c'est-à-dire où ils doivent acquérir la notion des mouvements coordonnés nécessaires au langage et où il doit s'établir à cet effet des voies de communication faciles entre leurs divers centres cérébraux.

De l'exposé de ces faits se dégage cette conclusion pratique, que tout vice de la parole, qu'il s'agisse de dysarthrie littérale (dyslalies mécaniques ou fonctionnelles) ou de dysarthrie syllabaire, impose l'examen des fosses nasales et du rhino-pharynx, ainsi que le traitement des altérations qui s'y trouvent. La disparition de ces lésions pourra suffire k elle seule à amener celle du trouble phonatoire. Dans les autres cas le rétablissement de la perméabilité du nez et le retour des fonctions normales du voile n'auront pas d'action directe et immédiate sur le vice de la parole, mais ils permettront au traitement orthophonique, jusqu'alors impuissant, de produire les effets cherchés.

(1) Bloch, Die Palliol. luid Tborap. der Miindatlimung. Wicsbaden, 1889.

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