INTRODUCTION ET PLAN
p. 65), à l'époque de leur ossification; et, en effet, c'est au cours du troisième mois, ou même dans le quatrième, que parait remonter l'invasion de l'affection tétanique en question. 11 ne s'agit donc plus de processus tératogénique de 1- embryon, mais de maladie du fœtus, selon la distinction que nous avons tenu à préciser nettement dès le début. 11 est vrai que les conditions spéciales de la vie fœtale donnent lieu ici à des considérations intéressantes : comme le fait remarquer Delplanque, les sujets adultes atteints de tétanos succombent le plus souvent à l'asphyxie causée par ^immobilisation des parois thoraciques, tandis que le fœtus, qui n'a pas à faire usage de son appareil respiratoire pulmonaire, se trouve à l'abri de cette cause de mort, et (pie, par suite, chez lui, l'affection peut durer et modilier profondément les organes. Mais, de même, nous voyons que, chez le fœtus atteint de variole, par le fait que la peau est incessamment baignée par le liquide amniotique, les pustules n'ont pas les mêmes caractères que si elles se développaient à l'air libre, et offrent sur la peau le même aspect que celles qui viennent sur les muqueuses. Cet exemple montre bien que la pathologie du fœtus a quelques caractères qui la distinguent de celle de l'adulte; mais il montre surtout, avec les faits étudiés par Delplanque, qu'il faut bien distinguer les maladies du fœtus d'avec les troubles d'évolution de l'embryon, ces derniers seuls méritant le titre de faits tératologiques proprement dits.
On pourrait nous objecter qu'on a constaté un état pathologique des centres nerveux, en concordance avec certaines malformations ; ainsi, dans nombre de cas d'ectromélie, on a trouvé une atrophie de la substance grise de la partie de la moelle d'où partent les nerfs destinés au membre non développé. Mais les rapports de causalité ont été ici inverses de ce qu'on avait supposé a priori. C'est l'absence du membre qui a déterminé l'atrophie du centre médullaire correspondant. Une intéressante observation de Troisier en donnait déjà la preuve ('); une observation plus récente de G. Sperinof2) en fournit la démonstration complète : dans ce cas, on effët, il s'agissait d'un monstre ectromèle trouvé au troisième jour de l'incubation, chez un oiseau; or la moelle épinière, en voie de formation, ne présentait aucune anomalie ; si donc, plus tard, chez l'adulte, l'ectromélie s'accompagne d'atrophie médullaire, c'est que cette atrophie est le résultat de l'absence du membre par non-développement ou par amputation congénitale, et l'état de la moelle est ici du même ordre que celui signalé par Vulpian(r>), à la suite de la section des nerfs d'un membre.
Puisque nous parlons des théories qui ont attribué l'edtFomélie à une
(') F. Troisier, Note sur l'état de la moelle épinière dans un cas d'iu'inimélie unitlioraci<jue. Arch. de physiol., 1872, IV, p. 72.
(2) G. Si'Kiuxo, Contributo allo studio dei Rapport] fra lo sviluppo <lc«li art i e quello dei eentri nervosi. Giornale délia r. Aead. di medicina, 1892, n° 2.
(5) Yulpian, Influence de l'abolition des fonctions des nerfs sur la région de la moelle épinière qui leur donne origine. Arch. de physiol., 1868, p. 443. — Bochefontaine, Ectroméllo imithoracique chez une chienne; atrophie de l'omoplate et de la moelle cervicale du côté correspondant. Arch. de physiol., 1881. p. 286.
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
affection nerveuse, citons aussi, pour la réfuter, la manière de voir de Serres, qui donnait pour cause à cet arrêt de développement, ainsi du reste qu'à la généralité des arrêts de développement, l'oblitération des vaisseaux de la partie en question; ce serait donc une affection non plus du système nerveux, mais du système vasculaire, qui entrerait en jeu. Panum a fait bonne justice de cette interprétation. « Sans doute, dit-il, un constate l'absence des vaisseaux destinés à une partie, quand elle n'est pas développée : car comment pourraient exister les vaisseaux d'un organe qui n'existe pas ! Le processus d'atrophie qui a frappé l'organe est le phénomène primitif, et l'absence des vaisseaux est le résultat et non la cause de cette atrophie de l'organe. En émettant sa théorie, Serres a oublié de tenir compte des différences qu'il y a entre l'embryon en voie de formation et 1 individu complètement formé (*). »
La tératologie est donc bien un chapitre, mais un chapitre tout particulier, de la pathologie. C'est un chapitre très général, car, d'une classe à l'autre des vertèbres, les phénomènes tératolôgiques ne présentent presque pas de différences. La raison en est facile à comprendre. Les embryons de tous les Vertébrés ont à traverser d'abord une période d'organisation commune, et dans laquelle ils se ressemblent tellement que Baer déclarait ne pouvoir, dans sa collection de très jeunes embryons, distinguer, sans étiquette, s'il se trouvait en présence de lézards, de petits oiseaux, ou de Mammifères. On ne saurait donc être surpris de voir les causes tératogéniques, agissant sur des embryons qui se ressemblent, produire des dispositions tératolôgiques identiques. Ce fait étend singulièrement le champ des études de tératologie, surtout de tératologie expérimentale, en permettant de faire sur les Oiseaux, par exemple, des expériences qui ne seraient pas réalisables chez les Mammifères, et dont cependant les résultats sont valables pour ceux-ci, à moins qu'il ne s'agisse de formations ou de dispositions toutes spéciales.
Mais après avoir ainsi établi, au point de vue pathologique, la distinction entre le fœtus et l'embryon, hâtons-nous d'ajouter que, comme dans toutes les choses de la nature, il y a ici des transitions ménagées et que l'organisme en voie de formation peut être déjà arrivé à la période fœtale par certaines de ses parties, alors que d'autres sont encore dans la période embryonnaire. Ainsi l'étude du développement nous montre que les bourgeons des membres sont d'apparition relativement tardive, et que, lorsque déjà les autres organes sont constitués, différenciés en tissus ayant chacun leur propriétés spéciales, les membres ne sont encore formés que de cellules indifférentes. Aussi verrons-nous les membres présenter longtemps encore des réactions qui sont propres à la période embryonnaire, comme elles sont propres aux tissus des végétaux et de certains animaux inférieurs; telle est, par exemple, la propriété qu'ont les membres du fœtus de produire de nouveaux bourgeonnements, pour tendre à réparer
[l] P. -S. P-.VNUM. TTntersuchung-en ùber die Entstelmng (1er Missbildungen. Berlin, 1860, p.
riNTRODUCTIOJN ET PLAN.
les pertes que leur a fait subir un traumatisme (amputations congénitales). De sorte que les tonnes monstrueuses, qui reconnaissent pour origine un traumatisme des membres dans leur période de formation, en un mot le plus grand nombre des amputation* congénitales, rentrent réellement dans le domaine de la tératologie, en raison même des réactions particulières que peuvent manifester les bourgeons des membres amputés, réactions qui sont caractéristiques de la période embryogène.
Il n'est donc pas toujours facile de distinguer ce qui est monstruosité de ce qui est lésion congénitale. De même, en présence de certaines hernies inguinales, le chirurgien est embarrassé pour déterminer si elle csl congénitale ou acquise. Mais l'ensemble du domaine de la tératologie est aujourd'hui, surtout grâce aux recherches de tératogénie expérimentale, bien délimité, et si bien déterminé que l'étude en peut être faite, ainsi que nous allons le tenter, en procédant par l'étude des causes et classant les faits de par leur étiologie.
Dans ce domaine de la tératologie, ou étude des monstruosités, il n'est pas non plus toujours facile d'assigner une valeur absolue à certains termes classiques. Ainsi il n'est pas possible d'établir une limite bien nette à ce qu'on a voulu appeler anomalies, pour le distinguer des monstruosités proprement dites. Les déviations du type spécifique ont reçu le nom d' anomalies, lorsqu'elles sont peu considérables (anomalies dans le nombre des doigts, anomalies par inversion des viscères, etc.), et celui de monstruosités lorsqu'elles sont très graves, rendent impossible ou difficile l'accomplissement de diverses fonctions, aboutissent à la production d'êtres non viables (monstres acéphales, monstres doubles, etc.); mais connue toutes les transitions possibles existent entre les anomalies les plus légères et les monstruosités les plus graves, comme l'appréciation de la gravité n'est parfois qu'une affaire de sentiment, comme enfin une déviation du type normal peut avoir des conséquences plus ou moins graves, selon l'importance de l'organe atteint, selon qu'elle sera ou non compliquée de malformation dans d'autres organes, la distinction entre anomalies et monstruosités n'a pas de valeur scientifique rigoureuse, et c'est le nom de monstres qui doit être généralement employé pour désigner les résultats d'une évolution anormale quelconque.
Dans la présente étude de tératologie, il ne saurait être question d'une description des monstres, mais bien seulement des conditions générales et des mécanismes qui sont reconnus présider à leur production. Grâce aux progrès de nos connaissanees de l'embryologie normale, cette étude de tératogénie est aujourd'hui possible, c'est-à-dire nous présente non plus des théories purement imaginaires, mais des faits rigoureusement démontrés, et des hypothèses ayant toujours pour point de départ les faits d observation. Après ces quelques considérations générales destinées à délimiter notre sujet et à donner la définition de l'objet de ces études, nous devrons cependant présenter, aussi brièvement que possible, une classification des monstres, afin de prendre pour ainsi dire possession de
PATHOGÉMi GÉNÉRALE DE L'EMBRYON.
l'immense domaine de la tératologie, et de fixer les noms des formes qui serviront plus loin d'exemples particuliers dans les études générales.
Nous résumerons à cet effet la classification de Geoffroy Saint-Hilaire, qui a étudié les monstres en naturaliste, c'est-à-dire les a groupés en ramilles et espèces, en donnant à ces mots le sens et la valeur qu'ils ont dans les sciences naturelles. Or nous venons de voir que tout autre doit être le point de vue auquel il faut classer les monstruosités, qui sont des produits pathologiques. C'est ce que démontrent les recherches récentes de tératogénie.
Nous aurons donc alors à entrer dans quelques détails historiques sur la tératogénie expérimentale.
Puis, nous appuyant sur les résultats de cet ordre, nous passerons en revue les diverses conditions tératogéniques en les groupant d'après les époques auxquelles elles agissent ; nous aurons à examiner ainsi successivement les causes qui agissent sur l'œuf avant la fécondation, puis pendant la fécondation, puis pendant la formation du hlastoderme, etc. Ce chapitre nous présentera sous un jour tout nouveau hien des faits de tératologie. Nous verrons que les monstruosités sont d'autant plus considérantes, que leurs causes agissent à une époque plus primitive et sur des phénomènes plus essentiels. Quoi de plus essentiel que la fécondation pour le développement de l'œuf en un nouvel être? Aussi verrons-nous les accidents de la fécondation donner naissance à des séries tératologiques de première importance. D'une part ce seront ces produits informes qui résultent du développement accidentel d'un œuf non fécondé (parthénogénèse). D'autre part ce seront les produits de l'œuf qui a subi un excès de fécondation (polyspermie), et nous verrons ainsi se produire les monstres douhles. On comprendra donc que nous insistions sur l'histoire de la diplogénèse, à propos de laquelle sont soulevées les questions les plus générales de tératologie, comme par exemple la loi de l'union des parties similaires, ou la signification morphogéniquc des monstres ompholosites et des parasitaires.
Après cette étude chronologique des causes tératogéniques, nous passe* ions en revue les divers processus tératogéniques déterminés par ces causes. Au cours de ces deux études, qui représentent la patho génie générale et la physiologie pathologique de l'embryon, nous aurons à proposer diverses modifications à la classification de Geoffroy Saint-IIilaire ; et nous verrons que, si différent qu'ait été le point de vue auquel s'est placé Geoffroy Saint-Hilaire, ces modifications sont relativement peu importantes, tant cette classification a été hasée sur une étude exacte et minutieuse de la constitution des formes monstrueuses, c'est-à-dire sur l'anatomie pathologique de l'emhryon. La constitution anatomique des être*» normaux ou anormaux est en rapport avec leurs origines; l'étude de ces deux ordres de faits doit donc conduire à des notions générales semblahles. Mais nous éviterons cependant de donner trop d'importance aux détails de la classification, à la valeur des prétendues espèces tératologi-
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION
qucs, dont chacune n'est qu'un type moyen résumant les innombrables variétés individuelles; de même qu'on a pu dire qu'il n'y a pas des maladies, mais seulement des malades, de même nous verrons qu'il n'y a pas des monstruosités, mais seulement des sujets monstrueux.
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION
Monstres unitaires parasites (paracéphalions, acéphaliens) et monstres unitaires autosites (tératomèles, tératosomcs, tératencéphales, tératoeépliales). — Monstres composés, > monstres doubles : autositaires (témtopages, tératadelphes, léradodyines) ; parasitaires (hétérotypiens, héféraliens, polygnathiens, polyméliens, endocj miens).
Le jour n'est pas loin où il pourra être établi une classification parfaitement rationnelle des monstres, c'est-à-dire une classification les ordonnant d'après leurs rapports génétiques rigoureux; Fétiologie et lfe mécanisme tératologiques sont bien établis pour quelques formes; mais cependant ces conditions nous échappent encore pour un certain nombre. L'étude que nous ferons plus loin des causes qui agissent avant, pendant et après la fécondation, les indications que nous donnerons sur les mécanismes qui agissent par soudures, par persistance de dispositions transitoires, etc., représentent évidemment Tordre d'idées qui présidera un jour à une classification tératogénique ; mais pour le moment il ne peut encore s'agir que dé classifications artificielles, basées souvent sur des rapports plus apparents que réels, et destinées seulement à permettre une nomenclature des types. A cet égard nous n'avons rien de mieux à faire que d'adopter la classification d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, surtout parce que sa nomenclature est devenue classique f1). Bien d'autres tentatives de classification ont été faites avant lui; d'abord naïves et reflétant les préjugés de l'époque, témoin celle de Liceti ( lOôi), dont l'un des groupes comprenait les monstres dits composés de parties appartenant à divers animaux (enfant demi-chien); puis plus scientifiques, mais bien incomplètes, comme celle de Imffon qui comprenait trois classes ; les monstres par excès, les monstres par défaut, les monstres par renversement. Sans entrer dans l'histoire des autres tentatives, nous passons immédiatement à celle de Geoffroy Saint-Hilaire (•*)'.
Geoffroy Saint-Hilaire distingue, dans les formes anormales, quatre grands groupes, qu'il range d'après leur ordre de gravité apparente,
(') Isidore Geobbro* Saint-Hilaire, Histoire générale et particulière des anomalies de l'organisme, 1832ri856.
{-) On trouvera la revue complète de ces classifications dans Davwnk, art. Monstres. Dit /, encycl. des se. méd., 2e s., t. IX, p. 201. Paris, 1871).
PATHOGÉNÏE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
savoir : T. Les hémitéries; ou demi-monstres (v^tcuc, demi; -zzpaz, monstre), c'est-à-dire ce qu'on désigne généralement sous le nom ^anomalies^ et qu'il divise en anomalies de taille (nanisme, géantisme), de forme, de couleur, de situation (diverses ectopics), de connexions (attaches anormales des muscles), d'embouchure (embouchures anormales du vagin, imperforations), de nombre (polydactylie) ; — II. Les hétérotaxies (étepoç, autre; xaÇi;, disposition), c'est-à-dire les inversions viscérales); — 111. Les hermaphrodismes ; — IV. Les monstruosités proprement dites, qu'il définit : « des déviations du type spécifique, complexes, très graves, vicieuses et apparentes à l'extérieur ». Ce dernier groupe est le plus nombreux et est l'objet de multiples subdivisions, qui consistent tout d'abord à distinguer : A, les monstres unitaires, dans lesquels on ne trouve les éléments, soit complets, soit incomplets, que d'un seul individu; B, les monstres composés, dans lesquels on trouve réunis les éléments de plusieurs sujets, le plus souvent de deux (monstres doubles). Nous devons résumer rapidement les subdivisions successives de ces deux derniers groupes.
À. Monstres unitaires. — Selon leur organisation, au point de vue de la viabilité, c'est-à-dire selon qu'ils peuvent ou ne peuvent pas continuer à vivre lorsque se rompent leurs attaches à l'organisme maternel (cessation de la circulation utéro-placentaire par exemple), les monstres unitaires comprennent trois subdivisions; en les énumérant à partir des formes les plus complètes; les plus rudimentaires, pour arriver aux formes relativement plus complètes, plus viables, celles-ci présentant surtout des types multiples que nous aurons à passer en revue au point de vue de la nomenclature, nous trouvons successivement les monstres unitaires parasites, omphalosites et autosites.
Les monstres unitaires parasites et omphalosites ne comportent relativement qu'une série peu nombreuse de types. Les monstres unitaires parasites ou Zoomules (Çwcv, animal; puXyj, môle) comprennent aussi bien les produits contenus dans les kystes dermoïdes de l'ovaire (nous aurons à discuter longuement l'origine de ces produits, attribuables à un développement parthéno génétique) que les tumeurs très diverses (altérations du placenta, polypes) qui peuvent être expulsées de l'utérus. Les monstres unitaires omphalosites (ojaçosXoç, ombilic; aixoc, nourriture), manquent des organes les plus essentiels (cœur absent ou rudimentaire) et ne se nourrissent que grâce aux connexions de leur cordon ombilical avec le placenta d'un frère jumeau normalement conformé. En raison de cette association constante de l'omplialosite à un sujet normal, nous aurons, au point de vue de la tératogénie, à examiner s'il ne faut pas voir l'un des éléments d'un membre double dans ces sujets très incomplets, que Geoffroy Saint-Hilaire distingue, d'après leur constitution de plus en plus imparfaite, en : Paracéphaliens (:uapa, presque; axsçaXcç, acéphale) qui présentent une tête très imparfaite, mais cependant reconnaissable, avec
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION. 1 Gil
vestiges des organes des sens; Acéphaliens, qui n'ont à l'extrémité supérieure du trône aucune saillie qui mérite le nom de tète, les rudiments de celle-ci n'étant représentés que par quelques vestiges osseux que révèle l'analyse anatomique; Anidiens(<x. privatif; sico;, forme), dont le corps se réduit à une masse irrégulièrement globuleuse ou ovoïde.
Les monstres unitaires autosites (auTCŒttoç, qui se nourrit lui-même), diffèrent de tous les précédents non seulement en ce qu'ils se suffisent à eux-mêmes, au point de vue de la circulation placentaire pendant la vie intra-utérine, mais encore en ce que la cessation de la circulation placentaire n'entraîne pas immédiatement leur mort, comme pour les précédents. Ils sont de beaucoup les plus nombreux et les plus divers; leurs malformations principales, caractéristiques, portent sur Lune des quatre régions suivantes du corps : les membres, le tronc, le crâne, la face : d'où leur classification en quatre groupes (ou tribus, pour employer le terme même de Geoffroy Saint-Hilaire) . Cette partie de sa classification est très remarquable, au moins par la simplicité et les avantages mnémoniques des dénominations. En effet, pour toutes les monstruosités des membres les noms choisis se terminent en mêle (j^sXoç, membre); pour toutes celles du tronc les noms se terminent en some (aco^a, corps); pour celles du crâne, en encéphale; et pour celles de la face, en céphale, ces terminaisons étant précédées d'un radical qui indique d'une manière précise la nature de la malformation. La nomenclature a donc ici ce caractère si précieux à savoir que le nom même renferme la description de l'objet* Il est essentiel que nous passions rapidement en revue ces quatre groupes des monstres unitaires autosites :
1° Monstruosités des membres (Tératomèles). — Les monstruosités des membres peuvent se traduire soit par l'absence de la totalité ou dé portions d'un ou plusieurs membres, soit par la soudure et la fusion des deux membres d'une même paire ; dans le premier cas, nous avons les monstres Ectroméliens (exxpceo, avorter), dans le second les Syméliens.
