ALCOOL. VINS
MATIÈRE MÉDICALE
L'Alcool ou Esprit-de-vin, Spiritus vini, est un liquide léger, volatil, inflammable, qui se développe dans l'acte même de la fermentation du sucre et des matières sucrées, existe tout formé, par conséquent, ainsi que l'a étnbli Gay Lussac, dans le produit vineux qui en résulte et d'où on l'extrait par la distillation. Ce produit de l'art est composé de carbone, d'hydrogène et d'oxygène. Arnaud de Villeneuve est celui à qui on en attribue la découverte (Mérat et de Lens).
Tous ses autres caractères sont trop bien connus pour que nous lesénumérions- Il est soluble dans l'eau en toutes proportions et peut dissoudre lui même une foule de corps insolubles dans l'eau, tels que les hui es, les résines, le camphre, la plupart des matières colorantes, une certaine quantité de soufre et de phosphore. Certains acides le transforment en éther. Il précipite de leurs solutions certains sels calcaires, la gomme, l'albumine, le sucre de lait, etc. Parfaitement rectifié, c'est à-dire privé d'eau et de la petite quantité d'acide acétique, d'huile et de principe extratif qu'il renferme toujours lorsqu'il n'a pas subi cette opération, il marque 42° à l'aréomètre de Beaumé, et pèse 0,793. On le nomme dans ce cas absolu, sec, anhydre. 11 est bien rare qu'on l'emploie ainsi concentré. Celui ducommercene marque au même aréomètre que 32 à 36°. L'eaude-vie commune n'est que ce dernier alcool assez att'aibl pour ne plus marquer que.16 à 22°. Celle qu'on emploie ordinairement en boisson est retirée du vin par la distillation. Sa couleur dorée lui vient ou de l'addition d'un peu de caramel, ou de la matière extractive des tonneaux en chêne,
dans lesquels on la eonserve longtemps- On retire aussi l'Alcool de la canne à sucre, de la pomme de terre, etc. Outre le Vin, beaucoup de boissons fermeniées, telles que la bière, le cidre, le poiré contiennent ce principe.
Nous regardons comme superflu d'analyser ici les effets physiologiques de l'Alcool et les liquides dont il constitue la partie essentielle et active. Chacun les connaît depuis la simple et agréable stimulation du système sanguin et des centres nerveux jusqu'à l'ivresse crapuleuse, le carus, la mort apparente passant par tous les degrés intermédiaires à ces deux termes de l'excitation, savoir : d'une part, l'heureux et légitime essor de tous les appareils organiques; de l'autre, leur embarras progressif, la rupture de leurs sympathies, la torpeur envahissant bientôt les plus intimes, puis l'extinction du mouvement vital par oppression des forces qui l'entretiennent, ou, pour parler avec Brown, la mort par faiblesse indirecte.
II appartient aux auteurs des traités de pathologie de dire, avec ce qui précède, les effets de l'Alcool et des boissons spiritueuses, non plus prises rapidement en grande quantité, mais leur influence sur l'économie et les divers organes lorsqu'on en a abusé pendant une longue suite d'années, en un mot, de décrire les maladies des ivrognes en tant que produites directement par leurs excès, et les maladies de ces mêmes individus qui, quoique n'étant pas le résultat immédiat de leur funeste habitude, se trouvent modifiées et aggravées par la diathèse que cette habitude a imprimée à leur économie. Quant aux altérations fonctionnelles
MÉDICAMENTS EXCITANTS
ne constituant pas, à proprement parler, des états morbides, quant aussi aux tempéraments accidentels que développe insensiblement l'abus de ces boissons, leur connaissance est aussi trop universellement répandue pour que nous nous en occu pions.
La posologie de l'Alcool, ses modes d'administration, n'ont rien de fixe et d'absolu. Ces choses sont passées dans le domaine vulgaire, et il serait oiseux de nous y arrêter.
Autant le Vin est capable de remplir presque toutes les indications que nous formulerons d'une manière générale en traitant de la Médication excitante, autant ici notre tâche est bornée.
On sait assez que le Vin est une liqueur alcoolique qui résulte du suc du raisin, fruit du Vitis vinifera, arbuste sarmenteux originaire de l'Asie, et généralement cultivé dans le midi de l'Europe.
Les Vins ont d'autant plus de bouquet qu'ils appartiennent à des pays plus chauds.
