ARTICHAUT. LILAS. BENOITE
neur revenait à la nature. Quoi qu'il en soit, quelques autres médecins ont voulu conserver au Houx la réputation usurpée que Durande et M. Rousseau lui avaient acquise; mais jusqu'au jour où, procédant avec la prudence de M. Chomel, ils auront obtenu des résultats heureux de l'emploi des feuilles de Houx dans le traitement des fièvres intermittentes, nous persisterons à regarder ce médicament comme une des nombreuses inutilités de la Matière médicale.
On a encore conseillé comme succédanées du quinquina les feuilles et les tiges de Y Artichaut, Cynara scolymus, famille des Cynarocéphales ; et les capsules du Lilas, Syringa vulgaris, famille des Jasminées. Dans certaines contrées du Berri, la poudre des feuilles d'Artichaut est employée par les paysans dans le traitement des fièvres intermittentes : nous avons vu des gens qui nous disaient s'être guéris et en avoir guéri d'autres par ce moyen ; mais nous voudrions , avant d'y croire, avoir constaté nousmêmes ces résultats.
Dans le Journal des Connaissances médico-chirurgicales, on lit deux mémoires qui préconisent l'emploi du suc d'Artichaut dans le traitement du rhumatisme chronique ou aigu. Les faits ne nous semblent nullement probants, et il est vraisemblable que l'Artichaut n'est guère plus utile dans le rhumatisme que dans la fièvre intermittente.
Toutefois il est assez probable que les éléments astringents contenus dans l'Artichaut rendraient son extrait ou son infusion utile dans le traitement de quelques diarrhées apyrétiques, ou dans les maladies de l'estomac qui s'accompagnent d'une supersécrétion morbide.
Quant au Lilas, il n'était pas connu dans la Matière médicale, lorsque, en 1822, M. Cruveilhier, qui exerçait alors à Limoges, publia, dans un opuscule intitulé Médecine éclairée par Vanatomie, une note sur l'emploi de l'extrait des capsules de Lilas dans le traitement des fièvres intermittentes. Il donna cet extrait à six malades, qui guérirent tous, même une femme âgée de soixante-dix ans qui avait la fièvre quarte depuis vingttrois ans. Bientôt quelques médecins de Bordeaux s'empressèrent de répéter ces essais, mais ils n'obtinrent pas les succès annoncés par M. Cruveilhier (Notice des travaux de la Société de méd. de Bordeaux, 1822, p. 9). Depuis cette époque, il n'a été rien publié sur ce médicament, qui probablement n'aurait jamais dû sortir de l'obscurité dans laquelle il était jusque-là resté.
La Benoîte, Geum urbanum, est une espèce du genre Geum, de la famille des Rosacées. Son nom pharmaceutique est caryophyllata, caryophyllée. Quoique quelques-unes des propriétés de la Benoîte eussent été indiquées par Linné, par Ovelgun, par Haller, par Cranz, par Werlhoff (voyez Murray, App. med., t. III, p. 124), cependant elle a dû une célébrité assez grande à Buchhave, de Copenhague (Observât, circa radicis Gei urbani, seu caryophyllatw virt. 1781; Acta regise Societatis medicse Hafniensis, 1. 1, 1783),
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qui vante la racine de cette plante comme un puissant fébrifuge. Il la regardait en outre comme antispasmodique et antiseptique. Il donnait la racine à faible dose, de h à 8 grammes (1 à 2 gros) en poudre, en opiat, en décoction, en extrait. Weber et Koch, son élève, l'employèrent sur près de deux cents malades atteints de fièvres intermittentes avec engorgement du foie. Ils se louent beaucoup de ce médicament (De normullorum febrifugorum virtute, et speciatim Gei urbani radicis efficacia; Kilix, 1782). Ils guérirent de même des fièvres simples et des fièvres larvées. A côté de ces témoignages, nous devons rapporter ceux de Lund (Murray, App. med., t. III, p. 129), qui ne put, par ce remède, guérir les malades atteints de fièvre intermittente. Enfin les expériences de M. Bretonneau ont confirmé le témoignage de Lund, et mis la Benoîte à côté du Houx, du Lilas, etc., etc. , la racine de Benoîte est amère et astringente; à ce titre, elle peut, comme le Colombo, être utile dans le traitement des atfections chroniques du tube digestif. Nous renverrons donc à ce que nous avons dit du colombo, du quassia amara et du simarouba.