Parmi les Ectroméliens, Geoffroy Saint-Hilaire distingue : les Ectromèles, chez lesquels un ou plusieurs membres sont complètement ou presque complètement absents; les Hémimèles, chez lesquels un ou plusieurs membres ne sont représentés que par leurs parties basales (bras ou cuisse), les parties terminales (avant-bras et main, jambe et pied) étant absentes; et enfin les Phocomèles (çtoîuj, phoque), chez lesquels, inversement aux précédents, ce sont les parties basales qui manquent, un ou plusieurs membres n'étant représentés que par la main ou le pied qui se détachent directement du tronc. Ces diverses formes nous présenteront des différences intéressantes au point de vue de leur étiologie, les unes constituant de véritables et typiques arrêts de développement, les autres résultant d'amputations congénitales.
Parmi les Syméliens on doit distinguer, selon que la soudure des membres postérieurs est accompagnée d'un degré plus grand de leur atrophie : les Sy mêles, chez lesquels les deux membres postérieurs soudés se termi-
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
Fig. 1. — Monstres Syméliens.
A, symèle. — B. sircnomèle.
nent par un double pied (fig. 1, en A); les Ironièles (supa, queue), eliez lesquels les deux membres très intimement soudés se terminent par un
seul pied incomplet, souvent réduit à un seul orteil, ce qui donne à l'ensemble de ces parties une grossière ressemblance avec une queue; les Sirénomèles, chez lesquels il y a à la fois ectromélie et symélie, car les deux membres abdominaux, réunis, sont très incomplets, terminés en moignon ou en pointe, sans pied distinct (fig. 1, en B).
2° Monstruosités du tronc ( Tératosomes). — Les malformations du tronc consistent essentiellement en un arrêt de formation de ses parois antérieures, d'où éventration et hernie des viscères. Ces monstres portent donc le nom général de Célosorniens (wqkq, hernie). — Chez les uns, F éventration ne s'étend pas jusqu'à la région thoracique. Ce sont : les Aspalosotnes (asTraXa?, taupe), chez lesquels l'éventration est limitée à la région inférieure de l'abdomen, de sorte que l'appareil urinaire, l'appareil génital et l'intestin s'ouvrent au dehors par trois orifices distincts, disposition qui rappelle ce qu'on trouve normalement chez la taupe, d'où le nom singulier donné à ces monstres; Yexstrophie de la vessie, que Geoffroy Saint-Hilaire a classée parmi les anomalies, est évidemment le degré le plus simple de cette monstruosité ; les Agënosomes , dont le nom indique suffisamment l'atrophie à peu près complète de l'appareil génital; les Cyllosomes (yjAXoç, boiteux), chez lesquels l'éventration est latérale et a entraîné l'atrophie presque complète du membre pelvien correspondant ; les Scfristosomes (cy^j-oc, fendu), qui ne présentent comme paroi abdominale antérieure qu'une membrane mince et transparente, souvent rompue pendant la parturition et dont les deux membres inférieurs manquent complètement ou sont représentés par des rudiments. — Chez les autres la malformation s'étend également au thorax, toute la longueur du tronc présentant une longue éventration ou n'étant revêtue que de membranes minces continues avec la base du cordon ombilical. Ce sont : les Plenrosomes, chez lesquels il y a absence de développement de la paroi thoracique, généralement du côté gauche, avec ectromélie du membre thoracique correspondant, mais chez lesquels la hernie viscérale ne va pas jusqu'à entraîner le cœur au dehors; les Célosomes, qui ont une forme plus incomplète encore que les précédents, car il y a déplacement herniaire antérieur du cœur.
3" Monstruosités du crâne et de V encéphale ( Tératencéphales). — Ces monstruosités sont caractérisées par le développement incomplet ou même l'absence des parois de la cavité crânienne et de l'encéphale. On y dis-
MOREM0ÎI0ÔIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION.
tihgue trois groupes : les Exen eépkaliens, les Pseudencéphaliens et les Anencéphaliens.
Les Exencéphaliens présentent un développement incomplet de la voûte du crâne. — Chez les uns cette malformation ne s'étend pas à la paroi postérieure du canal vertébral, de sorte que l'encéphale seul est à nu et se trouve hernie en haut et en arrière, connue Tétaient en avant les viscères abdominaux thoraciques des monstres précédents. Tels sont : les Noteticéphales (vwxcç, dos), chez lesquels le crâne est ouvert dans sa portion occipitale en même temps (pie le cerveau, hernie et frappé d'hydrocéphalie, forme une tumeur plus ou moins volumineuse au niveau de la nuque; les Proencéphales, dont le crâne est ouvert dans la région frontale, avec déplacement herniaire antérieur du cerveau; les Pod 'encéphales (zouç, ttoBoç, pied, pédicule), dont le crâne présente, dans la région fronto-pariétale, un orifice, par lequel sort le cerveau, qui, revêtu d une enveloppe cutanée plus ou moins complète, forme une large masse sphérique rattachée à la tète par un pédicule relativement étroit; les Ilyperencéphales, chez lesquels manque presque complètement toute la voûte crânienne, de sorte que le cerveau se montre à l'extérieur sous forme d'une tumeur non pédiculëe, placée au-dessus et un peu en arrière de la tète. — Chez les autres, outre la malformation du crâne, le canal rachidien est ouvert dans la totalité ou la plus grande partie de son étendue. Tels sont : ies Iniencéphales (tvisv, occiput), qui sont des Notencéphales (crâne ouvert dans la région occipitale) compliqués de fissure spinale, et par conséquent présentent sur le dos une tumeur formée par une partie plus ou moins considérable de la masse cérébrale; et les Exencéphales, terme le plus accentué de l'exencéplîalie, car ce sont des hyperencéphales chez lesquels manque en outre la paroi postérieure du canal vertébral et dont le cerveau, vu l'aplatissement de la région crânienne, est rejeté derrière la tète, sur le dos.
Les Pseudencéphaliens (^î-jcyj;, faux) présentent un développement incomplet non seulement de la voûte du crâne, mais encore de la masse encéphalique, qui n'est plus représentée que par quelques vestiges d'un tissu très vasculaire (pie-mère). Comme pour les précédents, la monstruosité encéphalique peut être ou non compliquée de fissure spinale. — Les Pseudencéphaliens sans fissure spinale sont : les Nosencéphales (vcaoç:, maladie) et les Thlipsencéphales (OXt'V.ç, écrasement), qui présentent semblablement un encéphale remplacé par une tumeur vasculaire; mais chez les premiers le crâne n'est ouvert que dans la région fronto-pariétale, tandis que dans les seconds cette ouverture s'étend jusqu'à la région occipitale et que la tumeur vasculaire descend un peu au delà de la nuque, donnant à la tète l'aspect qui résulterait d'un écrasement des parties encéphaliques. — Les Pseudencéphaliens avec canal vertébral ouvert forment les Psend encéphales proprement dits, chez lesquels la moelle épinière elle-même a disparu parfois d'une manière si complète, qu'elle n'est même plus représentée par une tumeur vasculaire.
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
Les Anencéphaliem sont caractérisés par l'absence complète de la voûte crânienne et de l'encéphale, qui n'est même plus représenté par une tumeur vasculaire; ici encore, selon que la moelle épinière et le canal rachidien sont plus ou moins atteints, on a : les Dérencéphales (Sep'yj, col), dont le canal rachidien est ouvert dans la région cervicale seulement et la partie correspondante de la moelle a disparu ou est représentée par une poche pleine de sérosité, tandis que la partie inférieure de la moelle épinière est à peu près normale ; et les Anencéphales qui n'ont ni encéphale, ni moelle épinière, et dont le crâne et le canal rachidien sont largement ouverts.
A0 Monstruosités de la face (Tératocéphales). — Ces monstruosités sont ducs à une atrophie ou non-formation des parties médianes de la face, de sorte que les parties latérales se rejoignent et se soudent plus ou moins sur la ligne médiane. Dans un premier groupe c'est surtout la partie supérieure de la face qui est atteinte et ce sont les deux yeux qui se rejoignent sur la ligne médiane, d'où le nom de Cyclocéphaliens; dans un second groupe l'atrophie s'étend et s'accentue à la partie inférieure de la face et du crâne, la mâchoire inférieure est plus ou moins absente et les deux oreilles arrivent au contact ou à la fusion sur la ligne médiane, d'où le nom à'Otocéphaliens.
Les Cyclocéphaliens sont classés d'après le degré de rapprochement ou de fusion des deux appareils oculaires. — S'il y a deux fosses orbitaires distinctes, mais très rapprochées, on a les Ethmocéphales (rfi\xsç, os ethmoïde), présentant deux yeux très rapprochés, mais distincts, et un appareil nasal atrophié, apparent à l'extérieur sous la forme d'une trompe au-dessus des orbites; et les Cébocéphales (fcYj6oç, singe), présentant deux yeux plus rapprochés encore et cependant distincts, mais un appareil nasal plus atrophié ne dessinant aucune saillie, d'où une certaine ressemblance avec la physionomie des singes cébiens. — S'il n'y a qu'une seule fosse orbitaire, on a des monstres qui tous présentent deux yeux contigus ou un œil double, et qui sont dits Rhinocéphales lorsque l'appareil nasal atrophié forme une trompe, Cyclocéphales lorsque l'appareil nasal plus atrophié encore ne forme pas de saillie, et enfin Stomocéphales lorsque aux vices précédents de conformation s'ajoute un état rudimentaire des mâchoires et que les téguments correspondants, moins atrophiés que les parties osseuses, forment à la place de la bouche une tubérosité ou caroncule, parfois prolongée en trompe.
Les Otocéphaliens sont tous frappés d'une atrophie de la portion inférieure de la face, de telle sorte que les deux oreilles sont réunies ou rapprochées sous la tête; mais ces malformations s'étendent plus ou moins aux parties supérieures. — Dans un premier groupe les deux yeux sont bien séparés, et on a les. Sphénocéphales (remarquables par la configuration du sphénoïde), qui ont bouche et mâchoires distinctes, avec les deux oreilles réunies ou rapprochées sous la tête. — Dans un second groupe, les deux yeux sont accolés ou fusionnés dans une seule
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION
cavité orbitaire et Ton a : les Otocéphales, quand la bouche est distincte, sans production de trompe nasale au-dessus des yeux; les Édocéphales (aïoGc'cv, parties sexuelles), quand il n'y a pas de bouche distincte, et qu'il y a une trompe nasale dont l'aspect rappelle grossièrement un pénis; et les Opoeéphales (iùtzoç, œil), quand il n'y a ni bouche, ni rudimenl nasal, les parties oculaires étant seules visibles à la face. — Enfin dans un troisième groupe, on ne trouve plus trace des yeux, et on a les triocéphales , chez lesquels trois des principaux appareils céphaliques (buccal, nasal, oculaire) se trouvent manquer à la fois, la tète étant réduite à un petit renflement sphéroïdal qui présente, à sa jonction avec le cou, une fente auriculaire, terminée à droite et à gauche par les conques.
1). Monstres composés (monstres doubles). — Les monstres composés peuvent être formés par la fusion de deux, ou trois, ou même d'un plus grand nombre de sujets; mais les monstres doubles sont seuls assez nombreux et assez bien connus pour être l'objet d une classification. (Test certainement cette partie de la nomenclature de Geoffroy Saint- Hilaire qui est la plus remarquable, et dont les subdivisions se trouvent aujourd'hui le mieux confirmées par les notions nouvelles de tératogénie. Il divise les monstres doubles en deux grands groupes, d'après les mêmes considérations et en partie avec les mêmes termes (pie pour les monstres simples, savoir : les monstres doubles autositaires, composés de deux individus sensiblement égaux en développement ; les monstres doubles parasitaires, où les deux sujets sont très inégaux, de sorte que le plus petit, le plus incomplet, analogue à un omphalosite ou un parasite, se nourrit aux dépens du plus grand auquel il est soudé. Nous devons foire remarquer dès maintenant que, de par les progrès de la tératologie, ce que Geoffroy Saint-Hilaire considérait comme une analogie entre les monstres doubles parasitaires et les monstres simples parasites (Omphalositcs) doit être aujourd'hui considéré comme une identité. En étudiant les conditions de la diplogénèse, nous verrons que deux embryons provenant d'un seul ovule peuvent ne pas se souder quant à leur corps, mais demeurer en connexion par leurs annexes, de sorte que si l'un des sujets se développe normalement tandis que l'autre ne se forme que d'une manière incomplète, ce dernier vivra en parasite aux dépens du premier; or, telles sont précisément les conditions d'existence des Omphalositcs décrits par Geoffroy Saint-Hilaire, lesquels sont toujours expulsés de l'utérus en même temps qu'un frère jumeau bien conformé. Nous reviendrons sur cette question très importante dans la théorie de la diplogénèse. Pour le moment, nous nous en tiendrons à la classification de Geoffroy Saint-Hilaire, mais en notant combien sa nomenclature même rend facile ce rapprochement entre les monstres unitaires parasites et les monstres doubles parasitaires.
a. Monstres doubles autositaires. — Comme pour les monstres
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unitaires autosites, Geoffroy Saint-IIilaire établit ici de grandes divisions, dont chacune comporte d'ordinaire, pour la nomenclature, un même radical comme terminaison des noms. Dans la première division les deux sujets composants sont chacun complets et soudés l'un à l'autre par une seule région des corps, région dans laquelle même on peut retrouver les éléments complets ou presque complets de chaque sujet; ces monstres doubles portent un nom terminé en page (xaYstç, uni) ; nous les désignerons sous le nom de Tératopages. Dans la seconde division, les deux sujets composants sont séparés et bien distincts dans leurs parties inférieures, mais soudés ou même confondus dans une étendue variable, en allant de la tête à l'ombilic; ils portent un nom qui, pour le plus grand nombre, se termine en adelphe (aSsXçcç, frère), et nous les nommerons Tératadelphes . Enfin, dans la troisième division, la soudure est précisément inverse, c'est-à-dire que les extrémités céphaliques des deux sujets sont distinctes et séparées, la soudure ou fusion portant sur l'extrémité inférieure du tronc, dans une étendue plus ou moins considérable en allant de bas en haut; leur nom se termine pour tous les types en êyme (.Bujaoç, double), et nous les nommerons Tératodymes.
Les mmstim tératopages comprennent deux groupes, selon les dispositions de l'ombilic. — 1° les Eusomphaliens (su, bien; o[j.saAcç, ombilic), où chacun des sujets a son ombilic propre et son cordon ombilical. Si l'union a lieu au-dessous de l'ombilic, on a les Pygopages (r^m fesses), qui sont réunis dans la région fessière. Si l'union a lieu au-dessus de
l'ombilic, on a, selon les lieux de soudure : les Métopages (^stoj-cv, front), qui sont unis front à front, et les Céphalopagex (xîçxXy;, tète), qui sont unis par le sommet de leurs tètes, mais de façon que le front de l'un est soudé à l'occiput de l'autre, et réciproquement. — 2° les Monomphaliens, où il n'y a qu'un seul ombilic, et par suite qu'un seul cordon ombilical commun. Si l'union s'étend de l'ombilic vers les parties inférieures du tronc, on a les Ischiopages, qui représentent deux sujets à réunion pelvienne, placés bout à bout, dans une position similaire, c'est-àdire la face tournée du même côté. Si l'union s'étend de l'ombilic vers les parties supérieures du tronc, on a successivement, selon l'étendue de cette soudure : les Xiphopages (?i?oç, appendice xiphoïde du sternum), où là réunion a lieu de l'extrémité inférieure du sternum à l'ombilic ; les Sternopages où la réunion a lieu face à face sur toute l'étendue des sternums (fig. 2); les Ectopages (ev.toç, dehors, de côté), où la réunion a lieu latéralement sur toute l'étendue du thorax (fig. 3, en À et B) ; et enfin les Hémipages, qui diffèrent des précédents en ce que l'union s'étënd du
Fig. ±
Monstre double sternopage.
MORPHOLOGIE GÉNÉRALE ET CLASSIFICATION. 17r>
thorax jusqu'au cou et aux deux mâchoires, les deux bouches pouvant être confondues en une seule et même cavité (fig. 5, en C).
Les monstres tératadeîphes comprennent deux groupes, selon le degré de fusion des deux tètes, et selon que la soudure s'étend plus ou moins sur les deux troncs. — 1° Les %céphaliens sont formés de deux tètes très intimement fusionnées, et de deux corps unis seulement audessus de l'ombilic.
Pour ces Sycéphaliens, Isid. Geoffroy Saint-llilaire n'a pu conserver la désinence en adelphe, et les nomme Janiceps (Janus, type fabuleux à double visage), lorsque les deux tètes sont fusionnées par la région occipitale, de manière que la double tète présente deux faces ou visages directement opposés (fig. 4); Iniope (tvtcv, occiput; ux]/, œil, visage), lorsque la fusion cépbalique est telle que la tète résultante n'est qu'incomplètement double, ayant d'un côté une face complète, et du
Fig. i. — Janiceps. Fig. 5. — Iniope.
En A. vu du coté de la face complète. — En B, vu du coté de la face représentée par un œil médian.
côté opposé une face incomplète représentée seulement par un œil, audessous duquel sont soit deux oreilles très rapprochées, soit une seule oreille médiane (fig. 5) ; enfin Synote (cuv, incliquant soudure, et wtsç, oreille) lorsque la face incomplète n'est plus représentée que par une oreille médiane. — 2° Les Monocéphaliens ne présentent, d'après les
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apparences extérieures, qu'une seule tète, dans laquelle l'analyse anatomique peut seule révéler des traces de duplicité. Si les troues sont séparés dans la région pelvienne, on a les Déradelphes (otprn col), dont la duplicité ne commence que dans la région cervicale, et les Thoradelphes, dont les deux thorax paraissent confondus on un seul, de sorte qu'il n'y a que deux et non quatre membres thoraciques. Si les troncs sont réunis dans toute leur étendue, jusqu'au bassin, on a les Synadelphes.