La différence de leurs propriétés les a fait distribuer en trois classes principales : 1° Vins astringents ou secs (Vins d'Alicante, de Bordeaux, de Xérès, de Madère, etc.) ; cette propriété et leur saveur austère leur viennent probablement d'une petite quantité de tannin qu'ils contiennent; 2° les Vins sucrés (Vins de Malaga, de Rota, de Kivesalte, de Lunel, etc.); 3° enfin les Vins mousseux, tels que le Champagne. Ces derniers contiennent, dissoute, une quantité d'acide carbonique ; on les met en bouteille avant la fin de la fermentation.
L'analyse chimique des Vins donne, à peu de chose près, les mêmes éléments. L'alcool leur imprime leurs qualités cordiales et diffusibles. Nous avons déjà dit, en parlant de ce principe, qu'on l'en sépare en proportions plus ou moins considérables au moyen de la distillation. Ces proportions sont les suivantes pour les divers Vins, d'après l'analyse de M. Brande. Nous empruntons ce tableau à l'excellent Manuel de Matière médicale de MM. Milne-Edwards et Vavasseur.
S«ms Proportions d'alcool
des Tins. ( p. sp. 0.8Î3) sarlOOde lin en ïol.
Lissa, 23,41
Marsalla, 24,09
Oporto, 23,39
Madère, 22,27
Xérès, 19,17
Ténériffe, 19,79
Lacryma Christi, 19,70
Constance blanc, 19,75
Ici. rouge, 18,92
Muscat du Cap, 18,25
Roussillon, 18,13
Malaga, 17,26
Ermitage blanc, 17,26
Malvoisie de Madère, 16,40
Lunel, 15,52
Bordeaux, 15,10
Sauterne, 14,22
.Bourgogne, 14,57
Champagne, 13,80
Champagne mousseux, 12,61
Grave, 12,27
Frontignan, 12,89
Côte-Rôtie, 12,32
Vin du Rhin, 12,08
Tokai, 9,88
Malgré ce fait bien certain que l'Alcool est le principe actif des Vins, leur influence sur l'économie animale, leur puissance pour produire l'ivresse n'est pas en raison directe de la quantité d'Alcool qu'y découvre l'analyse chimique. Il faut donc bien admettre que les combinaisons très-variées de ce principe dans les Vins, avec les autres éléments qui les constituent, que cet agencement inappréciable, disons-nous, recèle une des raisons de leurs effets.
L'ivresse rapide où jettent certains Vins blancs dont la proportion d'Alcool est la même que celle des Vins rouges, énormément moins prompts à produire cet état, ne laisse aucun doute sur l'insuffisance où sont les conditions à nous connues de ces Vins, pour nous expliquer leur action différente.
Cette action enivrante des Vins blancs a été attribuée à l'éther œnanthique ; en effet, d'après M. Deieschamps, les Vins renferment l'acide œnanthique, et celui-ci se transformerait en élher à mesure que les Vins vieillissent. C'est cet éther qui, avec ce que l'on appelle arôme ou bouquet, contribuerait à bonifier les Vins.
L'action astringente des Vins rouges est due à la quantité très-grande de tannin qu'ils renferment, et qui est, au contraire, en petite quantité dans les Vins blancs; de plus, les Vins rouges renferment une matière colorante bleue qui rougit par les acides, et une matière colorante jaune : celle-ci existe seule dant les Vins blancs. Enfin, tous les Vins renferment des quantités variables de bitartrate de potasse, d'acide malique, d'acide acétique et divers sels.
On détermine facilement la proportion d'alcool qu'un vin renferme au moyen du petit appareil de M. J. Salleron; il suffit de distiller un volume déterminé de vin de manière à recueillir environ le tiers du liquide sur lequel on opère. On ajoute au produit de l'eau distillée en quantité suffisante pour ramener au volume primitif et on y plonge l'aréomètre centésimal ; après correction de la température , on a la proportion réelle d'alcool pour cent.
PHOSPHORE
PHOSPHORE
MATIÈRE MÉDICALE
Brandt en 1669 isola le Phosphore et tint sa préparation secrète. Peu de temps après Kunckel le retira des phosphates contenus dans les urines; enûn en 1769 Gahn et Schéele parvinrent à l'extraire des os.
Préparation. Les os calcinés à blanc sont formés de phosphate de chaux basique, de carbonate de chaux, et de traces de carbonate de magnésie, et de silice.