Le Tulipier, Liriodendrumtulipifera, arbre du Nouveau-Monde, appartenant à la famille des Magnoliacées, jouit, selon quelques auteurs, dans le traitement de la fièvre intermittente simple, d'une efficacité qui le céderait peu au bon quinquina. M. Bouchardat dit y avoir trouvé : huile essentielle, pipérin, résine molle acre, alcali végétal particulier, tannin, pectine, gomme, ligneux, sels.
PERSIL. APIOL.
Le Persil, Ap ium petroselinum, de la famille des Ombellifères, a été jusqu'ici peu employé par les médecins, mais il jouit d'une grande vogue dans la pratique populaire.
La racine de Persil, administrée en décoction, est diurétique, et elle est très-usitée dans les campagnes pour combattre les engorgements des viscères abdominaux, les obstructions, l'hydropisie, etc. Les graines, données en infusion, sont carminatives, et à ce titre on les emploie avec quelque avantage dans les gastralgies flatulentes. Les feuilles de Persil sont résolutives; appliquées fraîches et contuses, elles peuvent être utiles dans certains engorgements extérieurs, notamment des mamelles, quand ces engorgements sont peu inflammatoires.
Mais il est une autre propriété du Persil sur laquelle nous devons insister d'une manière plus spéciale : nous voulons parler de sa propriété tonique et surtout fébrifuge.
Déjà Peyrilhe et Haller avaient cité Vapium graveolens et Vapium palustre comme antipyrétiques. Après eux, On avait vu quelques médecins recommander le Persil officinal comme moyen de couper la fièvre intermittente. Dans ces derniers temps surtout, le docteur Péraire. de Bordeaux, avait
PERSIL. APIOL.
préconisé dans les fièvres d'accès un certain nombre de préparations de Persil ; parmi ces préparations, il donnait assez généralement la préférence aux feuilles desséchées et surtout au suc exprimé de cette plante.
Toutefois l'usage du Persil, comme fébrifuge, était très-peu répandu dans la pratique médicale, lorsque MM. Joret et Homolle vinrent attirer l'attention sur ce médicament, et signaler surtout le fruit de Vapium petroselinum comme doué d'une vertu antipériodique bien supérieure à celle des autres parties de la plante.
Pour obtenir une action fébrifuge, ce fruit, sous forme de décoction, doit être administré à assez haute dose : ainsi de 100 à 125 grammes pour un litre d'eau. Il importe d'ailleurs que cette décoction soit préparée au moment de s'en servir, à cause de sa très-prompte altérabilité, surtout dans la saison chaude. L'odeur de cette décoction est nauséabonde et vireuse ; sa saveur est tout à la fois amère et piquante et devient ensuite douceâtre.
MM. Joret et Homolle, après avoir employé exclusivement, pendant plusieurs années, la graine de Persil pour combattre les fièvres intermittentes, et lui avoir reconnu des propriétés manifestement utiles, se livrèrent à des recherches chimiques sur cette substance ; et grâce à ces recherches poursuivies avec persévérance, ils parvinrent à en extraire un principe immédiat particulier qui constitue la partie vraiment active du Persil. Ils donnèrent à ce principe immédiat le nom d'Apiol.
Après avoir ainsi isolé ce principe, nos auteurs le soumirent à l'expérimentation clinique, et ils obtinrent des résultats tels qu'ils n'hésitèrent pas à le présenter comme un succédané du quinquina.