En parcourant cette partie de la classification de Geoffroy Saint-Hilaire, on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement entre les Céphalopages et Métopages d'une part, et les Sycéphaliens d'autre part. Dans l'un et l'autre cas il y a fusion par les tètes, et l'on est amené à se demander si les Céphalopages et Métopages, où l'union des deux tètes ne se fait que sur une étendue relativement faible, ne sciaient pas un premier degré de la sycéphalie, c'est-à-dire le commencement d'une série qui se continuerait par des types où l'union devient plus étendue, plus intime (Janiceps, Iniope) pour aboutir finalement à une fusion complète des deux tètes en une seule (Monocéphaliens). Nous verrons qu'il en est en effet ainsi d'après nos connaissances actuelles sur les conditions de soudure dans les cas de diplogénèse. Mais si l'ordre d'enchaînement des types ne peut pas être conservé tel que l'a établi Geoffroy Saint-Hilaire, les dénominations qu'il a données à ces types peuvent et doivent persister. C'est pourquoi il nous était indispensable d'exposer sa nomenclature.
Les monstres téràtodymes, qui sont J'inverse des précédents, puisque ici les extrémités céphaliques restent indépendantes, tandis que la
soudure ou la fusion porte essentiellement sur l'extrémité pelvienne du tronc, et que par suite, il n'y a toujours que deux membres inférieurs, comprennent deux groupes, selon que la fusion s'étend plus ou moins de bas en liant, sur les troncs. — 1° Les Sysomiens, qui laissent toujours reconnaître, au simple examen extérieur, la présence de deux troncs dans le tronc complexe que supportent deux membres inférieurs, et parmi lesquels on y distingue : les Psodijmes (^oa, région lombaire du corps), dont les deux corps sont distincts à partir de la région lombaire (fig. 6, en A); les . Xiphodymes, dont les deux corps ne sont distincts qu'à partir de la région supérieure du thorax (fig. 6, en B) ; et enfin les Dérodymès (fig. 7, en A), chez lesquels la division ne devient apparente qu'au cou.
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de façon à ne présenter qu'une seule poitrine, avec seulement deux membres thoraciques. — c2° Les Monosomiens, qui ne présentent extérieurement qu'un corps unique, dans lequel l'analyse anatomique peut seule révéler des traces de duplicité. Selon le degré de fusion des deux têtes que porte un col unique, on a : les Atlodymes , chez lesquels deux têtes séparées, mais continues, sont portées par un col unique, la première vertèbre cervicale, l'atlas, étant seule double ou formée de deux vertèbres en partie fusionnées ; les Iniodymes, chez lesquels les deux têtes sont unies par leurs parties postéro-latérales (dans la région occipitale, et plus ou moins dans la région temporale), avec deux visages bien distincts, presque contigus, sur la ligne de séparation desquels on voit deux oreilles plus ou moins confondues en une seule (fig. 7, en B) ; et enfin les Opodymes, chez lesquels la fusion est plus accentuée encore, de sorte que les deux visages sont soudés, les deux yeux médians étant contenus dans une cavité orbitaire commune.
b. Monstres doubles parasitaires. — Us sont classés en plusieurs groupes, selon le degré de réduction du sujet parasite, et selon la région du sujet complet sur laquelle il s'insère : 1° chez les Hétérotypiens , les deux sujets sont disposés selon les différents types que présentent les monstres doubles autoritaires, mais l'un des deux, le parasite, est bien moins développé que l'autre, c'est-à-dire qu'on a ainsi : les Hétéropages où le sujet accessoire, très petit, mais encore pourvu d'une tète et de membres distincts, est implanté sur la face antérieure du sujet principal ; les Hétéradelphes , où le sujet accessoire est réduit à un tronc, sans tète, mais pourvu de membres, et implanté sur la face antérieure du corps du sujet principal; et enfin les llétérodymes, où le sujet accessoire est réduit à une tète imparfaite, portée par l'intermédiaire d'un col et d'un thorax très rudimentaire sur la face antérieure du corps du sujet principal; 2° chez les Hétéraliens (stspoç, autre; àÀoY), place) le parasite, très incomplet, réduit à une seule région, est remarquable par le lieu de son insertion, qui est très éloigné de la région ombilicale; tels sont les Epicomes (erci, sur; y,oy.rh chevelure), où le parasite est représenté par une tête accessoire, plus ou moins bien conformée, insérée par son sommet sur le sommet de la tête principale; 5° chez les Polygnathiens (ttcXuç, plusieurs; ^vaDo;, mâchoire) le sujet parasite est réduit à des mâchoires
PATHOGÉME GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
et à quelques autres parties céphaliques attachées aux mâchoires du sujet principal, qui a l'apparence d'un individu normal à développement surnuméraire de mâchoires, et l'on trouve ainsi : les Épignathes, où une tête accessoire, très incomplète, est attachée au palais de la tête principale; les Hypognathes, la tête accessoire, rudimentaire, étant attachée à la mâchoire inférieure de la tête principale; et enfin les Augnathes (au, qui indique la répétition), la tète accessoire étant réduite à une mâchoire inférieure attachée à celle de la tête principale; 4° chez les Polyméliens, le parasite est réduit à un ou plusieurs membres insérés directement sur le sujet principal, lequel semble ainsi pourvu de membres surnuméraires, et Ton trouve, selon le lieu d'insertion : les Pygomèles, dans les cas où un ou deux membres accessoires sont attachés derrière ou entre les membres postérieurs d'un sujet normal; les Gastromèles, si l'insertion a lieu sur l'abdomen; les Notomèles, si elle a lieu sur le dos; les Céphalo- ?nèles, si elle se fait sur la tête; et les Mélomèles, quand un ou deux membres accessoires sont insérés par leur base sur les membres principaux; 5° enfin un dernier groupe comprend des monstres chez lesquels la duplicité ne se révèle pas directement à l'extérieur, le sujet parasite étant inclus dans le sujet principal, d'où le nom (ÏEndocymiens (eveev, dedans; x/j^a, fœtus) ou monstres par inclusion, et Ton distingue les cas d'inclusion sons-cutanée et ceux ^inclusion abdominale; dans cette dernière catégorie rentrent les kystes dermoïdes de V ovaire, sur lesquels les recherches récentes d'embryologie nous ont révélé de précieuses données tératologiques que nous exposerons plus loin.
THÉORIES TÉRATOGËNIQUES- - TÉRATOGÉNIE EXPÉRIMENTALE
Anciennes idées sur les monstres. — Période scientifique de la tératologie. — Tératogénie ; arrêts de développement. — Tératogénie expérimentale ; travaux de Darcste. — Du déterminisme en tératogénie. — Accidents de la fécondation (polyspermie et monstres doubles). — Développement parthénogénique (kystes dermoïdes embryonnés de l'ovaire).
Après avoir délimité le domaine de la tératologie, après en avoir pris possession par un rapide exposé de sa nomenclature, nous devons étudier l'étiologie, le mécanisme de la production des monstres, c'est-â-dire la tératogénie. C'est en abordant cette question par quelques considérations historiques que nous comprendrons bien les progrès considérables et tous relativement récents qu'a fait la tératogénie, et que nous saisirons l'importance des recherches actuelles de tératogénie expérimentale, recherches dont nous exposerons méthodiquement les résultats dans le
THÉORIES TÉRATOGÉNIQUES. — TÉRATOGÉNÏE EXPÉRIMENTALE. 179
chapitre suivant . Dans ce rapide coup d'œil sur l'histoirede la tératologie et des théories tératbgéniques, nous ne saurions nous arrêter à indiquer, autrement que par un mot qui les rappelle, les divers préjugés populaires, qui cependant ont été adoptés, à certaines époques, même par les esprits les plus éminents. Que la naissance d'un monstre ait été considérée comme un fait hors nature, comme une manifestation de colère et de menace de la divinité, cela est tout au plus nécessaire à rappeler pour indiquer l'étymologie qu'on s'accorde à donner au mot monstre. Monstra, Ostenta, Portent a, Prodigia appelantur, quoniammonstrant, ostendunt, portentunt, prœdicant, disait Cicéron. Que d'autres aient attribué l'origine des monstres à l'accouplement entre espèces différentes, et (|iie, même au xvnc siècle, des femmes, qui avaient mis au jour des enfants monstrueux, aient été brûlées pour le crime supposé de bestialité, c'est un ordre de faits qui méritent d'être rappelés seulement pour montrer combien, en dehors des notions scientifiques, l'esprit humain devait s'égarer dans l'interprétation des malformations telles que la face des monstres cyclopes, la trompe des rhinocéphales, la tète des anencéphales, etc. De vagues ressemblances, par un examen superficiel, pouvaient faire penser à un assemblage de parties empruntées à des espèces différentes, alors que l'union de l'àne et de la jument prouvait la possibilité de la naissance d'hybrides. Et, en effet, nous aurons à examiner quelle part la tératogénie peut faire aujourd'hui à l'hybridité
C'est également à l'interprétation de vagues ressemblances qu'il faut rattacher la théorie de l'influence de l'imagination maternelle vivement frappée par un objet. Descartes dit bien « qu'il ne serait pas difficile de démontrer de quelle manière la figure d'un objet donné est parfois transmise par les artères d'une femme jusqu'à un membre quelconque du fœtus, et y imprime les taches connues sous le nom d'envies, qui font Pétonnement des savants ». Mais Descartes a oublié de nous donner cette démonstration. I. Geoffroy Sairit-Hilaire a cru devoir discuter les prétendus cas résultant de ce que la vue ou même la pensée d'une femme enceinte s'est arrêtée sur un objet, surtout si cet objet lui inspire du dégoût, et, bien plus encore, s'il est vivement désiré. Nous n'en parlerions même pas si cette question n'avait été l'objet, à une date toute récente, d'une intéressante discussion à la Société de chirurgie (29 octobre 1884), lors de la présentation d'un sujet dont les mains et les pieds étaient configurés en pince de homard (cas de syndactylie, compliqué d'ectrodactylie). Berger qui présentait ce cas, pour lequel on invoquait l'influence de l'imagination de la mère vivement frappée par la vue d'une main gravement brûlée, penchait à croire qu'il ne faut pas traiter avec trop de dédain ces interprétations, et il rappelait le cas analogue, rapporté par Morel Lavallée, d'une femme que son mari avait
f1) Pour cette période fabuleuse et 1 histoire anecdotique des monstres, vov. E. Martin, Histoire des monstres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Paris, 1880.
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vivement effrayé en lui présentant brusquement une écrevisse (elle n'en avait jamais vu jusque-là) et qui mit au monde un enfant affecté d'une syndactylie affectant la forme de pince d'écrevisse. Guéniot, Championnière, Trélat, combattirent ces interprétations, en faisant fort justement remarquer que, vu le développement précoce des parties embryonnaires, c'est avant la cinquième semaine qu'un trouble moral devrait agir pour produire une perturbation tératogénique, et que ces frayeurs, prétendues causes déterminantes des monstres, n'ont jamais été signalées que quand la grossesse est confirmée, c'est-à-dire après le deuxième mois, et le plus souvent à six et sept mois seulement. Pour en finir dès maintenant avec cette question, et n'avoir plus à y revenir en traitant de l'influence tératogénique des causes extérieures, disons qu'il faut à cet égard distinguer deux questions. La première est celle de savoir si une impression déterminée peut produire une monstruosité déterminée, c'est-à-dire un rapport défini de forme entre le monstre et l'impression ; à cet égard tout autorise à répondre par la négative. Darwin (Variations des animaux et des plantes, t. I, p. 280), rapporte que, pendant une longue période d'années, dans une des grandes maternités de Londres, on interrogea chaque femme, avant ses couches, sur les impressions qui avaient pu la frapper vivement au cours de sa grossesse ; la réponse ayant été inscrite, ne se trouva jamais avoir la moindre coïncidence avec le cas d'anomalie que put présenter le nouveau-né; mais alors, après avoir eu connaissance de cette anomalie, la femme prétendit souvent retrouver dans ses souvenirs une impression en rapport avec elle. Comme si en effet il n'était pas toujours possible de trouver, après coup, dans les souvenirs des impressions de tous les jours, une impression facilement accommodable aux besoins de la cause (*). La seconde question est de savoir si des impressions morales vives ne peuvent pas amener des contractions spasmodiques de la musculature utérine, d'où compressions anormales et irrégulières de l'embryon, et par suite arrêt de développement de certaines parties du fœtus, et même fractures ou amputation des membres, exactement comme le produisent les brides amniotiques, comme dans les cas que nous aurons plus loin à analyser, et peut-être même par l'intervention de brides amniotiques, puisque la musculature utérine doit vraisemblablement agir d'abord par ses contractions sur l'enveloppe amniotique, et par celle-ci seulement sur le fœtus. Alors nous apparaissent comme très explicables les faits divers rapportés par Geoffroy Saint-Hilaire de femmes qui, frappées d'une frayeur intense, ont donné consécutivement naissance à des anencéphales (Dareste nous apprend que, lorsque les œufs de la poule ne sont pas retournés pendant l'incubation, il arrive que l'embryon se colle et se comprime contre la coquille, et cette compression détermine particulièrement les anomalies
(1) Voy. aussi: Piètrement, La reproduction des couleurs animales chez les anciens; les agneaux de Jacob et de Laban ; le bœuf Apis. Bull, de la Société danthrop. de Paris, 20 janvier 1890, ¥ série, t. 1, p. 29.
THÉORIES TÉRATOGÉNIQUES.
— TÉRATOGÉNIE EXPÉRIMENTALE.
de la tète qui constituent les exencéphalies) ; et de même les cas où une femme grosse, ayant assisté à l'exécution d'un criminel, par le supplice de la roue, et ayant été horriblement troublée par ce spectacle, a donné naissance à un enfant dont les membres étaient brisés ; mais où l'invraisemblance est évidente, c'est quand les auteurs de ces récits ajoutent que ces fractures de l'enfant se trouvent produites aux mêmes points que chez le supplicié; ce n'est pas l'imagination de la mère mais celle du narrateur qui intervient ici.
Comme première tentative d'explication scientifique, nous ne saurions passer sous silence celle de Morgagni (1711), qui attribuait les monstruosités à des maladies du fœtus; Morgagni n'avait guère comme exemple à fournir que l'anencéphalie ou les divers modes de pseudencéphalie et d'exencéphalie; il les attribuait à une hydrocéphalie. C'est une semblable théorie qu'ont reprise plus récemment Jules Guérin et Del planque, ainsi que nous l'avons vu précédemment. Pour ce qui est de l'exencéphalie et de la pseudencéphalie, il est certain que, dans tous ces cas, il y a accumulation du liquide dans les cavités cérébrales ; mais cette hydropisie cérébrale est-elle cause ou conséquence du développement incomplet des parois des vésicules cérébrales? La question a été longtemps discutée, et elle est aujourd'hui résolue par Darcste qui a vu l'arrêt de développement être le fait primitif, c'est-à-dire qui a été ainsi amené à interpréter la malformation précisément en sens opposé à Morgagni et à renverser ainsi la théorie pathologique, puisque celle-ci ne s'adressait qu'à ce seul cas.
Dans un domaine aussi vaste et aussi varié que la tératologie, toute tentative d'interprétation scientifique générale devait être précédée d'une classification permettant de saisir, en un coup d'œil d'ensemble, les rapports des formes. Nous avons dit précédemment comment ce travail de nomenclature, commencé avec Buffon, avait été poursuivi par Etienne Geoffroy Saint-llilaire, et réellement terminé par son fils, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. La classification que nous avons résumée, n'a pour objet que les Vertébrés, et, dans cet embranchement, elle ne comprend que les monstres achevés, c'est-à-dire arrivés aux derniers termes du développement; elle ne comprend pas les monstruosités qui, se produisant dès les premières phases de l'évolution embryonnaire, sont telles que cette évolution s'arrête et que le sujet périt dans l'œuf; ces formes ne devaient être accessibles qu'à la tératogénie expérimentale. Mais dans les limites qui lui étaient imposées par l'état de la science à son époque, I. Geoffroy Saint-Hilaire a dressé une liste si complète, et a si bien formé ses catégories en déterminant les rapports des formes anormales avec les formes normales, qu'on peut dire qu'il a prévu tous les événements tératologiques possibles, de sorte qu'il a pu lui-même annoncer que la découverte d'un type tératologique nouveau serait extrêmement rare; prédiction qui s'est réalisée en effet.
En même temps que la tératologie se constituait ainsi à l'état de science descriptive, l'évolution normale de l'embryon était étudiée. La vieille
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doctrine de la préexistence des germes avait longtemps rendu vaine tonte idée de recherche embryologique. Chose singulière, c'est à propos de la tératologie même que cette doctrine arriva à des exagérations qui la condamnaient désormais. En 1724, Lémery, présentant a l'Académie des sciences une étude sur un monstre double dérodyme, arriva à cette conclusion que ce monstre résulterait de la soudure accidentelle de deux sujets primitivement bien conformés. 11 fut combattu par Winslow, qui lui objectait la disposition insolite, quoique régulière, des organes, et notamment l'inversion des viscères, où l'ordonnance des parties est la même qu'à l'état normal, mais renversée; qui soutenait que jamais une soudure accidentelle ne pourrait amener de semblables dispositions, et qui en concluait à la monstruosité originelle, à la préexistence de germes monstrueux: aussi bien (pie de germes normaux. Mais la doctrine de la préexistence des germes ne put tenir devant les faits relevés par G. -F. Wolff, le fondateur de l'embryologie (1759), qui montra que les organes de l'embryon ne préexistent pas, se dérobant à la vue par leur infinie petitesse et ne taisant que croître pendant le développement, mais qu'ils se forment réellement, se modelant aux dépens de feuillets blastodermiques qui se plissent, circonscrivent des cavités, émettent des prolongements. Si les organes nouveaux ne préexistent pas, il en doit être de même de leurs formes anormales, lesquelles doivent résulter d'un trouble accidentel.
xAlors la tératologie put cesser d'être purement descriptive pour aborder l'étude de la tératogénie. On dut d'abord se borner à des hypothèses pures, mais réellement scientifiques (théorie embryologique des monstres) : étant donnée la connaissance anatomique de la forme monstrueuse et la connaissance du développement normal, on put supposer quelles déviations s'étaient produites dans celui-ci pour aboutir à la monstruosité. Meckel et les Geoffroy Saint-IIilaire furent les plus brillants représentants de cette tératogénie embryologique, et insistèrent plus spécialement sur les résultats des arrêts de développements, mécanisme tétatogénique qui est encore aujourd'hui considéré, à juste titre, comme celui qui intervient le plus fréquemment.
Dès lors s'est établi entre la tératologie et l'embryologie normale ce rapport fréquent et suggestif qui existait entre la pathologie et la physiologie. De même que certains troubles pathologiques ont amené la découverte d'une fonction normale, de même certains arrêts de développement ont mis en lumière le processus probable du développement normal : le fait de tératologie observé a été comme une expérience naturelle d'embryologie, de même qu'une observation clinique peut avoir le caractère d'une expérience de physiologiste. C'est ainsi que l'étude du système nerveux des Otocéphales, nous a permis de comprendre la direction dans laquelle se développent les nerfs sensitifs (') ; chez les Otocéphales, chez lesquels
(*) Mathias Duval, Sur un monstre otoccphalc. Bull, de la Soc. de biol., 26 mars 1881,
THÉORIES TÉRATOGÉNIQUES.
