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DE LA MORT DANS LES INTOXICATIONS

des émonctions, peu importe. La même cause, en dernière analyse, préside à la cessation des phénomènes vitaux.

Peut-on aller plus loin et peut-on savoir comment les poisons déterminent les troubles mortels?

Pour les substances qui arrêtent l'aptitude nutritive des cellules, deux explications sont plausibles; tantôt la substance contracte avec le protoplasma une combinaison stable, qui entrave ou empêche le métabolisme vital; tantôt il s'agit, semble-t-il, (rime simple vibration transmise, sans qu'il y ait de combinaisons ; la substance toxique exerce une action comparable à celle des agents physiques, de l'électricité par exemple.

Les poisons qui agissent sur le milieu, peuvent, avons-nous dit, avoir une action directe ou indirecte ; dans le premier cas, ils contractent des combinaisons stables avec diverses substances, contenues dans le plasma ou dans les globules; l'oxyde de carbone, par exemple, chasse l'oxygène et s'unit solidement à l'hémoglobine ; c'est une application à la toxicologie des lois des affinités chimiques. Les poisons qui agissent indirectement peuvent arrêter la circulation ou la respiration, en portant leurs effets sur les centres nerveux ou sur les muscles; dans les deux cas, ils doivent être considérés comme inhibant la nutrition cellulaire; leur action spéciale ne relève que de leur localisation. Enfin, dans un grand nombre de cas, il se produit des lésions structurales, portant sur les cellules du sang, des organes ou des tissus. S'il s'agit d'une dissolution des globules rouges, le phénomène peut être considéré comme d'ordre physico-chimique ; il n'est ni plus curieux, ni plus obscur que tous les autres exemples de dissolution. Mais quand il se produit des lésions cellulaires, dégénérescence graisseuse, granuleuse, vésiculaire, nécrose de coagulation, etc., la question se complique parce qu'on se trouve en face d'un processus n'ayant aucune similitude apparente avec les phénomènes inorganiques. On discute et on discutera encore longtemps sur leur mécanisme. Pour ne citer qu'un exemple, il suffit de considérer les nombreuses théories qu'a suscitées l'histoire de l'intoxication par le phosphore; ce poison produit rapidement la stéatose. Par quel mécanisme? Si l'on ne peut admettre, avec Lœwin, qu'il s'agit d'une paralysie des chylifères, permettant l'entrée dans l'organisme d'une grande quantité de graisse; si l'on ne peut croire, avec Parrot et Dusart, qu'il se produit simplement une métastase des matières grasses, on trouve encore deux théories importantes ; l'une, proposée par M. Lécorché, fait rentrer le processus dégénératif dans le groupe des inflammations, ce qui déplace simplement le problème, sans le résoudre ; l'autre, soutenue par Bauer, invoque la diminution des oxydations, dont témoigne la diminution survenue dans l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique; c'est ramener le processus à l'explication proposée pour les autres causes stéato gènes.

Telles sont les quelques hypothèses que l'on peut faire sur le mode d'action des poisons; mais sans vouloir pénétrer dans l'intimité des

phénomènes et en considérant simplement le mécanisme de la mort, on arrive à une classification assez simple, qui peut se résumer de la façon suivante :

Poisons

arrêtant Vactivité nutritive des cellules.

agissant lieu.

directement.

indirectement (par le système nerveux).

i ( Poisons plasmatiques.

directement . s „ . , T * •

( Poisons globulaires.

Poisons mvo

par arrêt du

cœur

indireclement

par arrêt de la respiration .

par altérations viscérales. .

cardiaques.

Poisons nervo-

cardiaques.

Poisons musculaires.

Poisons nervomusculaires.

Auto-intoxications secondaires.

Les poisons qui arrêtent l'activité nutritive des cellules, sont ceux dont l'action s'étend au plus grand nombre d'êtres vivants, tel est l'acide cyanhydrique, par exemple. Parmi les poisons qui agissent indirectement sur le milieu, ceux qui arrêtent le cœur sont plus généraux que ceux qui arrêtent la respiration, car cette dernière fonction peut être supprimée pendant un temps assez long chez les Vertébrés inférieurs, tandis que chez les Mammifères, elle a une importance capitale; voilà pourquoi, chez eux, la plupart des poisons amènent la mort par arrêt de la respiration ; on conçoit ainsi qu'une même substance puisse agir différemment chez les diverses classes de Vertébrés, représenter un poison respiratoire pour les Mammifères, un poison cardiaque pour les Batraciens. La même remarque explique la sensibilité si différente des êtres vis-à-vis de l'oxyde de carbone; ce gaz est le type des poisons globulaires; or ceux-ci ne font en réalité que supprimer les échanges respiratoires ; on comprend donc que l'oxyde de carbone puisse être terrible pour les Mammifères, tout en n'ayant que peu d'influence sur les Batraciens et en restant sans action sur les êtres inférieurs.

