L'HÉRÉDITÉ TÉRATOLOGIQUE
la région rachidienne ('), des déviations de la colonne vertébrale, surtout la scoliose et la cyphose (*), — de l'ectrodaetylie (3), de la brachydactylie (*) et de la déformation du petit doigt en crochet, de l'absence d'une ou plusieurs phalanges, des doigts palmés, de la polydactylie (24 membres sur 80 en étaient atteints dans une famille citée par Cl. Lucas), du martèlement des orteils par longueur excessive de l'orteil, du pied bot et de la main bote, d'une laxité articulaire qui explique l'aptitude à contracter des entorses si remarquables dans certaines familles, et des luxations congénitales de la hanche (5).
Le gigantisme, qui coïncide avec l'acromégalie (Dana, Brissaud), — les mamelles surnuméraires (6), certaines anomalies des organes génitaux : hypospadias (7), ectopie tcsticulaire (8), pseudo-hermaphrodisme, absence de l'utérus et des ovaires chez trois sœurs (Squarey), — l'obésité et particulièrement l'obésité juvénile, les lipomes multiples et symétriques (9), — les anomalies du système vasculaire, malformations du cœur (maladie de Henri Roger), fragilité des capillaires (hémophilie), maladies des artères, varices et varicocèles, — les exostoses épiphysaires (10), — les anomalies de la peau : productions cornées (u), taches pigmentaires et érectiles, albinisme, alopécie congénitale (12), canitie précoce (13), absence de poils chez l'homme et hypertriehie chez la femme, développement insuffisant et minceur quasi-fœtale des ongles (u), l'ichthyose (dans quatre et même six générations successives), sont encore des anomalies de l'embryogenèse qui peuvent être héréditaires.
11 convient de citer encore l'hérédité des anomalies de la fécondation, des grossesses gémellaires (la gémelliparité peut être transmise aussi bien par les hommes que par les femmes) (l5), des anomalies de la gestation (accouchement prématuré spontané dans quatre générations successives) (1<5).
La gémelliparité se voit certainement avec une fréquence particulière
(') Ch. Féké, La queue des faunes et la queue des satyres. Noav. iconographie de la Sa Ipê trière, 1890.
(2) Bouvier et Pierre Bouland, art. Déviation nu rachis. Dict. eneyel. des se. méd.
(5) Billot, liée, de mém. de méd. milit., 1882. — Druillet, Thèse, 1886. — Parker et Robertson, Trans. of the elinical Society of London, 1887. — Rouxeau, Gazette méd. de Nantes, 1889-1890. — Be'dart, Comptes rendus de la Société de bio/., 1892.
(4) Dérobe, De la brachydactylic. Thèse de Lille, 1888.
(5) Nicati, Bull, de la Soc. méd. de la Suisse romande, 1872, VI, p. 128.
(6) Blanchard, Bull, de la Soc. anthrop., 1885, p. 226, et 1886, p. 485.
(7) Lugard, The Lancet, 1884, t. I, p. 703.
(8) Berchon, Comptes rendus de la Soc. de biol., 1861, 3e série, t. III, p. 256.
(9) Steph. Mackenzie, Trans. of the clin. Soc. of London, 1885, t. XVIII, p. 551. — Dunox, Bordeaux médical, 1874, t. III, p. 218.
(10) Gibxey, Amer. Jour n. of med. se, 1876, n. série, LXXII, p. 75. (u) L. Guin'ard, Précis de tératologie, 1895, p. 148.
(13) Sedgwick, On the influence of the sex in hereditary discases. British and for. med. chir. Beview, 1861.
(,s) Godlee, Hereditary whitc patch of hair. Med. Times and Gaz., 1884. Thurnam, Med. chir. Trans., 1848, XXI, p. 71.
(15) A. Massox, Hérédité des grossesses gémellaires. Gaz. obst. et gyn. de Paris, 1876.
(16) Bertherand, Hérédité de l'accouchement prématuré spontané. Gaz. méd. de l'Algérie,
L'HÉRÉDITÉ ET LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE
dans certaines familles; on peut la considérer comme héréditaire ; c'est souvent dans les familles névropathiques. D'ailleurs Féré a noté que les troubles névropathiques sont très prédominants dans la pathologie des jumeaux. On a observé chez eux les mêmes troubles survenant au même âge, et aussi des anomalies morphologiques très analogues. Les troubles fonctionnels peuvent ne pas être proportionnels à l'importance des malformations physiques; pourtant Féré cite deux jumeaux épileptiques, dont l'un, qui n'a que des malformations insignifiantes, a été atteint d'épilepsie cinq ans plus tard que l'autre qui a des anomalies beaucoup plus marquées (Soc. de biologie, 1894). Féré a aussi observé une famille où en trois générations il y a eu quatre cas de gémelliparité, où tous les jumeaux et les jumeaux seuls sont atteints d'affections névropathiques et où plusieurs des membres non jumeaux ont succombé à une affection prétendue cancéreuse .
On sait combien il est fréquent d'observer plusieurs malformations chez un même sujet. Certaines combinaisons d anomalies peuvent se transmettre par hérédité : ectrodactylie, avec bec-de-lièvre et ectropion (Picard), division du voile du palais et anomalies dentaires (Allan Jamieson).
La plupart des malformations énumérées ci-dessus se rencontrent dans des familles où existent des maladies du système nerveux et chez des individus porteurs de tares névropathiques ou psychopathiques. Nous y reviendrons à propos de l'hérédité nerveuse.
Hérédité tératologique dissemblable. — Ollivicr avait observé une fille hémimèle dont le père était paralytique (*).
Féré (2) cite un père ataxique syphilitique, avec voûte palatine ogivale, luette bifide, apophyses lémuriennes volumineuses, implantation vicieuse des dents, tumeur fibro-cartilagineuse congénitale en avant du tragus et double hernie inguinale, — dont le frère avait un bec-de-lièvre. — Cet homme a eu deux fils : l'un avec asymétrie cranio-faciale, asymétrie chromatique de l'iris, déviation des pupilles en haut et en dedans, absence d'hélix aux deux oreilles, voûte palatine ogivale, implantation vicieuse des dents de la mâchoire supérieure qui est dépassée en avant par l'inférieure; large tache piginentairc brune et velue sur la partie antérieure de la poitrine ; — le second fils a eu des convulsions pendant la première dentition et est cryptoichide à gauche.
Voici une femme hystérique qui porte diverses taches pigmentaires velues, a la voûte palatine ogivale et un sillon médian profond sur la langue, deux orteils palmés aux deux pieds, avorte une première fois d'un enfant difforme, en a un second atteint de cyanose congénitale et de hernie ombilicale qui succombe à dix-huit mois, et en outre deux filles dont l'aînée a un bec-de-lièvre, l'hélix déplissé aux deux oreilles, aux pieds les mêmes orteils palmés que sa mère; la cadette a une asymétrie chromatique
(*), Ollivier, Sur la pathogénie dos vices de conformation. Bail, de la Soc. d'anthrop., 1878. (2) Féré, L'hérédité névropathique, p. 215 et sq.