CONSIDÉRATIONS PU ÉLIMIN AIRES
Par H. ROGER
Professeur affrété à la Faculté de médecine de Pari
Vétiologie (aiita, cause, Xéyoç, discours) est la branche de la pathologie qui recherche et étudie les causes morbifiques; la pathogénie (xàBoç, maladie, ysvsc.ç, génération) essaye de déterminer le mode d'action des causes morbifiques que l'étiologie a fait connaître. Autrement dit, l étiologie montre pourquoi l'on devient malade; la pathogénie établit comment on devient malade.
A une époque encore peu éloignée, on admettait que des maladies pouvaient se créer de toutes pièces dans l'organisme, qu'elles naissaient par une sorte de génération spontanée. Cette doctrine médicale n'était qu'un reflet des tendances philosophiques; on pensait que l'être vivant, dégagé des influences cosmiques, pouvait agir à sa guise; on le dotait d'une force spéciale, capable de le diriger, et servant à expliquer ses actes physiologiques et ses troubles morbides. Les travaux modernes, en renversant cet échafaudage d'hypothèses, ont établi que les phénomènes qui se passent chez les êtres animés ne diffèrent pas essentiellement de ceux qu'on observe dans les corps bruts. Les manifestations de l'activité sont semblables dans tous les cas; partout et toujours, elles doivent être considérées comme des réactions provoquées par les agents cosmiques et obéissant aux lois de la corrélation des forces et de la conservation dé l'énergie. Seulement les réactions ne sont pas toujours immédiates ; c'est ce qui nous permet de comprendre le libre arbitre et nous explique comment on a cru si longtemps à la spontanéité de ces manifestations tardives; la cellule vivante peut être comparée, jusqu'à un certain point, à un accumulateur qui, sous une influence intercurrente, dégage la force qu'il a emmagasinée.
La possibilité de ce retard dans les réactions vitales a de nombreuses conséquences en physiologie; on conçoit, en effet, que la réaction puisse paraître plus énergique que l'action qui semble la provoquer : la dernière influence n'a fait, en réalité, que s'ajouter à toutes les forces qui ont agi antérieurement; l'action est, dans ce cas, la résultante d'une série de sommations.
Ces quelques notions trouvent de nombreuses applications en pathologie; l'acte morbide, comme l'acte physiologique, peut être provoqué par
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.
une cause unique et se manifester aussitôt après l'action de celle-ci; ou bien il résulte d'une série de causes agissant successivement ou simultanément. Dans le premier cas, l'effet est univoque; dans le second, les manifestations sont variables et complexes.
C'est ce qui a conduit les auteurs à proposer diverses classifications des causes morbifiques ; autrefois on les divisait en deux catégories : les causes internes et les causes externes. Il nous semble préférable d'admettre trois groupes de causes : efficientes, adjuvantes, prédisposantes.
Les causes efficientes sont toujours nécessaires, parfois seulement elles sont suffisantes. Si l'on introduit quelques bactéridies charbonneuses sous la peau d'un cobaye, la mort survient en trois ou quatre jours; la même inoculation, pratiquée sur un rat blanc, ne provoque aucun trouble; mais qu'on soumette cet animal à une fatigue considérable, ou qu'on lui injecte en même temps une substance toxique, l'intervention de cette cause adjuvante permettra l'action de la cause efficiente ; le charbon se développera. Plus on étudie la pathologie, et notamment plus on pénètre dans l'histoire des infections, plus on comprend l'importance des causes adjuvantes. Si quelques virus spécifiques sont capables de se développer dès qu'ils sont introduits dans l'organisme, il n'en est plus de même des microbes qui pullulent sur nos téguments ou dans nos cavités; ils végètent comme de simples saprophytes et ne deviennent pathogènes qu'à l'occasion d'une cause adjuvante ou, comme on dit encore, déterminante. Dans la lutte sourde et continuelle qui se passe entre notre organisme et les microbes que nous portons, la victoire nous est assurée, jusqu'au moment où un accident vient affaiblir notre résistance naturelle; alors apparaît la série des actes qui aboutit à l'indisposition et à la maladie. Les anciens, qui ne connaissaient pas le rôle des agents infectieux, n'ont vu que l'influence banale de la cause adjuvante; voilà pourquoi ils ont cru à la spontanéité morbide.
Ils y ont cru aussi, parce qu'ils n'ont pas compris la nature et le mécanisme des causes prédisposantes. Ils ont assigné une origine interne à la prédisposition morbide, au lieu d'y voir la résultante des impressions produites sur le sujet ou ses générateurs par les causes externes ayant agi antérieurement. Les causes prédisposantes sont donc des causes antécédentes, par rapport aux troubles morbides qu'on envisage; au contraire, les causes efficientes ou adjuvantes sont des causes actuelles.
C'est d'après ces idées générales qu'on a divisé, dans cet ouvrage, l'étude de l'étiologie : les deux premiers chapitres seront consacrés à la tératologie et à Yliérédité, c'est-à-dire à l'histoire des maladies qui peuvent survenir pendant la vie intra-utérine et des troubles qui sont attribuables à l'état pathologique des générateurs. Après avoir recherché les causes morbifiques qui agissent sur l'être avant son apparition dans le monde, on envisagera les diverses conditions qui peuvent influer sur sa résistance, entraver ou faciliter l'action des agents externes contre lesquels il lui faudra lutter ; on devra donc passer en revue les diverses con-