La classification basée sur le mécanisme de la mort semblera peut-être présenter de nombreux inconvénients; on n'y trouve plus en effet la notion des poisons psychiques. C'est que les fonctions psychiques représentent, en quelque sorte, des fonctions de luxe; leurs troubles et même leur abolition n'ont aucune importance pour le maintien de la vie ; les poisons médullaires, les poisons des terminaisons nerveuses, les poisons des muscles ne sont pas plus néfastes, tant qu'ils n'ont pas frappé les centres, les nerfs ou les muscles présidant aux deux grandes fonctions, respiratoire et circulatoire, c'est-à-dire tant qu'ils n'ont pas atteint le bulbe, les nerfs qui en partent, le myocarde ou les muscles inspirateurs.

DE LA MORT DÀiNS LES INTOXICATIONS.

Toutes ces substances mettent donc en œuvre des procédés différents, mais entraînent la mort par un mécanisme identique.

Enfin le groupe des auto-intoxications secondaires renferme des substances qui rentrent aussi dans la règle générale ; elles modifient indirectement le plasma et finissent par arrêter les échanges nutritifs.

Importance des processus toxiques en pathologie. — Nous avons essayé, dans cette étude, d'envisager les intoxications à un point de vue général, et nous avons été conduit ainsi à l'aire rentrer dans leur histoire un grand nombre de questions qui, au premier abord, semblaient devoir en être séparées. Elargissant les conceptions classiques, nous avons considéré comme toxiques toutes les substances qui possèdent une action physiologique, et peuvent agir directement ou indirectement sur les cellules. Parmi ces substances quelques-unes sont nécessaires au maintien de la vie et au jeu régulier des fonctions; leurs effets varient seulement suivant les circonstances ou suivant les doses.

Si l'étude des poisons venant de l'extérieur présente déjà un grand intérêt, l'histoire de ceux qui prennent naissance dans l'organisme est encore plus importante. Quelques-uns d'entre eux sont utiles ou même indispensables, car ils stimulent l'activité vitale et permettent ses manifestations. Mais c'est dans les processus pathologiques que leur rôle mérite surtout d'être envisagé. Ils interviennent à chaque instant dans le cours des affections nutritives; ils peuvent même être invoqués pour expliquer certains des accidents produits par les agents mécaniques ou physiques, puisqu'il se forme des substances nocives dans les tissus contus ou mortifiés.

C'est aussi à l'influence des corps toxiques que l'on attribue aujourd'hui la plupart des troubles qui surviennent au cours des maladies microbiennes. La comparaison entre les intoxications et les infections conduit, en effet, à assimiler presque complètement les deux processus.

En se plaçant au point de vue étiologique, on peut les diviser en exogènes et endogènes; et si l'on peut concevoir un individu placé en dehors des influences adventices, épargné par les poisons ou les microbes du monde extérieur, il est impossible de le supposer à l'abri des poisons autogènes et des microbes qui habitent normalement tout être vivant; il existe donc des intoxications et des infections également inévitables.

Le mécanisme des troubles qui surviennent dans les infections et les intoxications est, sinon identique, du moins fort analogue. Dans les deux cas, les poisons peuvent agir directement sur les cellules, ou indirectement en troublant la nutrition et en modifiant ainsi la constitution chimique de l'organisme; ce dernier mécanisme semble fort important et intervient beaucoup plus souvent qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent; dans toute intoxication, microbienne ou non, il faut tenir compte des poisons primitifs et des substances pathogènes que l'organisme produit sous leur influence.

La marche des deux processus permet aussi de les rapprocher. Souvent

LES INTOXICATIONS

ils sont caractérisés au début par une évolution aiguë; puis, quand les premiers accidents semblent terminés, il subsiste dans l'organisme des troubles fonctionnels ou des lésions anatomiques, qui pourront rester latentes pendant un temps, parfois fort long, et évolueront plus tard pour leur propre compte. Le poison ou le microbe a beau être éliminé ou détruit, la maladie n'est pas, pour cela, complètement achevée; elle pourra susciter plus ou moins tardivement des accès épileptiformes, des paralysies, provoquer des altérations viscérales, des dégénérescences cellulaires, des scléroses, et toutes ces modifications pourront s'établir d'une façon lente, insidieuse et sourde, et ne se traduire aux yeux de l'observateur, qu'au bout de plusieurs années; aussi la filiation des accidents est-elle fort difficile à rétablir et leur pathogénie reste-t-elle souvent fort obscure ■<

11 existe enfin des cas hybrides où l'intoxication et l'infection se développent simultanément. Au cours des empoisonnements les plus divers, les microbes qui habitent normalement l'organisme, peuvent pénétrer dans son intérieur et jouer un certain rôle dans la production des accidents immédiats ou tardifs. Enfin, les travaux modernes sur les propriétés toxinicides du sérum ont établi une analogie de plus, en faisant voir que nous nous défendons par les mêmes procédés contre les infections et les intoxications; dans les deux cas, l'organisme oppose des antitoxines qui neutralisent les matières nocives.

On voit donc l'importance sans cesse croissante des intoxications, et il suffit de réfléchir au mécanisme de la mort, pour comprendre que la vie s'arrête constamment par suite d'un empoisonnement, exogène ou endogène. P. Bert disait qu'on mourait toujours par asphyxie; il semble plus juste de dire aujourd'hui qu'on meurt toujours par intoxication.

Voir la Table des Matières en tête du volume après la préface de M. Bouchard.

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