Les os calcinés à blanc réduits en poudre fine sont délayés dans l'eau de manière à produire une bouillie claire, celle-ci est traitée par une quantité suffisante d'acide sulfurique du commerce; la masse durcit, et après vingt-quatre heures de contact environ, on reprend par l'eau bouillanie, on filtre et on concentre les liqueurs en consistance de sirop, on laisse refroidir et déposer dans le but de séparer le sulfate de chaux cristallisé, on évapore le liquide en consistance d'extrait mou, on y mélange du charbon de bois en excès et on dessèche exactement. Ce mélange introduit dans une cornue en terre à laquelle on a adapté une allonge en cuivre a large ouverture et plongeant dans l'eau, est recouvert d'une couche de charbon pulvérisé; on procède alors à la distillation, il se dégage de l'eau, de l'oxyde de carbone, de l'acide carbonique, de l'hydrogène phosphoré et du Phosphore qui se condense dans l'eau; lorsque le dégagement de gaz a cessé, l'opération est achevée. On prend alors le Phosphore obtenu et on le purifie en le plaçant dans une peau de chamois, que l'on plonge dans l'eau bouillante et que l'on exprime avec des pinces en fer; le Phosphore ainsi obtenu est ensuite distillé dans un courant d'hydrogène; pour le couler en bâtons, forme sous laquelle il se présente on le fait fondre dans l'eau chaude, et on y plonge un tube en verre, par aspiration on fait monter le Phosphore liquéfié dans le tube et l'on plonge le tout dans l'eau froide.
Propriétés. Le Pho-phore est solide, se laissant rayer par l'ongie, incolore ou légèrement ambré, son odeur est alliacée, il est flexible lorsqu'il est pur, cassant s'il renferme des traces de soufre ou de carbone, sa densitéjest de 1,77, il fond à 42°,2 (Desains) et bout à 290°, la densité de sa vapeur est de 4,355 (Dumas), il est insoluble dans l'eau, soluble dans l'éther et surtout dans le sulfure de carbone.
Les propriétés toxiques du Phosphore sont très-énergiques, il détermine la mort a faible dose, ses effets physiologiques sont peu connus et ses application? thérapeutiques très-restreintes.
Le Phosphore exposé aux rayons solaires sous l'eau ou dans le vide, prend une colo-
ration rouge, on obtient surtout cette modification allotropique en chauffant le phosphore a la température de 230 à 250° et en le maintenant à cette température dans une atmosphère qui ne puisse pas l'altérer chimiquement; il cesse alors d'être lumineux à l'air; jusqu'à la température de 200°, il se conserve sans altération, et n'est plus vénéneux et il est insoluble dans le sulfure de carbone, aussi profite-t-on de cette propriété pour le séparer du Phosphore ordinaire avec lequel il est souvent mélangé.
Il existe encore deux autres états allotropiquesdu Phosphore moins importants que le précédent. Ce sont le Phosphore Blanc et opaque et le phosphore Noir.
Le Phosphore se combine directement avec l'oxygène et forme cinq combinaisons, qui sont Voxyde de Phosphore (jaune ou rouge) l'acide hypophosphureux, l'acide phosphoreux, l'acide hypophosphorique ou phosphalique et l'acide phosphorique dont on connaît quatre espèces c'est-à-dire anhydre, mono, bi et tn-hydraté.
Avec l'hydrogène, le Phosphore forme trois combinaisons, l'une solide, la seconde liquide et la troisième gazeuse.
Le Phosphore a été employé en poudre sous forme de potion, en suspension dans des émulsions sucrées, ou sous forme de pilules; pour le pulvériser on le fait fondre dans l'eau chauffée à +50° et mieux dans une solution d'urée, puis on agite jusqu'à parfait refroidissement.
Pilules de Phosphore.
(Mandl.)
Phosphore, 0,050 Sulfure de carbone, q. s.
Pour dissoudre le phosphore.
Poudre inerte, 1 gram. 25
Mêlez et divisez en 50 pilules qui une fois faites seront exposées à l'air chaud de manière à faire évaporer tout le sulfure de carbone.
Autres.
Pr. : Phosphore pulvérisé, 0,050 Mie de pain frais, 1,250
Mêlez et divisez en 50 pilules à prendre comme les précédentes, c'est-à-dire une à cinq par jour en augmentant la dose avec précaution.
Huile, phosphorée. #
Pr. : Phosphore pulvérisé, 0,20 Huiles d'amandes, 30,00
MÉDICAMENTS EXCITANTS
Failes dissoudre 15 à 30 gouttes dans un véhicule convenable.
Éther Phosphoré.