Nous allons d'ailleurs emprunter au mémoire publié par MM. Joret et Homolle les principaux caractères qu'ils ont reconnu à ce nouvel agent
L'apiol a l'aspect d'un liquide jaunâtre, oléagineux, tachant le papier à la manière des corps gras. Son odeur rappelle un peu celle du fruit pulvérisé, tout à fait sui gencris. L'Apiol est soluble dans l'alcool, dans l'éther et dans le chloroforme.
Action physiologique. A la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, l'Apiol détermine une surexcitation cérébrale légère, rappelant celle que produit le café ; cette surexcitation s'accompagne d'un sentiment de force et de bien-être avec chaleur épigastrique légère. A plus haute dose, comme de 2 à 4 grammes, l'Apiol donne lieu aux symptômes qui caractérisent l'ivresse : étourdissements, vertiges, céphalalgie frontale gravative, titubation ; en un mot l'ivresse apiolique est tout à fait analogue à l'ivresse quinique; et MM. Joret et Homolle ne manquent pas de signaler l'importance de ce rapprochement.
Ainsi donc le principe actif du Persil réunirait la plupart des caractères appartenant aux toniques, c'est-à-dire qu'il agirait comme stimulant spécial de l'innervation ganglionnaire et des fonctions vitales communes dont les toniques ont pour effet commun d'augmenter l'énergie.
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Outre cette action toni que, MM. Joret et Homolle ont encore reconnu à l'Apiol une vertu emménagogue tellement manifeste, qu'ils n'hésitent pas à le placer, à cet égard, au-dessus de tous les médicaments de cette classe. Ainsi à la dose de 20 à 30 centigrammes par jour, et continuée pendant la huitaine qui précède l'époque menstruelle, cette substance réussirait le plus souvent, soit à rappeler les règles lorsqu'elles sont supprimées depuis un temps plus ou moins long, soit à régulariser la fonction lorsqu'elle est ou irrégulière ou insuffisante et qu'elle s'accompagne de tranchées et de douleurs abdominales ou utérines.
En raison de sa saveur désagréable, l'Apiol s'administre le plus ordinairement dans des capsules gélatineuses. Chaque capsule renferme 25 centigrammes de cette substance. En général, quand il s'agit de combattre une fièvre intermittente, on donne une ou deux capsules, et même plus, dans l'intervalle des accès. Dans ce cas, d'ailleurs, MM. Joret et Homolle recommandent expressément de suivre, dans l'administration de ce remède, les mêmes règles que l'expérience a consacrées pour l'emploi du sulfate de quinine.
Ici, nous devons le déclarer, comme notre expérience personnelle est tout à fait nulle, nous ne pouvons nous permettre de porter un jugement sur les propriétés attribuées à ce nouveau médicament; mais après avoir pris connaissance des observations assez nombreuses recueillies tant par MM. Joret et Homolle que par d'autres médecins, nous serions assez portés à reconnaître à l'Apiol une certaine valeur comme antipériodique. Ainsi, d'après les faits cités, ce nouveau fébrifuge paraît avoir une action efficace dans les fièvres intermittentes franches et sans complication, telles qu'on les observe le plus généralement dans nos contrées. Mais quand on aura affaire à des fièvres intermittentes graves, surtout pernicieuses, et généralement à celles qu'on observe dans les pays chauds, la prudence commandera toujours de recourir de préférence à la quinine, qui conservera longtemps une incontestable supériorité sur tous les fébrifuges d'invention moderne.
Ajoutons d'ailleurs, avant de terminer, que la propriété tonique et antipériodique de l'Apiol pourrait encore être utilisée dans certaines névralgies intermittentes ; du moins quelques succès obtenus par MM. Joret et Homolle autorisent de nouveaux essais en ce sens. D'autre part, quelques faits sembleraient devoir faire espérer quelques bons résultats de ce médicament contre les sueurs nocturnes des phthisiques. Rappelons enfin que MM Joret et Homolle attribuent à ce médicament une propriété emménagogue des plus efficaces. Mais sur ces divers points de thérapeutique trèsdélicais, nous laisserons à l'expérience ultérieure le soin de prononcer en dernier ressort.