— TÉRATOGÉME EXPÉRIMENTALE.
manquent toutes les parties de l'encéphale situées en avant du bulbe, l'absence de la racine bulbaire du trijumeau nous amena à penser que, dans la formation des nerfs sensitifs, et en particulier du trijumeau, c'est le ganglion spinal (le ganglion de Casser, qui en est l'homologue, dans les cas en question) qui apparaît le premier, et qu'ensuite les racines postérieures ou sensitives se développent en partant du ganglion et se dirigent vers la moelle (ou le bulbe). Ce mode d'origine des racines sensitives, indiqué par le fait tératologique, a ensuite été confirmé par les observations directes .
Mais, dans cet heureux échange entre la tératologie et l'embryologie normale, la tératologie était cependant réduite encore à des hypothèses; elle n'assistait pas à ces arrêts, dont elle supposait si vraisemblablement l'existence; elle ne pouvait rien dire de positif sur l'époque où ils intervenaient, sur les causes qui les déterminaient. Ces nouvelles données ne pouvaient être fournies que par l'expérimentation, qui, changeant les conditions de l'évolution normale, se mettrait en état de produire beaucoup de monstres, de les étudier non pas à l'état achevé, mais au cours même de leur formation, et surprendrait ainsi le processus tératogénique dès son début. Etienne Geoffroy Saint-IIilaire eut l'idée de ces études de tératogénie expérimentale; il commença même quelques recherches dans cette direction. Expérimentant sur des œufs de poule, il plaçait ces œufs dans la couveuse et les laissait se développer normalement pendant un certain temps, ordinairement pendant trois jours; puis il cherchait à agir sur l'embryon par divers procédés ; en secouant l'œuf, en le maintenant vertical, en enduisant de vernis une partie de la coquille. Ces tentatives n'eurent pas de résultat, ce que nous concevons facilement aujourd'hui, puisque nous savons que les organes se forment précisément pendant ces trois premiers jours de l'incubation, et que c'est pendant cette toute première période que les causes tératogéniques, du genre de celles mises en jeu par Geoffroy Saint-IIilaire, doivent agir. C'est ce que Dareste a mis en évidence, et c'est réellement à lui qu'est dû le développement de la science tératogénique, science de date toute récente.
Depuis 1855, Dareste s'est consacré à la production artificielle des monstruosités, avec une infatigable persévérance, et malgré l'insuffisance de ressources et d'installation de laboratoire, insuffisance qu'il déplore a chaque instant dans son traité. Comme E. Geoffroy Saint-IIilaire en avait eu l'idée, Dareste s'est adressé à l'œuf de la poule, que l'on peut se procurer en nombre aussi considérable que l'on veut, et dont on peut amener le développement par l'incubation artificielle. La condition essentielle du développement normal de cet œuf étant un degré à peu près fixe de chaleur, il a produit des monstres en soumettant l'œuf à des températures un peu supérieures ou un peu inférieures à ce degré, ou en échauffant
p? 145. — Yoy. aussi Mathias Duval, ait. Vaso-moteurs. Nouveau Dict. de méd. el de chir. prat., ]). 418.' T. XXXVIII. Paris, 1885.
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inégalement sa surface. La respiration de L'embryon étant une condition indispensable à son évolution, il a troublé cette évolution en modifiant les conditions de la respiration, c'est-à-dire en obturant les porcs de la coquille sur une étendue et en des points variables (vernij.age des œufs). Enfin il a fait incuber des œufs dans des conditions anormales soit de position (position verticale), soit de mouvement (agition et vibrations transmises). Il n'a pas attendu que ces œufs éclosent, ou qu'ils aient atteint la date de l'éclosion, l'expérience lui ayant appris que beaucoup de monstres succombent de bonne beure dans l'œuf, et puisque, du reste, c'étaient les premières pbases du développement anormal qu'il voulait saisir. Il a ainsi mis en incubation plus de 10000 œufs; il a produit plusieurs milliers de monstres, et, faisant disparaître ainsi, par la multiplicité des observations, l'une des difficultés les plus grandes des recherches tératologiques, la rareté des sujets d'observation, il a pu étudier la plupart des types tératologiques à divers moments de leur évolution. La tératogénie a été ainsi en possession de faits positifs, au lieu des notions entièrement conjecturales provenant de la combinaison des notions de la tératologie avec celles que fournit l'embryologie normale. Enfin, contrairement aux anciennes idées de Wolff et de Meckel, qui pensaient que le germe, avant tout développement, porte déjà en lui la modification tératogénique qui doit faire dévier le développement, Dareste, tout en faisant la part de ce qui revient à Y hérédité et à Y individualité du germe, a démontré que, conformément aux idées de Geoffroy Saint -Hilaire, il était possible de modifier, par l'action de causes physiques extérieures, révolution d'un germe fécondé, et qu'en définitive la tératogénie n'est qu'une embryogénie modifiée.
Dareste n'a pas été le seul qui ait cherché à provoquer expérimentalement la production des monstres; mais aucun des auteurs qui se sont engagés dans la même voie ne l'a fait d'une manière aussi complète, aussi méthodique, et avec de si riches résultats. Panum(1860), qui s'était aussi adressé à l'œuf des oiseaux^1), avait consigné nombre de faits intéressants: mais quoiqu'il ait expérimentalement modifié les conditions de l'incubation, surtout par des oscillations de la température, il s'est généralement contenté de la méthode d'observation, en étudiant les monstres qu'il rencontrait dans les œufs non éclos. Lereboullet (1855-1864), qui avait expérimenté sur les œufs de poissons (2), avait eu particulièrement en vue les monstruosités doubles, relativement communes chez les poissons. 11 a examiné l'action que pourrait exercer le froid, la chaleur, l'air confiné, l'eau courante ou stagnante, les actions mécaniques telles que le brossage1 de l'œuf avec un pinceau; il insiste sur l'inconstance de ces moyens, hésite à attribuer les résultats observés aux manœuvres exercées sur l'œuf,
ll) P.-L. Panum, Untersuchungen iiber die Entstchung der Missbildungcn in den Eicrn der Vôgel. Berlin, 1860.
(-) Lereboullet, Recherches sur les monstruosités du brochet observées dans l'œuf, et sur leur mode de production. Ann. des sciences naturelles, 1865 et 1864.
THÉORIES TÉRATOGÉJNIQUES.
- TÉRATOGÉNIE EXPÉRIMENTALE.
et, dans son scepticisme à l'égard de la tératogénie artificielle, il était arrivé à cette conclusion qu'il n'est pas probable que les monstruosités soient occasionnées par les influences que les agents extérieurs ont pu produire sur l'œuf, et que la cause tératogénique pourrait bien être inhérente à la constitution même de l'œuf. Nous verrons plus loin que cette interprétation a été confirmée, pour les monstres doubles, mais pour les monstres doubles seulement, lesquels résultent d'accidents survenus à l'époque même de la fécondation. Cependant, comme Fa fait remarquer Cliabry, il est extrêmement probable que Lereboullet, par les moyens qu'il a mis en œuvre, a dû certainement déterminer certains monstres aux dépens d'œufs normaux. Si le nombre de ceux qu'il attribue à son intervention est si faible, cela tient sans doute au défaut de ses statistiques dans lesquelles il fait figurer, à coté de cinq ou six monstres, des centaines d'œufs gâtés. Ces œufs gâtés devaient contenir des monstres qui n'étaient pas viables, mais qui n'en auraient été que plus intéressants à étudier, et qu'il a rejetés parce qu'il n'était pas en état, vu les moyens d'observation alors eu usage, vu l'insuffisance des données sur le développement normal, de distinguer les monstres qui n'avaient pas un développement avancé. D'autre part Lombardini a expérimenté sur l'œuf des oiseaux et sur celui des batraciens, en soumettant ces œufs, déjà en voie de développement, à l'action des courants de la pile de Bunsen, des courants d'induction et des décharges de la bouteille de Leyde(1). Un coup d'œil sur le tableau qu'il donne de ses expériences montre qu'il n'a appliqué l'électricité sur des œufs au second jour de l'incubation que douze fois, et a obtenu dans ces conditions un seul embryon mal conformé, tandis que le plus grand nombre de ses expériences a porté sur des œufs aux quatrième, cinquième, et même septième et neuvième jour, alors que l'embryon est formé, et, si dans ces dernières conditions il a obtenu des anomalies, on peut, puisque les faits tératologiques ne se produisent que dans les premiers temps de l'incubation, se demander si les monstres qu'il a observés n'auraient pas été produits par des causes tout autres que l'électricité.
Dans toutes ces tentatives, les expérimentateurs multiplient les occasions de production des monstres; c'est de l'expérimentation en tant qu'observations provoquées, mais cette expérimentation ne comporte aucun déterminisme précis, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas encore de provoquer à volonté tel type monstrueux en plaçant l'œuf dans telle condition précise : « Je suis sur, dit Dareste, en agissant d'une certaine façon, de produire une monstruosité quelconque; mais je ne puis pas produire une monstruosité déterminée. Et en effet les mêmes anomalies peuvent être le résultat des conditions les plus différentes, et il n'y a aucune relation nécessaire entre la cause modificatrice et la nature des modifications pro-
(!) Luigi Lombardini, Intorno alla gencsi dcllo forme organichc irreg-olari ncgli uceelli c batrachidi. Tisa, 1808.
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
duites. Ainsi les températures trop élevées produisent diverses formes monstrueuses, qui sont les mêmes que celles produites par les températures trop basses, quoique cependant l'excès de température ait pour effet général de hâter le développement, le défaut de chaleur au contraire ayant pour effet de le retarder. »
On peut se demander si jamais la tératogénie arrivera à ce degré parfait de science expérimentale caractérisé par un déterminisme exact, c'est-àdire si jamais elle parviendra à produire, pour ainsi dire sur commande, tel monstre par Faction de telle cause perturbatrice. Comme le fait remarquer Dareste, ces expériences portant sur l'œuf fécondé, se trouvent en présence de germes qui ont déjà des individualités très diverses, provenant de l'influence maternelle et de l'influence paternelle, et une même cause ne peut produire toujours les mêmes effets que si elle agit sur des organismes identiques. Aussi presque toutes les expériences récentes, entreprises à la suite de Dareste, n'ont-elles pu, en agissant sur l'œuf fécondé, que produire des malformations non déterminables d'avance. 11 faut citer particulièrement les nombreuses recherches de Féré{*). Il a constaté que l'éthérisation de l'œuf avant l'incubation amène un retard du développement et en même temps diverses anomalies, mais que celles-ci n'ont pas de caractère spécifique qui les rattache à la cause qui les a produites; de même pour l'influence de l'alcool, qui se manifeste à la fois par l'importance du retard du développement et par la fréquence des monstruosités; en tout cas cet effet de l'exposition préalable des œufs aux vapeurs d'alcool est intéressant à rapprocher de la fréquence de la stérilité, des avortements précoces et des monstruosités par arrêt de développement qui se manifestent dans l'espèce humaine sous l'influence de l'alcoolisme. Féré a encore expérimenté, mais sans aboutir à des formes déterminées, en injectant dans l'œuf de poule diverses substances, telles que la morphine, la codéine, le nitrate de plomb, diverses toxines (en particulier la pyocyanine, Biologie, 28 avril 1894); en exposant les œufs aux vapeurs de chloroforme; cette chloroformisation préalable a produit divers arrêts de développement, et si l'action des vapeurs anesthésiques a été prolongée (vingt-quatre heures), il en est résulté l'absence complète de tout développement; de même avec les vapeurs d'essence d'absinthe.
Peut-être faut-il considérer comme répondant déjà à un véritable déterminisme les expériences de Louis Blanc sur l'influence de la lumière (2). En condensant une forte lumière sur certaines régions de l'œuf, cet auteur a constaté que la lumière blanche a une action nuisible sur les cellules blastodermiques, dont elle ralentit, trouble ou empêche la multiplication. Or il a cherché à modifier, par ce procédé, l'évolution locale, dans certains points déterminés du blastoderme. On sait, et nous avons contribué à
(1) Cn. Féré, Comptes rendus de la Soc. de biol., 1895, p. 744, 749, 773, 787, 849, 852, 945, 948; 1894, p. 546, 462, 490.
(2) Louis Blanc, Sur l'influence de la lumière sur l'orientation de l'embryon, etc. Bull, de la Soc. de biol., 1895, p. 774 et 869. — Féré, Ibid., 1895, p. 744.
THÉORIES TÉRATOGÉNIQUES. —
TÉRATOGÉNIE EXPÉRIMENTALE. 187
confirmer (Mathias-Duval, Atlas d'Embryologie), que L'embryon de la poule est normalement orienté dans l'œuf perpendiculairement au grand axe de celui-ci, et de manière à avoir le gros bout sur son coté gauche, et le petit bout de l'œuf sur son côté droit. Or, en faisant agir localement la lumière, L. Blanc a constaté que celle-ci, appliquée dans certaines conditions, détermine presque sûrement un changement dans la direction de l'axe embryonnaire, et l'orientation nouvelle de l'embryon est telle que, dans la grande majorité des cas, l'extrémité céphalique est dirigée du côté de la source lumineuse. Dans des recherches de contrôle, Féré a également constaté (pie la lumière blanche est plus favorable au développement que la lumière orange, rouge ou violette, et il conclut d'autre part que la lumière paraît influer sur la direction de l'embryon qui présente des déviations plus fréquentes quand l'œuf est éclairé par le côté où ne doit pas se tourner la tète de l'embryon. Ces résultats, relatifs à l'orientation de l'embryon, sont très précieux, car nous verrons que, dans le mode d'association des deux sujets composant un monstre double, c'est l'orientation des axes, représentés par les lignes primitives, qui joue le rôle essentiel. Or L. Blanc explique d'une manière très intéressante cette influence sur la direction de la ligne primitive. Cette ligne primitive est le lieu où se produit la plus active prolifération cellulaire; comme la lumière paraît ralentir cette multiplication, il en résulte que si un œuf est éclairé inégalement dans la région cicatriculairé, la zone la plus vivante correspondra aux points obscurs; par conséquent la ligne primitive se constituera dans la partie la plus éloignée de la source lumineuse; on conçoit donc que l'embryon se forme dans une orientation anormale, que son extrémité coccygienne se trouve du côté de la région éclairée. Quoique ces résultats aient certainement besoin encore de recherches de contrôle, il n'en sont pas moins très précieux à noter comme exemples de déterminisme expérimental dans les actions des conditions physiques extérieures sur le développement de l'embryon.
Un déterminisme plus précis encore a été réalisé dans les expériences de If. Fol et Warynski; mais il est vrai de dire que ces expériences ont eu le plus souvent le caractère de véritables opérations chirurgicales embryologiques, et qu'il n'est pas étonnant de voir se produire par exemple un monstre acéphale alors qu'on a ouvert l'œuf et provoqué directement des lésions de l'extrémité céphalique de l'embryon à l'aide d'un scalpel ou d'un thermocautère (1). En effet, ces auteurs opèrent en pratiquant, sur un point de l'équateur de la coquille, une petite fenêtre par laquelle ils produisent sur l'embryon des brûlures avec un theraio-
(*) H. Fol et Warynski, Recherches expérimentales sur la cause de quelques monstruosités simples et de divers processus embrvogéniques. Revue méd. de la Suisse romande, 1885. — Sur Tinversion viscérale artificielle chez l'embryon de poulet. In Arch. des Se. phys. et nat. Genève, 1884. — Sur la méthode en tératogénic. Recueil zool. suisse, 1X85. — Warynski, Sur la production artificielle des monstres à cœur double chez les poulets. Thèse de Genève, 1880.
PATHOGÉNÏE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
cautère, ou des compressions localisées; en remettant l'œuf dans la couveuse, ils le tournent de façon que la fenêtre de la coquille soit de ccl/j et que l'embryon corresponde à une partie intacte. Ils ont ainsi amené des monstruosités qu'ils pouvaient prédire à l'avance, telles que l'anencéphalic, l'hétérotaxie. Du reste ils ne se font pas illusion sur les profondes différences qui doivent exister entre les mécanismes tératogéniques naturels, et ces procédés traumatiques ; mais toujours est-il que ces derniers peuvent servir à éclairer les premiers. « 11 reste à chercher, disentils, quels sont les phénomènes dont les effets sont identiques à ceux du thermocautère ou de la lame du scalpel, tels que l'inflammation, l'embolie des vaisseaux, l'arrêt de nutrition, la mort des tissus, etc. »
C'est par des procédés analogues que Chabry, dans des expériences d une admirable h'nesse, est parvenu à troubler profondément le développement de l'embryon, en agissant à l'époque des toutes premières phases, à l'époque de la segmentation. 11 s'est adressé aux œufs d'Ascidies (1), et est parvenu à détruire, par piqûre, une ou plusieurs des cellules de l'œuf en segmentation. 11 a ainsi produit des monstres que la tératologie n'avait pas encore enregistrés, mais qu'elle devait considérer à priori comme possibles. En effet, en détruisant par exemple l'un des segments, à l'époque où l'ovule n'est encore divisé qu'en deux cellules, il a vu le segment resté seul intact continuer à subir les phases de la multiplication cellulaire, mais ne donner naissance qu'à une moitié d'individu, à la moitié qu'il doit former dans le développement normal. Il a ainsi produit des monstres fractions (V individus, sur les diverses formes desquels nous reviendrons plus loin.
Mais les connaissances de térato génie ne peuvent avoir de bases plus solides que les notions d'embryologie, et, si ingénieuses que soient les expériences sur la production des monstres, elles seront toujours dépassées par toute découverte nouvelle sur les processus de développement normal. C'est ce qui apparaît avec une évidence éclatante par le fait de la découverte des actes intimes de la fécondation. La pénétration du spermatozoïde dans l'ovule, la fusion de son extrémité céphalique, ou pronucléus mâle, avec le pronucléus femelle, c'est-à-dire avec ce qui reste de la vésicule germinative ou noyau de l'œuf, après l'expulsion des globules polaires, tous ces phénomènes essentiels de la fécondation ont été découverts simultanément et d'une manière indépendante par II. Fol, Hertwig et Selenka, et aussitôt la notion de ces processus normaux a été suivie de connaissances fondamentales sur le mode de production d'une catégorie de monstres restés jusque-là problématiques, les monstres formés de la confluence d'un ou plusieurs embryons, les monstres doubles en particulier. On peut dire que cette partie de la tératogénie, qui était la plus obscure hier, est aujourd'hui la plus complètement élucidée. « L'un des résultats les plus importants au point de vue théorique de mes obser-
(') L. Chabry, Embryologie normale et tératologie des Ascidies, 1887.
THÉORIES TÉRÀTOGÉMQUES.