Pr. : Phosphore pulvérisé, 0,20 Éther sulfurique. 30,00
A prendre à la dose de 10 à 30 gouttes sous la forme de potions.
Pommade Phosphorée.
Pr. : Phosphore pulvérisé, 1,00 Axonge, 50,00
Mêlez exactement et aromatisez avec quelques gouttes d'essence de Menthe; employée en frictions à la dose de 10 à 15 grammes contre certaines dartres.
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique et thérapeutique.
A faible dose, le Phosphore agit à la manière des poisons les plus violents, il brûle et désorganise tous les tissus. Cependant quelques praticiens et notamment Mentz, Conradi de Northeim, Handel, Wolf, Alphonse Leroy, Sédillot, etc., introduisirent le Phosphore dans la Matière médicale; on l'employa avec des résultats douteux dans le traitement des fièvres adynamiques et ataxiques, contre l'épilepsie, la leucorrhée, la goutte, le rhumatisme, la paralysie, etc.; la propriété la moins contestée est celle qu'on lui attribue d'être aphrodisiaque.
Dans ces derniers temps, M. le docteur Delpech, médecin de l'hôpital Necker, qui nous a fait connaître d'une manière si précise les accidents qui surviennent chez les ouvriers en caoutchouc vulcanisé, et chez toutes les personnes qui font usage du sulfure de carbone dont les propriétés anaphrodisiaques et l'action sur le système nerveux sont si remarquables, M. Delpech, disons-nous, connaissant d'ailleurs l'action dissolvante du sulfure de carbone par rapport au Phosphore, a pensé que l'on pourrait rattacher les accidents cérébraux constatés chez les ouvriers en caoutchouc à une diminution dans la quantité des matières grasses phosphorées de la masse cérébrale; de là l'indication du phosphore pour combattre les désordres nerveux et l'anaphrodisie.
M. Delpech a constaté que, même à la dose de deux milligrammes, administré sous forme de pilule, le Phosphore détermine une purgation abondante et qu'il exerce sur l'économie une action aphrodisiaque non douteuse.
Enfin ajoutons encore que les ouvriers qui fabriquent les allumettes chimiques sont très-sujets à des maladies parmi lesquelles nous devons signaler la nécrose des maxillaires qui est chez eux si fréquente et souvent mortelle.
HYPOPHOSPHITE DE SOUDE.
Nous avons déjà dit ailleurs que le phosphore se rencontrait dans l'économie en assez grande abondance; outre les os qui renferment 90 pour 100 de Phosphate de chaux, on trouve encore le phosphore dans l'albumine, la caséine, et d'autres matières albuminoïdes, dans la matière cérébrale, la laitance des poissons, etc., etc.
PHOSPHORE
En 1857, M. le docteur Churchill, dans un mémoire lu à l'Académie de médecine, a cherché à démontrer qu'une condition essentielle de la diathèse tuberculeuse était la diminution dans l'économie du phosphore qui s'y trouve à l'état oxydable, de là l'application des Hypophosphites et notamment de ceux de soude et de chaux, dans le traitement de la phthisie pulmonaire.
Les Hypophosphites contiennent à poids égal une quantité de phosphore double de celle que l'on trouve dans les phosphites et les phosphates, tous sont avides d'oxygène, et se dissolvent dans l'eau et dans l'alcool ; l'Hypophosphite de soude étant parmi ces sels le plus stable, c'est celui-là que l'on a préféré.
Lorsqu'on fait bouillir de la chaux avec du phosphore dans de l'eau, il se dégage de l'hydrogène phosphoré, et on obtient de l'Hypophosphite de chaux ; si l'on a le soin de saturer l'excès de chaux par un courant d'acide carbonique, après ébullition et fiitration, on obtient l'Hypophosphite de chaux par évaporation ménagée de la liqueur.
Les Hypophosphites de potasse et de soude s'obtiennent par double décomposition, c'est-à-dire en traitant une dissolution d'Hypophosphite de chaux par une solution de carbonate de potasse ou de soude.
M. Churchill a proposé d'employer les Hypophosphites à la dose de 50 centigrammes à 3 grammes contre la diathèse tuberculeuse; et à dose moindre comme prophylactique : on l'administre sous forme de potions.
Mais malheureusement les faits publiés par MM. Dechambre, Yigla, Riéken, Flachner, sont loin de confirmer les assertions de M. Churchill, et malgré le fait favorable publié par M. Parigot, la cause des Hypophosphites nous paraît définitivement jugée dans le sens contraire à celui que M. Churchill nous a fait connaître.