LICHEN D'ISLANDE
MATIÈRE MÉDICALE
Lichen d'Islande, Cetraria lslandica, Li- composé de touffes serrées et entrelacées ;
chen Idandicm, Physcia lslandica famille rouge à, la base, gris blanchâtre à la partie
naturelle des Lichénées. supérieure, sa hauteur est de 7 à 10 cen-
Ce lichen est foliacé, sec, cartilagineux, timèlres. Ses fructifications sont des espèces
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d'écussons d'une couleur pourpre foncé. Il croît sur la terre, les rochers, les montagnes, dans les Vosges, les Alpes, en Islande, dans l'Amérique septentrionale, etc.
Parties usitées. Toute la plante.
L'analyse de Berzéiius y a démontré :
Amidon particulier. Cétrarine; matière amère, Lichénine; sucre incristallisable : gomme; cire verte; matière colorante et exlractive; matière amylacée insoluble, tartrate et lichénate de chaux.
Le Cétrarin ou la Célrarine est un corps neutre, incristallisable, très-peu soluble dans l'eau, toluble dans l'alcool, plus soluble encore dans une liqueur alcaline.
C'est la substance active du Lichen d'Islande. La matière amylacée se gonfle sans sedissoudredansl'eau froide; ellesedissout dans l'eau bouillante et, par le refroidissement, se prend en gelée. Cette substance amylacée contenue dans le Lichen donne à la plante des propriétés alibiles. Les habitants de l'Islande, à l'aide de lavages répétés, privent le Lichen d'une partie de son principe amer, le font sécher, le réduisent en farine et en forment des espèces de pâtes ou de bouillies, en le faisant cuire avec du lait. Ce lichen peut être suppléé par le Scyphnphorus pyxidatus, le Crnomyce rangiferina, le Siicta pulmanacea et les Lichens foliacés ou rameux, ainsi que par la Variolaire, Variolaria discoidea (Pers.), laquelle possède une amertume extrême.
Tisane de Lichen.
On dépouille le Lichen d'une partie de son principe amer par une première infusion, puis on fait bouillir ensuite pendant une heure 8 grammes (2 gros) de Lichen, dans suffisante quantité d'eau, de manière à faire un litre de tisane. Si l'on veut que le Lichen conserve toute son amertume, il faut l'indiquer dans la prescription.
Gelée de Lichen.
Pr.: Lichen d'Islande, (iO gram. (2 onces). Sucre, ISO (4 onces).
Colle de poisson, 4 (I gros).
Faites une décoction concentrée de Lichen,
passez avec expression, laissez déposer la liqueur et décantez; remettez sur le feu; ajoutez-y le sucre et la colle de poisson que vous aurez piéalablement ramollie par une macération dans une petite quantité d'eau froide; remuez continuellement jusqu'à ce que la liqueur entre en ébullition, et laissez bouillir jusqu'à ce que la rnaiière soit assez concentrée pour se prendre en gelée par le refroidissement.
Si l'on veut que le Lichen soit dépouillé de son principe amer, il faudra avoit fait infuser préalablement le Lichen une ou deux fois.
On arrive au même résultat en lavant le Lichen avec de l'eau alcalinisée avec du carbonate de potasse ou de Soude.
Gelée de Lichen au quinquina.
Pr.: Lichen d'Islande, GO gr. (2 onces). Sirop de quinquina, 200 (G onces).
Colle de poisson, 4 (1 gros).
Opérez comme il a été dit pour la gelée de Lichen.
Gelée de Lichen desséché.
Pr.: Lichen d'Islande. 500 gram. (1 livre). Sucre blanc, 500 (1 livre).
Privez le Lichen de son principe amer, faites bouillir pendant une heure, passez avec expression, ajoutez le sucre, évaporez à consistance d extrait épais, faites sécher à l'éluve, pulvérisez et conservez en flacon bouché.
Cette poudre sert à préparer extemporanément la gelée de Lichen, en la faisant bouillir avec du sucre et de l'eau commune.
Pâte de Lichen.
Pr.: Lichen, 500 gram. (1 livre).
Gomme arabique, 2500 (5 livres).
Sucre blanc, 2000 (4livres).
Privez le Lichen d'une partie de son principe amer, faites bouillir, passez avec expression, ajoutez la gomme arabique et le sucre, et évaporez jusqu'à consistance d'une pâte ferme.
THÉRAPEUTIQUE
Action physiologique.
Nous avons dit plus haut que la gelée de Lichen était essentiellement alibiie. La propriété nutritive de la poudre de Lichen est évaluée par certains auteurs à la moitié de celle de la farine de froment (Murray, App. méd., t. V, p. 504). Cette propriété analeptique est précieuse; aussi le médecin doit la connaître, car, dans quelques circonstances, il ne doit pas hésiter à nourrir, s'il le faut, son malade avec cette substance.
LICHEN D'JSLANDK
Beaucoup d'auteurs, au nombre desquels il faut placer Boîrichius, Bartholin, Haller, Linné (Voyez Murray, loc. cit.), regardent le Lichen comme un peu laxatif, surtout lorsqu'il n'est pas dépouillé de son principe amer. D'autres, au contraire, le croient capable de produire la constipation, ce qui d'ailleurs n'est pas incompatible avec la propriété que nous énoncions tout à l'heure.