— TÉRATOGÉNIE EXPÉRIMENTALE.
nations sur l'entrée du zoosperme dans l'œuf, dit IL Folf1), a été de montrer que, chez des œufs sains et normalement fécondés, il ne pénètre qu'un élément mâle dans chaque vitellus. Une autre série d'études non moins importantes m'a appris qu'il peut entrer plusieurs spermatozoïdes dans un seul vitellus, mais que ce phénomène est toujours d'ordre pathologique. » Et, en effet, dans ses observations, qui ont porté sur les Échinodermes, et en opérant par la fécondation artificielle, II. Fol a constaté que quand on féconde des œufs qui ne sont pas encore assez mûrs (avant l'excrétion des globules polaires) ou . bien des œufs trop mûrs (plusieurs heures après la formation des globules polaires), ou bien encore quand on opère avec les œufs d'animaux ayant souffert d'un trop long état de captivité, on constate que les propriétés de l'œuf ne sont plus celles qu'il présente dans les conditions normales, notamment à ce point de vue que, après rentrée d'un premier spermatozoïde, la surface du vitellus ne donne pas naissance, sur toute son étendue, à cette membrane limite qui normalement ferme l'accès à tout nouveau spermatozoïde. Dans les conditions que nous venons de rappeler, un second, parfois un troisième, et même un plus grand nombre de spermatozoïdes peuvent pénétrer dans l'œuf; la tête ou chromatinc nucléaire de chacun de ces spermatozoïdes donne lieu à la formation d'un pronucléus mâle, puis d'un aster mâle; l'aster le plus rapproché du pronucléus femelle se conjugue avec ce dernier, comme dans la fécondation normale; puis le noyau combiné ainsi résultant s'unit encore avec l'aster mâle le plus voisin, et parfois encore à un troisième; mais jamais Fol n'a vu le processus de conjugation aller plus loin, c'està-dire admettre jusque à un quatrième aster spermatique. Le cas le plus simple et le plus facile à observer est celui dans lequel l'ovule n'a reçu dans son sein que deux spermatozoïdes. La suite du développement de ces œufs donne des larves monstrueuses, et, en suivant graduellement les phases par lesquelles passe l'œuf, on le voit d'abord se segmenter selon le mode caryocinétique ; seulement au lieu de Vamphiaster de la segmentation normale, on voit se produire un tétraster et le vitellus, au lieu de se diviser en deux, se scinde du coup en quatre sphères égales, et cette manifestation de l'état double du germe se poursuit dans les stades suivants : ces œufs anormaux par polyspermie, après s'être montrés divisés en quatre sphérules au stade où les autres n'en ont que deux, en présentent huit alors que les autres n'en ont que quatre, et ainsi de suite. Les planules qui résultent de ces œufs anormaux ont un nombre double de cellules que les œufs normaux, monospermiques ; enfin à l'époque où les larves normales présentent l'invagination primitive qui donne naissance à la forme dite gastrula, les larves monstrueuses ont plusieurs enfoncements au lieu d'un seul; ce sont des larves polygastrées. Le nombre des invaginations a paru à IL Fol répondre exactement au nombre des asters mâles précédemment constatés dans l'œuf. Or comme chaque
(M II. Fol, Recherches sur la fécondation et le commencement de l'hénogénîe. Genève, 1879.
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
invagination gastruléenne correspond à un individu, est la caractéristique d'une unité spécifique, on voit que la polyspermie aboutit à la formation de plusieurs sujets aux dépens d'un seul œuf : les monstres doubles résultent de rentrée de deux spermatozoïdes dans un œuf. Chez les Ascidies, étudiées par Fol, ces larves monstrueuses périssent de bonne heure. « Mais, dit IL Fol, ces faits peuvent servir de base à une hypothèse que je ne crains pas de lancer, et qui tend cà expliquer l'origine des monstres dédoublés par une surfécondation de l'œuf ». Nous verrons plus loin combien cette hypothèse concorde avec tous les faits relatifs à la diplogénie et avec quel succès elle a été accueillie de tous côtés.
L'observation directe nous fait donc assister à des actes tératogéniques qui ont leur première origine dans l'acte même de la fécondation, dans un rapport anormal entre l'ovule et les spermatozoïdes, et notamment par l'excès des éléments fécondateurs maies. Nous verrons plus loin quelles variantes peuvent se grouper autour dans ce thème général des accidents de la fécondation. Mais on pouvait aussi se demander si, inversement, l'insuffisance, l'absence de la fécondation, ne serait pas capable de donner des formes autrement monstrueuses, des développements incomplets et très frustes. Chez nombre d'animaux, dans des conditions spéciales, l'œuf se développe sans fécondation, par parthénogenèse. Or, l'observation de plus en plus intime de l'évolution des vertébrés a montré que le même phénomène était relativement fréquent chez eux, et que si le plus souvent il ne donnait lieu qu'a un commencement de segmentation, il pouvait aussi, par exception, aboutir à des formations blastodcrmiques distinctes et même, quoique très rarement, à des organes embryonnaires plus ou moins irrégulièrement groupés. C'est ainsi que l'origine parthénogénique des kystes de l'ovaire, d'abord vaguement soupçonnée, a été mise en évidence par le rapprochement de faits nombreux formant série, depuis les tumeurs dermoïdes les plus rudimentaircs, jusqu'aux formations fœtales pourvues de membres, dans des kystes ovariques de femmes vierges. La monographie de Répin, silice sujet (*), marque à cet égard un pas important dans les progrès des études tératogéniques. Nous en exposerons plus loin les conséquences principales.
Nous voyons donc que la térato génie, dans ses progrès, a marché en remontant pour ainsi dire le cours du fleuve ; elle n'a d'abord étudié que les influences tératogéniques qui agissent sur l'embryon pendant son développement ; puis elle nous a révélé comment le blastoderme lui-même peut être atteint pendant sa formation, pendant même le premier stade de segmentation qui lui donne naissance; puis est venue la notion des accidents de la fécondation, qui précède la segmentation ; et enfin la connaissance de monstruosités résultant du développement d'un ovule parthénogénique, c'est-à-dire en l'absence de toute fécondation. 11 est évident que,
(*) Répin, Origine parthénogénique des kystes dermoïdes de l'ovaire. Thèse de Paris, 1891.
ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
dans l'exposé qui va suivre, nous devons suivre l'ordre inverse, c'cst-àdire étudier les influences téràtogéniques qui agissent d'abord sur l'œuf, avant la fécondation, puis lors de la fécondation, et enfin successivement aux diverses phases de la segmentation, de la formation du blastoderme, et de la formation de l'embryon lui-même.
ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE
Influences téràtogéniques agissant avant la fécondation : atavisme (anomalies rétrogrades et anomalies par anticipation), hérédité, influence immédiate des générateurs. — Anomalies des produits sexuels. — Développement sans fécondation ou parthénogenèse : examen de diverses théories (néoplasme, enclavement, grossesse extra-utérine, inclusion fœtale). — Accidents de la fécondation, diplogenèse : conditions écologiques de la morphologie des monstres douilles (polyspermie, polygastrulation, double ligne primitive) ; sériation et nouveaux aperçus sur la classification des monstres doubles (monstres en \ ou catadidymes, monstres en X ou anàcatadidymes, monstres en Y ou anadidymes) ; conditions de production des monstres doubles parasitaires ; théories de la diplogenèse. — Modifications téràtogéniques de la segmentation (monstres fractions d'individus). — Modifications téràtogéniques agissant sur le blastoderme, sur l'embryon, sur les annexes.
Par étiologie chronologique des monstres, nous entendons la revue générale des causes téràtogéniques qui peuvent agir sur le nouvel être en voie de formation et troubler son développement , depuis l'état d'œuf non fécondé, jusqu'à la formation de l'embryon et de ses annexes. En suivant Tordre même de l'embryologie normale, nous avons donc à étudier les accidents qui peuvent se produire dans les périodes suivantes : avant la fécondation; à l'époque de la fécondation; pendant la segmentation; lors de la formation du blastoderme ; et enfin à la période de formation de l'embryon et de ses annexes.
A. Influences qui agissent avant la fécondation. — Comme causes téràtogéniques qui agissent sur les produits sexuels (ovule et spermatozoïde) avant leur conjugaison, c'est-à-dire qui impriment déjà à l'élément mâle et à l'élément femelle des modifications qui se révéleront plus tard par l'évolution anormale du produit de la fécondation, nous étudierons : l'atavisme, l'hérédité, les influences de divers états des parents, et les anomalies de l'ovule ou des spermatozoïdes.
1° Atavisme. — Nulle part l'atavisme ne se manifeste d'une manière aussi évidente et aussi fréquente que dans les faits de tératologie. Cette réapparition de caractères anatomiques que n'offraient point les parents immédiats, mais qu'avaient offerts les ancêtres plus ou moins reculés,
PATHOGÉNIE GÉNÉRALE DE L'EMBRYON
peut être théoriquement invoquée pour presque tous les arrêts de développement. L'embryologie nous montre qu'un être placé à un certain degré de l'échelle animale présente successivement, pendant son développement, des états semblables ou analogues à ceux qui caractérisent les êtres placés plus bas; qu'il passe ainsi successivement, lui individu, par les transformations qui ont constitué l'évolution de son type spécifique : c'est ce que les transformistes ont exprimé en disant que Yontogénie (développement de l'individu) est une récapitulation abrégée de la phylogénie (<p.uXvj, tribu, espèce, développement ou évolution de l'espèce). De sorte qu'un organe quelconque réalise, pendant sa formation, les états que cet organe présente chez les ancêtres zoologiques de l'être, en un mot des états, des formes ataviques. Si un arrêt de développement le maintient dans un de ces états, l'empêche de poursuivre son évolution définitive, caractéristique du degré de l'échelle qu'occupe l'être, il est évident que l'organe demeurera dans un état atavique, que la monstruosité ainsi produite sera une manifestation atavique. Ainsi les fentes branchiales sont des formations transitoires qui, chez l'embryon d'oiseau ou de mammifère, représentent des dispositions permanentes chez les poissons; la persistance d'une fente branchiale sera donc un fait tératologique relevant de l'atavisme. 11 serait inutile de multiplier ici les exemples.
Dans tout cela, est-il nécessaire de le faire remarquer, l'atavisme ne nous représente pas la cause qui a déterminé l'arrêt de développement, mais bien la cause qui a donné telle forme définie à la monstruosité ; il nous rend compte de la morphologie systématique des monstres ; il ne nous explique pas la cause occasionnelle qui a déterminé l'accident monstrueux.
Mais, selon la formule qui résume les lois de l'évolution, l'ontogénie étant une phylogénie abrégée, il est des formes qui ont appartenu aux ancêtres, qui se sont effacées pendant le cours rapide de développement individuel, et qui peuvent cependant apparaître de nouveau tératologiquement. Dans ce cas, l'anomalie est encore considérée comme atavique, lorsque tous les faits d'anatomie comparée démontrent qu'elle représente bien un «stade de l'évolution phylogénique, évolution hypothétique, il est vrai, mais extrêmement vraisemblable. Ainsi le pied du cheval est l'homologue du doigt médius (doigt HT ) des autres mammifères; chez lui, les autres doigts se sont atrophiés pendant l'évolution ancestrale, et il ne reste plus que des vestiges des doigts latéraux II et IV, situés sous les téguments. Or, une monstruosité constatée h diverses reprises chez le cheval consiste dans la polydactylie, c'est-à-dire la présence de doigts latéraux; l'embryologie ne nous montre pas que ces doigts existent à une certaine époque chez l'embryon de solipède, pour s'atrophier ensuite; la monstruosité polydactyle en question n'est donc pas atavique dans le sens de persistance d'un état embryonnaire atavique lui-même. Mais la paléontologie a montré avec évidence que le cheval a eu pour ancêtres des animaux aujourd'hui éteints chez lesquels le nombre des doigts s'est
ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
graduellement réduit; chez le Palœotherium, il y avait à chaque pied (mis doigts reposant sur le sol; chez ÏIItpparionAes deux doigts latéraux s'étaient déjà atrophiés et n'atteignaient plus le sol. On admet donc, comme hypothèse extrêmement vraisemblable, que la polydactylie du cheval est une réapparition de la l'orme ancestrale, une monstruosité par atavisme^). « La (acuité de transmission héréditaire, dit Dareste (op. cit., p. 94), n'est pas spéciale au procréateur immédiat : elle appartient aussi à ses ancêtres, pendant un grand nombre de générations, et peut-être même pendant toutes les générations qui se sont succédé depuis l'origine de l'espèce. La force quelconque que le germe contient à l'état latent, et qui détermine la production et l'évolution de l'embryon, lorsqu'elle entre en jeu par l'action d'une cause extérieure, est donc la résultante de toutes les tendances héréditaires du procréateur immédiat et de celles de ses ancêtres, tendances qui tantôt s'exercent dans le même sens, et tantôt dans des sens différents, et qui, par conséquent, tantôt s'accumulent et tantôt se neutralisent, en obéissant à des lois qui nous sont encore inconnues. »
Une anomalie, à citer comme un exemple encore plus évident d'atavisme, est la présence accidentelle des dents incisives sur le maxillaire supérieur des ruminants, car d'une part la paléontologie nous apprend que beaucoup de ruminants, aujourd'hui disparus, avaient ces incisives, et, sur les ruminants qui en sont actuellement dépourvus, l'embryologie nous montre cependant l'existence des germes de ces dents.
Seulement, lorsque l'embryologie normale ne donne pas à une monstruosité le caractère indéniable d'atavisme qui est propre à certaines monstruosités par arrêt de développement, par persistance d'un état embryonnaire, lorsque c'est seulement sur l'histoire phylogénétique de l'être qu'on s'appuie pour invoquer l'atavisme, comme cette phylogénèse est toujours hypothétique, il arrive que la signification atavique d'une monstruosité, très vraisemblable dans tel cas, peut être extrêmement discutable pour tel autre. Ainsi la polydactylie des solipèdes est un fait dont personne ne conteste le caractère atavique; mais que penser de la polydactylie de l'homme, c'est-à-dire de la présence de plus de cinq doigts. Nombre de zoologistes supposent, pour des raisons très sérieuses et que nous ne saurions exposer ici, que la forme primitive de la main et du pied des vertébrés aurait été de sept doigts et même plus ; c'est par réduction de cette forme ancestrale que proviennent les diverses formes d'extrémités que possèdent les Mammifères actuels; la polydactylie de Thomme serait donc encore un cas d'atavisme. Mais ces ancêtres polydactyles sont si loin, séparés de nous par de si innombrables intermédiaires, (pie l'esprit répugne à admettre la possibilité d'une transmission à telle
(*) Pour les travaux les plus récents sur cette question, voy. notamment : Corxkvlv, Nouveaux cas de didactylie chez le cheval et interprétation de la polydactylie des Équidés en général. Bull, de V Assoc. pour Havane, des se, 1881, p. 6(39. — Joykux-Laffuie, Sur un cas intéressant d'atavisme chez le cheval. Bull, de la Soc. linnéenne de Normandie, t. V, 1891.
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distance. Une anomalie ne peut-elle prendre naissance sous des influences autres que celle de l'atavisme, et n'est-ce pas compromettre la valeur de l'hérédité ancestrale que de vouloir en étendre le champ au delà de toute vraisemblance. Ce que nous venons de dire à propos de la polydactylie est encore plus évident pour les cas de mamelles surnuméraires ou polymastie dans l'espèce humaine, anomalie dont on a publié tant de cas et sur laquelle on a tant discuté ('). On distingue la polymastie régulière, c'est-à-dire dans laquelle les glandes supplémentaires occupent des positions analogues à ce que I on voit dans des espèces animales assez rapprochées de l'homme, et la polymastie erratique, dans laquelle la mamelle surnuméraire occupe une place tout à fait inattendue, par exemple le dos ou la cuisse. Pour la polymastie régulière, quoique l'embryologie ne nous montre pas que, dans l'embryon humain, il se produise, outre les bourgeons mammaires pectoraux, des bourgeons mammaires abdominaux et inguinaux qui s'atrophieraient et disparaîtraient ensuite, on admet généralement que cette anomalie, concordant avec ce qu'on voit chez des espèces qui ont avec l'homme des ancêtres zoologiques communs, peut être expliquée par l'atavisme. Mais pour la polymastie erratique, c'est en vain qu'on rappellerait que, par exemple, un rongeur, le Myopotamus, possède des mamelles dorsales, car on ne peut songer à voir spécialement un ancêtre de l'homme chez cet animal, qui réalise du reste une disposition particulière, eu égard à ses organes mammaires, sans analogues chez les rongeurs ses proches parents. La mamelle est une variété de glande sébacée; toutes tes régions de la peau, à part quelques très rares exceptions, possèdent des glandes sébacées; donc toute région de la peau peut présenter des glandes sébacées hypertrophiées, c'est-à-dire une mamelle rudimentaire. Il n'est donc pas besoin d'invoquer l'atavisme pour la production de la polymastie erratique. Mais alors ce n'est peutêtre pas non plus l'atavisme qui intervient dans la polymastie dite régulière, et là aussi peut intervenir une simple variation individuelle consistant en une hypertrophie sébacée. Ces exemples suffiront pour montrer combien sont vagues encore les limites qui séparent les monstruosités d'ordre atavique d'avec celles qui se rapportent à d'autres causes tératogéniques, d'ailleurs très difficiles à préciser. Une anomalie n'est pas forcément réversive, atavique; puisque l'évolution phylogénique a eu pour origine, à chaque bifurcation des formes spécifiques, une variation que la sélection a fixée et développée, pourquoi certaines anomalies que nous voyons se produire ne seraient-elles pas des variations semblables qui, loin de nous ramener à une forme ancienne, pourraient être l'origine d'une forme nouvelle, s'il lui était donné d'être fixée et développée par la sélection (*). C'est ce qu'on pourrait nommer des anomalies de formes
(') Voy. entre autres : R. Blanchard, Sur un cas de polymastie et sur la signification des mamelles surnuméraires. Bull, de la Soc. d'anthropologie, mars 1885. — L. Laloy, Un cas nouveau de polymastie. \i Anthropologie, 1892, fasc. '2.
(2) Sur cette question, notamment pour les anomalies musculaires, voy. : Mathias Duval, Dans la préface de : Les anomalies musculaires chez l'homme, par L. Testul. Paris, 1884.
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anticipées, par opposition aux anomalies rétrogrades qui sont des stigmates de dégénérescence. Des observations intéressantes ont été publiées à eet égard pour la polymastie, par Pierre Marie (*). Nous ne saurions nous étendre ici sur ees questions intéressantes, surtout au point de vue des théories transformistes, mais dont les rapports avec la tératologie oui été soigneusement indiqués par Dareste dans ses Recherches sur la production artificielle des monstres.
'2° Hérédité. — Toutes les monstruosités peuvent être héréditaires, à l'exception, bien entendu, de celles qui, frappant l'appareil génital, mettent obstacle à la reproduction. L'explication de l'hérédité tératologique rentre dans la théorie générale de l'hérédité, et nous ne nous v arrêterons pas ici. Mais nous devons dire qu'il faut bien distinguer les faits de transmission d une malformation congénitale, d'avec la reproduction de modifications acquises pendant la vie du générateur : à cet égard, les apparences peuvent être trompeuses, du moins à un examen superficiel. Tel est le cas cité par 1. Geoffroy Saint-Hilaire, à propos d'un monstre symélien. « Ce sujet, dit-il, était né d'un père invalide, qui n'avait qu'un membre inférieur, sa cuisse gauche ayant été amputée. Or quelques médecins avaient établi un rapprochement entre la conformation du fœtus monstrueux et celle de son père, également pourvu d'un seul membre inférieur, et de cette prétendue similitude on avait cherché à déduire des conséquences inacceptables. On ne peut, en effet, établir aucune analogie réelle entre un homme privé, par une amputation, de l'un de ses membres inférieurs, et un fœtus symèle pourvu, non pas d'un seul membre inférieur, comme Ta lait croire peut-être le nom de monopade autrefois employé, mais bien de deux membres inférieurs à peu près complets mais soudés l'un à l'autre sur la ligne médiane. »
(Chose remarquable, l'hérédité des monstruosités très graves est extrêmement rare, tandis que celle des monstruosités légères, dites anomalies, est très fréquente. Ainsi nous verrons que les anomalies digitales se reproduisent et se fixent dans une famille, tandis que les monstres ectroméliens ne donnent que très exceptionnellement des produits atteints semblablement d'ectromélie. Nous pensons qu'en effet on a décrit sous le nom d'ectromélie, ainsi que nous le verrons plus loin, des cas divers d'amputation congénitale (par des brides amniotiques, ou par le cordon ombilical), et que ces accidents mécaniques de la vie intra-utérine ont sur l'ensemble de l'organisme, et par conséquent sur ses produits, une moins grande influence que les anomalies qui résultent de modifications plus intimes du germe, par exemple de particularités qu'on peut à la rigueur attribuer à la réapparition d'un caractère atavique. On conçoit que l'amputation congénitale, produite à une époque déjà avancée du développement,
(') Pierre Marié, Mamelon surnuméraire transmis héréditairement dans une famille; coïncidence avec plusieurs grossesses gémellaires ; réversion atavique ou création d'un type polvmastc et polvgène. Bull, et mém. de la Société médicale des hôpitaux de Paris 15 iuin J893. " J
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puisse n'avoir pas plus d'action héréditaire qu'une amputation pratiquée plus tard; et c'est pour cela que nous avons tenu à donner, quelques lignes plus haut, les si justes observations de Geoffroy-Saint-Hilaire à propos du prétendu cas d'hérédité présenté par un monstre symélien né d'un père qui avait subi l'amputation de la cuisse.
Nous ne saurions ici entrer dans une énumération des cas d'hérédité tératologique ; mais quelques exemples sont cependant nécessaires. Divers cas en sont connus pour l'ectrodactylie, et récemment (Bull, de la Soc. debioL, 1892, p. 367), Bédart rapportait un cas à'ectrodactylie quadruple (des pieds et des mains) se transmettant pendant trois générations. Plus nombreux encore sont les cas d'hérédité de la polydactylie chez l'homme, aussi bien que chez le chat, le poulet, le cheval, etc.; un exemple classique est celui donné par Réaumur, d'une famille maltaise, où la polydactylie se répéta dans plusieurs générations. Lorsque des unions ont lieu entre des sujets de ce genre, l'anomalie arrive à devenir presque fixe; c'est ainsi qu'on cite, en Arabie, dans la tribu des Hyabites, la Famille des Foldi, où tous les sujets sont atteints de sexdigitisme, et où les mariages n'ayant lieu qu'entre membres de la même famille, on sacrifie les enfants qui ne reproduisent pas l'anomalie, car on les considère comme adultérins. Semblablement, en France, vers la lin du xvme siècle, dans le village d'Eycaux, isolé dans une région montagneuse, par le fait d'unions consanguines entre sujets sexdigitaires, cette anomalie avait fini par devenir commune à la presque totalité des habitants; puis, les communications étant devenues faciles et, par suite, fréquentes les unions avec les habitants d'autres localités, le sexdigitisme devint plus rare et finalement disparut. Blanchard a dressé une liste intéressante des cas de polymastie ou de polythélie héréditaire [Bull, de la Soc. d'anthrop., 1885, p. 226, et 1886, p. 485). L'hypospadie a été suivie dans une famille pendant dix générations, et l'on cite une famille où le bec-delièvre s'est perpétué pendant un siècle.
Dareste a insisté avec raison sur l'importance de ces faits au point de vue de la production des races. « 11 y a, dit-il (Tératogénie expérimentale, p. 98), dans l'espèce de la poule, un certain nombre de races caractérisées par la transmission de faits tératologiques, tels que la pentadactylie, la hernie des hémisphères cérébraux, l'absence de croupion. Le germe, dans ces races, est virtuellement anormal dès son origine; il porte en lui-même le principe d'une modification anatomique subitement apparue à une certaine époque et qui n'existait pas dans le type de l'espèce. Je sais bien que certaines personnes m'objecteront que ces races dont l'origine nous est inconnue ont toujours existé avec leurs caractères tératologiques. Mais à cela je puis répondre que nous voyons de pareilles races se former sous nos yeux. Martinet en rapporte le cas suivant : un coq pentadactyle par la dualité du pouce naquit dans sa basse-cour qui ne contenait aucun sujet de la race pentadactyle de Houdan, race inconnue dans le Berry, où avait lieu l'observation. Or cet animal a reproduit des poulets
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pentadactyles, qui ont eux-mêmes donné naissance à d'autres animaux de ce genre. 11 y a là un remarquable exemple de la création d'une race par la transmission de caractères tératologiques apparus subitement dans une race préexistante. »
La tendance héréditaire ne se manifeste pas toujours par des malformations identiques chez le générateur et chez le produit. On peut voir alterner dans une famille l'ectrodactylie et la polydactylie, faits qui indiqueraient un certain rapport entre les anomalies par excès et les anomalies par défaut. Bien plus, ces hérédités dissemblables se montrent entre les faits tératologiques proprement dits et diverses affections générales, ce qui montre bien que la modification tératogénique du germe peut avoir son origine dans les troubles morbides les plus variés. Féré(1), quia insisté sur ces ordres de faits, remarque que les malformations sont fréquentes dans les familles de phthisiques, (pie ces malformations alternent souvent dans une famille avec les troubles mentaux, et enfin qu'on trouve associés sur un même sujet les troubles fonctionnels du système nerveux (aliénés et criminels), avec les diverses déformations somatiques congénitales; c'est ce qu'on appelle les stigmates physiques. De même souvent sont associées des malformations portant sur des organes éloignés, sans rapports les uns avec les autres, de sorte que leur état tératologique ne peut tenir à un même accident de la vie intra-utérine, mais ne peut être attribué qu'à une influence générale des producteurs sur la constitution du germe; ainsi on observe l'association de l'ectrodactylie et du bec-de-lièvre, du bec-de-lièvre et du spina-bifida, de la polydactylie avec le coloboma de l'iris, des fissures faciales avec l'imperforation du rectum, de la polydactylie avec lliypospadias, etc.
Mais il est toute une série de monstruosités dont on concevrait difficilement la reproduction par hérédité, en raison même de l'origine de ces monstruosités; nous voulons parler des monstres doubles, dont la production, avons nous dit, doit être attribuée à un accident de la fécondation (polyspermie). Et en effet, Geoffroy Saint-Hilaire (op. cit., 111, p. 580) déclare que jamais la transmission de la diplogenèsc n'a été observée. <( L'hétéradclphe de Buxtorff, dit-il, a eu quatre enfants, et tous étaient parfaitement normaux. Plusieurs agneaux issus d'une brebis gastromèle, plusieurs oiseaux nés des œufs de deux oies et de deux poules pygoinèles, étaient bien conformés. Enfin, et c'est là un fait presque décisif, le croisement d'un taureau notomèle avec une vache affectée de la même monstruosité, a lui-même donné un produit exempt de toute anomalie. »
5° Influence de divers états des générateurs. — Dans les lignes précédentes, en parlant des cas d'hérédité tératologique dissemblable. nous avons déjà touché à l'ordre de faits que nous allons actuellement passer en revue. En effet, à côté de l'hérédité proprement dite (ou sem-
(*) Ch. Féré, La famille névropathique, théorie tératologique de l'hérédité, de la prédisposition morhide et de la dégénérescence. Paris, 1894.
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blable), il faut encore citer l'influence que peuvent exercer sur le germe divers états dans lesquels se trouvent les procréateurs. En premier lieu, il faut citer non seulement l'alcoolisme, mais même simplement l'ivresse au moment de la conception; si les pathologistes ont noté la fréquence des convulsions chez les enfants nés d'une mère éclamptique, nous devons aussi admettre que cet état peut imprimer au germe des caractères pathologiques qui se révéleront au cours du développement par telle ou telle malformation. On a constaté que si les enfants conçus à certaines époques troublées (*) présentent en particulier des altérations du système nerveux, ils offrent aussi des troubles de nutrition et des malformations. 11 en est de même de l'extrême jeunesse ou de l'âge trop avancé des procréateurs.,. Ici les observations faites sur les animaux sont plus rigoureuses et plus précises que celles empruntées à l'homme ; Chabry a constaté que, chez les Ascidies, les pontes qui proviennent d'individus en pleine maturité sexuelle renferment beaucoup moins de monstres que les pontes des individus âgés. Chez les Saceulines, d'après Y. Delage, les pontes ne contiennent que des mâles lorsque les parents sont âgés. On cite divers cas de chiennes vieilles qui ont donné plusieurs portées de monstres ectromèles, alors que leurs gestations antérieures ne contenaient que des sujets normaux.
Nous verrons que les plis anormaux de l'amnios, le développement incomplet de cette membrane, les adhérences qu'elle contracte avec la surface embryonnaire, sont parmi les causes les plus nombreuses de malformation. Or, si l'origine de ces anomalies amniotiques est à peu près inconnue, cependant l'observation, ainsi que l'a lait remarquer Lannelongue (8), a établi que le trouble qui les détermine peut être transmis héréditairement, ou être communiqué à l'œuf par l'un des générateurs atteint d'une maladie virulente, en particulier de la syphilis. Lannelongue rapporte en effet quatre observations de malformations (spina-bifida, division de la voûte et du voile du palais, pieds bots) chez des enfants dont les parents étaient manifestement syphilitiques. Sur deux de ces petits malades, on trouvait en même temps les altérations tégumentaires de la syphilis héréditaire et des signes de rachitisme; les deux autres étaient indemnes de toute altération spécifique.
Enfin, certains parents, sans avoir révélé aucune tare attribuable à l'âge, à la dégénérescence, non plus qu'à l'alcoolisme ou la syphilis, présentent régulièrement, ou d'une manière pour ainsi dire périodique, la propriété d'engendrer des monstres. C'est ce que Chabry désigne sous le nom de parents monstripares. L'histoire du nanisme, du gigantisme, de l'albinisme en présente chez l'homme de nombreux exemples. On cite une femme qui mit au monde quatorze enfants en seize ans : le quatrième, le douzième et le quatorzième étaient anencéphales. Dans une famille,
(1) Féré, Les enfants du siège. Progrès médical, 1884, p. 245.
(2) Lannelongue, Quelques exemples d'anomalies congénitales au point de vue de leur pathogénie. Arch. génér. de méd., avril et mai 1893.
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trois sœurs sur cinq étaient privées d'utérus. Caradec a signalé une femme qui avait eu deux enfants cyclopes. Des faits analogues se retrouvent chez les animaux; ainsi des chiennes, bien conformées en apparence, ont fait, des portées d'ectromèles. La truite ordinaire ne produit presque jamais de monstres doubles, dit Chabry; il arriva cependant une année où il s'en produisit plusieurs dans les aquariums du Collège de France, et Fou reconnut que tous ces monstres provenaient de la même ponte. Lerehoullet l'apporte des faits analogues pour le brochet, et c'est ce qui Ta amené à penser que la cause primitive de la monstruosité est inhérente à la constitution primordiale de l'œuf. Parmi les pontes d'Ascidies, dit Chabry, il y en a qui ne renferment que des œufs à développement normal; mais il en est d'autres où un processus tératologique, toujours le même, se présente avec une modalité spéciale. Les œufs d'une même ponte forment alors, au point de vue tératologique, une véritable famille, qui tire de la fréquence de telle ou telle anomalie une marque distinctive.
4° Anomalies des produits sexuels. — Nous ne citerons ici que pour mémoire les anomalies morphologiques (pie peuvent présenter les produits sexuels, anomalies dont les observations sont rares et incomplètes, et dont les influences tératogéniques s'exercent au moment même de la fécondation, puisque ces anomalies consistent essentiellement pour l'œuf dans la présence de deux vésicules germinatives, et pour le spermatozoïde dans l'existence de deux masses chromatiques céphaliques, c'est-à-dire, pour les deux cas, dans la présence à l'état double de l'élément nucléaire qui joue le rôle principal dans l'acte de fécondation. C'est donc à propos des accidents de la fécondation, en traitant de la production des monstres doubles, que nous parlerons des ovules à deux noyaux, à propos desquels nous possédons des observations sérieuses. Quant aux spermatozoïdes, J.-H. Salisbury et Ephraïm Cutter (*) se sont, attachés à décrire les formes anormales que peuvent présenter les spermatozoïdes de l'homme, et ont particulièrement insisté sur les spermatozoïdes à deux tètes; ils n'hésitent pas à attribuer l'origine de certains monstres doubles à la fécondation de l'œuf par un pareil spermatozoïde. Quoique leur mémoire soit accompagné de figures démonstratives, c'est là une question qui aurait besoin de nouvelles observations confirmatives, et nous ne pensons pas que cette confirmation ait été donnée par les nouvelles observations publiées sur la même question par Mazzarelli (*).
B. Développement sans fécondation (parthénogenèse). — Le développement de l'ovule en un embryon, sans intervention de l'élément mâle, sans fécondation, est un fait bien connu pour un grand nombre d'animaux inférieurs. 11 a reçu le nom de parthénogenèse. Notons tout de suite que
(4) Epihuim Cutter (New-York), Sur la cause possible de quelques monstruosités. Journal de micrographie de J. Pelleta», 1880, t. X, p. '229.
(2) Gius. Mazzarelli (Xaplcs), Sur l'influence du mâle dans la production de quelques monstruosités. Journ. de micrographie de J. Pelletait, 1888, t. XIÏ, p. 580.
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la parthénogenèse est généralement impuissante à produire de longues séries de générations et que, si la reproduction sexuelle n'intervient pas à un moment donné, les produits parthéno génétiques arrivent à présenter des formes incomplètes et abortives. Ainsi, pour les pucerons, dont la parthénogenèse est bien connue depuis les découvertes de Bonnet, on a constaté qu'en plaçant ces insectes dans des conditions qui prolongent ce mode singulier de reproduction, on peut obtenir plus de dix générations de femelles aptes à se multiplier sans le concours du mâle; seulement les pucerons engendrés par voie parthénogénétique sont de plus en plus mal conformés et naissent souvent monstrueux. Balbiani en a vu qui manquaient d'intestin. Chez le ver à soie, la parthénogenèse est limitée à la seconde génération et par ce mécanisme même que les chenilles qui sortent des œufs sont alors chétives, monstrueuses et meurent rapidement (').
La parthénogenèse pourrait-elle se manifester accidentellement chez les vertébrés supérieurs et donner lieu à des produits incomplets, monstrueux. C'est une idée qui a de bonne heure traversé pour ainsi dire l'esprit des tératologistes, mais sans y faire grande impression, à propos de l'explication des kystes dermoïdes de l'ovaire, dans lesquels on trouve de véritables fragments d'embryons ou de formations blastodermiques. 1. Geoffroy Saint-Hilaire s'est trouvé très embarrassé pour donner, dans sa classification, une place à ces produits rudimentaires. En effet, il en parle ou les cite en deux places bien différentes de sa tératologie, d'abord à la fin de l'étude des monstres unitaires parasites, à propos des Zoomyles, puis à la fin de celle des monstres doubles parasitaires, à propos des Eudocymiens, et c'est dans ce dernier passage que, faisant allusion à la parthénogenèse, « H serait sans doute fort curieux, dit-il (op. cit., t. III, p. 510), de voir une anomalie réaliser chez la femme ce mode si curieux de reproduction que Bonnet a démontré chez les pucerons par d'ingénieuses et célèbres expériences ». Encore ne fait-il ce rapprochement qu'à propos de certains cas « vagues et équivoques » de moles de l'utérus.
C'est seulement avec l'acquisition de connaissances précises sur l'ovule et sur son origine que l'hypothèse de l'origine parthénogénétique de certaines productions ovariques pouvait être scientifiquement formulée. Les travaux de Waldeyer marquaient un progrès important dans cette direction, puisque nous voyons cet auteur (Arch. f. Gijnœk., 1870) attribuer l'origine des kystes dermoïdes de l'ovaire au développement anormal
(*) Moqcin-Taudon, Sur le développement d'œufs de grenouille non fécondés. Comptes fendus de l'Acad. des se., 30 avril 1875. — Balbiani, La cellule embryogène et la parthénogenèse. Journal de micrographie de Pelletait, 1878, t. II, p. G. — A. Sanson, Sur la parthénogenèse chez les abeilles. Comptes rendus de l'Acad. des se., '28 octobre 1878. — Veuson. Zur Parthenogenesis. Zoolg. Anzg., XIII, 1888, n° 236, p. 44. — Aug. Lameehe, La maturation de l'œuf parthénogénique. Thèse de Bruxelles, 1890. — Dehner (Uans), Ucber die sogenannte partbenogenetische Furchung des Frosch-Eies. Verhandl. der physiko-medizinischen Gesellsehaft in Wùrzburg, 1892.
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de certaines cellules de l'épithélium germinatif, cellules qui au lieu de se transformer en ovules, pendant la période embryonnaire, seraient restées inactives dans les tubes de Pfluger, c'est-à-dire, en définitive dans les ovisacs. Ainsi l'hypothèse de Waldeyer ne fait pas encore réellement allusion au développement d'un ovule non fécondé; elle est connue une introduction à l'idée de l'origine parthéno génétique de certains néoplasmes ovariens, mais elle ne spécifie ni l'origine précise, ni la nature de ces néoplasmes; en effet, Waldeyer invoque seulement une activité anormale des éléments du follicule de de Graaf et c'est dans les cellules de ce follicule que du reste il voit le point de départ commun de tous les kystes de l'ovaire.
De sorte qu'on peut dire que l'hypothèse récente de la parthénogenèse, appliquée uniquement aux kystes dermoïdes, n'a pas été suggérée par le besoin d'expliquer l'origine de ces productions, mais qu'elle a découlé comme conséquence naturelle des observations nouvelles faites par les embryologistes sur la possibilité de voir, chez les Vertébrés, certains ovules présenter un commencement de développement sans fécondation. Aussi l'historique de la question est-il extrêmement court. En 1872, Œllacher(1) constate la segmentation de l'œuf d'oiseau non fécondé. En 1884, ayant été amené à faire la même constatation, je publie une revue de tous les cas analogues observés jusque-là chez les vertébrés (8). La liste en était nombreuse et démonstrative. Bien plus, elle contenait un cas relatif à l'espèce humaine, publié dès 1864 par Morel, à Strasbourg, mais resté oublié et inconnu depuis. D'autre part, bientôt après, un de nos élèves ayant eu l'occasion d'étudier un kyste derinoïde y trouva, non pas quelques formations cutanées, poils et dents, mais l'ébauche non méconnaissable d'un embryon presque entier, quoique rudimentaire et monstrueux dans toutes ses parties; à ce produit èmbryonné il était impossible d'assigner une origine autre qu'un ovule et d'invoquer pour le développement abortif de cet ovule une hypothèse autre que celle de la parthénogenèse; c'est ainsi que Répin fut amené à publier sa très remarquable monographie sur la question que nous allons rapidement résumer ici ( 3 ) - Depuis cette époque des cas analogues ont été observés; ainsi Reverdin(4) a donné l'étude d'un kyste derinoïde ovarien qui sort également de la série banale des kystes renfermant des poils ou des dents, car il renfermait des organes plus complexes et notamment des appendices digitiformes dont l'un présentait à son extrémité une petite production cornée et dont l'autre renfermait un squelette ostéo-cartilagineux, et
(l) J. Œleacher, Die Yerânderungen des unbefruchteten Keimcs der Hiihncreier. Leipzig,
(-) Matiius Duval, Sur la segmentation sans fécondation. Comptes rendus de la Soc. de IkoL, 25 oct. 1884, p. 585.