D'innombrables travaux thérapeutiques ont été faits sur le Lichen d'Islande, et ce médicament, suivant des témoignages que nous n'acceptons pas sans examen, a été regardé comme d'une incontestable utilité dans le traitement de la phthisie pulmonaire. 11 jouit au Groenland, en Islande, dans le Danemark, d'une réputation en quelque sorte populaire contre l'hémoptysie et la consomption. L'immortel Linné, qui n'était pas toujours exempt d'un peu d'engouement, déclare qu'il a pu, avec de la gelée de Lichen, soutenir pendant longtemps des phthisiques, sans redouter l'action laxative du médicament. Après lui, un grand nombre d'auteurs, au nombre desquels il faut placer un des plus grands praticiens du siècle dernier, Stoll, ont contribué à donner au Lichen d'Islande une réputation curativede la phthisie que, de nos jours, il n'a malheureusement pas soutenue. En lisant ce que les plus graves de ces auteurs ont décrit, on reste convaincu que le catarrhe chronique et la toux fatigante qui accompagne certaines affections de l'estomac, ont été guéris par l'usage longtemps continué du Lichen. Stoll surtout est explicite sur ce point, que ce médicament convient surtout à ceux dont la constitution est profondément débilitée, et qui sont atteints de catarrhe pituiteux; et Paulizky, le plus zélé partisan du Lichen dans le traitement de la phthisie pulmonaire, indique mieux encore ce qu'il pensait de l'efficacité de ce moyen dans la maladie tuberculeuse; en effet, il sépare formellement la phthisie tuberculeuse des phthisies pulmonaires qu'il pouvait guérir. Tubercula tenacia si pulmones obsident, nidla spes auxilii a Lichene capi potest, attamen non nocet (Paulizky, apud Murray, App. med ., t. V, p. 814).
Depuis l'admirable découverte de Laennec, on ne peut plus guère se tromper comme nos devanciers, sur les symptômes de la phthisie pulmo- ' naire, et bien des observations recueillies dans les temps passés manquent malheureusement du contrôle d'un diagnostic rigoureux ; mais, pour ce qui concerne l'action thérapeutique du Lichen, en admettant, ce que nous faisons volontiers, que tous les cas signalés par les auteurs appartiennent à des affections catarrhales fort différentes de la phthisie, il ne s'ensuit pas moins que ce médicament doit, dans le traitement des affections chroniques du thorax, occuper un rang très-important.
Enfin la gelée de Lichen a encore été conseillée comme aliment dans les diarrhées chroniques chez les adultes qui relevaient d'une maladie grave, et chez les enfants qui supportaient mal, après le sevrage, la privation du lait maternel.
MÉDICAMENTS TONIQUES NÉVROSTHÉNIQUES.
Mode d 'administration et doses.
Dans les maladies chroniques de la poitrine, on donne la tisane de Lichen préparée suivant le mode que nous avons indiqué plus haut, à la dose de 1 à 2 litres par jour.
La gelée de. Lichen se donne, chez les enfants, à la dose de 8 à 45 grammes (2 gros à 1 demi-once) ; chez les adultes, à la dose de 30 à 60 grammes (1 à 'J onces) par jour. Gomme aliment médicamenteux, la gelée se donne à des doses en quelque sorte illimitées.
La gelée de Lichen au quinquina n'est jamais conseillée que comme médicament, à la dose de 10 à 15 grammes (2 gros et demi à 1 once et demie) par jour.
La pâte de Lichen se mange comme bonbon, à la dose de 30 à 60 grammes (1 à 2 onces), en vingt-quatre heures.
On connaît depuis longtemps en Angleterre, sous le nom de Green heart (cœur vert) un bois dur pesant, originaire de la Guyane anglaise, qui est très-employé par les tourneurs et les ébénistes.
Les indigènes de la Guyane désignent ce bois sous le nom de Bébëern. Aussi le docteur Rodie a-t-il nommé Bébéérine le principe actif qu'il en a extrait.
Sir Robert Schombury a placé le Bébéern dans la famille des lauracées, et il l'a attribué au Nectandra Bodiei. Cet arbre est très-employé à la Guyane dans le traitement des fièvres intermittentes, après Rodie, c'est au docteur Douglas Matlagan, d'Edimbourg, qui a fait en Europe la réputation médicale de la Bébéérine de M. Rodie, qui, d'après des recherches récentes, serait un mélange de deux bases, la Bébéérine et la Sépirine.
M. Recquerel, qui a expérimenté la Bébéérine à l'état de sulfate, l'a trouvée inférieure au sulfate de quinine, mais il lui a reconnu l'avantage de ne pas produire des phénomènes physiologiques.
M. Becquerel administrait la potion suivante:
BÉBÉÉRINE. PIPÉRIN. ARNICINE. CETRARIN.
ACHILLÉINE.
Pr. : Sulfate de Bébéérine,
2 gramm.
25 gouttes.
30 gramm.
Acide sulfurique étendu,
Sirop de sucre,
Teinture d'écorces d'oranges,
Eau,
à prendre une cuillerée à bouche trois fois par jour.