(3) Répin, Origine parthénogénétique des kystes dermoïdes de l'ovaire. Paris, 1891.
(4) J.-L. Reveudin et F. Buscarlet, Kyste dermoïde de l'ovaire renfermant des poils, des dents implantées sur de l'os, et deux appendices digiliformes. Revue médicale, de la Suisse romande, mars 1894.
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l'auteur de cette étude déclare ne pouvoir expliquer ce cas qu'en invoquant un développement par théno génétique intra-ovarien. D'autre part les notions sur la segmentation parthénogénétique des ovules, survenant d'une manière accidentelle, dans la série animale, se sont encore étendues^).
A cet égard les recherches récentes de Henneguy ont pour nous une grande signification (2). Il s'agit des Mammifères les plus divers et entre autres des Chéiroptères. L'auteur étudiant ce que deviennent les ovules des follicules qui ne se sont pas ouverts, constate qu'il y a pour eux plusieurs modes de transformation, autres que la dégénérescence graisseuse, seule connue depuis longtemps. On voit des ovules dans lesquels le vitellus se divise en un certain nombre de masses qui rappellent les blastomères d'une véritable segmentation. Quelques-uns des détails observés par l'auteur doivent être résumés ici, car ils nous montrent par quelles conditions intimes ce développement est tératologique dès le début et ne peut, s'il se continue exceptionnellement jusqu'à une production embryonnaire, donner lieu qu'à un organisme monstrueux et incomplet. Parfois l'auteur a vu cette segmentation aller jusqu'à produire une vingtaine de petites sphères; le vitellus se fragmente d'abord à la périphérie de l'œuf en petites sphères dont un certain nombre renferment des éléments chromatiques provenant de la vésicule germinative. « On peut considérer, dit Henneguy, la fragmentation de l'ovule en voie de régression chromât olytique comme un commencement de développement parthénogénétique. L'ovule arrive à un état de maturité prématurée, qui se traduit par la transformation de la vésicule germinative en un fuseau de direction et généralement par la production d'un globule polaire; l'impulsion donnée au protoplasma par la division du noyau persiste pendant un certain temps et amène la division du protoplasma. Mais l'action régulatrice exercée par le noyau faisant défaut, cette division a lieu d'une manière très irrégulière et la segmentation normale est remplacée par une fragmentation désordonnée.... En effet, la chromatinè de la vésicule germinative se résout en petites masses irrégulières qui se dispersent dans le vitellus; chaque masse chromatique se comporte alors comme un petit noyau et donne naissance à une figure caryocinétique rudimentaire, composée d'un petit nombre de chromosomes et d'un nombre correspondant de filaments achromatiques. Ces figures ne sont pas accompagnées de centrosomes. Le vitellus se fragmente en masses le plus souvent inégales, dont les unes renferment une ou plusieurs figures caryocinétiques, dont les autres en sont dépourvues. A l'inverse de ce qui a lieu dans la segmentation normale, il se produit, pendant la fragmentation parthéno-
(1) Yoy. notamment : Oscvr Hertwig, Experimentelle Studien am thierischen Ei, vor, wiilirendund nach der Befruchtung. Jena, 1890, cliap. iv, Parthénogenèse hei Secsternen.
(2) L.-T. Henneguy, Recherches sur l'atrésie des follicules de de Graaf chez les Mammifères et quelques autres Vertébrés. Journal de l'anat., et de la physiol., janvier 1894. — Du même, Sur la fragmentation parthénogénétique des ovules des Mammifères pendant l'atrésie des follicules de de Graaf. Comptes rendus de l'Acad. des se., 15 mai 1895.
ËTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
génétique de l'ovule, une dissociation entre la division du noyau et celle du vite! lus. »
Vu la fréquence et la régularité de ces phénomènes de division de l'œuf non fécondé, on peut donc dire que la segmentation parthéno génétique est un processus ordinaire presque normal. Ce qui est plus rare, c'est que cette segmentation aboutisse à la formation d'un blastoderme; ce qui est infiniment rare c'est qu'elle se continue jusqu'à la production de rudiments embryonnaires affectant la forme d'organes fœtaux plus ou moins reconnaissables. Le cas décrit par Répin, dans la monographie à laquelle nous allons faire de nombreux emprunts, est à cet égard des plus remarquables. Il s'agit d'un kyste dermoïde renfermant un rudiment de Fœtus pourvu de quatre membres inégaux et terminé, en guise de tète, par mi massif osseux cubique surmonté de trois dents; les quatre membres étaient parfaitement reconnaissables, bien que rudimentaires et bizarrement contournés; dans chaque membre les extrémités terminales sont mieux conformées que la partie moyenne et surtout que la racine. Ainsi dans les membres inférieurs, pour ne citer que cet exemple, on trouve des phalanges reproduisant d'une manière remarquablement exacte la conformation normale, puis des métatarsiens formés chacun d'une diaphyse et de ses deux épiphyses ; dans le tarse on reconnaît facilement le calcanéum et l'astragale à côté d'autres osselets trop rudimentaires pour être déterminés. La jambe se compose de deux os à peu près informes, puis une bande osseuse représente le fémur et s'articule avec un os dont la configuration rappelle assez bien les principaux traits de celle d'un os iliaque. A l'examen microscopique, la peau qui recouvre ces formations présente un grand développement du corps papillaire et des glandes sébacées, ainsi qu'on le voit généralement dans les kystes dermoïdes. Chose remarquable, ce corps rudimentaire n'avait pas de tube digestif; mais à côté de lui, complètement indépendant, était un cordon cylindrique, contourné, à extrémités flottantes, dont la section donnait lieu à l'écoulement d'une substance semblable au méconium; l'étude microscopique de ce cordon y montre une tunique séreuse, une tunique musculaire épaisse et enfin une muqueuse pourvue de villosités bien développées, c'est-à-dire qu'on y trouve la structure de l'intestin aussi typique que possible. Disons enfin que le corps de l'embryon renfermait divers cordons nerveux lesquels, notamment le nerf sciatique droit, présentaient des caractères bistologiques tout à fait normaux. Ainsi il est impossible, dans ce produit d'un ovaire atteint de dégénérescence kystique à la fois dermoïde et mucoïde et en présence de cette production tératoïde, il est impossible de ne pas reconnaître les linéaments d'un embryon. Un embryon aussi nettement individualisé ne peut être que d'origine ovulaire. Or, en passant en revue, comme l'a fait Répin, tous les cas connus de kystes dermoïdes, on voit qu'ils forment une série continue, reliée par toutes les formes de transition, depuis les kystes renfermant des embryons
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dans un état approximativement complet, en passant par ceux qui contiennent des pièces osseuses dont la configuration rappelle exactement les os normaux du squelette, c'est-à-dire des parties d'embryons, jusqu'à ceux où on ne rencontre que des fragments d'appareils, des organes de moins en moins importants, de plus en plus réduits. Il devient dès lors évident que tout kyste dermoïde de l'ovaire représente bien un être imparfait à peine ébauché, mais pourtant distinct ; c'est-à-dire que tous les kystes dermoïdes de l'ovaire sont embryonnés, qu'ils sont tous d'origine ovulaire.
En rapprochant ces considérations des détails histologiques que nous avons précédemment donnés, d'après Henneguy, sur les faits de segmentation parthéno génétique j on arrive à comprendre l'état rudimentaire que doivent fatalement présenter les produits d'un développement aussi anormal. S'il fallait, dit Répin (op. cit., p. 85), donner une caractéristique anatomique de ces monstres, il nous semble que cette caractéristique devrait être cherchée dans un vice d'organisation bien plus profond encore que tous ceux qu'on rencontre chez les monstres engendrés par génération sexuée. Ce vice, c'est Y absence on F arrêt de développement d'un ou de deux feuillets du blastoderme. 11 est impossible, eneifet, de ne pas être frappé de ce fait que le feuillet cutané est représenté dans tous les kystes dermoïdes sans exception, le feuillet moyen (cartilages, os, muscles) dans un nombre restreint de cas, et le feuillet interne (épithélium intestinal) dans quelques-uns seulement. On peut donc dire que la très grande majorité des dermoïdes ne renferment qu'un seul feuillet blastodermique développé, ou deux feuillets, si l'on prend en considération la présence du derme, mais que dans tous les cas le feuillet externe prédomine d'une façon très marquée. Pourquoi le feuillet externe occupet — il cette place prépondérante? Certainement parce qu'il est le premier en date dans le développement de l'embryon et que ce développement s'arrête ici peu après que ce feuillet est formé. Peut-être serait-il possible de reconnaître encore un autre caractère spécial dans l'organisation des monstres des dermoïdes ovariens. On sait que les parties embryonnaires qu'on rencontre dans ces kystes, au lieu d'être groupées ensemble dans l'ordre normal de manière à représenter un ou plusieurs segments somatiques, sont le plus souvent dispersées sans aucun ordre sur la paroi du kyste. Ainsi le monstre décrit par Répin possédait un corps parfaitement caractérisé par la présence d'un axe vertébral, d'une extrémité céphalique et de quatre membres assemblés de la manière normale ; mais le tube digestif, représenté par une anse de 5 à 6 centimètres de longueur, s'était développé à part, à une certaine distance et sans être relié au reste du corps. De plus, un os relativement volumineux, ressemblant tout à fait au corps du sphénoïde, était également isolé du reste. Ne serait-on pas tenté de dire que, dans ces cas, au lieu d'un seul centre de formation embryonnaire, il y en a eu deux ou trois et qu'on se trouverait en présence d'une anomalie inédite qui pourrait être désignée
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sous le nom de défaut ^individualisation ou à'apolarité du blastoderme.
Il n'existe que quelques rares observations dans lesquelles on ait. pu, dans l'espère humaine, constater les premières phases de ces formations parthéno génétiques, dont les phases ultimes de développement sont représentées par les innombrables cas de kystes dcrmoïdes. L'observation de Morel, à laquelle nous avons lait précédemment allusion, est la suivante (Morel, Traité d'histologie. Strasbourg, 1861) : « En examinant, dit-il, des vésicules de de Graaf hypertrophiées, chez des femmes mortes de péritonite puerpérale, huit à dix jours après l'accouchement, nous avons rencontré plusieurs ovules, dans lesquels la segmentation était aussi nettement dessinée que dans les œufs fécondés (l'auteur donne une figure qui ne laisse aucun doute sur l'interprétation des faits); seulement les cellules du pseudo-blastoderme subissaient déjà la métamorphose graisseuse. Dans d'autres ovules, le contenu était complètement transformé en une masse graisseuse. Tous ces ovules étaient entourés d'une zone cellulaire provenant du disque proligère de la vésicule de de Graaf, et dont les éléments sphériques ne pouvaient être confondus avec les cellules polyédriques résultant de la segmentation du vitellus. La segmentation du jaune est donc possible sans fécondation préalable. Du reste le phénomène de la segmentation de l'œuf non fécondé n'a rien d'anormal en soi, car l'ovule n'est qu'une cellule, et chaque jour on observe que les cellules de l'organisme, sous l'influence d'une cause irritante, offrent aussi une segmentation ou prolifération nucléaire, à la suite de laquelle naissent les produits pathologiques les plus variés. » On voit que dans cette courte réflexion était contenu en principe tout ce que devait nous révéler plus tard une étude plus approfondie. Du phénomène de la segmentation parthéno génétique on passe à la production du kyste dermoïde classique par les observations de Steinlin, qui a vu le jeune kyste apparaître dans l'intérieur du follicule de de Graaf ; il s'y mont re tout d'abord sous la forme d'une petite masse charnue, qui, à la phase la plus jeune observée par Steinlin, avait le volume d'un grain de chènevis : cette niasse semble adhérer aux parois du follicule dont elle ne se laisse que difficilement énuclécr. Plus tard il devient plus facile de l'en distinguer, grâce à l'existence d'une mince fissure, apparente sur les coupes, qui la sépare de la paroi. On constate alors que le bourgeon en question n'adhère à la paroi du follicule que sur une face, par une sorte de large pédicule. Plus tard la fissure devient une cavité, dans laquelle s'épanche du liquide; le bourgeon se vascularise, des glandes sébacées s'y montrent, et le kyste dermoïde est constitué.
Il est actuellement impossible de rien dire de précis sur les circonstances qui peuvent, sinon provoquer la segmentation partbénogénique, puisque c'est là un mode normal de transformation des ovules clans les ovisacs atrésiés, mais faire que cette segmentation aboutisse exceptionnellement à des productions blastodermiques ou même fœtales. Ici encore c'est un champ ouvert à l'expérimentation, comme le montrent les
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recherches de Tichomirow (J), qui, sur les œufs du Bombyx mori, a pu provoquer à volonté, par une forte irritation chimique ou mécanique, le développement sans fécondation.
L'analyse des monstres par parthénogenèse présente un fait très remarquable, que déjà I.-G. Saint-Hilaire avait noté à propos des différentes catégories de moles ( Tératologie, II, 544); c'est que souvent on trouve dans ces vestiges fœtaux non seulement des parties caractéristiques des très jeunes embryons, ou bien des parties qui existent chez l'embryon et seulement chez l'embryon déjà avancé dans son développement, mais encore des parties complètement étrangères à la vie intra-utérine et caractéristiques même de l'état adulte. Tel est le cas des dents de la seconde dentition, qu'on trouve tantôt contenues encore dans leurs alvéoles, tantôt complètement développées, le plus souvent les dents des deux dentitions subsistant à la fois. Or, quoique I. -G. -Saint-Hilaire examine ces faits en dehors de la théorie parthéno génétique, il en donne une explication à laquelle nous ne trouvons aujourd'hui rien à modifier. Parmi les circonstances qui se rattachent à la production de ces monstres, fait-il remarquer [loc. cit., ]). 555), il en est une vraiment fondamentale; c'est la longue durée de la gestation, longue durée qui, si elle se présente pour divers cas de grossesses extra-utérines, est le cas ordinaire, nécessaire pour les produits ovariens que nous considérons comme parthénogénéliques. Pendant le longtemps que l'embryon rudimentaire passe dans le kyste ovarien, il subit une sorte d'incubation, s'accroît, comme le montre l'accroissement graduel de la tumeur. Quoique borné à un petit nombre de svstèmes organiques, cet accroissement dépasse les limites de celui qui a lieu dans les conditions normales de la vie fœtale, comme l'atteste l'allongement très considérable des cheveux, l'ossification successive des parties osseuses, et l'éruption des dents de seconde dentition ; on voit en effet que celles-ci surviennent comme dans les conditions ordinaires de la vie extra-utérine, c'est-à-dire de l'enfance : elles succèdent à des dents de première dentition, dont elles déterminent la chute comme dans l'état normal. Ainsi se trouvent associés divers états qui semblent au premier abord en opposition, mais dont chacun a ses conditions déterminantes, à savoir d'une part une formation embryonnaire rudimentaire, et d'autre part un développement et surtout un accroissement exagéré, plus que normal, des parties qui ont pris naissance.
Nous ne saurions quitter cette importante question des monstres par parthénogenèse, sans dire un mot des théories précédemment proposées pour la formation des kystes dermoïdes. De ces théories les unes invoquent des interprétations tératologiques qui sont relatives à la genèse d'autres formes monstrueuses auxquelles on voudrait rattacher ces productions kystiques (monstres doubles endocymiens) ; les autres invoquent divers
(!) Tichomirow, Die kûnstliche Parthénogenèse bei Inseclen. Arch. f. Physiol., 1886, Suppl. Bd., p. 35.
ÉTI0LOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
processus embryologiques plus ou moins anormaux. Nous examinerons d'abord celles-ci, c'est-à-dire la théorie des grossesses extra-utérines , de V enclavement et du néoplasme.
Nous n'insisterons pas sur la théorie du néoplasme. Elle est due principalement à Lebert (Soc. de biologie, 1852) qui entreprit de démontrer que les dermoïdes ne sont que de simples tumeurs, remarquables seulement par leur nature entièrement différente de celle des tissus voisins. Mais Lebert se limite de propos délibéré aux cas les plus frustes. Il existait cependant alors déjà quelques observations de kystes renfermant des parties bien évidemment embryonnaires; mais Lebert les repousse purement et simplement comme autant de fables et d'erreurs. Après l'étude que nous venons de faire, il nous parait inutile d'insister, et nous croyons pouvoir déclarer qu'il est impossible que des cellules autres qu'un ovule puissent, en se développant à une époque et dans une direction anormales, donner naissance à des productions figurées. L'individualisation, à quelque degré qu'elle se montre, et si imparfaite qu'elle soit dans les tératomes de parthénogenèse, est un caractère qui décèle sûrement une origine ovulaire. Mais de ce que nous rattachons à une origine ovulaire certains produits qui ont pu être autrefois compris dans la classe générale des tumeurs, il n'en faudrait pas conclure, comme on nous en a à tort prêté la pensée, que nous assignons à toutes les tumeurs, et même au cancer, une origine ovulaire parthénogénique. 11 est à peine besoin de réfuter cette singulière interprétation (').
Nous aurons, dans une autre partie de cette étude, à donner quelques détails sur le processus particulier connu sous le nom à' enclavement (ne pas confondre avec Y inclusion fœtale), et par lequel s'explique la formation de kystes dermoïdes situés dans diverses parties du corps; une petite région de la peau, restée pour ainsi dire en arrière pendant le développement, déprimée au milieu des parties voisines, est enclavée par celles-ci au sein des tissus sous-jacents, et peut, par son accroissement ultérieur, donner lieu à la formation d'un kyste. C'est cette théorie, exacte pour bien des cas, qu'on a voulu appliquer également aux productions dermoïdes de l'ovaire, en attribuant ceux-ci à une invagination ectodermique qui se serait produite au niveau de la région lombaire. His et Pouchet ont insisté sur des dispositions embryonnaires qui pouvaient donner une apparence de vraisemblance à cette manière devoir. G. Pouchet (2) a signalé le voisinage et la contiguïté du feuillet externe avec les premiers rudiments du corps de Wolff, c'est-à-dire avec la masse embryonnaire mésodermique d'où naîtra l'appareil génito-urinaire, et il a invoqué cette disposition comme intervenant dans la formation des kystes dermoïdes aussi bien de l'ovaire que du testicule. His a été plus explicite encore,
(') Math us Duval, Le cancer et la parthénogenèse, note de rectification. Comptes rendus de la Soe. de bîol., 20 octobre 1894, p. 646.
(2) G. Pouchet, Sur le développement des organes génito-urinaires. Ann. de gynécologie, 1886, p. 92.
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puisqu'il a considéré le canal de AVolff comme se formant aux dépens de l-ectoderme, manière de voir que les recherches embryologiques ultérieures n'ont pas confirmée. Du reste le canal de Wolff ne prend aucune part à la formation de la glande génitale. D'autre part un enclavement ectodermique, s'il peut fournir des poils, des ongles, des glandes et même des dents, ne serait pas en état de fournir les tissus multiples qu'on rencontre dans les dermoïdes ovariens, et surtout n'expliquerai! pas que ces productions tératoïdes prennent la forme d'organes déterminés (membres, tube digestif, etc.), et même d'embryons à peu près entiers.
Reste la théorie d'une grossesse extra-utérine : la fécondation, qui a lieu normalement dans le conduit tubaire, peut se faire accidentellement à la surface de l'ovaire, et, faute d'autre source d'explication, on pourrait à la rigueur penser, pour les produits embryonnaires des kystes ovariques, qu'un spermatozoïde aurait pu pénétrer jusque dans une vésicule de de Graaf, et y provoquer le développement sur place de l'ovule. Mais il est toute une série de cas devant lesquels cette théorie tombe d'elle-même. Ce sont les kystes dermoïdes des filles non pubères et vierges, et ceux qui ont été trouvés chez des femmes affectées de malformations congénitales telles qu'elles excluent absolument toute possibilité de fécondation.
Une autre série de théories invoque, avons nous dit, des faits tératologiques d'un ordre spécial, et aboutit à faire rentrer les cas de kystes ovariques embryonnés dans la classe des monstres doubles, dans la catégorie des monstres endocymiens ou par inclusion (inclusion fœtale, à distinguer de Y enclavement ci-dessus discuté), ainsi que nous l'avons indiqué déjà à diverses reprises en parlant des idées de Geoffroy Saint-Hilaire sur ce sujet. C'est donc à propos de la formation des monstres doubles endocymiens que nous parlerons de cette théorie qui explique un grand nombre de monstruosités, mais qui certainement n'est pas applicable aux produits tératoïdes des kystes de l'ovaire. Il nous suffira pour le montrer de signaler les quelques détails suivants : les parasites endocymiens, qui sont de fait frères du sujet porteur, manifestent leur présence à une époque rapprochée de la naissance de ce sujet, et leur accroissement est limité aux premières années de celui-ci; c'est-à-dire que les symptômes de l'inclusion fœtale s'observent exclusivement pendant le bas âge et l'enfance; au contraire, les kystes dermoïdes, dont le produit tératoïde est, selon la théorie de la parthénogenèse, non plus frère mais fils du sujet porteur, se manifestent dans l'immense majorité des cas de vingt à trente-cinq ans, et, chose très démonstrative, il existe des observations de kystes dermoïdes trouvés chez des femmes dont l'ovaire, examiné au cours d'une laparotomie antérieure, avait été trouvé sain (Répin, op. cit.). La parthénogenèse a donc lieu essentiellement pendant la période de la vie où l'ovaire présente des vésicules de de Graaf et des ovules arrivant à maturité; et s'il existe quelques cas rares de kystes dermoïdes de l'ovaire chez des enfants, il ne faut pas oublier ce que nous savons aujourd'hui sur l'évolution, au moment de la
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naissance, d'un certain nombre d'ovisacs, qui arrivent à maturité, puis sont normalement frappés d'atrésie. Enfin rappelons que les kystes dermoïdes de l'ovaire sont fréquemment bilatéraux, et que, pour expliquer ce fait dans l'hypothèse de l'inclusion, il faudrait supposer une inclusion abdominale bilatérale, c'est-à-dire, comme nous le verrons à propos des monstres composés, une gémellité univitclline triple, avec situation toute spéciale des embryons, réunion de circonstances que la rareté de la gémellité triple doit faire considérer comme presque irréalisable. Si enfin nous remarquons encore que les kystes dermoïdes de l'ovaire sont rarement isolés, et qu'à côté du kyste principal on en trouve souvent d'autres plus jeunes, distincts et indépendants du premier, nous aurons signalé les principales considérations qui s'opposent à ce qu'on puisse invoquer ici l'inclusion fœtale.
L'origine parthénogénétique de certains tératomes nous paraît d'une importance théorique trop grande pour que nous négligions d'aller au-devant des objections qui pourraient lui être opposées par le fait des tératomes testiculaires. Nous dirons donc, d'abord, qu'il faut distinguer les tératomes scrotaux, d'une part, lesquels peuvent être ramenés à la monstruosité double parasitaire sans plus de difficulté qu'un tératome périnéal ou pubien, et d'autre part les tératomes testiculaires, qui sont situés sous l'albuginée, et en connexion évidente avec la glande génitale. Or pour ces derniers, la parthénogenèse peut être invoquée aussi bien que pour les kystes de la glande femelle, puisque nous savons aujourd'hui que la glande génitale est primitivement hermaphrodite, c'est-à-dire qu'on trouve dans le testicule embryonnaire des ovules primordiaux, aussi bien que dans l'ovaire en voie de développement. La persistance de ces ovules primordiaux dans le testicule jusqu'à l'époque de la puberté (Balbiani), les cas d'hermaphrodisme de la glande, si fréquents chez certains vertébrés, et observés même dans l'espèce humaine, suffisent pour nous permettre d'assimiler, en leur assignant une même origine parthénogénétique, les kystes dermoïdes de l'ovaire et les kystes du testicule généralement considérés comme des cas d'inclusion testiculaire.
C. Accidents de la fécondation : diplogenèse. — Nous ne connaissons guère que deux accidents possibles dans la fécondation; c'est d'une part Vhybridité, ou fécondation par un spermatozoïde appartenant à une autre espèce animale que celle d'où provient l'ovule; c'est d'autre part la pohjspermie, ou fécondation par l'arrivée dans l'œuf de deux ou plusieurs spermatozoïdes, et non d'un seul, selon la règle normale.
Il ne saurait être question de faire ici l'étude de Vhybridité; mais nous tenions à inscrire ce mot au début de ce chapitre, parce que de très nombreuses recherches expérimentales récentes ont montré que, pour les animaux à fécondation externe, l'hybridation est un accident fréquent de la fécondation, accident qu'on peut provoquer artificiellement, et qui peut être la source de très intéresstantes observations tératolo-
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giques. En effet, dans les expériences d'hybridation, par fécondation artificielle, chez les Batraciens notamment, on a observé que la segmentation se produisait ensuite d'une façon irrégulière, désordonnée, et que le développement tératologique s'arrêtait bientôt, en raison de ces désordres même. 11 est donc probable que chez les animaux supérieurs la stérilité de la copulation entre mâle et femelle d'espèces différentes n'est pas due toujours à l'absence de fécondation, mais souvent aussi à un développement anormal de L'œuf fécondé, développement qui s'arrête bientôt par le fait même de son incoordination. 11 est probable que l'hybridité sera un jour un chapitre important de la tératologie, en ce sens que celle-ci aura à déterminer la nature des processus monstrueux qui entravent le développement de l'œuf hybride, c'est-à-dire à expliquer non pas la stérilité des rapprochements entre espèces différentes, mais l'impuissance du produit de cette fécondation à continuer son développement (*).
Quant à la poîyspermie, nous avons déjà exposé, avec quelques détails, dans le chapitre consacré à l'histoire de la tératogénie expérimentale, comment Fol avait découvert que l'entrée de deux spermatozoïdes dans un œuf y déterminait des processus intimes aboutissant à l'apparition de deux centres embryonnaires, et finalement à un monstre double. Nous avons rappelé dans quelles conditions il avait pu provoquer cette entrée de deux spermatozoïdes dans un ovule d'échinoderme. Nous devons ajouter ici que, depuis son premier travail (1879), Fol a confirmé ces premiers résultats, et varié d une manière bien instructive ses essais expérimentaux (*). 11 a notamment expérimenté selon une méthode fort élégante, qui consiste à opérer sur des œufs d'oursin parfaitement frais, mûrs à point, mais à les narcotiser momentanément, un peu avant la fécondation artificielle, par immersion dans l'eau saturée d'acide carbonique. Ces œufs, à moitié engourdis, laissent pénétrer trois à quatre zoospermes dans leur intérieur. Les trois ou quatre noyaux mâles vont se réunir au noyau femelle, et il survient un temps de repos pendant lequel rien ne ferait deviner ce que la fécondation a eu d'anormal, si ce n'est la durée plus grande de cette période d'immobilité. Mais au moment où le premier fractionnement se prépare, on voit apparaître une figure caryocinétique complexe, à trois ou quatre pôles au lieu de deux, ou bien deux amphiasters parallèles; puis le nombre des cellules de fractionnement est au moins double de celui que présentent les embryons normaux de l'âge correspondant, et plus tard les larves ont des formes irrégulières et
(*) Sur celte importante question et son étude expérimentale, -voy. Pfluger, Die Baslardzeugung bei don Batrachicrn. Archive fur die gesammte Physiologie, 1882, l. XXIX. — Pfluger et Smith, Untersuchungen ûber Bastardirung. Ibidem, 1885, t. XXXII? p. 51e.). — Borx, Beitrâge zur Bastardirung zwischen einbeimiseben Anurarten. Ibidem, 1883, 1. XXXII, p. 455. — Borx, Weiterc Beitrage sur Bastardirung, etc. Arch. fur mikr. Anatomie, 1880, t. XXVII, p. 192. — Walter Gebiiardt, Ueber die Bastardirung von Bana esculenla mit arvalis. Thèse de Breslau, 1894.
(i) Fol, Sur l'origine de l'individualité chez les animaux supérieurs. Cotnptes rendus de ÏAcad. des se., 1885, t. XCVII.
ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
souvent deux ou trois cavités gàstréales. De plus H. Fol a constaté que si les œufs ont été très profondément engourdis par l'action prolongée de l'acide carbonique, ils laissent entrer de cinq à dix spermatozoïdes; s'il (Mi pénètre un plus grand nombre, l'œuf succombe et ne se développe pas. Dans les œufs qui se développent, un certain nombre de noyaux mâles traversent le vitellus et vont se réunir au noyau femelle; d'autres restent dans la partie superlicielle du vitellus et ne diffèrent du noyau fécondé que par des dimensions moindres; lors du fractionnement, tandis que le noyau fécondé se change en un tétraster ou en un double amphiaster, chacun des noyaux mâles isolés devient un simple aniphiaster, dont chacun paraît être un centre de développement, car celles des larves qui survivent prennent une forme de polygastrée.
Cette influence diplo génétique de l'entrée de deux spermatozoïdes a été confirmée de divers côtés. De l'exposé qui va suivre il résultera que non seulement cette polyspermie est l'une des causes possibles de la diplogenèse, mais qu'elle en est même la seule cause probable, en tout cas la seule qui ait pu être bien étudiée. C'est pourquoi ce chapitre, intitulé des accidents de la fécondation, sera entièrement consacré à l'étude de la formation des monstres doubles.
L'existence de deux sujets unis l'un à l'autre en général par des régions homologues des corps et d'une manière symétrique, a donné lieu à bien des théories : les uns ont voulu y voir le résultat de la soudure de deux sujets primitivement distincts; les autres ont cru à la division, au dédoublement (bifurcation) d'un sujet primitivement simple et unique. Nous ne nous arrêterons pas tout d'abord à ces théories. Nous préférons commencer par l'exposé des faits c'est-à-dire des observations, aujourd'hui recueillies en assez grand nombre et selon des types assez variés pour amener a une solution du problème sans hypothèses. Nous exposerons donc d'abord les conditions qui président à la disposition morphologique des monstres doubles; nous verrons alors que ces dispositions, de par leur mécanisme étiologique, forment des séries correspondant, avec quelques légères modifications, à la classification établie par Geoffroy Saint-Hilaire ; nous examinerons ces séries pour les monstres doubles autositaires et pour les parasitaires ; c'est alors seulement que nous passerons rapidement en revue les théories classiques de la diplogenèse, pour conclure par la théorie de la polyspermie. Enfin nous montrerons l'importance de la polyspermie en tératogénie en parlant de ses rapports avec la gémellité univitelline, ce qui nous amènera à trancher la question des omphalosites que nous rattacherons aux monstres doubles.
a. Conditions étiologique s de la morphologie des monstres doubles. — Aujourd'hui l'étude de la formation des monstres doubles n'est plus une question de théories, d'hypothèses, c'est une question de faits d'observation. La production par diplogenèse a été suivie, dans presque toutes ses phases, selon ses divers types, à peu près comme a été suivi le développement de l'embryon normal. Ce sont ces faits que nous exposerons
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d'abord, rejetant à la suite de cet exposé l'examen des théories anciennes, dont il sera alors facile de saisir l'insuffisance en même temps que de juger la part de vérité que cependant chacune d'elle renfermait. Le point de départ de cette étude doit être la connaissance que nous avons actuellement de l'effet produit, dans l'œuf des Invertébrés, par l'entrée de deux spermatozoïdes, par la polyspermie, par l'hyperfécondation. Dans ces cas, dès les premiers phénomènes qui suivent la fécondation, tous les processus embryologiques se produisent a l'état double, depuis la formation d'un tétraster au lieu d'un amphiaster de segmentation, jusqu'à la double invagination qui aboutit à une gastrulation double, selon les descriptions de Fol. Chez les Vertébrés, le phénomène de gastrulation se traduit normalement à la surface de l'œuf par l'apparition de la ligne primitive, qui représente un orifice rusconien, c'est-à-dire l'orifice de la gastrula, l'orifice de l'invagination gastruléenne (*). 11 s'agit donc de savoir si les observations faites sur les premiers états des monstres doubles nous montrent un état double de la ligne primitive. C'est ce qu'on constate en effet chez les oiseaux, et les résultats de l'observation sont ici assez nombreux pour nous montrer que les différents types de diplogenèse résultent, pour ainsi dire géométriquement, des diverses dispositions que peuvent présenter deux lignes primitives apparues sur un même disque blastodermique. Rappelons d'abord que la ligne primitive apparaît sous la forme d'une
encoche sur le bord du disque blastodermique du poulet (fîg. 8, en A); ce disque blastodermique continuant à s'étendre, la petite encoche prend la forme d'une ligne (soit à l'état de fente perméable, soit à l'état de raphé produit par la soudure des bords de la fente) dirigée radiairement de la périphérie vers le centre du disque (fig. 8, en B) ; puis, à un moment donné, cette ligne se sépare de la périphérie correspondante du disque blastodermique qui continue à s'étendre sur la sphère vitelline pour l'envelopper jusqu'à son hémisphère inférieur (fig. 8, en G, D). La ligne primitive est dès lors située en plein disque blastodermique, radiairement étendue vers le centre qu'elle n'atteint pas, et bientôt, coiffant son extrémité dirigée vers le centre, apparaît le dessin des lames, puis de la gouttière médullaire, c'est-à-dire les premiers linéaments du corps de
b, ft, divers états graduels de la ligne primitive. — n (en E), première indication de la gouttière nerveuse.
f1) Mathias Duval, De la formation du blastoderme dans l'œuf d'oiseau. Ann. des sciences naturelles [zoologie), 1884, t. XVIII.
ÉTIOLOGIE TÉRATOGÉNIQUE CHRONOLOGIQUE.
l'embryon (fig. 8, en E). Malgré la concision extrême de ce résumé de la première apparition de la ligne primitive et du corps de l'embryon (voir pour de plus amples explications les planches III et IV de notre Atlas d'embryologie), il suffira pour F intelligence de ce qui va suivre, si nous ajoutons que la région de la ligne primitive correspond à la future région anale (région caudale, bassin) de l'embryon, dont la tète au contraire se formera au niveau de l'extrémité antérieure de la gouttière médullaire, c'est-à-dire au niveau de l'extrémité dirigée vers le centre du disque blastodermique.
Or s'il y a eu polyspermie, la diplogenèse, qui se manifeste par une double gastrulation, se traduira ici par l'apparition de deux lignes primitives. Ces deux lignes primitives, d'après les seules conceptions possibles a priori, et d'après ce qui est vérifié directement par l'observation, apparaîtront toujours sur les bords du disque blastodermique et pourront, l'une par rapport à l'autre, affecter toutes les positions possibles, depuis celle où elles sont en opposition (fig. 9 en A), c'est-à-dire situées aux deux extrémités d'un même diamètre, en passant par celles où elles sont à angle obtus ou droit (B et C), à angle aigu (D), jusqu'à celles où elles sont très voisines, placées côte à côte, parallèlement l'une à l'autre (en Ë) ou même se confondent par leur extrémité périphérique ou postérieure (F). Etudions ce qui pourra advenir de deux embryons ayant pour point de départ des lignes primitives placées selon ces dispositions, dont il nous suffira d'examiner cinq types.
1° Lignes primitives en opposition (fig. 9 en A). — Dans cette disposition de deux lignes primitives, les deux embryons se développeront en marchant l'un vers l'autre par leurs extrémités céphaliques qui arriveront bientôt au contact et pourront se souder. Nous n'avons pas besoin de figure schématique pour représenter ce processus, car l'observation nous en présente une série de cas qui ont la valeur démonstrative d'un schéma. C'est d'abord un blastoderme observé par Rcichert et dans lequel deux gouttières médullaires, provenant de deux lignes primitives en opposition, marchent à la rencontre l'une de l'autre par leurs extrémités céphaliques qui sont à peine arrivées au contact (fig. 10 en A). C'est ensuite un cas de de Baer (fig. 10 en B), présentant les mêmes dispositions, mais avec cette différence que les deux têtes sont bien arrivées au contact et même se soudent par leurs extrémités. Puis, parmi d'autres observations dont nous laissons de côté toutes celles qui feraient ici
PATHOGÉiME GÉNÉRALE DE L'EMBRYOX.
double emploi, il faut citer encore une observation de Dareste, que nous reproduisons dans la figure 10, C, et où nous voyons bien nettement les deux embryons réunis par le sommet de leurs têtes, les autres parties (cœur, tronc, membres antérieurs et postérieurs) étant disposées de manière à se développer à peu près normalement.
Ainsi la diplogenèse ayant pour origine deux lignes primitives en opposition donnera essentiellement un monstre double composé de deux sujets soudés par le vertex. Nous disons essentiellement, parce que,
Fig. 10. — Trois stades de formation d'un monstre Céphalopage.
A, d'après Richert. — D, d'après de Baer. — C, d'après Dareste. — Les lignes pointillées indiquent les limites de l'aire transparente.
comme le montrent diverses observations que nous avons laissées de côté, les deux têtes, qui viennent au contact dans la disposition en question, peuvent arriver a se fusionner d'une manière plus intime, de façon à donner des monstres doubles sycépbaliens ; mais ceux-ci sont surtout le résultat des lignes primitives disposées à angle obtus, que nous étudierons dans un instant. Cherchant à simplifier autant que possible dans ces questions complexes, nous admettrons donc, comme il vient d'être dit, que deux lignes primitives en opposition ont, en cas de soudure, pour résultat diplogéniquc, la production de deux sujets soudés par le vertex.
Mais nous savons que les monstres soudés par le vertex peuvent l'être dans deux situations bien différentes : chez les uns l'union se fait front «à front et occiput à occiput; ce sont les Métopages; chez les autres,